
Il y a des chefs qui voient des accents pré-beethovéniens dans les dernières symphonies de Mozart, d’autres qui voient des références mozartiennes dans les opéras de Rossini ou même Bellini. Pour valides que soient les deux approches, elles présupposent un bond dans le temps qui omet la figure ô combien importante de Giovanni Simone Mayr, figure majeure de son temps que la postérité a failli oublier.
Aujourd’hui, Mayr est considéré comme un compositeur de transition, terme pour le moins dévalorisant et impropre tant aucun musicien n’a jamais pu imaginer que son œuvre servirait simplement à boucher les trous laissés par les historiens de la musique ! Non, Mayr était un compositeur à part entière et son œuvre, marquée par le succès, a eu une influence décisive sur le répertoire lyrique du XIXe siècle. Au Conservatoire de Bergame, il fut d’ailleurs le professeur de Bellini et de Donizetti. Ce n’est donc que justice, grâce à l’appui enthousiaste de l’Internationale Simon Mayr Gesellschaft et d’Ivor Bolton, de lui redonner la place qu’il mérite au panthéon des compositeurs. Grâce soit également rendue à l'éditeur Arthaus Musik qui investit dans une double parution DVD et Blu-ray.

Pour preuve cette production de Medea in Corinto, opéra de 1813 sur un premier livret de Felice Romano - qui écrira plus tard les textes des opéras de Rossini et Verdi - ressuscité par l’opéra de Bavière. Cela n’est qu’un juste retour des choses pour Mayr, compositeur bavarois souvent considéré comme italien tant son œuvre est marquée par le lyrisme ultramontain.
Ceci dit, malheureusement, ce n’est pas le sentiment que donne cette production, louable mais peu enivrante. En cause, surtout, la mise en scène de Hans Neuenfels, d’une tristesse regrettable. Pertinente par sa disposition en plusieurs niveaux d’intrigue, elle permet une polyphonie narrative intelligente. Mais le contraste entre des décors minimalistes et une mise en scène bavarde et bien peu élégante, multiréférentielle avec ses us et costumes venus de divers lieux et différentes époques, déséquilibre l’ensemble, brouille les pistes et retire de l’humanité à cette fable sur les relations humaines. Côté fosse, le "trop" se transforme en "pas assez". Visiblement, Ivor Bolton a envie de défendre cette œuvre et il y met une énergie débordante qui sied bien à l’efficacité induite par la structure musicale - finalement très française - par ces récitatifs concis caractéristiques (en 1813, le Français Murat règne sur Naples !). Mais il ne faut pas oublier que Mayr excelle dans l’art de l’orchestration et la présente interprétation, pour claire, manque cruellement de lyrisme, de délicatesse dans les détails, bref d’un peu de recul.


Ce manque est d’autant plus regrettable que le plateau est globalement très satisfaisant, à commencer par Ramón Vargas qui campe un Jason certes un peu scolaire par endroits, mais d’une suavité de timbre qui réjouit l’oreille. La puissance et la détermination marquent les interprétations d’Alastair Miles et Alek Shrader, démonstratifs, pas toujours très subtils, mais qui ont le bon goût de ne jamais trop en faire. Côté émotion, on sera ravi par l’interprétation colorée et nuancée d’Elena Tsallagova (par ailleurs exceptionnelle dans La Petite renarde rusée). Seules légères ombres au tableau : les quelques approximations de Nadja Michael (Médée) qui lui font rater des aigus dans les vocalises. Mais sa personnalité et sa présence compensent bien vite ces quelques soucis.

Au final, on ressort de cette Medea in Corinto déçu, avec l’idée que, malgré un bel engagement des protagonistes, on est passé à côté de quelque chose. Gageons que ce n’est qu’un faux départ pour une renaissance aussi prometteuse et passionnante tant sur le plan musical que musicologique.
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Jean-Claude Lanot




En HD et stéréo DD avec les mêmes sous-titres que le programme principal, disponibles en fonction des langues parlées : 








































