
Il s’agit ici d’une version française de l'opérette de Johann Strauss fils La Chauve-souris, créée en 1874 et traduite d'un texte allemand, lui-même adaptation d'un vaudeville écrit par les auteurs de Carmen, les célèbres Henri Meilhac et Ludovic Halévy. De chauve-souris, il n'est du reste question que pour évoquer une farce antérieure à l'action qui se déroule sous nos yeux : un surnom donné à l’un des personnages, qui cherchera à se venger de cette moquerie. De fait, cette opérette aurait peut-être dû s'intituler "La Revanche de la chauve-souris"…
Dès l'Ouverture que dirige George Sebastian, nous nous trouvons projeté dans la tradition française. En effet, la valse perd ce balancement "à la viennoise", et Sebastian va tout droit en évitant les finesses de ralentis et de nuances pourtant chers à l'œuvre straussienne… Mais pourquoi pas ?
D'autant que, dès l'Acte I, on entre de plain-pied dans le vaudeville grâce au talent des interprètes réunis en un plateau très homogène, avec notamment les belles voix d'Andrée Esposito, Anne-Marie Sanial, Michel Roux et Michel Trempon.

L'action est rapide, bien menée et mise en valeur par la mise en scène dynamique de Jean-Pierre Grenier. Les somptueux costumes et décors d'époque, signés par André Levasseur, font oublier une prise de son très irrégulière quant aux niveaux sonores très inégaux. Mais ne perdons pas de vue que cette captation de 1973 sort des archives de l'INA et fait partie de notre patrimoine tant musical que télévisuel.
En revanche, on déchantera à l'Acte II dès l'intervention des chœurs qui créent une belle pagaille avec l'orchestre. Chacun chante pour soi. Est-ce là l'effet de la mise en scène ou de l'imprécision parfois visible de la gestique de Sebastian ? Le fait est que les oreilles sensibles devront se montrer très indulgentes vis-à-vis des ensembles vocaux jusqu'à la fin de l'œuvre. Là encore, la prise de son continue d’être extrêmement irrégulière, passant d’interventions tonitruantes à d’autres trop discrètes.
Cet Acte II est en revanche, lui aussi, rondement mené au plan de la mise en scène, et agréable à regarder grâce aux couleurs vives des décors et costumes.
L'Acte III est pour moitié consacré aux numéros d'ivrognes des trois personnages masculins essentiels, rôles entièrement dialogués : notre patience s'en trouve rudement mise à contribution et on en oublierait presque la musique, qui reprend enfin droit de cité au bout d'environ 20 longues minutes.
L’opérette se termine alors dans une accélération soudaine de l’action, et l’intrigue se dénouera très vite, sans surprise.

Cependant, globalement, cette version enregistrée à l'Opéra de Monte-Carlo vaut le coup d'œil et constitue, grâce à des décors et des costumes de toute beauté - merci André Levasseur ! -, un bon divertissement, comme c'est le rôle de l'opérette, même si la qualité musicale et sonore n’est pas à la hauteur de l'aspect visuel.
On notera cependant l’excellente performance vocale des trois personnages principaux dont les rôles sont tenus par Andrée Esposito, Anne-Marie Sanial et Michel Trempon, tous trois au plus près de leur personnage.
Daniel Barda



























































