
À l'heure où le changement souffle sur le Festival de Bayreuth et où l'on peut visionner les productions audacieuses de metteurs en scène innovants tels la Tétralogie de Carlus Padrissa à Valence ou le Tannhauser de Kasper Holten à Copenhague, il est légitime de se pencher sur les productions réalisées il y a peu d'années par Wolfgang Wagner, petit-fils du compositeur décédé en 2010. L'occasion se présente donc avec ce Parsifal enregistré en 1998.
Bien loin du cycle de la Tétralogie qui l'a précédé, Parsifal, dernier opéra de Richard Wagner, a été conçu comme un drame sacré. Dans cet opéra, la mythologie fait place à la légende médiévale revisitée et réinterprétée, dénuée d'action complexe ou mouvementée. Le statisme de l'intrigue contraste avec une musique exceptionnelle de finesse, riche de sonorités inédites, sommet en quelque sorte de la production de toute une vie.
Cette synthèse stylistique demande un chef de premier ordre. Or, l'on sait l'amour du chef italien Giuseppe Sinopoli pour la musique germanique en général. Trois ans avant de décéder en dirigeant l'Acte III d'Aïda, habitué de la colline de Bayreuth, il y conduit son Parsifal qui connaît enfin les honneurs du DVD.
Giuseppe Sinopoli travaille beaucoup sur le contraste, et produit une qualité de son au service d'une lecture fortement personnelle des partitions dirigées. Un tempérament éloigné de la standardisation, de la frilosité ou de la routine de certains de ses confrères, surtout en matière d'opéra. Par conséquent, il donne vie avec excellence à ce Parsifal qui, eu égard à sa longueur, ne supporte aucune médiocrité et offre à ses chanteurs l'occasion de magnifier leur voix.

L'ensemble de la distribution se montre digne d'éloges. Poul Elming troque sa voix de baryton contre celle de ténor héroïque. Le timbre légèrement métallique du chanteur danois ne nuit aucunement à la qualité globale de la prestation, et l'on sent une ressource indéniable dans l'émission qui vient peut-être de son ancien registre. Sa grande taille, son visage aux yeux bleus et ses cheveux blonds bouclés en font presque le prototype physique de l'idéal héros germanique Parsifal.
Seul rôle féminin, il est intéressant de comparer Linda Watson au début de sa carrière à Bayreuth avec sa Brunnhilde de 2010 sous la direction de Christian
Thielemann. Elle nous avait alors laissé assez indifférent par un chant correct mais difficilement incarné. Or sa Kundry bénéficie d'une vraie présence. Malgré un personnage à la double nature d'être maudit et de femme fatale enchanteresse périlleux à mettre en scène, la beauté de sa voix de mezzo-soprano dramatique comble tous les espoirs. Puissance, physique imposant et noblesse du maintien assortie d'un chant égal sans vibrato, elle fait face à ses partenaires avec beaucoup de présence.
Hans Sotin impose une basse de choix en un Gurnemanz rempli de sagesse, merveilleux conteur dans son long monologue de l'Acte I. Sa carrure phénoménale, toute en sûreté, en fait un partenaire physique et vocal redoutable. Falk Struckmann possède lui aussi la voix idéale de baryton-basse pour chanter le roi malade Amfortas. Son allure christique émaciée crédibilise totalement son personnage. Enfin, le baryton Ekkehard Wlaschiba (Klingsor) assure à l'Acte II une belle confrontation avec Kundry en tant que chevalier honni et maléfique.
Les chœurs ont un rôle majeur dans Parsifal, et le Chor der Bayreuther Festspiele s'avère parfait dans les scènes collectives à l'aspect processionnel et religieux, tout en finesse ou en puissance contrôlée.

Wolfgang Wagner remplit pour cette production le double rôle de metteur en scène et de décorateur. Il a repris de son frère Wieland le style minimaliste et symbolique qui a tranché volontairement avec les précédents réalistes, historiques et nationalistes surchargés de l'époque suivant la mort de Richard Wagner. Il y a dans son travail, une certaine continuité avec ces époques révolues, mais moins abstruse, ce qui ne l'empêche pas d'arborer par moments dans ce Parsifal armures et accessoires médiévaux, mais ceci sans lourdeur. Les lumières créent les ambiances - vert émeraude, bleu nuit ou rose - et transforment certains moments en une chorégraphie de couleurs de toute beauté, notamment avec les filles-fleurs de l'Acte II. Les décors se cantonnent aux parois en des éléments stylisés en harmonie avec les ambiances lumineuses. Le sol dessiné en lignes labyrinthiques renforce cette géométrie où l'obsession de la symétrie domine l'ensemble. Les chorégraphies réunissant les chœurs sont particulièrement belles et intenses, allant de ce fait à la rencontre de la thématique du sacré.
Ce Parsifal propose donc un plateau vocal homogène doué d'une belle présence scénique, accompagné avec caractère par un Sinopoli inspiré. Il peut également constituer un témoignage tardif d'une époque révolue, surtout en matière de mise en scène.
À noter : L'Acte I est proposé sur le DVD 1 (113'30), les Actes II et III, sur le DVD 2 (155'41).
Nicolas Mesnier-Nature














































