Blu-ray Jaquette de : Tristan und Isolde - Bayreuth

Distribution

Interprètes
  • Robert Dean Smith
    Tristan
  • Irène Theorin
    Isolde
  • Robert Holl
    King Marke
  • Jukka Rasilainen
    Kurwenal
  • Ralf Lukas
    Melot
  • Michelle Breedt
    Brangäne
  • Clemens Bieber
    A young sailor
  • Arnold Bezuyen
    A Shepherd
  • Martin Snell
    A Steersman
  • Bayreuth Festival Chorus
Mise en scène
Christoph Marthaler
Orchestre
Bayreuth Festival Orchestra
Chef d'orchestre
Peter Schneider
Réalisation
Michael Beyer
Origine
Festspielhaus, Bayreuth
Année
2009

Informations techniques

Nombre de disques
2
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Opus Arte
Distributeur
DistrArt Musique
Date de sortie
07/01/2010

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.0 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Espagnol
•  Français

Tristan und Isolde - Bayreuth Blu-ray

Tristan et Iseult

Note générale : 7/10

Richard Wagner

Opéra


Reprise en 2009 de la production plutôt controversée quatre ans auparavant de Christoph Marthaler et Anna Wiebrock à Bayreuth. Option théâtrale, décors, costumes et direction d’acteurs constituent autant d’éléments qui hissent généralement le temple wagnérien au niveau d’une manifestation d’un intérêt supérieur. Qu'en est-il ici ?

 

Qu’il soit bien clair que notre position n’est pas celle d'attendre que la mise en scène et les décors reproduisent à la lettre et sans aucune perspective le naturalisme auquel le compositeur songeait. Il y a déjà bien longtemps que cette option n’est plus retenue ni davantage représentative des productions contemporaines.

Dans les années 1970-1975, le théâtre a effectué sa métamorphose. Puis au cinéma, à l’opéra, sont apparues de nouvelles lectures, de nouvelles approches conceptuelles révolutionnaires qui ont fait date. Elles ont constitué un point de non-retour qui, peu à peu, a habitué le public de l’opéra, réputé conservateur, à admettre leur évidente efficacité. Mais ces combats sont maintenant datés et leur résurgence aujourd’hui a quelque chose d’éminemment suranné.

Pourtant, persiste outre-Rhin un mouvement auquel Christoph Marthaler et sa décoratrice Anna Wiebrock semblent toujours adhérer : celui du culte de la vision marquée "Allemagne de l’Est", de ses couleurs brunes et blafardes, de ses lieux vides ou figés dans le temps, et de sa bureaucratie comme métaphore de l'oppression, de l’ennui ou de la misère humaine. On a pu observer que, pour mieux l'illustrer, le mouvement s’est récemment transformé en ostalgie*, sommet de la récupération capitalistique autant que phénomène d’époque.
* Die Ostalgie : en allemand, mot composé de "Ost" (Est) et "Nostalgie".

 

Iréne Theorin, Michelle Breedt et Robert Dean Smith.  © Opus Arte

 

C’est ainsi, imprégnés d’ostalgie théâtrale, que Christoph Marthaler et Anna Wiebrock nous proposent leur Tristan. On retrouve ainsi en guise d’Isolde, la dame d’allure rondouillarde, transfuge d’un personnage de Tatie, et en Tristan, le fonctionnaire d’état dépressif à l’imperméable inusable et au double menton ! Autant dire qu’à nos yeux, cela ne marche pas, ne marche plus ; cela nous rappelle rappelle surtout une forme de routine, celle des murs en plaques de plâtre et des éclairages au néon, comme lors du bien triste centenaire d'Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas à l’Opéra de Paris, mis en scène par et dans les décors de la même Anna Wiebrock. Soulignons que nous avons pourtant pu encore récemment applaudir les splendides productions parisiennes de Káta Kabanová et de Wozzeck signées Christoph Marthaler.

On a bien compris que les auteurs de ce Tristan visaient à rendre lisible la notion de dimension intérieure ; cela est toutefois réputé impossible à restituer au théâtre, sur scène, et sans doute encore moins à l’opéra en raison de la distance, du chant et de l’orchestre jouant comme autant de "philtres".


Robert Dean Smith et Iréne Theorin.  © Opus ArteMais ce ne sont sûrement pas ces images d’une écrasante banalité qui pourront s’en charger, tant elles sont lourdes, matérielles, prégnantes et n’autorisent guère la construction intérieure qu’elles convoitent.
Au contraire, une telle lecture en vient à "polluer" véritablement l’écoute qu’elle attaque comme la corrosion attaque le métal. L’ouïe se trouve alors en quasi-schizophrénie permanente à entendre ce que la vue ne perçoit pas, et le réflexe irrépressible de détourner le regard s’installe pour ne plus être contrarié dans son écoute. Rien n’invite moins à la distanciation ni au travail de l’imagination.
Un exemple : au cours du duo de l'Acte II, la caméra nous offre l’image d’un couple dégoulinant de sueur aux poses supposées lascives. Puis Isolde retire ses gants comme Marylin simulerait un strip-tease au milieu de la salle vide d’un improbable paquebot. Partant, les appels de Brangäne - invisible, ici - ne sont plus cette évasion musicale surnaturelle mais revêtent tout à coup la fadeur de moments surannés, aussi pâles que la couleur brunâtre des murs.

La distribution vocale est pourtant dans l’ensemble plutôt réussie. Le Tristan de Robert Dean Smith possède une charpente vocale solide et apporte la preuve incontestable qu’il possède la carrure du rôle. Sur le plan de la couleur vocale, qu’on rapproche parfois de celle d’un James King – il n’a d’ailleurs pas chanté le rôle -, son Tristan revêt bien le caractère héroïque qui lui est indispensable. Son monologue de l'Acte III est poignant. Il possède incontestablement mieux les moyens du rôle que Robert Gambill que nous avons récemment évoqué à propos d’une autre production. (Lire le test de ce Blu-ray)
 
Iréne Theorin et Robert Dean Smith.  © Opus ArteL’Isolde d’Irène Theorin ne manque pas de qualités : elle est une fort belle musicienne et possède incontestablement la voix possible pour le rôle. Son grand monologue au milieu de l’Acte I est tout simplement superbe. La soprano danoise a d’ailleurs étudié avec plusieurs professeurs de premier ordre, dont Birgit Nilsson. Il demeure cependant difficile de croire à sa dimension amoureuse, quand elle doit physiquement se limiter à quelques expressions distantes, enamourées et souvent perçues comme non sincères.

Brangäne est chantée par la mezzo-soprano sud-africaine Michelle Breedt. On a bien du mal à prendre le recul nécessaire à la vue du personnage quelconque voire trivial de cette "assistante" d’Isolde à grosses lunettes et gilet mauve serré sur une forte poitrine, pour apprécier la musicalité de l'artiste. Voix superbe, nuances subtiles, elle est pourtant ici parfaitement distribuée.

Robert Hall campe un roi Marke plutôt vieillissant mais dont la grande musicalité et le timbre sonore se révèlent une nouvelle fois efficaces. Mais sa présence en scène et le jeu qu’il doit adopter appesantissent la langueur du grand monologue de l’Acte II "Tatest Du’s wirklich" autant que l’âge du personnage, élément que l'on regrette de trouver en Marke.

Kurwenal est confié à Jukka Rasilainen. Certes son intervention à l'Acte I "Auf ! Auf ! Ihr Frauen" est un peu rustre, mais elle est en vérité conforme à l'attitude qui habite le personnage à ce stade de l’ouvrage. C’est à l'Acte III qu’il révèle une présence dramatique plus élaborée dans "Endlich leben o leben" qui fait du rôle une merveilleuse synthèse d’expressions musicales, tour à tour mélodiste et héroïque. On admettra toutefois qu’on a entendu plus de raffinement pour ce rôle, y compris de la part de Jukka Rasilainen lui-même. Il compense fort heureusement une certaine rugosité constante par un jeu très élaboré et crédible.

Iréne Theorin et Robert Dean Smith. © Opus ArteOn ne sera pas surpris de l’engagement de l’orchestre dans la fosse de Bayreuth.
Les musiciens, on le sait, sont des habitués du lieu et connaissent remarquablement le répertoire.
On attend donc du chef de vraies intentions expressives, une narration, un déroulé du drame à la tête de son principal acteur : l’orchestre. L'Acte I dirigé par Peter Schneider est à ce titre plutôt réussi et reflète généreusement la forme tourmentée que prend le grand duo d’Isolde et Brangäne qui précède l’arrivée de Tristan. Comme dans la première partie de l'Acte II, sa direction est vive, ses tempi sont plutôt rapides, sa force dramatique est évidente et la fluidité du débit musical en parfaite harmonie avec le plateau. On regrettera cependant un duo d’amour qui n’atteint pas l’ivresse, à cause justement d’un tempo globalement trop rapide et d’une relative négligence de l’aspect chambriste, extatique, des appels de Brangäne et du duo qui sépare les protagonistes. De fait, en dépit de ses mérites, la direction ne parvient pas à nous transporter d’enthousiasme et ne peut sûrement pas rivaliser avec celles de plusieurs chefs qui ont dirigé de mémorables Tristan en ces lieux : Sawalisch, Böhm et Barenboim, notamment.

Plus que tout, en regardant ces images, il demeure bien difficile d’adhérer, d’entendre ce tourment intérieur et de se résoudre à admettre que la musique de Wagner fait le reste…

Une remarque pour conclure : l'absence surprenante des auteurs de la production du présent Tristan lors des saluts à la fin du spectacle !


À noter : Ce Blu-ray contient une option exclusive qui permet de voir le chef d'orchestre diriger la totalité de l'opéra.

 

 

 

Lire le test du DVD.

Gilles Delatronchette

Suppléments du Blu-ray

Sur le disque 1, en Haute Définition :


- Synopsis (anglais, avec sous-titres français, allemands et espagnols).
- Photos de la distribution.
- Sur fond de musique jazzie plutôt déplacée, le reportage Kinder macht was Neues (Les Enfants font quelque chose de nouveau) nous présente le Bayreuth que l’on doit comprendre être celui des enfants descendants de Wagner, jusqu’aux plus récentes générations qui dirigent aujourd’hui le Festival. On aperçoit d’ailleurs furtivement Katarina Wagner, co-directrice actuelle avec Eva Wagner. Ce reportage n’a finalement d'autre intérêt que d’entendre Anna Wiebrock expliquer sa démarche et d’assister à quelques répétitions d’orchestre, y compris dans la grande salle.
On découvre alors "l’abîme mystique", cette fosse d’orchestre légendaire, qui offre une vue imprenable sur sa célèbre particularité dont Wagner est à l’origine : elle se glisse véritablement sous le plateau. Il en résulte une qualité acoustique incroyable, unique et exceptionnelle de lisibilité, qui permet aux chanteurs de ne pas devoir forcer sur la dynamique pour se faire entendre alors que l’orchestre se déchaîne "sous" eux et non "devant" (stéréo PCM, 27').

À noter : Ce document, parlé en allemand et anglais, est uniquement sous-titré en anglais.

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

L'Acte I propose des couleurs plutôt ternes et tristes que le master HD reproduit fidèlement. Mais il ne peut créer un contraste là où il en existe si peu en raison des choix artistiques.
Dans l'Acte II, couleurs et luminosité sont tout autres et l'image devient superbe. Les menus détails jaillissent de l'écran, les contrastes deviennent profonds et le plaisir du visionnage est total.
L'Acte III marque un retour à la grisaille et au blanc très lumineux. Le master s'accommode brillamment de cette violente opposition et restitue avec la même maestria la richesse des détails.
La vignette optionnelle proposant de voir le chef diriger l'orchestre en parallèle au déroulement de l'opéra nous semble un peu petite. Mais pouvait-on faire autrement sans phagocyter l'image principale ? Située en bas de l'écran, à droite des sous-titres optionnels, elle occupe sans doute à ce titre la meilleure place.

Son

La piste 5.0 est un modèle de musicalité et de dosage. L'orchestre, splendide, est reproduit avec une extrême définition des pupitres, toujours discernables y compris dans les forte. Sa dynamique est à la hauteur des contrastes wagnériens. Les voix sont projetées avec une belle intelligibilité et ne se retrouvent jamais noyées dans la masse d'un orchestre pourtant omniprésent. On regrettera seulement quelques bruits de scène trop réalistes qui viennent perturber le confort musical. Mais la mise en scène en est responsable…
La piste stéréo reproduit avec un semblable bonheur cet équilibre voix/orchestre associé à une très bonne clarté. Elle manque toutefois d'un peu de corps et de richesse dans les harmoniques.
De même, la dynamique se montre plus réservée qu'en multicanal et l'immersion sonore s'opère de façon bien plus timide. Mais la musicalité procure une belle écoute pour un plaisir de mélomane bien réel même si moins complet.

Note technique : 9/10

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