DVD Jaquette de : Sergiu Celibidache répète la Symphonie No. 9 de Bruckner

Distribution

Interprètes
Orchestre
Münchner Philharmoniker
Chef d'orchestre
Sergiu Celibidache
Réalisation
Jan Schmidt-Garre
Origine
Allemagne
Année
1991

Informations techniques

Durée
58'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
Arthaus Musik
Distributeur
Intégral Distribution
Date de sortie
22/03/2011

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
Allemand stéréo PCM
Sous-titres
•  Anglais
•  Espagnol
•  Français
•  Italien
•  Japonais

Sergiu Celibidache répète la Symphonie No. 9 de Bruckner DVD

Celibidache Reahearses Bruckner's Ninth

Note générale : 9/10

Anton Bruckner

Documentaire


Au regard de la rareté des images consacrées au défunt chef roumain Sergiu Celibidache, les cinquante-huit minutes de répétitions et d'interviews autour de l'adagio de la Symphonie No. 9 de Bruckner proposées sur ce DVD représentent une aubaine à ne pas manquer. Ce documentaire ne proposant aucun aspect biographique, il incite à la réflexion sur la notion d'interprétation…

 

Sergiu Celibidache et le Munich Philharmonic durant une répétition de la <i>Symphonie No. 9</i> de Bruckner.

 

Le vingtième siècle musical regorge de figures officielles, mondialement célébrées, à la discographie abondante, aux postes prestigieux et à la renommée largement médiatisée. Mais la carrière de Sergiu Celibidache a emprunté des voies plus discrètes, relevant davantage du chemin escarpé en haute montagne que du parcours balisé en basse plaine. Si cet état de fait lui est en partie imputable – il refusait la notion d'enregistrement, par exemple – les éditions officielles autorisées en CD par son fils chez Deutsche Grammophon et EMI permettent toutefois d'appréhender dans les meilleures conditions techniques l'évolution d'un art singulier.
Celui-ci est d'autant plus intéressant qu'il ne ressemble à aucun autre. Si certaines interprétations d'autres compositeurs auront peine à convaincre, force est de reconnaître que sa vision de l'univers brucknérien n'appelle aucune réserve. Le voir en répétition grâce au DVD édité par Arthaus Musik, c'est revenir à l'origine de l'interprétation, en comprendre en profondeur le pourquoi et le comment.

Une des rares interviews de Sergiu Celibidache.Le montage de ce documentaire réalisé par Jan Schmidt-Garre alterne prises de vues frontales sur le chef travaillant avec son orchestre de Munich, et propos personnels enregistrés à son domicile. Une unique échappée à l'abbaye de Saint-Florian, en compagnie de son organiste, nous fait pénétrer dans l'intimité créatrice de Bruckner par l'intermédiaire d'une visite de la chambre austère dans laquelle il travaillait, toujours garnie de son mobilier d'origine. Aucun effort de mise en scène n'apparaît ; tout est centré sur la personnalité du chef et sur ses propos concernant l'interprétation musicale. On s'en contentera, eu égard aux questions multiples qu'elle soulève.

Sergiu Celibidache a énormément évolué au cours de sa carrière. Du jeune homme sec et nerveux dirigeant Beethoven dans les ruines de Berlin en 1947* au patriarche à la stature imposante et statique des dernières années à Munich, tout un parcours humain et philosophique a été effectué. Après des débuts prometteurs, sa prise de fonction à la Philharmonie de Berlin tourna rapidement court et se succédèrent alors des orchestres de seconde zone pour un musicien itinérant. C'est à la fin de sa carrière que Celibidache a trouvé la possibilité de s'exprimer à travers le Philharmonique de Munich, un orchestre qui lui doit encore beaucoup aujourd'hui. Il développa avec cette formation un style très personnel, celui qui fait référence actuellement dans ses derniers enregistrements.
* Cf. The Art of conducting II de Bruno Monsaingeon - DVD Warner Vision.

 

Sergiu Celibidache dans le documentaire <i>Celibidache répète la Symphonie No. 9 de Bruckner</i>.

 

On pourra tout d'abord se montrer surpris : Celibidache nous dit qu'on ne fait pas de musique en répétition. On ne fait que dire des centaines de fois "non" pour un seul "oui". Les moments importants de la répétition sont repérés par une référence au numéro de la mesure, ce qui permet de suivre le travail sur un conducteur d'orchestre. Le travail minutieux de décorticage étonnera d'autant plus que Celibidache n'a aucune partition devant lui : tout est corrigé de mémoire ! Après un premier essai, l'orchestre joue à nouveau, mais à la lumière des indications très précises du chef. Le changement ne réussit pas du premier coup, mais rapidement, au bout de deux ou trois tentatives seulement, l'essai est transformé et on entend la différence, même sans partition. La mine ravie de Celibidache valide le progrès, et l'on passe à d'autres mesures…

Sergiu Celibidache se confie à la caméra.Avec Sergiu Celibidache, on revient aux fondamentaux de l'interprétation. Interpréter, c'est donner à comprendre. Tout en niant la notion même d'interprétation, il nous parle de sa recherche du naturel issu de la confiance qu'il place en la partition et en l'art de l'orchestration du compositeur, de sa recherche de l'équilibre entre les pupitres et par là même d'un tout polyphonique d'une grande clarté, et de sa quête de la vérité qui survient quand chef et spectateurs tombent d'accord et que le "beau" est supplanté par le "juste". Le plus important reste néanmoins le rejet de la routine installée par la mémoire, l'habitude et la trop grande pratique. Selon lui, un savoir trop important reviendrait à tuer le plaisir de jouer de la musique…

Le spectateur comprendra grâce à ce documentaire que le caractère d'une interprétation n'a rien de subjectif. Le chef n'est pas guidé par une voix mystérieuse, une espèce de canal mystique surnaturel entre lui et le compositeur. En écoutant Celibidache faire travailler un phrasé, une respiration, une attaque, une nuance ou un tempo, il est tout à fait possible d'appréhender le caractère d'une interprétation et de percevoir les moyens uniquement musicaux d'y parvenir. On peut analyser avec précision les ralentissements, les accélérations et savoir pourquoi, à tel moment, il faut jouer de telle façon. Cependant, force est de reconnaître que certaines notions échappent à l'analyse et flirtent avec le paradoxe.

 

Sergiu Celibidache en pleine répétition de la <i>Symphonie No. 9</i> de Bruckner.

 

Selon Celibidache, on ne peut pas interpréter les réalités inscrites dans la conscience, mais seulement les ressentir. Ceci est à mettre en correspondance avec son travail sur le son, recherche que tout chef poursuit en lui afin de le matérialiser. "Imaginer le son" constitue la chose la plus importante pour Celibidache. Le chef d'orchestre a également un autre rôle : veiller à ce que rien ne vienne s'interposer qui puisse contrarier la naissance de la musique. Une nouvelle ambiguïté apparaît : le chef doit être actif et passif en même temps, autrement dit laisser les événements arriver et ne rien faire lui-même.

Interview de Sergiu Celibidache.On devinera, en regardant ce témoignage précieux du travail sur une partition, l'enjeu permanent qui entre en lice par le simple fait de jouer : l'interprète n'a pas un rôle de simple exécutant mécanique. Il ne répond pas à un ordre venu du texte. La raison en est triple. D'abord elle incombe à la pauvreté de la notation musicale qui impose de faire des choix et offre donc une certaine liberté. Ensuite, l'interprète se heurte à l'illusion de l'exactitude que peut donner une partition : une nuance forte chez Bach n'aura pas la même intensité chez Bruckner, ne serait-ce que par l'importance des effectifs. La valeur est donc relative. Enfin, chacun joue en fonction d'un héritage culturel, d'une éducation et d'une tradition. Le meilleur interprète est celui qui saura aborder une partition comme s'il la voyait pour la première fois, refusant l'esprit de routine - violemment combattu par Celibidache - et les a priori, bannissant les traditions momifiantes dont on ne retient bien souvent que les cendres à défaut du feu, comme le pensait Gustav Mahler.
On comprend ici toute la responsabilité qu'a l'interprète face à un texte écrit.

Celibidache ne voulait pas s'enfermer dans un studio pour enregistrer. Fixer son art de manière définitive était en contradiction avec ses convictions personnelles. Pour lui, toute interprétation devait être un événement unique, soumis au lieu et à l'instant, plus ou moins favorable, plus ou moins propice à l'émergence de l'exceptionnel.

Il ne fait aucun doute que l'homme Celibidache, aux allures de bouddha rieur - lorsque tout était conforme à ses désirs - adepte des philosophies orientales et enseignant comme un sage sans notes à des élèves pendus à ses lèvres, se retrouve dans les visions sublimées des concerts munichois. De nombreux points communs relient la vie et l'œuvre de Bruckner à celle de Celibidache, et ce n'est pas un hasard si l'on retrouve une fusion unique en son genre entre une œuvre et un interprète. En quelque sorte, l'un révèle l'autre…

Nicolas Mesnier-Nature

Suppléments du DVD

En allemand stéréo DD, avec des sous-titres anglais :
Trois bandes-annonces en noir & blanc de documentaires de Jan Schmidt-Garre édités par Arthaus Musik.

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

Malgré le travail de restauration sans doute appliqué à ces archives, il est difficile d'être convaincu par ce résultat bien peu engageant. La définition fait le plus souvent défaut et les couleurs bavent sur de nombreux plans. L'intérêt de ce programme se situe manifestement ailleurs…

Son

Le souffle est assez limité et la voix de Celibidache ressort assez bien. Quant aux sonorités du Munich Philharmonic, elles bénéficient d'une certaine ampleur et d'une reproduction somme toute assez musicale.

Note technique : 6/10

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Anton Bruckner
Munchner Philharmoniker
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