DVD Jaquette de : Siegfried (Metropolitan Opera 2011)

Distribution

Interprètes
  • Jay Hunter Morris
    Siegfried
  • Gerhard Siegel
    Mime
  • Bryn Terfel
    Der Wanderer
  • Eric Owens
    Alberich
  • Hans-Peter König
    Fafner
  • Patricia Bardon
    Erda
  • Deborah Voigt
    Brünnhilde
  • Mojca Erdmann
    Stimme des Waldvogels
Mise en scène
Robert Lepage
Orchestre
The Metropolitan Opera Orchestra
Chef d'orchestre
Fabio Luisi
Réalisation
Gary Halvorson
Origine
Metropolitan Opera
Année
2011

Informations techniques

Durée
239'
Nombre de disques
2
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
Deutsche Grammophon
Distributeur
Universal Music Classics
Date de sortie
01/10/2012

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DTS mi-débit
5.1 DTS Plein débit
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Chinois
•  Espagnol
•  Français

Siegfried (Metropolitan Opera 2011) DVD

Note générale : 8/10

Richard Wagner

Opéra


Siegfried, La deuxième journée de la Tétralogie s'appuie sur son héros éponyme, interprété ici par le ténor américain Jay Hunter Morris, venu au secours du Metropolitan Opera pour remplacer Gary Lehman au tout dernier moment. De son côté, James Levine est obligé de céder la baguette à Fabio Luisi. Ces imprévus inhérents au monde du spectacle sont l'occasion de faire le point sur cet opéra charnière dominé par une très grande théâtralité. Deborah Voigt, Bryn Terfel et Gerhard Siegel tiennent les rôles principaux de cette production de Robert Lepage enregistrée le 5 novembre 2011. Ce Siegfried est disponible en Blu-ray et DVD chez Deutsche Grammophon.

 

Acte I de <i>Siegfried</i> mis en scène par Robert Lepage au Met.  Photo : Ken Howard/Metropolitan Opera

 

Jay Hunter Morris interprète Siegfried.  Photo : Ken Howard/Metropolitan Opera

Davantage restreint au niveau du nombre de personnages - huit au total -, et tous essentiels au déroulement de l'action, Siegfried est le seul opéra de la Tétralogie à bénéficier d'une structure dramatique parfaitement équilibrée. L'ensemble de la composition est en effet dominé par le chiffre trois : trois Actes chacun divisés en trois scènes. Wotan, appelé ici le Voyageur et Siegfried sont les seuls personnages à être présents sur ces trois parties. Autant dire l'importance vitale de ces rôles et l'absolue nécessité de recourir à des chanteurs de premier ordre. Nous avions déjà salué la superbe prestation du Wotan de Bryn Terfel dans L'Or du Rhin et La Walkyrie. Dans Siegfried, le baryton-basse s'avère à nouveau un des ciments fondamentaux pour la continuité artistique du Ring. Pour l'occasion, son aspect, comme son personnage, évoluent : délaissant l'armure assez conventionnelle d'un dieu pour une tenue reflétant significativement l'homme qui voyage, Bryn Terfel nous impressionne toujours autant. L'évolution physique du rôle accompagne celle non moins importante de sa psychologie, et le chanteur parvient à faire parfaitement ressentir la lassitude et le lent déclin de celui dont la lance symbole de pouvoir sera brisée net par Siegfried. Son chant accompagne ces vicissitudes, mais parle aussi de luttes, de domination et de gloire. Sa manière d'expliciter par la voix ces transformations importantes pour l'expression du rôle mérite les plus grands éloges.

Hans-Peter König (Fafner).  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaOn le sait, Siegfried est un des rôles les plus lourds et difficiles de tout le répertoire lyrique. Il est déjà arrivé par le passé qu'il compromette la réussite artistique générale de cette deuxième journée du Ring et le début de la troisième, comme dans la production dirigée à Bayreuth par Pierre Boulez. Nous porterons, pour notre part, une impression mitigée sur le Siegfried de Jay Hunter Morris, et ceci essentiellement au niveau vocal. Sur le plan scénique, le ténor campe une espèce d'antihéros, ou du moins un héros beaucoup moins frondeur et guerrier que celui de la plupart des interprètes et que ne le veut, par moments, la partition. Dans l'opéra de Wagner, l'occasion est belle pour Siegfried de briller dans l'Air de la forge, de combattre contre le dragon, ou de jouer la surenchère sensuelle en duo avec Brünnhilde. Jay Hunter Morris nous propose, a contrario, un Siegfried davantage tourné vers la naïveté et ce, presque tout le long de l'opéra, se laissant porter par les événements, sans méchanceté, avide de connaître ses origines et curieux de se lancer dans le monde. Le grand héros blond aux yeux bleus proposé par Jay Hunter Morris n'aurait certainement pas été bienvenu au sein de l'imagerie récupérée par le troisième Reich. Sur le plan vocal, les limites du chanteur sont particulièrement apparentes : la projection de la voix comme engorgée, le souffle limité et l'émission nasale des plus désagréables donnent, par moment, l'impression que le héros est enrhumé ! Pourtant, l'intention et l'investissement sont évidents. D'aucuns pourront penser que le surhomme n'en est pas un et qu'une voix trop forte irait à l'encontre de l'image que Jay Hunter Morris donne de son personnage. Ceci dit, nous aurions préféré une meilleure prestation vocale qui n'aurait pas été incompatible avec la naïveté choisie. D'autant que les problèmes évoqués ne font que se renforcer lors des duos avec Wotan, Mime et surtout Brünnhilde.

 

Gerhard Siegel interprète le rôle de Mime dans <i>Siegfried</i> mis en scène par Robert Lepage.  Photo : Ken Howard/Metropolitan Opera


Bryn Terfel (Le Voyageur).  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaL'extraordinaire réussite du Mime de Gerhard Siegel dans L'Or du Rhin nous avait enthousiasmé. Le personnage évolue considérablement dans Siegfried : l'esclave du Nibelheim est devenu le forgeron, le "père" et l'éducateur, mais demeure aussi le lâche, le fourbe, le soumis et surtout ici le traître, celui qui cherche par tous les moyens à s'emparer de l'anneau et du pouvoir absolu. Le rôle de Mime demande ainsi une composition très théâtrale qui louvoie en permanence avec ces éléments, et dont la seule pierre d’achoppement demeure le risque de tomber dans la caricature. Gerhard Siegel évite cet écueil et dose parfaitement une gestique qui reflète idéalement les travers du frère d'Alberich. Suant, ricanant, bourré de tics, la scène des six épreuves avec Wotan (deux fois trois, comme le veut la symbolique de ce chiffre) est un grand moment de théâtre. Gerhard Siegel est parfois à la limite du "chant" mais tout cela sonne si juste que les mots avalés ou les phrases savonnées trouvent à chaque moment leur raison d'être. Nul doute qu'il vole facilement la vedette à Jay Hunter Morris.

La rencontre entre Siegfried et le dragon - alias Fafner - est plus égale. Hans-Peter König ne campe pas un être terrifiant, tout simplement parce que sa voix manque de cette profondeur qui fait du géant un être exceptionnel, fratricide et prêt à tout pour conserver anneau, trésor et donc pouvoir. Les dialogues avec Wotan et Siegfried rentrent donc davantage dans la case de la normalité que dans celle de l'exception.

 

Jay Hunter Morris (Siegfried) et Deborah Voigt (Brünnhilde).  Photo : Ken Howard/Metropolitan Opera

 

Enfin, le tant attendu finale avec Brünnhilde s'avère des plus sujet à caution. D'une part parce que les voix s'accordent bizarrement, offrant un mélange de timbres d'autant plus curieux que celui de Deborah Voigt ne fera pas que des adeptes. Il faut être toutefois honnête et préciser que la soprano américaine tient davantage la ligne vocale en modérant autant que faire se peut un vibrato pourtant toujours présent mais moins pesant. Il est vrai que la Brünnhilde de Siegfried est beaucoup moins écrasante vocalement que celle de La Walkyrie. D'autre part, scéniquement, la naïveté du héros face à l'héroïne déchue laisse un peu dubitatif en raison de l'approche trop simplette de deux êtres jouant aux adolescents en découverte de leurs sentiments. Nous aurons l'occasion, dans Le Crépuscule des Dieux, de préciser davantage leurs comportements eu égard à l'évolution de l'action.

 

Bryn Terfel et Eric Owens.  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaAbsent de La Walkyrie, l'Alberich d'Eric Owens fait un retour conforme et sans évolution notable, identique à sa prestation vocale presque trop belle pour la noirceur du personnage. Encore une fois, la confrontation d'Alberich avec Mime ou avec Wotan ne joue pas nettement en sa faveur. Seule l'évolution temporelle de l'action semble avoir marqué physiquement le personnage, comme son frère, par ailleurs. L'Erda de Patricia Bardon reste conforme à ce que nous avons déjà connu précédemment : un timbre de mezzo-soprano honnête à défaut d'être inoubliable, et une incarnation plus humaine que fantastique. Quant à l'oiseau de Mojca Erdmann, il se montre parfait dans sa légèreté et sa virtuosité volatile.

Qu'en est-il à présent de la direction de Fabio Luisi en lieu et place de James Levine ? Fondamentalement, l'impression globale laissée par l'orchestre dans les deux premiers opus de la Tétralogie ne diffère pas. L'orchestre du Met reste fidèle à lui-même, mais c'est dans le détail que l'on trouvera peut-être une différence. Un texte plus creusé, plus raffiné, d'une attention particulière à certains éléments rythmiques ou mélodiques qui se seraient volontiers fondus dans la masse avec Levine, beaucoup plus standard et consensuel envers une partition qu'il a de très nombreuses fois dirigée.

Patricia Bardon (Erda).  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaVenons-en maintenant à la mise en scène de Robert Lepage pour laquelle le mélange de tradition et de modernité a été volontairement recherché par le Metropolitan Opera. Le décor unique constitué par les fameuses vingt-quatre pales mobiles de la "machine" est toujours de mise. Mais si la lourdeur de la machinerie se fait sentir davantage dans Siegfried, les pales reçoivent en revanche des projections vidéo de plus en plus recherchées. Ainsi, la première scène représente de manière tout à fait convaincante l'antre de Mime le forgeron, contiguë à un sol automnal recouvert de feuilles mortes de toute beauté, et surtout à une source ruisselante très réaliste. Les transitions entre les scènes ou les actes sont toujours particulièrement réussies et certains effets tridimensionnels apportent par moment un plus non négligeable.
En revanche, les deux éléments animaliers de l'Acte II font contraste : d'un côté un dragon aussi réaliste que celui des monstres de vieux films en noir & blanc, et de l'autre autre un oiseau qui évolue avec agilité et efficacité d'une branche à l'autre pour finir par se retrouver porté par Siegfried. On y croit pour cet exemple sans problème. Nous nous montrerons en revanche plus circonspects devant l'ours en peluche de l'Acte I… L'idée d'une épée lumineuse pour Siegfried le forgeron produit quant à elle son effet. De plus, montrer pendant le Prélude de l'Acte I, deux scènes courtes et innovantes en flash-back très cinématographique, aide fort bien à la compréhension de l'action entre La Walkyrie et Siegfried. D'autres effets purement visuels et convaincants seront à découvrir progressivement lors du visionnage de la très belle captation de Gary Halvorson. Quant aux costumes portés par les chanteurs, nous ils nous proposent un "réalisme historique" débarrassé d'attributs de plus ou moins de bon goût, hormis le retour inattendu d'un Fafner malaisément bodybuildé tel que nous l'avions déjà vu dans L'Or du Rhin. En revanche, Erda est superbe dans sa longue robe revêtue de micas brillants comme des miroirs magnifiés par une tonalité bleutée du plus bel effet.

Jay Hunter Morris (Siegfried).  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaRéussir à monter un Siegfried parfait relève de la gageure, voire de l'impossibilité. Cette seconde journée du Ring mise en scène par Robert Lepage est un spectacle qui, visuellement, possède de nombreux atouts, au côté de quelques points faibles qui ne gêneront pas outre mesure certains spectateurs. Vocalement, cependant, l'enthousiasme des mélomanes les plus exigeants sera mitigé. Nous verrons dans le dernier opus, Le Crépuscule des Dieux, ce qu'il adviendra de la conclusion de cette grande aventure que constitue pour un théâtre et une équipe artistique la Tétralogie de Wagner.

À noter : Le DVD 1 contient les Actes I et II (5.1 DTS mi-débit, 156'39) ; le DVD 2, l'Acte III (5.1 DTS plein débit, 82'25).

 

 

Lire le test du Blu-ray Siegfried au Metropolitan Opera

 



En France, les différents opus du Ring du Met ne sont pas disponibles séparément, mais seulement en coffret DVD ou Blu-ray rassemblant les quatre éléments de la Tétralogie, accompagnés de l'excellent documentaire Wagner's Dream.

 

 

 


Retrouvez la biographie de Richard Wagner sur le site de notre partenaire Symphozik.info.

Nicolas Mesnier-Nature

Suppléments du DVD

Sur le DVD 2, en anglais stéréo DD non sous-titré, à l'exception de quelques phrases en français, sous-titrées en anglais.
- Un Nouveau Siegfried pour le Ring : Introduction de Peter Gelb, Directeur Général du Met, sur la difficulté de trouver un ténor pour le rôle de Siegfried après la défection de Gary Lehman. Nous suivons son sympathique remplaçant, Jay Hunter Morris, dans sa loge et pendant les répétitions. (11'47)
- Interviews backstage réalisées par Renée Fleming et Mary Jo Heath, animées par quelques plans de mise en place des décors, au cours desquelles chanteurs et créateurs livrent leurs impressions, le plus souvent à chaud : Jay Hunter Morris, Fabio Luisi, Eric Owens et Mojca Erdmann, Roger Parent (responsable des effets 3D du spectacle), Gerhard Siegel, Bryn Terfel, Deborah Voigt (à l'humour toujours aussi contagieux). (11'47 au total)

 

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

Le support DVD profite au mieux de la définition pointue du master d'origine HD pour afficher la sophistication de la fête visuelle concoctée par Robert Lepage et son équipe. Malheureusement, les plans larges perdent en précision, de même que les scènes peu éclairées, ce qui constitue une différence notable avec le Blu-ray de ce programme, qui montre une qualité constante. D'incroyables couleurs et de superbes projections vidéo s'affichent en permanence à l'écran. Les contrastes sont ahurissants et les éclairages scéniques parfaitement rendus. À noter : l'amusant effet relief sur l'oiseau de la forêt.

Son

La piste stéréo, large et assez profonde, permet une expression très correcte des voix et de leurs harmoniques, comme des timbres superbes de l'orchestre du Met. Les écarts de dynamique et les fort contrastes musicaux sont parfaitement rendus dans la limite du mixage 2 canaux.
Le mixage 5.1, en comparaison, apporte immédiatement un supplément de vie en creusant une importante distance entre la projection vocale et l'orchestre qui, dans le même temps, s'étoffe jusqu'à gagner une dimension panoramique. Les pupitres ressortent davantage et le grain des voix est parfaitement réaliste. Le caisson de basses apporte une assise à la structure sonore, tandis que les enceintes surround jouent la carte de l'ambiantal sans surenchère mais permettent la précieuse immersion du spectateur. Le DVD 2, encodé en DTS plein débit, affiche une meilleure densité sonore et un détail plus fouillé. Le Blu-ray de ce programme, lui, propose une qualité master encore supérieure sur toute l'œuvre.

Note technique : 10/10

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Mots-clés

Bryn Terfel
Deborah Voigt
Fabio Luisi
Gerhardt Siegel
Jay Hunter Morris
Metropolitan Opera
Richard Wagner
Robert Lepage
Siegfried

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