DVD Jaquette de : Don Giovanni (Aix 2010)

Distribution

Interprètes
  • Bo Skovhus
    Don Giovanni
  • Kyle Ketelsen
    Leporello
  • David Bizic
    Masetto
  • Colin Balzer
    Don Ottavio
  • Marlis Petersen
    Donna Anna
  • Kristine Opolais
    Donna Elvira
  • Kerstin Avemo
    Zerlina
  • Anatoli Kotscherga
    Il Commandatore
  • English Voices
Mise en scène
Dmitri Tcherniakov
Orchestre
Freiburger Barockorchester
Chef d'orchestre
Louis Langrée
Réalisation
Andy Sommer
Origine
Aix-en-Provence
Année
2010

Informations techniques

Durée
183'
Nombre de disques
2
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
Bel Air Classiques
Distributeur
Harmonia Mundi
Date de sortie
18/06/2013

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DD
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Espagnol
•  Français
•  Italien

Don Giovanni (Aix 2010) DVD

Note générale : 6/10

Wolfgang Amadeus Mozart

Opéra


Est-il encore possible aujourd'hui de représenter le Don Giovanni de Mozart de façon originale ? Une réponse a été apportée lors du Festival d'Aix-en-Provence en 2010 par le metteur en scène Dmitri Tcherniakov. Louis Langrée dirige le Freiburger Barockorchester et Bo Skovhus, Kyle Ketelsen, Marlis Petersen et Kristine Opolais tiennent les rôles principaux de cette lecture nouvelle. Cette captation est disponible en Blu-ray et DVD chez Bel Air Classiques.

<i>Don Giovanni</i> mis en scène par Dmitri Tcherniakov à Aix-en-Provence en 2010.  © Pascal Victor

 

Kyle Ketelsen, Bo Skovhus et Kristine Opolais.  © Pascal VictorNotre sentiment, dès cette ouverture de texte, se doit d'être franc tant la déception nous atteint de plein fouet. Cette interprétation du dramma giocoso (“drame joyeux”) de Mozart est en effet, dans l'ensemble, fort décevante musicalement. L'orchestre – le Freiburger Barockorchester – se montre soit trop timoré soit trop lyrique, le chef Louis Langrée manquant de rigueur et échouant en outre à inscrire l'ensemble des Actes dans une unité donnant à chaque passage sa juste place. Quand bien même l'une des caractéristiques de Don Giovanni est de naviguer, suivant une rythmique endiablée et avec éclat, d'un registre à l'autre, l'opéra pris dans son ensemble offre une unité exemplaire de laquelle une harmonie toute classique ne cesse jamais de sourdre. En témoigne la façon dont l'Ouverture de l'opéra et la chute de Don Giovanni se répondent. Cette grande unité qui fait que chaque détail apparaît stricto sensu comme la partie d'un tout est d'ailleurs l'une des signatures les plus flagrantes de la musique de Mozart, comme le résume Niemtschek qui a bien connu le compositeur : "Mozart écrivait tout avec une rapidité et une légèreté qui pouvaient, à première vue, sembler de la facilité ou de la hâte. Il n'allait jamais au clavecin en composant. Son imagination lui présentait l'œuvre tout entière, nette et vivante, dès qu'elle était commencée. Sa grande connaissance de la composition lui permettait d'en embrasser d'un coup d'œil toute l'harmonie".* 

* Propos cités par Jean et Brigitte Massin dans Wolfgang Amadeus Mozart. Fayard - 1990.


Or, à aucun moment de cette interprétation, n'affleure véritablement l'unité qui fait pourtant de Don Giovanni l'un des exemples les plus aboutis de la méthode de composition de Mozart. C'est d'autant plus surprenant que Louis Langrée est par ailleurs un fin connaisseur du compositeur. Soulignons qu'il est Directeur musical du Mostly Mozart Festival au Lincoln Center à New York depuis 2002. Cependant, si l'interprétation de Langrée est trop disparate, il faut lui reconnaître toutefois le mérite suivant : elle cherche toujours à porter les voix, voulant semble-t-il les soulever délicatement pour qu'elles puissent paraître dans toute leur splendeur. Seulement, quand cette splendeur fait défaut, que reste-t-il ?

 

Kerstin Avemo (Zerlina) face à Bo Skovhus (Don Giovanni) dans <i>Don Giovanni</i> à Aix-en-Provence.  © Pascal Victor

 

La déception provenant de la fosse se double malheureusement par celle du plateau, à commencer par Bo Skovhus qui n'est absolument pas convaincant vocalement dans le rôle de Don Giovanni. Le baryton manque constamment de coffre et sa voix ne porte pas comme elle le devrait. À aucun moment elle ne parvient à projeter les éclats de joie brute, de jovialité franche ou de passion singée qui confèrent à Don Giovanni sa personnalité. En offrant à ce rôle un caractère intimiste, Bo Skovhus, s'il parvient ainsi à éviter les écueils de l'absence de justesse qui surviendraient s'il devait projeter davantage de puissance, cherche indéniablement aussi à montrer à quel point son personnage vit constamment – et douloureusement – avec son intériorité étouffée par un imaginaire débordant, par une soif de plaisirs et de conquêtes qui finiront par le perdre. Mais, au lieu d'incarner vocalement ce combat intérieur, Bo Skovhus le présente avec une certaine douceur, taillant des phrases mélodiques sans accent, et le baryton de déplacer son personnage du genre de l'opéra pour le faire entrer dans celui du lieder, genre où il s'est du reste illustré avec talent en interprétant, notamment, les œuvres d'Hugo Wolf.

 

Kyle Ketelsen (Leporello), Marlis Petersen (Donna Anna), Kerstin Avemo (Zerlina) et Bo Skovhus (Don Giovanni).  © Pascal Victor

 

Les rôles féminins ne sont pas plus enthousiasmants. Marlis Petersen incarne une Donna Anna théâtralement juste mais toujours musicalement un peu en deçà du registre que son rôle réclame. Quant à Kristine Opolais, elle parvient à composer une Donna Elvira scéniquement déchirante, mais peu en osmose musicalement avec les tréfonds d’angoisse qui émanent de son personnage. À ces considérations musicales doit s’ajouter la remarque suivante : les personnages féminins deviennent, par les intentions du metteur en scène, les avatars d’une féminité suave et quelque peu débridée, comme s’ils devaient uniquement symboliser le rapport qu’a Don Giovanni à l’Eros. Et cette féminité, faite de douceur, de beauté et d’angoisse enlevées, finit par suivre la voie de l’hystérie, à chaque fois que Don Giovanni se révèle condamnable. Comment ne pas songer alors que la caricature est très proche de ce que nous montre Tcherniakov ? Seule Kerstin Avemo parvient, avec le personnage de Zerlina, à incarner une féminité qui ne soit pas outrancièrement la personnification de l’Eros peu à peu mué en l’éclat sonore de la vengeance.

 

Kyle Ketelsen (Leporello) et Bo Skovhus (Don Giovanni) dans <i>Don Giovanni</i> en 2010.  © Pascal Victor

 

Bo Skovhus (Don Giovanni) et Kyle Ketelsen (Leporello).  © Pascal VictorDans le reste de la distribution, seuls les barytons-basses Kyle Ketelsen et Anatoli Kotscherga emportent notre adhésion. Kyle Ketelsen incarne un Leporello singulier, très loin du livret de Da Ponte, évoluant constamment sur le versant de la fierté. Jamais privé de rouerie et d'intelligence, il fera pourtant preuve d'une étonnante placidité dans la scène finale, ses paroles contredisant alors brièvement son attitude.
Anatoli Kotscherga compose un Commandeur convaincant, tout en force rentrée et en inquiétante étrangeté. Convaincant mais étonnant car ce Commandeur semble un richissime homme d'affaires emprunt d'une noblesse toute aristocratique sanglée dans un costume. Et il faut saluer ici l'inventivité de Dmitri Tcherniakov et d'Elena Zaitseva qui ont cherché à ce que les costumes inscrivent les personnages et, par eux, l'opéra tout entier, dans ce qui pourrait être notre présent, en témoignent les “Converse” de Leporello. Le commandeur est assurément l'un des rôles les plus marquants d'Anatoli Kotscherga, et le public ne s'y trompe pas au moment des applaudissements. Mais son incarnation n'égale pas celle de son Boris Godunov au Festival de Salzbourg en 1993 sous la direction de Claudio Abbado.

 

<i>Don Giovanni</i> mis en scène par Dmitri Tcherniakov en 2010.  © Pascal Victor

 

Si, musicalement, cette interprétation de Don Giovanni nous laisse sur notre faim, il faut toutefois lui reconnaître une qualité : sa mise en scène, diablement inventive. À la suite de très nombreux metteurs en scène, Dmitri Tcherniakov prend de multiples libertés par rapport au livret initial. La plus flagrante est la suivante : dans le souci d'instaurer une indéniable unité scénique, Tcherniakov abolit la grande disparité originelle des lieux pour n'en garder qu'un seul, celui présent à la fin de l'opéra : une salle à manger chez Don Giovanni. Sauf que, dans la lecture qu'en fait le metteur en scène, cette maison n'appartient plus à Don Giovanni mais au Commandeur. Ces modifications peuvent cependant apparaître comme étant de l'ordre du détail car, en réalité, Tcherniakov se livre – ni plus ni moins – à un renversement de la personnalité de Don Giovanni telle qu'elle se lit à la fois dans le livret, dans la musique de Mozart, et telle que son personnage de libertin la porte.
Alors que Don Giovanni est par essence un conquérant, Tcherniakov en fait, aidé en cela par le modelage des lumières opéré par Gleb Filshtinsky, un éternel enfant. Le metteur en scène le transforme en homme torturé par son immaturité, victime de ses pulsions plus enfantines que sexuelles et de son goût immodéré, voire gargantuesque, pour la boisson. Un homme qui se trouvera terrassé in fine par un infarctus, du fait de cette vie peu saine. Un homme rendu souvent pitoyable et placé par la mise en scène dans des situations humiliantes. Cet homme se montre passif, d'abord face à lui-même, puis face aux autres, comme en témoigne la scène finale.

 

Scène de <i>Don Giovanni</i> à Aix-en-Provence en 2010.  © Pascal Victor

 

Tout le travail scénique de Tcherniakov semble avoir eu pour fonction de contredire – avec fracas mais avec éclat – le mythe de Don Juan tel que Mozart et Da Ponte l'ont porté, et tel que le résument Jean et Brigitte Massin dans leur ouvrage cité plus haut : "[Parmi tous les personnages,] seul Don Giovanni agit vraiment ; dans un sens, on peut aussi dire qu'il ne connaît que des échecs, du moins après avoir tué le Commandeur ; mais c'est lui qui, d'un bout à l'autre, commande l'action des autres, leur impose son rythme et sa personnalité. Il les impose psychologiquement ; il ne les impose pas moins musicalement : il suffit de comparer son rôle dans les deux finales au rôle d'Almaviva dans les morceaux correspondants des Noces, la façon dont il s'empare des phrases musicales des autres, les étoffe, les transfigure. De là vient que, tenant au caractère buffa par tant de côtés, Don Giovanni ne se trouve jamais dans une situation ridicule, ni même humiliée […]. Lorsqu'il s'esquive devant Elvira, laissant Leporello répondre pour lui, il est odieux, mais continue à mener le jeu. Et quand il s'ouvre un chemin, l'épée au poing, à la fin du premier acte, ou quand il tient tête au Commandeur et refuse de se repentir, la musique est d'accord avec le texte pour affirmer son authentique grandeur, – il faut même dire : son héroïsme. Les nobles et délicats sentiments d'Ottavio, la bravoure d'Anna, le pathétique profond d'Elvira, sont de peu de poids en face de lui."
Ainsi, renversant intégralement la figure de Don Giovanni, c'est tout le projet initial de Da Ponte et de Mozart que transforme Tcherniakov, projet se situant dans la mouvance de l'esprit des Lumières et naissant logiquement d'une succession assumée d'influences : celle de la comédie de Molière Dom Juan ou le Festin de Pierre, mais aussi celle de Don Giovanni Tenorio o sia il dissoluto (Don Juan Tenorio ou le Dissolu) de Goldoni joué à Venise en 1736, soit moins d'un an avant la création du Don Giovanni de Mozart, et celle de Don Giovanni ou Le Convive de Pierre de Gazzaniga sur un livret de Giovanni Bertati.

 

Bo Skovhus interprète le rôle-titre de <i>Don Giovanni</i> à Aix-en-Provence en 2010.  © Pascal Victor

 

Le spectateur pourra apprécier cette lecture si personnelle et si transgressive du mythe – et nous lui conseillons de visionner en amont le très bon documentaire proposé en bonus -, mais il n'en demeure pas moins que nous ne sommes plus là face au Don Giovanni de Mozart tel qu'il a été conçu par le compositeur, en osmose avec les mots et les intentions du livret de Da Ponte.
Comment, alors, apprécier à la fin de l'opéra, l'utilisation que fait Mozart des trombones et des timbales qui font référence aux enfers dans la mesure où ceux-ci ont été évacués de la mise en scène ? Comment goûter le chœur des démons, les basses masculines, l'unisson et les octaves utilisés par le compositeur pour susciter le climat de terreur entourant la damnation éternelle de Don Giovanni, dès lors que cette damnation se transmue ici en simple mal physique ? Difficile d'adhérer à cette lecture intéressante mais bien trop éloignée des intentions de Mozart…

À noter : L'Acte I est proposé sur le DVD 1 (94'04) ; l'Acte II, sur le DVD 2 (88'41).


Lire le test du Blu-ray Don Giovanni à Aix mis en scène par Dmitri Tcherniakov


Retrouvez la biographie de Wolfgang Amadeus Mozart sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Matthieu Gosztola

Suppléments du DVD

Sur le DVD 2, en multilingue stéréo DD, avec sous-titres français ou anglais en fonction des intervenants :
Un documentaire de Denis Sneguirev très bien réalisé apporte de nombreuses précisions particulièrement riches sur les intentions du metteur en scène. De nombreux plans nous entraînent durant les répétitions et backstage d'une façon très vivante. Les témoignages sincères et précis des interprètes et du chef participent à une excellente approche de cette production différente. (27'13)

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

Le master d'origine Haute Définition affiche de fort belles couleurs à même de restituer la sophistication des lumières de Gleb Filshtinsky. La luminosité est bien dosée et de puissants contrastes s'imposent dans de nombreuses scènes. La précision est en revanche moyenne mais, surtout, les mouvements de caméras et les déplacements rapides des interprètes occasionnent des pertes de netteté particulièrement fréquentes et gênantes.

Son

La piste stéréo, dès l'Ouverture semble friser la saturation et, malgré la dynamique diffusée d'emblée, le rendu fait craindre le pire. Dès l'entrée des voix, un autre problème se pose : celui d'une expression manquant de détail et, pour tout dire, brouillonne. Les interventions solistes passent mieux, mais les ensembles se montrent extrêmement confus, d'autant que la balance entre la fosse et le plateau est bien peu convaincante.
Le mixage multicanal propose une scène avant plus étoffée mais l'encodage Dolby Digital, peu approprié pour la musique classique, accentue le côté "criard" de l'Ouverture. Cette piste parvient néanmoins à apporter plus de détail dans l'émission vocale sans pour autant nous convaincre pleinement tant la diffusion se montre peu plaisante.

Note technique : 5/10

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Aix-en-Provence
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Marlis Petersen
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