L’Ensemble Wien-Berlin a été fondé en 1983 par le bassoniste Milan Turković qui prouvait une fois de plus qu’il avait plus une corde à son arc, lui qui, en marge de ses activités très appréciées de soliste, jouait simultanément dans le Symphonique de Vienne et le Concentus Musicus Wien de Nikolaus Harnoncourt. C’est ainsi la grande tradition germanique des ensembles à vent qui s’associait en 1986 avec l’américain James Levine. Une association étrange sur le papier, mais ô combien efficiente en réalité, tant la musique faite par de vrais musiciens dépasse les frontières. En vérité, James Levine est, entre autres, un mozartien convaincu et sa connaissance et son amour de ce langage ne pouvaient que se marier idéalement avec le discours naturel de ces musiciens tombés tout petits dans la marmite viennoise. L’écoute entre les artistes est de chaque instant et le réalisateur Jean-Pierre Ponnelle, metteur en scène bien connu, adopte de facto une approche très distanciée, sans recherche particulière, ce qui est plutôt rare chez lui.

On s’interrogera cependant sur la disposition des musiciens. Dans le Quintette pour piano et vents K.452, le fait de placer le pianiste sur le devant de la "scène" est propice à la fois à la vision et à l’échange en accord avec cette pièce. En revanche, le Quintette op. 16 de Beethoven se présentant plutôt comme une sorte de concerto pour piano avec accompagnement de vents, on se demande bien d’où est venue l’idée de cette disposition où l’ensemble à vent tourne le dos au pianiste, à l’inverse du Mozart. On n’en ressent que davantage d’admiration pour ces musiciens qui ont réussi à donner corps à cette pièce malgré ces conditions et à nous emporter dans un monde de poésie et de fluidité, qui ne sombre jamais dans la routine ni la mièvrerie, le véritable danger dans ce répertoire.
Au contraire, le toucher du pianiste est délicatement ciselé, naturel et évident, mais jamais facile et répond idéalement à la rigueur teintée d’humanité des vents.
Un exemple d’équilibre, de pensée, mais surtout de musique…
Jérémie Noyer







































