Parfois, un surplus de concept a tendance à cacher en réalité une absence de concept. Comme l’explique le producteur David M. Jackson dans le livret : "Nous avons décidé de filmer les deux livres d’une manière apte à séduire le grand public qui ne connaît pas forcément Bach et serait probablement tout juste capable d’identifier le premier prélude du premier livre".
Or, le fait est qu’une telle erreur de cible et d’œuvre semble presque coupable quand on est rien moins que le chef du département musique de la BBC galloise…
En effet, quand on veut faire découvrir Bach au grand public, on ne lui impose pas nécessairement un pavé de plus de quatre heures joué sur un seul et même instrument. D’autant que le changement de lieu d’enregistrement - différents édifices, mais également différentes pièces à l’intérieur de ces édifices - n’est que de la poudre aux yeux, tant chaque réalisation se montre plate, statique et dépourvue d’imagination. Seuls quelques angles de vues intéressants viennent relancer le propos mais, trop éphémères, ils cèdent vite la place à la routine. Sans compter le fait que la visite de ces lieux choisis sur on ne sait quel critère*, se limite au minimum et ne constitue en rien un pôle d’attraction visuel pendant les récitals.
* New Art Gallery de Walsall, Palais Güell de Barcelone, Palazzio Labia de Venise et Wartbourg d’Eisenach.
Quant aux pianistes masculins, ce n’est pas leur charisme ou leur originalité qui vont attirer ce fameux "grand public". Si l’apparence guindée de Nikolai Demidenko ne laisse aucun doute sur l’absence d’imagination et l’ennui profond de son interprétation - visiblement une erreur de casting pour le répertoire bachien -, le look ringard mais finalement amusant d’Andrei Gavrilov laissait présager une certaine originalité. Mais ce n’est qu’une déception tant le jeu est plat, comme groggy, dans les mouvements lents, ou bien trop rapide et
trop uniforme dans les mouvements vifs.
La seule bonne surprise vient des interprètes féminines, avec deux artistes qui connaissent leur Bach, et qui cisèlent avec élégance chaque détail du contrepoint. Plus malicieuse que sa collègue canadienne Angela Hewitt, Joanna McGregor anime chacun de ses préludes et fugues d’un touché précis, percutant, mais jamais agressif, mettant en relief les différentes voix avec un sens consommé du discours et de sa rhétorique. Une approche à la fois vivifiante et pédagogique qui aurait gagné à être davantage mise en valeur.
En bref, un projet mal calibré, mal conçu, un peu fourre-tout, qui ne méritait pas de ressortir aujourd’hui…
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Jérémie Noyer












































