Interviews

Interview de Thibault Cauvin, guitariste

Thibault Cauvin.  © Bernard Benant/Sony Classical

 

Danse avec Scarlatti, le premier disque du guitariste Thibault Cauvin sous le prestigieux label Vogue ressuscité par Sony Music nous a séduit d'emblée. Ses Sonates respirent et se déroulent avec fluidité tel un ruban contrasté avec finesse et teinté de discrète personnalité. La musicalité et le tempo juste s'associent pour nous livrer une adaptation à la guitare qui allie une constante musicalité à la séduction d'un rythme toujours naturel… Nous avons, bien sûr, voulu rencontrer l'instrumentiste qui fait danser Scarlatti avec tant de charme…

 

Tutti-magazine : Quelle trajectoire avez-vous empruntée entre votre disque Cities et Danse avec Scarlatti sorti sous le label Vogue ? Un répertoire dans lequel on ne vous attendait pas nécessairement…

Thibault Cauvin : Il est vrai que, ces dernières années, j'avais pris plaisir à m'aventurer dans un répertoire plus éclectique, ce dont la guitare a la chance de bénéficier. Ce nouveau disque, qui est le début d'une aventure avec Sony, marque aussi un tournant dans ma carrière car j'ai fêté il y a quelques mois mes 10 ans de concerts. Je ressentais ce désir de revenir à un des grands génies de la musique et à un répertoire qui résonne davantage dans les oreilles de chacun. Scarlatti m'est tout naturellement venu à l'idée. J'aime particulièrement ce compositeur et, dès mes premiers concours, j'ai pris plaisir à jouer ses Sonates. J'avais aussi développé une petite identité personnelle autour de cette musique. Il était alors devenu important de faire ce disque en conservant ma personnalité et ma vision somme toute moderne de ces pièces classiques.

Cliquer pour commander le CD <i>Danse avec Scarlatti</i>…








Comment avez-vous sélectionné les Sonates de Scarlatti que vous avez enregistrées ?

Parmi le large choix qui s'offrait à moi, j'ai pris soin de choisir des pièces qui contenaient ce dynamisme à l'origine d'un côté entraînant. Je souhaitais construire un programme qui s'appuie sur cette forme de rythme contenu dans l'écriture et qui s'exprime sur la continuité des Sonates. La succession des Sonates choisies devait également former une œuvre en soi. Le choix de pièces m'a pris beaucoup de temps et j'ai ensuite été très heureux de concevoir les arrangements pour la guitare.

Avez-vous joué ces Sonates en concert avant de les enregistrer ?

Il y en a une – la Sonate K.1 - que j'ai beaucoup jouée il y a quelques années, et j'ai tenu à ce qu'elle fasse partie du programme. C'est du reste la première du disque. Les autres opus étaient tous nouveaux pour moi. Mais j'avais fait le choix de destiner ma préparation et mon jeu à l'enregistrement. Mon travail a vraiment été orienté vers ce projet de disque… Je joue maintenant certaines Sonates en concert, et mon jeu de concert est un peu différent.

 

Thibault Cauvin, filmé pour le lancement de son 1er album chez Vogue : <i>Danse avec Scarlatti</i>.

 

Thibault Cauvin photographié par Bernard Benant.  © Sony Classical

Dans votre approche de Scarlatti, avez-vous écouté les interprétations au clavecin ou au piano de Racha Arodaki ou Alexandre Tharaud ?

J'ai écouté un certain nombre d'enregistrements, mais pas d'une oreille que je qualifierais d' "active". Ces intégrales, au début, m'ont permis d'obtenir une vision sur des interprétations abouties et m'ont aidée à faire une sélection. Ensuite, je m'en suis éloigné. Je connaissais, bien sûr, plusieurs interprétations à la guitare, mais j'ai préféré ne pas trop m'y reporter pour ne pas subir d'influence. Cependant, une semaine avant l'enregistrement, je suis revenu aux intégrales clavecin et piano et je dois vous avouer que j'ai alors décidé de ne pas enregistrer deux Sonates que j'avais pourtant sélectionnées. Je voulais que mon interprétation à la guitare apporte quelque chose à la musique et que mon instrument constitue en quelque sorte un avantage en comparaison du piano ou du clavecin. Toutes les Sonates ne sont d'ailleurs pas jouables à la guitare car elles n'ont pas été écrites pour l'instrument. D'autres lui conviennent, et sont même souvent jouées par les guitaristes, mais si on les compare avec l'interprétation originale, les jouer à la guitare entraîne un côté "prouesse de cirque" qui peut séduire les interprètes et le public. Pour ma part, musicalement, je n'y trouve pas mon compte. C'est pour cette raison que j'ai décidé de supprimer deux Sonates prévues au départ dans le programme du disque.

Comment avez-vous trouvé votre pulsation pour l'interprétation des Sonates de Scarlatti ?

Cela me vient assez naturellement. De la même façon, lorsque j'envisage un concert, je tente de me projeter de la première à la dernière note dans l'optique de construire un ensemble cohérent. Pour l'enregistrement d'un disque, c'est la même chose. Ce naturel me vient non seulement de mon éducation musicale classique poussée, mais d'un univers de musiques actuelles et de jazz moderne qui m'a formé en parallèle. Dans ce contexte musical, les interprètes composent souvent leur propre musique et s'investissent très fortement dans cette écriture. J'ai été en quelque sorte bercé par ces ambiances musicales et, aujourd'hui, j'en conserve le désir de m'approprier l'œuvre que je joue comme si je l'avais écrite moi-même. Je crois avoir toujours procédé de la sorte et, si cela n'est pas facile à expliquer, je trouve ma pulsation spontanément.

Quelle guitare avez-vous utilisée pour cet enregistrement ?

La guitare de Thibault Cauvin a été réalisée par le luthier bordelais Jean-Luc Joie.J'ai enregistré les Sonates de Scarlatti avec une guitare un peu particulière conçue par un luthier de Bordeaux : Jean-Luc Joie, un ami de toujours. Nous partageons lui et moi la même philosophie de la musique. Jean-Luc a étudié tout ce qui à trait à la lutherie classique traditionnelle et il tente à sa manière de faire évoluer les choses. Il a ainsi créé la guitare que je joue. Cet instrument fonctionne en acoustique et il est également amplifiable. Pour le disque, j'ai utilisé cette guitare en acoustique, mais sur scène, elle présente un intérêt tout particulier car elle utilise pour son amplification un système sans-fil HF absolument invisible et la qualité de son est absolument superbe. Cet instrument, nouveau sous cet aspect, apporte une nouvelle dimension à la guitare car il devient possible de jouer dans des salles très importantes avec un son identique à celui que produit un instrument non amplifié. C'est particulièrement important pour moi qui ai surtout joué amplifié ces dernières années dans de grandes salles car, avec un micro posé de façon classique devant la guitare, l'amplification permet d'obtenir un volume plus important, certes, mais le plus souvent au détriment de la qualité du son car ce traitement compresse la dynamique et les couleurs. Or avec le système que j'utilise, le son amplifié conserve toutes les caractéristiques musicales intrinsèques d'un son acoustique. Avec cet instrument que j'utilise depuis 4 ans, je peux produire un crescendo sur 1 minute alors qu'avec le système traditionnel, l'ambitus était nettement plus restreint. Je dois dire que mon interprétation bénéficie globalement de cette évolution technique essentielle.

 

Thibault Cauvin enregistre son disque <i>Danse avec Scarlatti</i> au studio Le Martinet.  D.R

Vous avez enregistré une sélection de 14 Sonates de Scarlatti en 4 jours. A-t-il été difficile de maintenir la couleur de votre sonorité et la même intention au long de ces journées de studio ?

J'ai enregistré dans un studio que je connais bien – le studio Le Martinet, qui appartient à mon parrain – pour y avoir enregistré d'autres disques. C'est un lieu très confortable et j'ai travaillé pour ce disque avec l'ingénieur du son qui avait travaillé sur mon précédent album Cities. Les sessions se sont ainsi déroulées dans une ambiance très familiale portée par cette connaissance que nous avions des uns et des autres, et nous avons pu avancer rapidement dans un accord total. J'avais travaillé dans l'optique d'un résultat homogène, les micros restaient en place d'une session à l'autre, et il n'a pas été difficile d'enregistrer avec la continuité musicale que je recherchais.

Thibault Cauvin en 2013.

Quel son vouliez-vous obtenir pour cet enregistrement de Scarlatti ?

Souvent, les disques de guitare proposent un son assez réverbéré de type "église", et les micros sont placés assez loin de l'interprète, ce qui aboutit à un halo sonore assez beau mais qui manque souvent d'un peu d'impact et de présence. Je tenais au contraire à obtenir une guitare très présente sans trop de réverbération naturelle ou ajoutée. Je visais à préserver un maximum de dynamisme pour jouer pleinement la carte de mon interprétation de ces Sonates. Je souhaitais vraiment que le disque transmette les sensations les plus directes. J'avais déjà expérimenté cette approche avec Cities. Pour ce disque, le son est même encore plus mat, peut-être même un peu trop. Mais, fort de cette expérience, les Sonates, sonnent de la façon que je souhaitais. Ce parti pris personnel a même été à l'origine de discussions entre mon père, Directeur artistique du projet, et moi. Il préfère les sons plus réverbérés, et moi, plus proches de l'instrument. Mais nous sommes arrivés à nous entendre…

Pourtant, malgré la proximité des micros de votre guitare, on entend fort peu les passages entre notes ou les bruits parasites dans l'enregistrement de vos Sonates…

Absolument, et j'ai justement beaucoup travaillé dans cette optique. Tous les instruments sont difficiles à jouer, mais la guitare présente cette caractéristique de produire de nombreux bruits parasites. Pendant des années, je me suis efforcé de trouver une manière de jouer qui produise le moins possible de bruits qui s'ajoutent au message musical. Si je peux me permettre de disposer des micros relativement près de l'instrument, je le dois à ce souci constant de propreté.

 

Thibault Cauvin répète à Pékin.  D.R.

Percevez-vous la qualité d'écoute de votre public ?

Bien sûr, et à chaque fois que je donne un concert, je suis très attentif à l'ambiance que diffusent le public et la salle. C'est même une de mes priorités de tenter de me projeter dans la salle et de m'adapter à ce public venu m'entendre afin de faire de chaque concert un moment unique dans ce rapport avec un public bien spécifique. Après la sortie du disque Scarlatti, j'ai joué certaines Sonates en concert, et je vais aussi les proposer après-demain à San Luis Obispo en Californie. Je commence ces concerts par trois Sonates et elles constituent un bon début de programme grâce à leur dynamique assez captivante et à l'hommage à la musique classique qu'elles véhiculent. Ce que j'apprécie beaucoup dans l'écriture de Scarlatti, c'est ce côté léger dans le bon sens du terme. Il permet de tisser un rapport plus physique qu'intellectuel avec le public. C'est ce qui m'a plu, et c'est ce qui marche en concert.

Quelle est la jauge idéale de la salle pour ces Sonates de Scarlatti ?

Depuis plusieurs années, et ma guitare amplifiée m'a permis d'avancer dans cette voie, j'ai à cœur de montrer que la guitare n'est pas forcément destinée à des petites salles intimistes et à un public réduit. J'ai plutôt joué dernièrement dans des salles de 800 à même parfois 2.500 spectateurs, et ça fonctionne parfaitement. Ensuite, je pense que mon jeu doit s'adapter à la jauge de la salle et à son acoustique. C'est en tout cas ce que je fais pour chacun de mes concerts.

Bernard Benant photographie Thibault Cauvin.  © Sony Classical

Signer pour un premier disque chez Vogue/Sony Music, est-ce une étape importante dans votre carrière ?

Absolument, d'autant que cette signature intervient au moment de cet anniversaire de mes 10 ans de tournées. 2013 a représenté effectivement une sorte de virage. Rejoindre la famille de Sony est un grand bonheur, comme c'est une chance de bénéficier de la considération de professionnels de cette qualité. J'ai beaucoup joué à l'étranger, ces dernières années. Adolescent, j'ai privilégié les concerts loin de chez moi pour découvrir le monde. Ma carrière s'est ainsi développée là où je l'ai souhaité. Mais, au fil des ans, j'ai ressenti de plus en plus le manque de jouer en France. Aujourd'hui c'est un de mes souhaits de jouer plus dans mon pays et de rencontrer davantage le public français. J'ai vraiment espoir que cette signature m'aide à avancer dans ce sens et me permette de jouer plus dans les festivals de musique, dans les théâtres et avec des orchestres français. Sony m'apporte en outre une visibilité à laquelle je n'avais pas accès avec des maisons de disques indépendantes.

À 20 ans, puisque vous parlez d'adolescence, vous avez remporté 13 premiers prix internationaux. A-t-il été difficile de sortir de cette dynamique de concours pour vous consacrer uniquement à votre carrière ?

Cette transition n'a pas été évidente du tout car j'étais alors paradoxalement pris de passion pour les concours. J'avais une vision un peu naïve d'enfant et je trouvais cela très amusant. Aujourd'hui, je me rends compte que le mariage entre compétition et musique n'est pas le meilleur, mais les concours sont malgré tout un passage obligé pour se faire connaître, gagner un peu d'argent, et espérer ensuite avoir accès à de grandes scènes. Quoi qu'il en soit, avec ma mentalité de grand enfant j'allais de concours en concours comme un sportif construit sa carrière de match en match. Puis, à 20 ans, j'ai compris que cette course aux concours devait prendre fin. Cette rupture a été d'autant plus difficile que l'approche d'un concours n'est pas celle d'un concert. L'éducation que j'ai reçue et ma forte personnalité ont fait que, très tôt, je me suis complètement investi dans mes interprétations en suivant ma propre sensibilité. Or, il n'est pas toujours bon de proposer dans un concours une interprétation différente d'une œuvre, car cela vous fait passer pour un orgueilleux qui prétend imprimer sa marque là où on ne lui demande pas. Je refrénais donc ma personnalité afin de ne pas trop choquer et, c'est à partir de l'âge de 20 ans que j'ai réellement commencé à travailler autrement en m'impliquant de façon plus personnelle dans mon jeu. C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à développer ma philosophie et à décider du chemin à suivre plutôt qu'un autre. C'est ainsi que je suis passé d'un travail plutôt axé sur la performance à une démarche plus raisonnée, qui m'a du reste passionné. J'ai toujours été guidé et soutenu par mon père et, à cette époque, je me souviens avoir commencé à réfléchir sérieusement par moi-même…

 

Thibault Cauvin en tournée en Asie.  D.R.

Puis, vous avez plongé tête baissée dans une autre dynamique : celles des concerts…

Tout à fait, et je me suis retrouvé à voyager de ville en ville, de concert en concert, et à passer beaucoup de temps dans les avions. C'est d'ailleurs durant ces nombreux vols que je réfléchissais beaucoup et, en particulier, à m'assurer que la vie que je menais était bien celle que j'avais choisie. Oui, l'âge de 20 ans a marqué une vraie transition dans ma vie.

<i>Cities</i>, le précédent album de Thibault Cauvin…

En 2012, vous avez été agressé à Bordeaux et vous avez reçu un coup de couteau au visage. Cet épisode choquant a-t-il modifié votre manière de jouer ?

C'est une question difficile, mais je crois, somme toute, avoir plutôt bien vécu cet épisode. Je suis conscient d'avoir eu de la chance dans ce petit malheur car je n'ai subi aucune conséquence grave suite à cette agression. J'étais balafré et, esthétiquement, c'était gênant. Mais la douleur était tout à fait supportable. Il est vrai que cet événement aurait pu déclencher en moi un certain nombre de questions, mais la force de caractère que je me suis forgée au fil des expériences nombreuses auxquelles j'ai été confronté très tôt, m'a permis d'occulter facilement cette mésaventure. Cette agression s'est produite pendant l'enregistrement de Cities, alors que j'allais au studio… Le soir, le visage tout enflé, je m'y suis rendu comme prévu pour travailler sur le son. Nous sommes restés au studio jusqu'à 2h du matin. De telle sorte que, épaulé par mon père qui s'entend très bien à dédramatiser les situations, l'agression est très vite passée au second plan.

Thibault Cauvin au fil des années…




Il suffit de regarder vos photos sur Google pour voir que vous avez souvent changé de look. Comment gérez-vous votre image de musicien ?

Je pense tout d'abord que l'apparence d'un musicien est relativement importante, comme un cadeau qui est d'autant plus plaisant à recevoir que le paquet est joli. L'emballage ne remet aucunement en question la qualité du cadeau, mais s'il est attractif, je pense que c'est encore mieux. Ensuite, mon souhait est d'attirer un public venant d'autres horizons que celui acquis à la musique classique. Alors je crois qu'il est important d'utiliser quelque peu les mêmes armes que les autres genres de musique. Il suffit de constater l'importance de l'image dans la pop ou le rock ! Sans aller jusque-là, je suis favorable aux belles affiches et aux jolies photos, comme à une présentation soignée sur scène. Aujourd'hui, on est habitué à zapper continuellement, à la télé, à la radio, dans les journaux… La diversité est telle que, si l'on veut capter les oreilles des gens, il faut aussi capter leurs yeux. Encore une fois, l'apparence ne doit absolument pas prendre le pas sur la qualité musicale mais c'est aussi un plaisir que de gérer cela, un plaisir mesuré, bien sûr. Quant à la multiplicité de mes looks sur Internet, cela vient du fait que j'ai commencé ma carrière assez tôt et les photos que l'on peut trouver couvrent mon évolution depuis les délires de l'adolescence à aujourd'hui. D'où ces styles assez différents…

 

Thibault Cauvin en coulisses à Moscou.  D.R.

Vous parlez de publics diversifiés. Composez-vous vos programmes de concert en fonction des différents publics qui viennent vous écouter ?

Pas trop, je compose davantage mes programmes en fonction de mes envies du moment et de mon ressenti. Lorsque je conçois un projet j'aime pouvoir le présenter aussi bien en Afrique, que lors d'un concert en plein air ou dans une grande salle de musique classique aux États-Unis, que ce soit pour un public d'initiés ou constitué de personnes qui ont peu l'habitude du concert classique. En revanche, j'ai davantage tendance à adapter ma manière de jouer et de vivre sur scène en fonction du public pour lequel je joue. Je crois que ma manière d'envisager ce comportement est très proche d'une personne qui n'aura pas la même contenance face à un ambassadeur et face à un pêcheur. Elle s'adapte quelque peu à son interlocuteur sans pour autant trahir qui elle est.Dans le documentaire <i>Tibault Cauvin's Across China</i>, paru en DVD, la caméra de Nicolas Pierre Morin suit la tournée du guitariste en Chine…

Vous jouez en Asie. Le public est-il différent ?

Le public chinois et le public japonais n'ont rien à voir. Cependant la musique classique n'a pas la même image en Asie, dans la mesure où elle est libérée des qualificatifs de "ringard" et "faite pour les vieux intellos" que lui attribuent parfois les jeunes en Europe. Lorsque je joue en Corée, le public est jeune, la télé est présente, et cela me donne l'impression de participer à un concert de rock ! En Asie, il y a en définitive moins d'a priori accolés à la musique classique. C'est, pour moi, la caractéristique commune qui peut s'appliquer à des peuples par ailleurs très différents.

Vous avez été récemment élu Ambassadeur de Bordeaux Métropole. Comment pensez-vous promouvoir votre ville de naissance à l'international ?

2013 est décidément une belle année pour moi ! J'étais à la fois fier et très touché que l'on me confie cette mission car Bordeaux est ma ville mais aussi une ville que j'adore et qui, je le crois, revêt un très fort intérêt culturel. Mais ce rôle est en définitive assez restreint et consiste surtout à parler de cette ville avec amour comme je le faisais déjà auparavant, et à dire combien j'apprécie Bordeaux, que j'y suis né, que j'y ai fait mes études et que ma vie musicale a démarré dans cette ville.

 

Masterclass de Thibault Cauvin à Tokyo.  D.R.

Vous donnez des masterclasses de par le monde. Quel est votre rapport à la pédagogie et à l'enseignement ?

Je donne beaucoup de masterclasses, c'est vrai, mais je n'ai jamais eu d'élève. Je n'ai aucun poste d'enseignant et la pédagogie sur la durée m'intéresse moins, aujourd'hui en tout cas. En revanche j'apprécie ces rencontres ponctuelles et le plus souvent uniques, dans le cadre d'une masterclass. L'échange m'intéresse beaucoup car, de la manière dont jouent devant moi des guitaristes de très bon niveau, j'apprends aussi sur l'enseignement qu'ils ont reçu, et cela dans des pays très différents. Ce que j'essaye d'apporter est ce dont l'instrumentiste a besoin au moment où je le rencontre. Très souvent, les musiciens qui s'inscrivent à une masterclass se trouvent à une sorte de carrefour, dans l'attente de choisir une direction. Dans la mesure de mes capacités, j'essaye humblement de les aider à choisir ce qui leur convient. Cette direction est le plus souvent musicale, mais elle peut porter parfois également sur des choix de carrière ou des questions diverses comme préparer un concours ou non, comment l'appréhender, comment se préparer pour la scène… Toutes ces questions paramusicales m'intéressent aussi.

Le luthier espagnol Antonio Bernal doit créer 2 modèles de guitares qui vont porter votre nom. Qu'ont-ils de particulier ?

Ces instruments devraient bientôt être commercialisés, sans doute en décembre. Je retourne d'ailleurs à Séville dans quelques jours pour avancer sur ce projet. Antonio Bernal, comme Jean-Luc Joie, est un luthier traditionnel qui s'inscrit de plain-pied dans l'histoire de la lutherie espagnole mais qui porte aussi ce souhait de modernisme et de renouveau qui me plaît particulièrement. Nous travaillons en ce moment sur deux guitares classiques : une s'adressera aux guitaristes débutants ou qui ont quelques années de pratique, et l'autre sera un modèle de concert. Nous essayons de regrouper sur ces deux instruments les qualités qui me sont chères comme les couleurs, l'égalité, la puissance… Finalement, ce que les musiciens recherchent en général sur une guitare. Tout cela avec une esthétique qui combine l'aspect traditionnel espagnol à des touches modernes. Ces instruments représentent en quelque sorte ma philosophie faite de respect et d'amour pour tout ce qui a été produit dans le passé et de volonté d'apporter quelque chose en plus afin de prolonger l'évolution de la guitare.

 

Thibault Cauvin photographié en coulisses à San Francisco.  D.R.

Pensez-vous que la guitare classique puisse encore évoluer ?

Je le pense vraiment, et c'est ce qu'elle a fait ces dernières années. La guitare classique est un instrument relativement jeune par rapport à d'autres instruments. Contrairement au violon ou au piano, la guitare n'a que quelques décennies, et nous nous situons actuellement en plein dans une phase d'évolution, autant au niveau des interprètes que des luthiers, mais aussi et surtout au niveau des compositeurs. La guitare n'existait pas au temps de Mozart ou de Beethoven, alors il faut trouver chez les compositeurs contemporains les génies d'aujourd'hui et de demain. C'est en tout cas ce à quoi je m'emploie. De par ses cousinages avec le guitariste électrique de rock, le guitariste manouche et celui de jazz, la guitare classique bénéficie d'une dimension éclectique extraordinaire, bien supérieure à celle de nombreux autres instruments. Dans tous les pays, on trouve toujours une guitare dans la musique populaire. Tout ceci fait que les compositeurs ont à leur disposition une large palette d'expression et d'inspiration. De plus, le mot "guitare" résonne en chacun de nous. Tout le monde connaît de près ou de loin quelqu'un qui est guitariste, et cela permet de toucher ou d'attirer l'attention d'un grand nombre de personnes sur l'instrument. C'est en tout cas une grande chance pour la guitare et j'ai vraiment envie de me saisir de cette fabuleuse opportunité pour m'exprimer.

Thibault Cauvin.  © Bernard Benant/Sony Classical

Quelles dates importantes vous attendent prochainement ?

Je vais encore beaucoup voyager, ce qui me réjouit. Tout d'abord, comme je vous l'ai dit, je joue dans deux jours près de San Francisco. Puis, j'aurai la chance de retourner en Chine. C'est un réel plaisir car j'aime beaucoup jouer en Asie. Ensuite, je jouerai en Géorgie, un pays que je vais découvrir à cette occasion. Je vais aussi participer aux Internationales de la guitare 2013 à Montpellier, ainsi qu'au Festival de Guitare d'Issoudun, qui sont deux festivals tous styles. En France, je jouerai également à Guyancourt. Tout cela avant Noël…





Propos recueillis par Philippe Banel
Le 4 septembre 2013



Pour en savoir plus sur Thibault Cauvin et ses concerts :

www.thibaultcauvin.com

 

Mots-clés

Domenico Scarlatti
Jean-Luc Joie
Thibault Cauvin

Index des mots-clés

Vidéo

Thibault Cauvin – Scarlatti Sonate K377

Imprimer cette page

Imprimer

Envoyer cette page à un(e) ami(e)

Envoyer

Tutti Ovation
Wozzeck mis en scène par Andreas Homoki - Tutti Ovation
Saul mis en scène par Barrie Kosky à Glyndebourne, Tutti Ovation
Adam's Passion d'Arvo Pärt mis en scène par Robert Wilson - Tutti Ovation
L'Elixir d'amour - Baden-Baden 2012 - Tutti Ovation
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg - Salzbourg 2013 - Tutti Ovation

Se connecter

S'identifier

 

Mot de passe oublié ?

 

Vous n'êtes pas encore inscrit ?

Inscrivez-vous

Fermer

logoCe texte est la propriété de Tutti Magazine. Toute reproduction en tout ou partie est interdite quel que soit le support sans autorisation écrite de Tutti Magazine. Article L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle.