Ce DVD propose en fait quatre films : les deux Concertos pour piano de Mozart enregistrés à Abbey Road, que nous avons fait le choix de critiquer tout d'abord, et un documentaire consacré à chaque Concerto, alternant répétitions et enregistrement. Nous avons placé ces deux films dans la section Suppléments.

Musicalement, David Fray s'inscrit dans un courant plutôt traditionnel. Cependant, loin d'être ennuyeux, le jeu du pianiste met ici à profit les qualités d'un piano Steinway pour faire ressortir sa délicatesse de toucher. Il effleure les touches là où il faut, conduit les phrases et mène ses nuances en bonne intelligence avec un chef à l’écoute. L'intention est de trouver un équilibre entre le théâtre un peu démonstratif et l'expression plus intime des sentiments, propre à la dernière période d'écriture de Mozart. Cela, David Fray l'a bien compris. Les quelques libertés prises sur certains phrasés joués staccato au lieu de legato comme l'indique la partition ne nuisent en rien à l'intelligence de l'ensemble et à sa cohérence. Les variations intrinsèques à l'interprétation et consistant en notes rajoutées ou en broderies sont en accord avec l'esprit d'une certaine liberté laissée au soliste telle qu'elle pouvait exister du temps de Mozart et chez certains interprètes doués d'une forte imagination, comme par exemple Christian Zacharias ou Cyprien Katsaris. Cette fantaisie se développe dans des cadences personnelles bien menées. La sûreté du geste et sa vérité n'ôtent aucune intensité à la musique de Mozart, bien au contraire.
L'orchestre dirigé par Jaap van Zweden, en effectif raisonnable bien qu'issu d'un ensemble philharmonique, ne prend jamais le pas sur le soliste et tous les deux jouent et collaborent avec équilibre dans les intensités, reprenant les thèmes avec souplesse tout en assurant les transitions en bonne entente.
Si l'audition est donc totalement satisfaisante, le comportement auquel se livre David Fray devant son piano prête davantage à caution. En effet, il vient immédiatement à l'esprit en le voyant une comparaison avec un des phénomènes les plus controversés de l'histoire de l'interprétation : le Canadien Glenn Gould. David Fray se positionne très bas face au clavier, ce qui l'oblige ainsi à se courber disgracieusement dessus, le visage juste au-dessus des touches. Durant les parties sans soliste, l'œil de Bruno Monsaingeon capte des gestes de direction orchestrale un peu ridicules et sans véritable raison d'être. Visiblement, les très gros plans sur son visage nous le montrent marmonner les notes - mais on ne les entend pas, contrairement à son confrère canadien -. Par moments, il lui arrive de sauter de son siège lors d'accords fortissimo. Tout cela est-il sincère ou calculé ? Veut-il ainsi attirer l'attention sur lui et pourquoi le faire en plagiant maladroitement un artiste unique et inimitable ? "Faire comme" ou "se prévaloir de" n'a jamais fonctionné à long terme en matière d'Art. Le génie est unique et ne supporte pas la copie, et encore moins visuelle. Identifier son comportement à ce point à quelqu'un de très connu dans le monde de la musique classique n'a pas d'intérêt. Tout au plus fait-il illusion. Ne portons donc pas de jugement définitif et attendons ce que ce pianiste au jeu toutefois personnel fera à l'avenir.
Les caméras de Bruno Monsaingeon qui ont filmé longuement en leur temps – est-ce un hasard ? - son ami Glenn Gould, se sont installées directement dans le studio d'enregistrement d'Abbey Road à Londres. L'idée est originale de nous montrer, comme un spectateur privilégié assistant à l'enregistrement, les artistes sans leurs fracs et costumes de scène, dans leur quotidien. L'ambiance de studio, les fils qui traînent par terre, les boîtes de rangement des instruments posées contre les murs, les micros et l'impressionnante table de mixage créent une ambiance décontractée et sereine loin des tensions du direct. L'effet produit certainement une souplesse au niveau du rendu sonore de l'orchestre et du jeu en général.
Grâce à une liberté contrôlée du pianiste, des artistes détendus, un cinéaste qui connaît son affaire en matière de documentaire musical, ce DVD ne mérite pas d'être pris de haut. Et si l'attitude de David Fray peut en agacer quelques-uns, nul doute que nous ayons là un musicien de qualité que nous espérons en devenir.
Nicolas Mesnier-Nature





































