
Une fois encore, le Gewandhausorchester Leipzig atteint des sommets de perfection. Du reste le public, connaisseur et de toute évidence doué d’une vraie culture musicale, lui réserve un accueil particulièrement chaleureux en fin de programme. Non seulement chaque pupitre rivalise d’excellence musicale - cor anglais, piccolo, trombones et violoncelles, notamment - mais c’est toujours et seulement dans un axe de conception sonore globale que s'exprime l'orchestre, comme constamment inspiré par lui-même. C’est un subtil régal puisqu’à ce titre, il prend un peu le contre-pied du courant actuel au sein duquel les plus grands orchestres gagnent et préservent leur crédit par la juxtaposition de talents remarquables mais plus enclins à l'expression personnelle que collective.
Riccardo Chailly se lance dans le combat de cette monumentale Symphonie No. 2 avec l’engagement sincère et approprié qui est le sien. À l’évidence, sa démarche est irréprochable tant sa conception de la partition se montre constamment. Il en souligne à ce titre, les appels ou les singularités dont seul le déroulement de l’ouvrage dans sa longueur nous révèle le sens. Il recherche et trouve sans aucun doute sa propre spiritualité, et on le devine à sa capacité à se concentrer ou plus certainement à se replier sur lui-même. La narration est bien là et le paysage musical se répand comme un fleuve. Mais que nous transmet-il vraiment sur le plan du ressenti ? Le tempo, par exemple au 1er mouvement, est sans empressement et l’on se demande bientôt si on ne se perd pas dans le discours et dans l’invraisemblable abondance de verbe. C’est probablement là qu’apparaît la limite du chef dont on ne peut pas dire, outre la perfection qu’il obtient, qu’il parvient à nous bouleverser. Son engagement n’est finalement que peu communicatif car il choisit de rester en deçà de l’enthousiasme ou du feu qui brûle à chaque ligne ou presque de la partition.

Certes le 3e mouvement, le fameux Scherzo qui inspirera hautement Luciano Berio pour sa merveilleuse Sinfonia, présente bien tout le moelleux requis et son balancement léger nous berce. Mais là non plus, point de mystère révélé, point d’évidente truculence dont la partition regorge pourtant. Avec le recul nécessaire, l’écoute deviendrait presque fastidieuse si elle n’offrait pas le confort moelleux et bienveillant des timbres et du jeu si merveilleusement collectif de l’orchestre du Gewandhaus.
Sarah Connolly fait merveille dans son Urlicht. Son timbre est somptueux, sa musicalité exquise. Elle forme avec Christiane Oelze, magnifique musicienne elle aussi, un duo de premier rang.
Le dernier mouvement de la Symphonie est un long périple de l’ombre vers la lumière. Une fois encore les tempi de Chailly filtrent avec une lenteur qui ne rompt certes jamais le discours, mais qui pousse à l’extrême le jeu des musiciens, le souffle des chanteurs et celui des chœurs. Il en ressort pourtant une plénitude sonore incomparable qui fait étinceler de tous ses feux un orchestre et des chœurs de rêve. Ces derniers atteignent dans le dernier volet du chef-d’œuvre, une perfection musicale, une cohésion qu’il nous a rarement été donné d’entendre.


Mais quel choix étrange que ces dessins aux contours presque approximatifs et qui baignent dans un expressionnisme à la naïveté visuelle déconcertante pour illustrer Mahler sur les digipacks. Certes le peintre Neo Rauch est citoyen de Leipzig, mais ses illustrations n’apparaissent pas ici à la hauteur des sujets qu’elles accompagnent.
Comme pour la Symphonie No. 8, avec le même orchestre, on remarque tant la qualité de la prise de son, que l’efficacité des prises de vues, jamais troublantes pour notre concentration et accompagnant avec une belle humanité le jeu des musiciens. À ce titre, comme pour le travail de qualité supérieure sinon superlative de tous les artistes, on doit parler ici d’une vraie réussite.
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Gilles Delatronchette












































