DVD Jaquette de : Rachmaninov (Pavel Lounguine)

Distribution

Interprètes
  • Evgeni Tsyganov
    Serguei Rachmaninov
  • Victoria Tolstoganova
    Natalia
  • Alexei Petrenko
    Zverev
  • Lya Akhedzhakova
    Anna Sergeevna
  • Alexei Kortnev
    Steinway
  • Victoria Isakova
    Anna
  • Igor Csernyevics
    Dr Dahl
  • Yevdokiya Germanova
    Tante Satina

Informations techniques

Durée
94'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Zone 2
Éditeur
Condor Entertainment
Distributeur
Seven 7
Date de sortie
03/12/2014

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
2.35
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
PAL

Audio

Version(s) sonore(s)
Russe stéréo DD
Sous-titres
•  Français

Rachmaninov (Pavel Lounguine) DVD

Note générale : 5/10

Serguei Rachmaninov

Film


Sorti en 2007 sur les écrans russes sous le titre Lilacs (Lilas), rebaptisé aujourd'hui Rachmaninov, le film de Pavel Lounguine sort en France directement en DVD, 14 ans plus tard, chez Condor Entertainment. Œuvre cinématographique inspirée ou biographie clichetonneuse ? Regardons et écoutons…

Evgeni Tsyganov interprète le rôle-titre du film <i>Rachmaninov</i>.  © N. Razina/Thema Production

 

"L'art n'existe que parce que la vie est mal faite", disait le cinéaste Andrei Tarkovsky.
La France connaît bien cet autre réalisateur russe, Pavel Lounguine, depuis sa retentissante entrée au palmarès du Festival de Cannes lors de l'édition 90 : Prix de la mise en scène pour son Taxi blues. Ce film, tout frais perestroiké, valait surtout par sa remise à l'heure de quelques pendules au sujet d'une Russie en perte de repères. On vit ensuite Luna Park, Tsar, Une Noce et Un Nouveau Russe, partie émergée d'une filmographie de dix titres. Lounguine s'était installé à Paris.

Scène du film <i>Rachmaninov</i> de Pavel Lounguine.  © N. Razina/Thema ProductionAu lendemain de la Révolution russe de 1917, et la mort dans l'âme, Serguei Rachmaninov avait quitté lui aussi sa Russie natale pour une Amérique prête à lui dérouler le tapis rouge de la célébrité. On comprend très bien dès lors ce qui a intéressé le cinéaste russe dans le parcours déchiré du compositeur. Et c'est effectivement le thème de l'exil qui est au centre d'un film ne proposant de la vie du célèbre compositeur que deux de ses quatre périodes de crise d'inspiration : 1897-1900, après l'échec spectaculaire de sa Première Symphonie dirigée par un Glazounov saoul, et 1916-1926, soit le présent dans lequel se déroule ce Rachmaninov qui carbure au commode procédé du flash-back.
L'exil américain généra effectivement chez Rachmaninov une spectaculaire impuissance musicale d'une dizaine d'années ! Au moyen d'images d'époque joliment pixellisées, le Rachmaninov de Lounguine montre très bien comment le compositeur exilé fut promené de ville en ville à train d'enfer, au propre comme au figuré, par Frédéric Steinway himself. Le pianiste virtuose aux mains gigantesques fut effectivement fêté au détriment du compositeur qu'il était aussi. Hélas, cette reconnaissance pianistique plutôt que compositionnelle, de la performance plutôt que du génie de l'inspiration, ne pouvait être le baume attendu, ne rappelant que trop à l'homme mûr qu'il était devenu, qu'elle avait déjà été le nœud des conflits qui l'avait opposé dans sa jeunesse à son professeur Nicolai Zverev.

 

Evgeni Tsyganov dans <i>Rachmaninov</i> de Pavel Lounguine.  © N. Razina/Thema Production

 

Scène du film <i>Rachmaninov</i>.  © N. Razina/Thema ProductionOr Rachmaninov, qui joua son Troisième Concerto pour piano sous la baguette de Gustav Mahler, qui fut ami d'Horowitz, était aussi compositeur. La raideur quasi-puritaine du pianiste cohabitait avec un compositeur passionnel. Un compositeur s'inscrivant encore dans la lignée de Tchaikovsky mais un Tchaikovsky qui se serait débarrassé de l’évidence mélodique pour ne conserver que l'essence de l'âme du romantisme russe. Comme le souligne fort justement la pianiste Claire-Marie Le Guay dans l'excellente intervention qui accompagne le film (cf. rubrique Suppléments), la musique de Rachmaninov, bien que d'une complexité abyssale, est immédiatement accessible. Par le biais de sa virtuosité : dans sa volonté d'utiliser les dix doigts simultanément, il écrivait les parties pianistiques sur quatre portées ! Mais surtout par le biais d'un romantisme exacerbé hors des modes d'un temps qui avait déjà enclenché l'exil tonal. Un romantisme décalé qui l'a longtemps desservi auprès de bien des mélomanes. Rachmaninov n'est pas considéré par la plupart d'entre eux comme un compositeur de premier rayon. Au mieux un compositeur de musique de films, avec toute la condescendance encore de mise il y a peu quant à cette tâche cinématographique pourtant essentielle, génératrice in fine de plus d'un instant mémorable.

Chez le compositeur russe, on qualifie hâtivement de sentimental ce qui n'est que nostalgie permanente, spleen tchekovien. Aux cloches de sa chère Russie, qui ouvrent de façon si captivante son célébrissime Concerto pour piano no. 2, il consacre même une œuvre d'envergure pour soli, chœur et grand orchestre intitulée justement… Les Cloches.
Claire-Marie Le Guay affirme avec conviction que Rachmaninov est au contraire l'auteur d'une musique qui "vient du romantisme et nous emmène vers le modernisme". C'est une musique où il faut accepter de se perdre aussi. C'est dangereux. Et pourtant, gare au choc pour celui qui, au-delà des tubes, au-delà du Concerto pour piano no. 2, de la Vocalise, du Prélude en ut dièse mineur, tombe un jour sur le génie orchestral de L'île des morts, cette puissante évocation du chef-d'œuvre pictural d'Arnold Böcklin !

Le réalisateur Pavel Lounguine.  D.R.Rachmaninov, on l'aura compris, n'est pas un compositeur facile à défendre et c'est avec une belle impatience que l'on se précipite sur le visionnage du film de Lounguine. Le metteur en scène de Taxi blues saura-t-il retranscrire le "Rachmaninov blues" ?

Las ! Passé un générique prometteur, dans la Russie de l'enfance éperdue dans un couloir de lumière florale, une fois rassuré par le magnétisme de l'interprète masculin (Evgeni Tsiganov), et passé l'audacieuse première scène où l'artiste refuse de jouer devant des hommes politiques qu'il honnit, il nous faut assez tôt déchanter. Le Rachmaninov de Lounguine, par-delà son intéressante réflexion personnelle sur l'exil, va être constitué d'une suite de vignettes en Cinémascope aussi parfaitement éclairées que vainement lisses. Si l'excellent Evgeni Tsiganov captive en Rachmaninov, il faut reconnaître qu'aucune des interprètes féminines ne parvient à imprimer la pellicule. Et ce n'est pas le générique de fin, tout en cyrillique, qui va nous aider à mémoriser leur nom. Tour à tour en extase devant le génie ou geignardes devant le spleen permanent d'un héros poseur, les trois muses qu'elles furent insupportent constamment. On est à des années-lumière du génie de Glenda Jackson qui existait sans complexes face au Tchaikovsky très impliqué de Richard Chamberlain dans le chef-d'œuvre de Ken Russell The Music Lovers !

 

Scène de <i>Rachmaninov</i>.  © N. Razina/Thema Production

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien ne nous est épargné par Lounguine : Poses inspirées sous l'ecstasy de la Muse, regards mélancoliques entre vins et cigarettes, coups de gueule permanents qui finissent par revêtir des allures de caprice ("Je ne jouerai pas ce soir !"), vaine recherche d'un trauma enfantin… On a vu tout cela un grand nombre de fois dans tant d'autres biographies de musiciens vite oubliées. Le genre souvent compassé de la biographie musicale est un chemin de croix qui a crucifié plus d'un cinéaste. Hormis le film de Ken Russell, on peine à y recenser un chef-d'œuvre.
Ce qui fait toute la différence entre Russell, pourtant anglais et le russe Lounguine, c'est l'amour de la musique qu'il filme, au moyen d'une inspiration cinématographique très prenante, d'une mise en scène toujours musicale. Pourtant, l'exécution d'un Concerto pour piano constitue la scène inaugurale et emblématique des deux films. Mais, d'emblée le génie filmique de l'un écrase l'application télévisuelle de l'autre. Il faut également voir comment Russell utilise en le détournant le cliché des habits immaculés du souvenir sur fond de bois de bouleaux quand Lounguine s'y noie aussitôt. Arrêtons là le jeu accablant des comparaisons.

Scène du film <i>Rachmaninov</i>.  © N. Razina/Thema ProductionEn outre, on quitte ce film avec le sentiment qu'on y a entendu très peu de musique : un comble ! Rien sur ses opéras, rien sur L'île des morts. Les durées des chiches citations musicales sont indiquées en fin du beau livret accompagnant le DVD, en revanche bien documenté sur les deux exilés. Dans la "fantaisie librement inspirée de la vie du compositeur" voulue par Lounguine, la musique de Rachmaninov fait vraiment l'effet d'une musique de film, de surcroît plutôt banale. Ainsi est-elle utilisée en tout cas par le réalisateur. Était-ce le but recherché ? Pas sûr… Russell, lui, la mettait toujours au centre. On sentait qu'elle lui avait inspiré le moindre mouvement d'appareil. On n'a pas oublié non plus que Claude Lelouch avait réalisé un de ses meilleurs films l'ultra-musical Partir, revenir, en basant la trajectoire de son héroïne sur le Concerto no. 2 de Rachmaninov.

Le film de Lounguine apparaît de surcroît beaucoup trop court : 1h34 pour un sujet d'une telle ampleur, c'est insuffisant, tout n'est qu’effleuré. Rachmaninov s'achève sur un sirupeux enfouissement familial de lilas sur le sol américain. On sait qu'à chaque concert une branche de lilas, emblème de la Russie délaissée, était jetée vers le pianiste par une main admiratrice. Ce dernier plan nous rappelle que Lilas était le titre original d'un film censé nous faire entrer dans l'âme d'un compositeur encore trop mal considéré.

Le film ira jusqu'au bout de la désillusion au moyen d'un invraisemblable carton : "Le personnage principal et les événements dans ce film ne sont pas censés représenter une personne en particulier". C'est le coup de grâce. On n'est pas loin de crier à l'escroquerie… Faut-il remettre en cause tout ce que l'on nous a donné à voir, comme cette scène hautement frustrante où Rachmaninov manque de peu Tchaikovsky ? Info ou intox ? On ne verra pas le glorieux aîné dans le film de Lounguine, alors que l'on sait que les deux compositeurs s'étaient rencontrés.

 

Scène du film <i>Rachmaninov</i> de Pavel Lounguine.  © N. Razina/Thema Production

 

En 1972, à la fin de The Music Lovers de Ken Russell, on avait rencontré Tchaikovsky, on avait eu envie de réécouter toute sa musique, encore diversement louée à l'époque de la sortie du film. Pas sûr que le Rachmaninov de Lounguine atteigne le même but, impuissant qu'il semble à dépasser le stade d'une simple curiosité. Manquant cruellement d'ambition cinématographique, on n'aurait aucunement l'idée de lui accorder un prix de la mise en scène et l'on en vient à douter de la reconnaissance cannoise de naguère, pour un autre opus il est vrai. Ce qui enclenche surtout la machine des regrets, c'est que le film est vraiment en deçà de la salutaire œuvre de "reconsidération" que l'on espérait. On ne peut hélas se départir, à l'issue du visionnage, d'un puissant sentiment d'occasion manquée.

Un metteur en scène laisse souvent une part de lui-même dans ce qu'il filme et c'est tout à son honneur. Hélas, le Rachmaninov/Lilacs de Lounguine est peut-être un film où un réalisateur russe s'est servi d'un compositeur russe pour ne parler finalement que de lui, après tout… Dommage, car l'éditeur Condor Entertainment a particulièrement soigné l'édition de ce Direct-to-Video en lui associant un très joli livret informatif et illustré au sein d'un fourreau du plus bel effet.


Retrouvez la biographie de Serguei Rachmaninov sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du DVD

En stéréo DD :
- Bel éclairage musical sur Rachmaninov par la pianiste Claire-Marie Le Guay. L'interprète, au moyen de termes clairs, parvient à mettre en évidence les qualités d’écriture et d’expression du compositeur, comme son abord simple par le public.  (10’19)
- Deux bandes-annonces d’autres films (en avant-programme)

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

Une superbe colorimétrie véhicule les contrastes visuels du film. Les couleurs chair s’affichent avec autant de bonheur que les ambiances naturelles et les extérieurs tournés en Espagne. Les teintes plus froides de certains éclairages passent tout aussi bien à l’écran que les ambiances plus chaudes des scènes de concert. La luminosité et le bon niveau de contraste ajoutent aux qualités de ce master propre au piqué séduisant.

Son

La seule piste sonore disponible, encodée dans un Dolby Digital très démonstratif, propose un mixage équilibré entre voix, ambiances et musique. Les différentes acoustiques qui se succèdent au gré du film expriment des qualités ambiantales certaines. La dynamique globale est très satisfaisante, mais le mixage multicanal 5.1 réalisé à l'origine pour ce film aurait permis une meilleure immersion du spectateur. En l’état, on trouvera cependant un plaisir certain à l’écoute de cette bande-son soignée, même si elle ne respire pas autant qu’attendu.

Note technique : 8/10

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Mots-clés

Evgeni Tsiganov
Ken Russell
Pavel Lounguine
Serguei Rachmaninov
Steinway
The Music Lovers

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