DVD Jaquette de : Pelléas et Mélisande (Nikolaus Lehnhoff, 2012)

Distribution

Interprètes
  • Jacques Imbrailo
    Pelléas
  • Michaela Sellinger
    Mélisande
  • Vincent Le Texier
    Golaud
  • Doris Soffel
    Geneviève
  • Wolfgang Schöne
    Arkel
  • Dominik Eberle
    Yniold
  • Mateusz Kabala
    Doctor
  • Opernchor des Aalto-Theaters
Mise en scène
Nikolaus Lehnhoff
Orchestre
Essener Philharmoniker
Chef d'orchestre
Stefan Sollesz
Réalisation
Marcus Richardt
Origine
Aaalto-Musiktheater Essen
Année
2012

Informations techniques

Durée
150'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
Arthaus Musik
Distributeur
Harmonia Mundi
Date de sortie
19/11/2013

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DD
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Coréens
•  Espagnol
•  Français
•  Italien

Pelléas et Mélisande (Nikolaus Lehnhoff, 2012) DVD

Note générale : 8/10

Claude Debussy

Opéra


L'opéra de Debussy Pelléas et Mélisande continue d’enchanter en France et au-delà… Cette production venue d’Allemagne, et publiée en DVD et Blu-ray par Arthaus Musik, est confiée, à l’exception de Vincent Le Texier, à une distribution non-francophone où les peu connus Jacques Imbrailo et Michaela Selinger interprètent les rôles-titres aux côtés des vétérans Doris Soffel et Wolfgang Schöne. Nikolaus Lehnhoff assure la mise en scène, en osmose musicale avec la baguette de Stefan Soltesz.

 

Vincent Le Texier (Golaud) et Michaela Selinger (Mélisande) dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Nikolaus Lehnhoff.

 

Claude-Achille Debussy a composé Pelléas et Mélisande en réponse à Richard Wagner. Il n’a pas cherché à composer d’après Wagner mais après Wagner, et à la formule du grand Richard qu’il trouvait très surlignée, il a répondu par les non-dits de Pelléas, ouvrant un chemin sans fin à la musique lyrique…

Doris Soffel (Geneviève) et Wolfgang Schöne (Arkel).Or ce Pelléas et Mélisande venu d’ailleurs nous réserve une bien belle surprise. Cette production nous donne d’abord l’occasion de nous remémorer que Nikolaus Lehnhoff, qui fut l’assistant de Wieland Wagner à Bayreuth et travailla avec Karl Böhm, est un excellent metteur en scène. Personne n’a oublié la folle et si payante audace de son Tristan et Isolde en 1971 à Orange, où il avait, bien avant le merveilleux et récent rituel de Peter Sellars à l'Opéra Bastille, osé lui aussi une mise en scène spectaculairement dépouillée - ce n’est pas contradictoire - en masquant le célèbre mur d’Auguste d’une immense toile blanche devant laquelle une ceinture de projecteurs crucifiait Birgit Nilsson et Jon Vickers mis en valeur comme jamais. Si les orfraies qui avaient fait entendre leurs cris n’en sont toujours pas revenues, les autres lui décernent sans hésitation la palme du spectacle le plus marquant des Chorégies.

Son présent Pelléas et Mélisande, monté à Essen en 2012, a tout compris des enjeux de l’œuvre, de la délicatesse d’approche de Debussy au symbolisme de Maeterlinck. Cet opéra unique qui a tant fait jaser et bien davantage. En effet, qui n’a jamais ri à "petit père", à "ne me touchez pas ou je me jette à l’eau", ou encore à ce "je vais dire quelque chose à quelqu’un" ?

 

Doris Soffel (Geneviève) et Wolfgang Schöne (Arkel) dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à Essen en 2012.

 

Lehnhoff raconte cette étrange histoire au moyen d’un superbe décor chargé de figurer le royaume d’Allemonde. Ce royaume dont le nom est une contraction franco-allemande, comme le fait remarquer Lehnhoff, de "tout le monde" et de sa traduction allemande "Alle welt", ce qui signifie donc "nulle part mais partout et tout à la fois". Allemonde, véritable nécropole, prison, grotte et surtout symbole vivant d’un espace intérieur.
Ce décor imaginé par Raimund Bauer représente un bunker de noir laqué, aux multiples ouvertures, qui pourrait apparaître classique mais dont les sobres et toujours belles transformations, en plus de convenir idéalement aux différents lieux du drame, attirent constamment l’œil. Ce véritable espace mental est éclairé par Olaf Freese comme le ferait Robert Wilson, c'est-à-dire sublimement. Mais un Bob Wilson qui aurait souhaité utiliser un décor sur scène… Tout est là : la forêt pourtant sans arbres, la terrasse, la fontaine des aveugles, la tour avec une Mélisande dédoublée et des cheveux d’une longueur inouïe et pourtant plausible, la grotte et son rayon de lune, les souterrains, la chambre, bien sûr…
À l’Acte V, derrière Mélisande, un très beau rayon lumineux vertical, que l’on croirait sorti d’Einstein on the beach ou d’un des magnifiques spectacles de Joël Pommerat, fait office de fenêtre cosmique ouverte sur l’extérieur tout en donnant l’impression d’épingler la jeune femme mourante sur son dernier lit. Dans cet espace, idéal écrin des âmes en survie, le spectateur est à même de ressentir l’enfermement dans ce mortifère royaume d’Allemonde, jusqu’aux dernières notes, où les murs glissent enfin jusqu’à la disparition, faisant entrer un vent de libération nécessaire à l’anéantissement de cet univers claustrophobique. Une mort de Mélisande vue comme "une sorte de coming Home", explique fort justement Lehnhoff.

 

Jacques Imbrailo et Michaela Selinger dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Nikolaus Lehnhoff à l'Aalto-Muisktheater Essen.

 

À la fin de chacune des courtes scènes de l’opéra de Debussy, dès que retentissent les magnifiques interludes parsifaliens, ajoutés fort heureusement par le compositeur après coup pour d’imprévus changements de décors, la couleur bleu roi éclabousse subtilement un immense tulle en avant-scène qui fait disparaître puis apparaître les images. D’une grande portée poétique, cet effet sera même amplifié, au début de l’Acte I, par la projection de quelques brumes à même de nous conduire dans ce monde sans âge où le temps semble s’être arrêté. À l'Acte III, le tulle sera envahi par l’apparition d’une immense chevelure enveloppante, d’un subtil érotisme, aspect non négligeable de cette production où tout est d’une infinie délicatesse, d’une logique évidence.

 

Vincent Le Texier (Golaud) et Jacques Imbrailo (Pelléas) dans <i>Pelléas et Mélisande</i>.

 

La seule et tout de même dommageable réserve esthétique que l’on peut porter sur ce beau spectacle concerne les costumes d’un autre âge pour les hommes. Handicapant les chanteurs de lourds manteaux ou de pesants pantalons échancrés, et même si l'on saisit bien que même les habits sont des camisoles à Allemonde, ils nous semblent contredire la beauté générale de l’approche visuelle. Ces costumes, hélas, pourront hélas donner, si on s’en tient aux seules photos, l’image d’un spectacle un peu compassé, ce que ce Pelléas et Mélisande n’est nullement. On comprend finalement d’autant mieux que Pelléas ait envie de tomber la chemise pour la scène de la tour, du coup d’une sensualité bienvenue…

 

Jacques Imbrailo interprète Pelléas dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Nikolaus Lehnhoff en 2012.

 

La très attentive direction d’acteurs fait écho chez des chanteurs très concernés. Les rôles-titres sont crédibles en tout point. La diction française des deux protagonistes est d’excellente tenue, même si elle ne peut masquer quelques micro-inflexions venues d’ailleurs mais sans aucune espèce d’importance. Merveilleux Billy Budd à Glyndebourne, le baryton sud-africain Jacques Imbrailo est, à Essen, un tout aussi beau Pelléas. Son français très maîtrisé ne donne jamais l’envie d’activer les sous-titres… On trouvera la même excellente diction de la part de la mezzo-soprano autrichienne Michaela Selinger, idéalement distribuée à son partenaire. Sa voix chaleureuse et son jeu habité lui permettent de camper une Mélisande qui ne minaude jamais, à la fois incarnée mais immatérielle, sacrificielle aussi.

Les deux amants sont entourés dans tous les sens du terme par le Golaud impérial de Vincent Le Texier. Sa prononciation impeccable - ce qui n'est pas donné à tous les chanteurs français ! -, est une vraie leçon. Son Golaud, qui n’est pas que le méchant de l’histoire mais aussi un homme réellement amoureux de sa jeune épouse, ne nous donne pas envie de jouer au jeu des comparaisons. C’est dire combien l’incarnation du chanteur français est parfaite. La façon dont il exprime "Je suis trop vieux", à l’Acte IV, est tout simplement déchirante.

 

Vincent Le Texier et Michaela Selinger dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à Essen en 2012.

 

Wolfgang Schöne est lui aussi un artiste bien chantant pour l’Arkel consolateur et bienveillant que l’on connaît. Seule la Geneviève de Doris Soffel, pourtant parfaite diseuse, ne peut cacher le poids des ans sur une voix à laquelle on n’est pas habitué dans ce rôle, plus proche de celle d’une Madame de Croissy. Mais après tout pourquoi pas ? Cette Geneviève à la voix inédite est elle aussi très crédible au sein du monde de morts-vivants de Maeterlinck. Quant au court rôle du médecin, il est parfaitement bien dessiné par le timbre très distinct et la silhouette de Mateusz Kabala.

Reste le cas Yniold. Le plus souvent distribué - hélas selon nous ! - à une chanteuse, la partie de soprano est ici confiée à un soprano. Comme dans l’enregistrement de Boulez, Lehnhoff a fait le choix d’un jeune garçon pour incarner le fils de Golaud. Il serait malhonnête d’affirmer que la véhémence de l’orchestre n’étouffe pas parfois la projection du jeune Dominik Eberle. Mais nous continuons à préférer cette solution, et même au disque, qui permet vraiment de ne pas briser la vraisemblance dramaturgique, même si cela se fait au détriment de quelques notes. Un bon point supplémentaire pour ce spectacle.

Stefan Soltesz a lui aussi tout compris de Pelléas et Mélisande, et sa direction fait sonner magnifiquement un Essener Philharmoniker tout en couleurs et en mystère. Dès le "il était une fois" des premiers accords, on n’a aucun doute. Le voyage si original proposé par Debussy se fera avec la délicatesse sonore appropriée.

 

Scène finale de <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Nikolaus Lehnhoff en 20012 à l'Aalto-Muisktheater Essen.

 

La captation de Marcus Richardt est magnifique. Il ne manque rien de chaque mouvement du décor, toujours considéré par le réalisateur, ainsi que l’a voulu le metteur en scène, comme un des personnages principaux du drame. Étonnons-nous seulement de l’apparition bien inutile sur l’écran, au début de chaque scène, de résumés de l’action en anglais, lesquels précisent le lieu, mais hélas aussi, éventent tout suspense en narrant par le menu tout ce qui va se dérouler sous nos yeux !

Succédant au récent rêve éveillé de Robert Wilson à Paris, cette mise en scène de Pelléas et Mélisande à Essen, plus classique, n’a sans doute pas les mêmes chances d’entrer dans l’Histoire. Elle permet néanmoins de passer une belle et très intelligente soirée d’opéra, et, contre toute attente, loin de la poussière que beaucoup de mises en scènes passées ont déposée sur le chef-d’œuvre de Debussy…


Lire le test du Blu-ray Pelléas et Mélisande mis en scène par Nikolaus Lehnhoff à Essen

Retrouvez la biographie de Claude Debussy sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du DVD

Cinq bandes-annonces. (Stéréo PCM)

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

Il faut tout d'abord reconnaître la difficulté de filmer un tel spectacle, lequel joue sur les contre-jours, les effets de fumigène et une luminosité extrême sur le costume à reflets de Mélisande qui se solde à l'image par un flou "hamiltonien". De plus, le parti pris d'adoucir de façon sensible certains plans et pas d'autres fait alterner flou et précision de façon très curieuse. Le rendu, pour certains, sera onirique et, pour d'autres, difficilement supportable.

Son

La piste stéréo, fine et détaillée, trouve un bel équilibre entre les timbres vocaux et instrumentaux. La parfaite lisibilité et une réverbération très bien gérée aboutissent à un rendu de qualité qui possède en outre un certain relief.
Le mixage multicanal permet à l'orchestration de Debussy de s'afficher avec bien plus de détails et les contrastes de dynamiques bien mieux rendus. Le caisson de basses apporte plus de présence à la fosse et les enceintes arrière parviennent à installer une diffusion ouverte et aérée. Les voix bénéficient ici d'une bien meilleure projection et gagnent une présence sensible.

Note technique : 6/10

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Mots-clés

Claude Debussy
Doris Soffel
Jacques Imbrailo
Michaela Selinger
Nikolaus Lehnhoff
Pelléas et Mélisande
Stefan Soltesz
Vincent Le Texier
Wolfgang Schöne

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