DVD Jaquette de : Jake Heggie : Moby Dick (San Francisco Opera)

Distribution

Interprètes
  • Jay Hunter Morris
    Captain Ahab
  • Stephen Costello
    Greenhorn
  • Morgan Smith
    Starbuck
  • Jonathan Lemalu
    Queequeg
  • Talise Trevigne
    Pipi
  • Robert Orth
    Stubb
  • Matthew O'Neill
    Flask
  • Joo Won Kang
    Captain Gardiner
  • Carmichael Blankenship
    Tashtego
  • Bradeley Kynard
    Daggoo
  • Chester Pidduck
    Nantucket Sailor
  • Anders Froehlich
    Spanish Sailor
  • San Francisco Opera Chorus
  • San Francisco Opera Dance Corps
Mise en scène
Leonard Foglia
Chorégraphie
Keturah Stickann
Orchestre
San Francisco Opera Orchestra
Chef d'orchestre
Patrick Summers
Réalisation
Frank Zamacona
Origine
San Francisco Opera
Année
2012

Informations techniques

Durée
142'
Nombre de disques
5
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
EuroArts
Distributeur
Harmonia Mundi
Date de sortie
29/10/2013

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DD
5.1 DTS Plein débit
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Français

Jake Heggie : Moby Dick (San Francisco Opera) DVD

Moby-Dick

Tutti ovation

Note générale : 10/10

Jake Heggie

Opéra


L’Europe connaît peu le compositeur américain Jake Heggie alors que, de l’autre côté de l’Atlantique, il est depuis 2000 la coqueluche des meilleures maisons de chant américaines, de New York à la Californie en passant par le Texas. Aussi, nous accueillons à bras ouverts l'initiative de l'éditeur EuroArts de nous proposer en Blu-ray et DVD la version de l'Opéra de San Francisco de son dernier opus lyrique en date, Moby Dick. Commande canado-australo-américaine créée à Dallas en avril 2010, cette tentative définitivement aboutie de transposer le roman d’Herman Melville à la scène est servie par une distribution idéale en tête de laquelle Jay Hunter Morris, Stephen Costello, Morgan Smith, Jonathan lemalu et Talise Trevigne. La mise en scène est signée Leonard Foglia.

Scène de <i>Moby Dick</i> de Jack Heggie à l'Opéra de San Francisco.  © Cory Weaver

 

Le compositeur Jake Heggie en 2008.  D.R.Jake Heggie est tout d'abord pianiste, mais sa carrière bascule très vite du côté de l’opéra. Il devient alors compositeur en résidence de l’Opéra de San Francisco pour lequel il écrira Dead Man Walking, créé en 2000. Ce sera un premier succès, tant critique que public, et on louera la capacité du compositeur à allier la qualité du matériel et l’émotion qui s’en dégage. Le décor est planté, et il demeurera la signature de Jake Heggie.

Un autre trait de la personnalité du compositeur est sa fidélité à ses librettistes : Terrence McNally d’une part (Dead Man Walking), et, dans le cas qui nous intéresse ici, Gene Scheer. Les deux hommes se retrouvent notamment autour de leur parcours musical, dans la mesure où Scheer est avant tout un musicien, dont la formation l’a conduit de la Californie à Vienne. Il en résulte un livret de Moby Dick qui coule comme une rivière de notes, évident et musical. Une adaptation si naturelle qu'elle rend l’histoire authentiquement "scénique", et que l’on se prend à oublier le roman de Meville le temps d’un spectacle.

À partir de ce matériel, le metteur en scène Leonard Foglia avait un boulevard. Mais il a eu l’intelligence de ne pas simplement mettre en espace le livret, mais d’aller encore plus loin dans le sens visuel, et de proposer une scénographie utilisant tous les ressorts modernes pour donner à cette histoire sa dimension épique, son action et son intensité. Il utilise notamment avec beaucoup de goût les projections (constellations, vagues, chaloupes). L’ensemble est spectaculaire, sans pour autant plonger dans le littéral basique. C’est ainsi que les chaloupes ne sont que des contours blancs projetés sur l’arrière-scène, plan vertical sur lequel s’accrochent les marins-harponneurs ballotés par les flots. Il y a dans l’utilisation de cette verticalité à des fins dramatiques quelque chose de la scénographie de Bob Crowley pour le musical de Tarzan à Broadway, mais les formes ainsi suggérées par projection apportent une poésie et une efficacité supplémentaires. De plus, la mise en danger, ou tout au moins l’inconfort des positions à adopter, est littéralement vécue par les interprètes ainsi suspendus au-dessus de la scène. En tout cas, ce ressort apporte une solution bienvenue aux challenges également visuels inhérents à cette histoire et permet au public de se sentir véritablement immergé. De plus, les lumières de Donald Holder apportent une indéniable contribution à l'ensemble de ce spectacle.

 

Scène de <i>Moby Dick</i>.  © Cory Weaver<i>Moby Dick</i> mis en scène par Leonard Foglia. © Karen Almond

 
















C’est d’ailleurs ce qui rend d’autant plus regrettable les choix pour la captation video faits par Frank Zamacona pour ces scènes. On comprend bien qu’un réalisateur ne peut se contenter de filmer une séquence uniquement en plan large mais, tandis que l’immersion du spectateur fonctionne également très bien par écran interposé, les plans rapprochés sur les interprètes révèlent la structure même de l’arrière-scène et viennent rompre le charme qui opérait si bien de loin. Il était pourtant possible de resserrer encore davantage le champ pour ne filmer que les visages et non pas les ficelles du dispositif.
Considération mineure, ceci dit, au regard de cette réalisation qui, pour le reste, participe tout autant de l’aventure que de l’émotion. La scène est statique, mais la caméra nous emporte au cœur de cet équipage, avec un dosage idoine entre le mouvement et le portrait (le regard du Capitaine Ahab), entre les ensembles et les interventions solistes.

 

Le cast de <i>Moby Dick</i> sur la scène de l'Opéra de San Francisco.  © Cory Weaver

 

Stephen Costello (Greenhorn).  © Cory WeaverCe plaisir visuel se double bien heureusement d’un plaisir sonore tant la présence des musiciens est palpable, notamment en multicanal. La qualité de la captation est ici un véritable hommage à l’engagement et à la qualité des interprètes.
L’orchestre de Moby Dick est pour le moins spectaculaire, mais il fallait bien cela pour une telle épopée : bois multipliés par 3, 4 cors, 3 trompettes, trombones et basse, sans oublier les percussions diverses s’ajoutant aux cordes et à la harpe. Des effectifs qui tiennent presque de la musique de film. Et pour cause, le vocabulaire de Jake Heggie n’est pas exempt de certaines références cinématographiques, bouclant la boucle des (bons) compositeurs de musique de film qui empruntent volontiers à Richard Strauss, Prokofiev ou encore à Shostakovich.
Ainsi, les références sont là, mais elles restent des références. Il est difficile, de nos jours, d’écrire de la musique en prétendant que la musique de film ne fait pas partie de notre culture, voire même de notre culture "classique". Jake Heggie assume, intègre, mais toujours avec intelligence et surtout avec exigence. Il n’y a aucune condescendance chez lui, tant vis-à-vis de la musique de film que vis-à-vis du public à qui il destine cette œuvre et qui, à n’en pas douter, se sentira également chez lui dès la première écoute. C’est une touche de lyrisme aux cordes, des accents aux cuivres, un trait de harpe. Un rien, pas grand-chose. Simplement le témoignage d’un homme du XXIe siècle qui sait de quoi il parle.

Jay Hunter Morris (Capitaine Ahab).  © Cory Weaver
Un homme de culture en général, et l’on retrouve également dans son langage de très nombreux gestes rappelant Britten, notamment un sens de l’orchestration très élaboré, avec une compréhension très fine de chaque instrument et un mélange très équilibré et très bien pensé de tonalité et d’atonalité, le tout enrobé dans une élégance de la ligne et du propos – encore une fois ce naturel qui rend toute cette complexité évidente.

C’est certainement l’une des raisons essentielles pour laquelle les chanteurs semblent aussi à l’aise. On les sent totalement pénétrés par leur rôle, et souvent en dépit des maintes contraintes scénographiques comme chanter sur plan vertical ou avec une jambe de bois. Le ténor Jay Hunter Morris passe ainsi très facilement de Siegfried au Metropolitan Opera au Capitaine Ahab, avec une présence fabuleuse, un jeu d’acteur puissant, sans toutefois jamais en rajouter. Un magnifique sens du texte et une manière saisissante de déclamer et de chanter en anglais s’ajoutent aux qualités qu’on lui connaissait, notamment ce timbre inimitable qui reste chaleureux et nous emporte même dans les excès de son personnage. Il y a quelque chose de totalement fascinant dans cette incarnation : la rencontre magique entre un livret, une musique et un interprète.
Stephen Costello offre quant à lui une très belle incarnation de Greenhorn (Ishmael), pleine de mélancolie, avec de très beaux aigus, et surtout une intense compréhension de la transformation progressive de son personnage au contact de Queequeg, le baryton Jonathan Lemalau, dont la présence irradie. Mais c’est sans minorer l’unique personnage féminin, Talise Trevigne, soprano habituée de la scène contemporaine, dans le rôle du mousse Pip. Il y a quelque chose de profondément humain, mais aussi d’animal dans cette chanteuse, qui séduit avant de toucher par son timbre radieux, chaleureux et une maîtrise vocale exemplaire.

 

Stephen Costello (Greenhorn), Talise Trevigne (Pip) et Jonathan Lemalu (Queequeg) dans <i>Moby Dick</i>.  © Cory Weaver

 

Et si chaque membre de cet équipage ne manque pas de rallier nos suffrages, c’est aussi et surtout l’esprit d’équipe qui règne ici qui finit de nous convaincre. À eux tous, ils nous emportent dans cette aventure surhumaine sans jamais oublier leur humanité. C’est ce qui nous "harponne" dans cette production tout entière : cette capacité à nous émerveiller par les proportions d'une scénographie et d'une musique, mais aussi, et même avant tout, par une authenticité et cette faculté à jouer comme rarement sur le proche et le lointain.

On comprend pourquoi, depuis sa création, cette production de Moby Dick n’en finit pas de tourner et de ravir les publics à travers les États-Unis et plus encore à travers le monde. Une carrière amplement méritée ! En France, nous nous contenterons pour le moment d'un Blu-ray et d'un DVD de très haut niveau. Patience…


À noter : L'opéra est proposé sur le DVD 1 ; les suppléments sur le DVD 2. Ces disques sont présentés au sein d’un digipack soigné.

Lire le test du Blu-ray Moby Dick de Jake Heggie à l'Opéra de San Francisco

Jean-Claude Lanot

Suppléments du DVD

Jay Hunter Morris en 2012.  D.R.
En anglais stéréo PCM non sous-titré :

- Huit interviews des interprètes et des créateurs sont accessibles séparément ou peuvent être vues en continu : Jay Hunter Morris, Stephen Costello, Morgan Smith, Jonathan Lemalu, Talise Trevigne, Jake Heggie, Patrick Summers et Gene Scheer. Ces interventions sont principalement axées sur le livret, les personnages et l'approche de l'œuvre, ainsi que les collaborations. Ces interviews sont illustrées d'extraits de l'opéra ou de séquences backstage. (52' au total)

- Spectaculaire accéléré de la construction du décor sur la scène de l'Opéra de San Franciso. Soit 24 heures résumées en précisément 8'33 !

- Quatre bandes-annonces (dont une en Dolby Digital).

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

L'origine HD de ce master permet un affichage optimal des gros plans nourris de détails. En revanche, les plans d'ensemble perdent irrémédiablement cette belle précision, au contraire du superbe Bu-ray de ce programme. La colorimétrie est splendide et le rendu reste naturel tout en préservant la nature des éclairages de scène de Donald Holder. La densité des noirs nourrit d'excellents contrastes et le piqué global apporte du dynamisme au visionnage. Les zones sombres du plateau passent plus difficilement, mais les vidéos utilisées dans la mise en scène sont parfaitement affichées. De fait, ce rendu de très haute qualité ne se voit limité que par les caractéristiques du seul support DVD.

Son

La piste stéréo, dynamique et bien équilibrée entre voix et orchestre se montre toutefois assez sourde. Les graves sont un trop valorisés et, s'ils permettent à certains pupitres instrumentaux une mise en avant importante, ils n'avantagent pas les voix. L'ensemble est dynamique mais déçoit quelque peu.
Le mixage 5.1, toujours riche en graves en raison de l'adressage au caisson de basses, affiche une scène avant bien plus détaillée. Les voix ressortent mieux et la reproduction gagne un relief bienvenu. L'orchestre se déploie latéralement et le spectateur, malgré l'utilisation "à l'économie" des enceintes arrière, profite d'une bonne immersion musicale.
L'encodage Dolby Digital, dont la présence n'était pas utile ici, ne peut prétendre à reproduire aussi bien la finesse des timbres que le DTS d’autant qu’il est choisi ici wdans sa version "plein débit". Dans les deux cas, la dynamique générale dépasse celle de la stéréo de façon spectaculaire.

Note technique : 8/10

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Jake Heggie
Jay Hunter Morris
Jonathan Lemalu
Leonard Foglia
Moby Dick
Morgan Smith
Patrick Summers
San Francisco Opera
Stephen Costello
Talise Trevigne

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