Il est habituel de coupler les deux ouvrages dans un même programme puisqu’ils constituent les deux grands chefs-d’œuvre de l’opéra vériste. Rappelons que le genre repose sur une base populaire, quasi contemporaine des auditeurs de la fin du XIXe siècle, et qu’il est à sa source italien. La composition vériste relate une action qui se déroule dans un milieu modeste où sévit la pauvreté. Cet univers s’oppose à celui qui concerne des personnages fictifs, dieux de l’opéra allemand ou figures historiques de l’opéra italien, par exemple.
Un traitement original
Cavalleria rusticana nous est proposé dans une austère production malgré ses décors imposants ; Giancarlo del Monaco, transporte l’action en Sicile, dans les carrières de marbre aux blocs imposants et tranchés comme le fil d’un rasoir. Tout est fait exclusivement de noir et de blanc, décors, costumes, éclairages afin de souligner la rudesse, l’âpreté du contexte dramatique. Les masses chorales bougent uniformément et malgré le jeu assez convaincant des artistes en scène, on ne parvient pas à sortir d’un vide scénique pesant et glacial que rien ne vient troubler. Le metteur en scène vise à donner une unité entre les deux ouvrages et recourt ainsi à d’astucieuses idées. Ainsi le Prologue de Pagliacci, dont le personnage (Tonio de Pagliacci) issu du public même joue une sorte de Monsieur Loyal, est-il placé avant l’introduction de Cavalleria rusticana qui constitue pourtant la première partie du spectacle. Son intervention se révélera heureuse pour l’un comme pour l’autre ouvrage quand il conclura la soirée par le fameux "la commedia è finità". De même, à la fin de Cavalleria rusticana le corps de Turridu poignardé se trouve-t-il transporté sur un bloc de marbre qui quitte la scène sous les yeux du public vivant et bariolé cette fois, et qui accueille dans la foulée le théâtre ambulant de Pagliacci.
Le second opéra contraste, on l’aura compris, intentionnellement avec le précédent et bien qu’étant d’un format, d’une durée et d’une dramaturgie semblables, il est à la fois son contraire et son double. Le metteur en scène transporte cette fois l’action à l’ère moderne, préindustrielle, au milieu d’une jeunesse turbulente, colorée et joyeuse. Le groupe est constitué cette fois d’individualités, groupe au sein duquel le jeu des artistes du second drame, se révèle particulièrement efficace.
Cavalleria Rusticana

La distribution est équilibrée mais on regrettera la fatigue vocale de Viorica Cortez qui vieillit prématurément le personnage de Mamma Lucia.
L’Alfio de Marco di Felice fait preuve d’une santé vocale éclatante. Le couple Violetta Urmana et Vincenzo la Scola (respectivement Santuzza et Turiddu) est magnifique vocalement et contribue à constituer une distribution de haute tenue ; les deux ouvrages sont dirigés avec brio, panache et vivacité par Jesús López Cobos.
I Pagliacci
Vladimir Galouzine (Canio) réalise la performance qu’on attend : une voix immense aux accents d’Otello, aux couleurs barytonantes et doté d’aigus foudroyants. Sa présence dramatique est simplement prodigieuse et elle justifie à elle seule l’acquisition du présent programme. Les couleurs sombres de sa puissante voix confèrent au rôle un écho si sanguin et désespéré qu’il avalise le double crime que la douleur va le conduire à commettre.
Musicienne de premier ordre, on peut regretter le timbre bien peu idiomatique de Maria Bayo en Nedda. Il est vrai que la tessiture aiguë mais aussi le caractère dramatique du rôle en rendent la distribution délicate. Elle serait probablement une magnifique Amelia du Simon Boccanegra de Verdi mais ici, elle ne trouve pas complètement sa place et, en raison d'un grave bien trop court, ne peut rendre à son rôle sa véritable dimension. On le regrettera notamment dans les quinze dernières minutes de l’opéra et dans le déséquilibre ainsi provoqué dans sa confrontation à ses partenaires, tant Carlo Guelfi, magnifique Tonio, que Vladimir Galouzine. Elle reste cependant, on le répète, une magnifique musicienne au registre aigu éclatant et léger.
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Gilles Delatronchette




- DVD 1 : Photos des interprètes.









































