
Il est en effet rare que l'on retienne en premier lieu dans une représentation d'opéra la mise en scène. Or, après la vision de ce Maria Stuarda, 47e opéra de Donizetti, c'est bien ce qui se produit. Toute la production présentée sur la scène de La Fenice est le travail d'un seul homme : Denis Krief. Décors, lumières, costumes et déplacements sont pensés comme un tout remarquablement intelligent.
L'accent est mis sur le modernisme d'espaces séparés par des parallélépipèdes de différentes tailles délimitant des chemins étroits où se meuvent les protagonistes en fonction de leurs rapports dramatiques. Ainsi, ils peuvent facilement ou avec difficulté se rencontrer ou s'éloigner selon la nécessité et emprunter des circuits spécifiques. De plus, cette abstraction géométrique est magnifiée par des couleurs superbes, là aussi utilisées en rapport avec l'action : le jaune correspond à la jalousie, le vert symbolise le parc et l'évocation des souvenirs heureux, le rouge criard l'exécution, etc. Les costumes participent également à cette mise en scène des teintes avec la même attention. Ils ne rappellent pas une époque précise mais sont conçus avec élégance et goût.

Vocalement, Maria Stuarda demande deux grands tempéraments féminins. Nous les trouvons en Fiorenza Cedolins pour le rôle-titre (soprano) et Sonia Ganassi (mezzo) qui incarne la Reine Elisabeth, que nous avions déjà eu l'occasion d'apprécier dans le Don Carlo de Verdi dirigé par Antonio Pappano.
Fiorenza Cedolins met du temps à chauffer sa voix, et elle n'atteindra la plénitude de son chant qu'à l'Acte II. La voix prendra alors une belle couleur, gagnera en sûreté dans les aigus et en abattage dans les vocalises. Toute la fin du second Acte lui est consacrée et elle ne décevra pas les amateurs de grand chant héroïque.
Sonia Ganassi est en place dès l'Acte I : à l'aise dans son rôle de femme jalouse (comme dans Don Carlo), la puissance et l'expressivité sont au rendez-vous.

Les chanteurs sont très bien représentés par les voix graves de Mirco Palazzi en Talbot et Marco Caria en Cecil, avec une préférence pour le premier. Le jeu de scène reste assez limité et stéréotypé, mais les deux interprètes compensent avec leur voix. L'organe de Mirco Palazzi assure du reste à lui seul une présence forte et puissante quasiment autosuffisante. Son habit de prêtre peut surprendre, mais il convient bien à son rôle de confident et d'intermédiaire que lui attribue l'opéra.
En revanche, le ténor José Bros possède une voix de tête désagréable, vibrante dans les aigus, et le rôle important de Roberto di Leicester ne fait pas le poids face à ses partenaires féminines et encore moins avec le reste de la distribution.
Quant aux chœurs, ils se contentent d'assurer le minimum vital et restent quelque peu engoncés dans des déplacements standardisés sans intérêt.
Si de nombreux points positifs ont retenu notre attention, cette Maria Stuarda ne donne pas nécessairement envie d'y retourner. On ne peut pas faire grief à la direction de Fabrizio Carminati d'embourber la partition dans une direction très classique, mais le style de Donizetti paraît rebattu, extrêmement prévisible dans son écriture et dans ses effets, et un léger ennui s'en dégage, faute de surprises et de grands frissons.
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Nicolas Mesnier-Nature













































