Blu-ray Jaquette de : Le Prince Igor (Met - 2014)

Distribution

Interprètes
  • Ildar Abdrazakov
    Prince Igor
  • Oksana Dyka
    Yaroslavna
  • Sergey Semishkur
    Vladimir Igorevich
  • Mikhail Petrenko
    Prince Galitsky
  • Stefan Kocan
    Konchak
  • Anita Rachvelishvili
    Kontchakovna
  • Mikhail Vekua
    Ovlur
  • Vladimir Ognovenko
    Skula
  • Andrey Popov
    Yeroshka
  • Barbara Dever
    Nurse
  • Kiri Deonarie
    Polovtsian Maiden
  • The Metropolitan Opera Chorus
  • The Metropolitan Opera Ballet
Mise en scène
Dmitri Tcherniakov
Chorégraphie
Itzik Galili
Orchestre
The Metropolitan Opera Orchestra
Chef d'orchestre
Gianandrea Noseda
Réalisation
Gary Halvorson
Origine
Metropolitan Opera
Année
2014

Informations techniques

Durée
192'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Deutsche Grammophon
Distributeur
Universal Music Classics
Date de sortie
16/09/2014

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Chinois
•  Coréens
•  Espagnol
•  Français

Le Prince Igor (Met - 2014) Blu-ray

Prince Igor

Note générale : 10/10

Alexander Borodine

Opéra


Quelque 124 ans après la création posthume du Prince Igor, on a pu enfin entendre l'opéra de Borodine au Metropolitan Opera, et au plus près de ce que le compositeur avait souhaité. Deutsche Grammophon a publié en Blu-ray et DVD cette résurrection aux allures de réhabilitation due au metteur en scène russe Dimitri Tcherniakov et au chef Gianandrea Noseda. Une distribution idéalement russophone est réunie autour du jeune Igor de la basse Ildar Abdrazakov.

Scène d'ouverture du <i>Prince Igor</i> mis en scène par Dmitri Tcherniakov.  © Cory Weaver/MetOpera

 

Ildar Abdrazakov dans le rôle-titre du <i>Prince Igor</i> au Metropolitan Opera.  © Micaela RossatoLorsqu'Alexandre Borodine meurt à 54 ans, Le Prince Igor qui sera son ultime opéra est loin d'être parvenu à bon port. Aucune Ouverture n'est composée, et ses seulement 185 pages achevées sur les 710 de la partition laissent un boulevard à son élève Glazounov qui en écrivit 157, et à Rimsky Korsakov qui prit en charge tout le reste. Au générique de cette captation, un certain Pavel Smelkov est même crédité pour d'additionnelles orchestrations. L'ordre des scènes n'était pas non plus arrêté, ce qui offre aujourd'hui un second boulevard à Dmitri Tcherniakov pour la conception de sa première mise en scène au Metropolitan Opera de New York.
Le trublion russe est connu pour les derniers outrages scénaristiques qu'il fait parfois subir à des œuvres quant à elles tout à fait arrêtées. Rappelons-nous l'impasse en la matière atteinte par son Trouvère bruxellois, déjà en germe dans ses invraisemblables Dialogues des carmélites munichois ou son maladroit Don Giovanni aixois. Le Prince Igor dans son inachèvement s'avère donc proie idéale.

La production signée Tcherniakov et dirigée par Gianandrea Noseda compte trois Actes au lieu de quatre, et ne fait entendre que la musique de Borodine, avec même des inédits. Les scènes sont agencées en fonction de la narration scénique, au plus près des vœux du compositeur. Et c'est une des plus belles réussites du bouillonnant metteur en scène russe, toujours très inspiré quand il chante dans son arbre généalogique, ainsi que peut en témoigner son récent Kitège barcelonais.

 

Oksana Dyka (Yaroslavna) et Mikhail Petrenko (Prince Galitsky) dans <i>Le Prince Igor</i> au Met.  © Cory Weaver/MetOpera

 

Le Prince Igor, qui occupa le cerveau de son auteur plus de 20 ans, est tiré entre autres du Dit de l'ost d'Igor, chanson russe du XIIe siècle narrant la catastrophique campagne expansionniste d'Igor vers le sud de son pays contre les Polovtsiens ainsi que son retour dans sa ville dévastée par l'incurie régnante de son beau-frère, le Prince Galitsky. Ce fil narratif offrait à Borodine tout ce qui pouvait l'inspirer : une épopée patriotique, incontournables fourches caudines de l'opéra russe, la variété des personnages, la passion des sentiments, et même l'attrait de l'orientalisme qui lui fit composer son ticket d'entrée pour l'immortalité avec les célébrissimes Danses Polovtsiennes.

"Déclencher une guerre est le meilleur moyen d'échapper à soi-même". On reconnaît dans ce salutaire surtitre énoncé en préambule la volonté de Tcherniakov d'apporter sa pierre d'artiste dans le creuset philosophique de la marche de notre Monde. Pourra s'y reconnaître qui voudra. En tout cas le cerveau du spectateur entre immédiatement en résonance avec certains événements récents, également du côté sud de la Russie, qui disent assez bien l'acuité de l'opéra de Borodine.

 

Anita Rachvelishvili interprète Kontchakovna dans <i>Le Prince Igor</i> mis en scène par Dmitri Tcherniakov.  © Cory Weaver/MetOpera

 

Pas d'Ouverture donc, et nous nous retrouvons donc très vite dans le vif du sujet. Préparatifs va-t-en-guerre dans un imposant décor de cour intérieure de forteresse, adieux à la bien-aimée... Un interlude muet en noir & blanc de type Alexandre Nevsky narre en 2 minutes le désastre militaire qui laisse un Igor au crâne sanguinolent étendu de rimbaldienne façon dans un immense champ de coquelicots. Le contraste est puissant : ce champ rouge écrasé par la lumière d'été va être ce paisible "trou de verdure" où va couler la rivière des souvenirs et des rêves d'un Igor peut-être mort. Proches et fantasmes vont se croiser dans ce champ polovtsien, sublime invention décorative, expression parfaite de l'horreur de la guerre opposée à la paix sensuelle du cœur humain. C'est à la fin de ce mémorable second tableau que surgissent les corps, les chevelures, les torses des Danses polovtsiennes pour offrir à ce russe Dormeur du val une chorégraphie que l'on aimerait ne jamais voir finir.

 

Ildar Abdrazakov à l'Acte Polovtsien du <i>Prince Igor</i> mis en scène par Dmitri Tcherniakov.  © Cory Weaver/MetOpera

 

Le tableau suivant nous montrera Poutivl, la ville délaissée par Igor, ravagée par la gestion du veule Prince Galitsky, incarnation révulsante de ce que bestialité, veulerie et violence humaine veulent dire. Le très beau décor à deux niveaux vu au Prologue subira une puissante déflagration venue d'en haut, image fracassante qui rappelle l'Acte I de De la maison des morts dans la vision de Patrice Chéreau. Ce décor en ruine, dont nous pouvons tout juste regretter que la partie supérieure soit sous-employée par Tcherniakov, accueillera pour l'Acte III un Igor revenu du pays des morts et prêt à la reconstruction. Pour sûr, jamais Le Prince Igor de Borodine, ici brûlot pacificateur, n'a été aussi lisible que dans cette version.

Stefan Kocan (Konchak).  © Cory Weaver/MetOperaOn sent le chef italien Gianandrea Noseda, qui fut principal chef invité au Mariinsky où fut créé Igor, en parfaite entente avec le metteur en scène. Sa lecture est prenante, alternant avec bonheur dramatisme et lyrisme, transformant littéralement l'Orchestre du Met en phalange de l'Est.
Chaque chanteur est à sa place au sein d'une distribution à la hauteur du défi engagé. En tout premier lieu, forcément, détachons Ildar Abdrazakov, jeune basse à la stature vocale impressionnante, parfait dans les scènes toutes de rigidité militaire, plus gauche ailleurs, notamment dans la sensualité des coquelicots.
La soprano Oksana Dyka campe une émouvante Yaroslavna, dotée d'une égalité somptueuse de tous les registres. Somptuosité c'est encore ce qui caractérise au mieux l'opulence de la Konchakovna d'Anita Rachvelishvili. Mikhail Petrenko, qui fut l'Oreste si émouvant du dernier Chéreau, s'amuse à faire ici le grand écart avec un Galitsky vériste détestable, miroir de toutes les tares humaines, très bien envoyé vocalement. Serguey Semishkur projette le fils d'Igor avec cette couleur typique des chanteurs russes, et cet aplomb que rien ne pourrait briser.
Les graves inouïs du Konchak tranquillement chantant de Stefan Kocan récoltent un triomphe mérité. Toutes qualités que l'on retrouve chez les rôles pas si secondaires que cela que sont les parties plébéiennes, passage obligé de tous les opéras russes - disons façon Varlam et Missaïl de Boris Godounov - de Ovlur et Skula, tenues respectivement par Mikhail Vekua et Vladimir Ognovenko. La nourrice de Barbara Dever et la jeune Polovtsienne de Kiri Deonarine complètent sans faille cet alléchant tableau vocal. Le Chœur du Met, très sollicité par le compositeur, est en tout point à la hauteur de l'entreprise.

La captation de Gary Halvorson manque de peu sa couronne de lauriers, car, toujours à bonne distance des enjeux scéniques jusqu'à la fin de l'Acte II, elle néglige inexplicablement de montrer l'intégralité du décor dévasté de l'Acte III enfin éclairé, qu'on ne voit qu'une fois, lors d'un flash fugace ce qui nécessite même la touche Pause si l’on veut comprendre ce qui se passe.

 

<i>Le Prince Igor</i>, dernier Acte mis en scène par Dmitri Tcherniakov au Met.  © Cory Weaver/MetOpera

 

On aura compris que, sur l'échelle Tcherniakov, ce spectacle magnifique dont les choix radicaux sont parfaitement défendables, peut être crédité au nombre des réussites du metteur en scène. Grâce à lui Le Prince Igor est de retour. Louons donc le beau travail de Tcherniakov qui, à l'instar d'Igor reconstruisant sa ville sur les dernières mesures, a reconstruit la partition dévastée !


Lire le test du DVD Le Prince Igor au Met en 2014

Retrouvez la biographie d’Alexandre Borodine sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du Blu-ray

En anglais non sous-titré, dans le même format audio que celui choisi pour le programme principal :


- Eric Owens se charge de courtes introductions avant le Prologue, l’Acte II et l’Acte III.
- En bonus, sont réunies les interviews réalisées en coulisses par la basse lors de la diffusion en direct de l’opéra dans les salles de cinéma. Il est possible de les visionner à la suite ou de les sélectionner individuellement par le menu d’accueil. Interviennent successivement : Ildar Abdrazakov ; Peter Gelb, Dmitri Tcherniakov, Gianandrea Noseda et la traductrice Lidiya Yankovskaya pour une discussion sur l'opéra enregistrée en amont ; Anita Rachvelishvili ; et Donald Palumbo, chef de chœur du Met. (9’41 au total)
De toutes ces séquences, la trop courte intervention à trois voix constitue le seul moment passionnant et d'ailleurs aussi le seul sous-titré de ces suppléments composés pour l'essentiel des traditionnels et très dispensables envois de fleurs d'Eric Owens à une distribution qui sort de scène.

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

Le master Haute Définition trouve un allié de choix en ce Blu-ray là où le DVD de ce programme ne parvenait pas à exprimer au mieux certaines scènes de cette production. En particulier, les scènes sombres du dernier Acte avaient bien du mal à passer à l’écran pour révéler leurs détails. Ici, que ce soit les lumières intenses de l’Acte I ou la noirceur des ravages de la guerre, la définition s’avère excellente de bout en bout. Les contrastes sont appuyés et la colorimétrie parfaite de l’ensemble rend parfaitement justice aux éclairages de scène.

Son

Le mixage stéréo convient mieux aux voix solistes qu’aux masses chorales soutenues par la puissance de l’orchestre. Le rendu est assez acide dans l’ensemble et dénote un manque de basses flagrant. Pour autant, la lisibilité de l’ensemble, y compris lorsque le message sonore devient dense et complexe, s’avère très honnête.
La piste multicanale utilise à bon escient le caisson de graves pour apporter ce qu’il faut de basses pour équilibrer l’audition. La scène avant s’élargit et gagne en profondeur, en même temps que la dynamique, bien supérieure qu’en stéréo, rend justice à la force de la partition. Toutefois, les forte s’avèrent un peu trop "rentre-dedans" pour nos oreilles habituées à la finesse potentielle de l'encodage DTS HD Master Audio. À l’arrière, les enceintes surround aèrent convenablement le message.

Note technique : 8/10

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Mots-clés

Alexandre Borodine
Anita Rachvelishvili
Dmitri Tcherniakov
Gianandrea Noseda
Ildar Abdrazakov
Metropolitan Opera
Mikhail Petrenko
Oksana Dyka
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