Blu-ray Jaquette de : Written on Skin (ROH)

Distribution

Interprètes
  • Christopher Purves
    The Protector
  • Barbara Hannigan
    Agnès
  • Bejun Mehta
    Angel 1/The Boy
  • Victoria Simmonds
    Angel 2/Marie
  • Allan Clayton
    Angel 3/John
  • David Alexander
    Angel Archivist
  • Laura Harling
    Angel Archivist
  • Peter Hobday
    Angel Archivist
  • Sarah Northgraves
    Angel Archivist
Mise en scène
Katie Mitchell
Orchestre
Orchestra of the Royal Opera House
Chef d'orchestre
George Benjamin
Réalisation
Margaret Williams
Origine
Royal Opera House, London
Année
2013

Informations techniques

Durée
89'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Opus Arte
Distributeur
DistrArt Musique
Date de sortie
17/02/2014

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.0 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Français
•  Japonais

Written on Skin (ROH) Blu-ray

Tutti ovation

Note générale : 10/10

George Benjamin

Opéra


Fait assez rare dans le monde de la création lyrique contemporaine, Written on Skin (Écrit sur peau), deuxième opéra de George Benjamin, a reçu un triomphal accueil à sa création lors de l’édition 2012 du Festival d’Aix-en-Provence. La mise en scène de Katie Mitchell bénéficiait d’un impressionnant trio de chanteurs : le contre-ténor Bejun Mehta, la soprano Barbara Hannigan et le baryton Christopher Purves, tous trois en charge d’incarner la troublante proposition du librettiste Martin Crimp… Nous avons le bonheur d'accueillir maintenant la captation de sa reprise en mars 2013 au Royal Opera House de Londres avec la même distribution placée sous la direction du compositeur. Ce programme est disponible en Blu-ray et DVD chez Opus Arte.

Le compositeur George Benjamin s'exprime sur son opéra <i>Written on Skin</i> dans les bonus des DVD et Blu-ray édités par Opus Arte.

 

Deux types d’aventures s’offrent au mélomane audacieux qui assiste de nos jours à la création d’un opéra contemporain :
D’un côté, la "Voie américaine", post-Bernstein (Heggie et consorts) ou issue du minimalisme (les opéras de Philip Glass ou de John Adams). Avec des livrets le plus souvent très en phase avec l’actualité tels Einstein on the Beach, Satyagraha, The Perfect American, Doctor Atomic, The Death of Klinghofer, Nixon in China, Dead Man Walking, Anna Nicole, Sophie’s Choice ou A Streetcar named Desire. Cette voie américaine propose le plus souvent un confort harmonique de nature à réconcilier avec la création lyrique des oreilles qui s’estiment quelque peu malmenées par cinquante ans de tradition sérielle. Elle vise à l’efficacité immédiate : l’émotion; le cœur.
De l’autre côté, la "Voie européenne", avec des œuvres où cette même tradition sérielle est très vivace, et d’autres que l’on qualifiera de post-Britten. Die Soldaten, Saint-François d’Asssise, The Tempest, Reigen, Conte d’hiver, Trois sœurs, L’Amour de loin… Plus audacieuse, plus expérimentale aussi, cette voie plus délicate d’accès, aux audiences parfois confidentielles, demande davantage d’effort : l’analyse, le cerveau.

 

Le compositeur George Benjamin dirige son opéra <i>Written on Skin</i> au Royal Opera House de Londres.

 

Barbara Hannigan (Agnès) et Bejun Mehta (Le Garçon).  © Stephen KummiskeyWritten on Skin se rattache clairement à la seconde voie. En élève de Messiaen fasciné par les recherches de sonorités d’un Ravel, l’Anglais George Benjamin, jusque-là compositeur d’une musique quasi exclusivement instrumentale, déploie un langage qui, pour moderniste qu’il soit - les premiers accords sont éloquents à ce titre -, n’est aucunement complexé dans son utilisation de formules plus éprouvées. Son orchestration est par ailleurs richissime. Dans le but de retrouver l’essence même des enluminures du Moyen-Âge, son instrumentarium gratifie la formation classique de nouveaux venus (basse de viole, harmonica de verre, grelots de traîneau, cloches de vaches, cymbales frottées à l’archet, galets…) et fait de Written on Skin une expérience sensorielle tout à fait en phase avec le texte mais aussi avec les non-dits. Le calme le plus pénétrant côtoie la violence la plus soudaine. Malgré quelques éclats à la Zimmermann, l’opéra de Benjamin s’inscrit bien plutôt dans la filiation d’un autre Benjamin : Britten.

Cet opéra d’à peine 1h30 en 3 parties, n’a rien d’un opéra de chambre. Court mais d’une densité incroyable, c’est une œuvre spectaculaire dans ses moyens orchestraux mais aussi dans la puissance de son livret. Il faut même parfois avoir le cœur bien accroché. C’est le cas de le dire !
Inspiré d’une étrange légende médiévale de Guillaume de Cabestany Un Cœur mangé, le livret met en scène un riche propriétaire terrien, appelé le Protecteur, qui engage un enlumineur, nommé le Garçon, auquel il va confier la mission de réaliser un livre à la gloire de sa réussite sociale autant que domestique. Hélas, un peu comme dans le film Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway, Agnès, sa femme, va faire chuter ce beau et naïf contrat. Pour se venger d’un mari qui la considère comme une enfant, voire une sœur, elle va tomber amoureuse de l’artiste. Ange lui aussi, avec six comparses (un peu comme dans Les Ailes du désir de Wim Wenders), il ne se contentera pas de veiller sur le destin des humains et ira même jusqu’à faire graviter autour de lui les désirs de toute la maison. Cela nous renvoie à un autre Ange non moins fameux, celui du Théorème pasolinien, troisième référence cinématographique qui irrigue l’œuvre de Benjamin.

Written on Skin parle sans ambiguïté mais avec une force très prégnante, de la terreur sexuelle. "L’amour n’est pas une image. L’amour est un acte", dit Agnès à la toute fin de l’Acte I. Personne n’échappera à l’engrenage : terrifiante spirale des sentiments très bien rendue par l’escalier hélicoïdal que l’on gravit au ralenti à la fin de l'Acte III.

Le librettiste Martin Crimp.L’action est énoncée d’une façon originale. Le librettiste Martin Crimp opte pour une certaine distanciation en faisant commenter leurs actions par les personnages eux-mêmes. Ainsi Le Garçon chante par exemple "Un livre coûte cher, dit le Garçon". Il peut aussi chanter en parlant de lui-même : "Le garçon sort de sa sacoche un livre enluminé", et ainsi de suite jusqu’au terme de l’œuvre. Le Protecteur et sa femme font de même. Ce procédé qui pourrait n’en être qu’un, voire apparaître aride dans sa volonté de distance, participe au contraire de l’envoûtement que procure assez vite le spectacle : on fait les choses, et on a un regard et une pensée sur ce que l’on fait. Cette perpétuelle expression à trois niveaux s'avère d’une grande richesse. Dans le prolongement, les quatre anges archivistes, outre leur utilité pratique dans les changements d’accessoires, sont également plus que cela : ils deviennent des démiurges, façonnant la pâte dramatique, tirant les fils des agissements humains, et allant jusqu’à accélérer parfois le cours des choses. Contrairement aux anges de Wim Wenders, ceux-ci ne sont pas seulement contemplatifs.

Written on Skin, par-delà son propos boulevardier (l’inusable trio infernal mari, femme, amant !), nous parle puissamment aussi de notre condition d’être humain dans un monde contemporain inlassablement guetté par la consommation et la déshumanisation où tous les pogroms sont encore possibles. En cela, il marque les esprits. La Scène 13 dénoncera sans ambages la "cruauté d’un dieu qui crée l’homme en le remplissant de désirs conflictuels pour mieux le rendre honteux d’être un homme". C’est à un chœur d’anges (de fait tenu par 2 chanteurs, comme dans Le Viol de Lucrèce) qu’est dévolue la lourde responsabilité de ces amers constats. Faisant ainsi une manière de salutaire état des lieux du monde, Written on Skin est aussi une subtile réflexion philosophique.

 

<i>Written on Skin</i> mis en scène par Katie Mitchell.  © Stephen Kummiskey

 

Cette production impressionne par l’intelligence de sa mise en scène, par l’exemplarité d’un magnifique décor en coupe de tous les lieux de l’action. Elle éblouit également par la radicalité bienvenue d’éclairages qui exploitent tous les recoins du plateau en même temps qu’ils constituent un auxiliaire essentiel de l’auditeur au cours du voyage qu’il doit effectuer pour découvrir cette nouvelle partition. Leur utilisation tranchante est en phase avec la brutalité de cette histoire cruelle qui glissera jusqu’à l’anthropophagie. On pense encore à Greenaway et son sulfureux opéra cinématographique Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant.
La scénographie est passionnante, tout comme l’est la circulation des personnages à l’intérieur des espaces : ralentis, accélérés, courses, hésitations puis irruptions. Dans la Scène 13, par exemple, le passage du laboratoire des Anges à la maison du Protecteur, juste avant la mort du Garçon, rend bien compte de la démarche de Katie Mitchell, épaulée par des acteurs de toute beauté, et que l’on sent profondément investis.

 

Barbara Hannigan et Bejun Mehta dans <i>Written on Skin</i> de George Benjamin mis en scène par Katie Mitchell.  © Stephen Kummiskey

 

Christopher Purves (le Protecteur).  © Stephen KummiskeyMais venons-en à ces chanteurs exemplaires qui concourent à faire de cette œuvre le choc qu’elle constitue.


À peine sorti du Teatro Real de Madrid où il parvenait avec maestria à incarner un Disney plein de zones d’ombre plus vrai que vrai au plan de la ressemblance physique pour la création de The Perfect American de Philip Glass, l’anglais Christopher Purves fait montre de la plus grande aisance dans le rôle lui aussi très torturé du Protecteur de Written on Skin. Avec un engagement de chaque instant, son idéale voix de baryton se plie avec bonheur à tous les états d’âme de ce personnage complexe, dont la mise en scène de Katie Mitchell explore les méandres avec une grande subtilité. Au moyen d’un timbre dans la lignée d’un John Shirley Quirck, Christopher Purves est aussi à l’aise dans les nombreux éclats de la partition que dans les instants murmurés, comme au début de la Scène 12 où il va jusqu’aux limites de la ligne vocale afin de produire un chant détimbré qui surligne le côté "bombe à retardement" de son personnage.

 

 

La soprano Barbara Hannigan suscite le même enthousiasme. Dotée d’une voix à la beauté radieuse, elle peut aussi avec aplomb faire montre de toute l’insolence vocale nécessaire, notamment dans le déchaînement totalement maîtrisé de sa "scène de la folie" de l’Acte II, où Benjamin la fait entrer dans la famille des excessives du XXe siècle, au côté de ses glorieuses aînées : Lulu, bien sûr mais aussi Marie de Die Soldaten.

Bejun Mehta s'exprime sur l'opéra <i>Written on Skin</i> dans les bonus des Blu-ray et DVD édités par Opus Arte.Mais celui qui s’élève au-delà de cette excellence généralisée, c’est Bejun Mehta. On n’a pas oublié sa prestation mémorable dans le bouleversant Messie mis en scène par Claus Guth ou son Orlando halluciné il y a peu à Beaune. Tenant ici dans les rets de son timbre de miel le Protecteur et Agnès mais également le dernier des spectateurs (ainsi que Terence Stamp le faisait dans le film de Pasolini), le contre-ténor le plus magnétique de notre époque est ici à la place idéale et son Ange alla Théorème incarne le vecteur idéal de la musique de Benjamin. De tous les contre-ténors du XXe siècle, Bejun Mehta semble avoir trié le bon grain de l’ivraie, gardé les qualités de ses aînés, mais rejeté leurs défauts : pas de voix pointue, pas de souffle court, aucune préciosité, mais un timbre très incarné rehaussé par un jeu très engagé, une présence physique où l’ange n’exclut pas la bête, qui rend chacune de ses apparitions absolument marquantes, comme lorsqu'il doit passer d’un espace à l’autre dans la Scène 13, moment terrifiant entre tous où il va au-devant de sa mort… Ce Written on Skin semble tout simplement écrit à sa gloire.
Barbara Hannigan, Allan Clayton, Victoria Simmonds et Peter Hobday.  © Stephen Kummiskey
Ce magistral trio d'interprètes est secondé avec une belle présence par Victoria Simmonds et Allan Clayton dans les essentielles interventions humanistes mais aussi, hélas, de pousse-au-crime des deux anges du chœur.

L’Orchestre du Royal Opera House se montre lui aussi magistral, même si, succédant au Mahler Chamber Orchestra que Benjamin dirigeait à Aix-en-Provence en 2012, il nous semble moins analytique que son prédécesseur, spectaculaire certes, mais noyant les trouvailles sonores du compositeur dans une pâte plus épaisse.



Tout juste peut-on regretter que la captation, par ailleurs digne d’éloges, même dans les contestables mais très beaux plans verticaux qu’aucune place de la salle ne peut permettre de voir, échoue à rendre compte de la multiplicité des actions mises en place sur tous les niveaux du décor. Ce qui se trame dans le laboratoire des Anges semble tout aussi digne d’intérêt que ce qui est à l’œuvre dans la salle à manger ou la chambre du Protecteur. On n’a droit par exemple qu’à un seul plan sur l’ange torse nu qui orne la jaquette du DVD et même le disque lui-même : comment en est-il arrivé là ? Mystère. Dommage, car la révélation in fine de son dos ailé est une pièce maîtresse du jeu…

 

Peter Hobday joue le rôle d'un Ange Archiviste dans <i>Written on Skin</i> de George Benjamin.  © Stephen Kummiskey

 

Direction d’acteurs très fouillée, scénographie en cinémascope magistrale éclaboussée par l’intelligence d’une lumière considérée comme un personnage supplémentaire de l’action, distribution de haut vol, direction musicale idoine, Written on Skin a bénéficié de tous les atouts pour que cette partition contemporaine appartenant à ce que nous appelons "la deuxième Voie", impressionne durablement l’auditeur.
Mission accomplie avec la magnifique édition vidéo proposée par Opus Arte d’une œuvre immédiatement adoubée - fait rarissime - "classique instantané", et hautement conseillée, même aux pèlerins de la "première Voie"…

 

Applaudissements pour l'opéra de George Benjamin <i>Written on Skin</i> sur la scène du Royal Opera House en mars 2013.

 

Lire le test du DVD Written on the Skin de George Benjamin

Jean-Luc Clairet

Suppléments du Blu-ray

En HD et en anglais stéréo PCM non sous-titré :
- Dans An Introduction to Written on Skin, le Directeur musical du Royal Opera House Antonio Pappano présente la pièce telle un événement, le compositeur George Benjamin explique brièvement son attachement au livret tandis que, sur fond d'images de répétitions, plusieurs interprètes donnent quelques indications sur leur rôle. Participent également à cette courte mais bonne introduction, le librettiste et la metteuse en scène de l'œuvre. (4'47)
- Une courte interview du compositeur George Benjamin nous permet de mieux saisir son approche de l'œuvre. (2'21)
- Photos de la distribution.

 

 

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

Une précision constante se marie à des teintes aussi parfaitement affichées, qu'il s'agisse des bruns relativement chauds ou de bleus chirurgicaux, lesquels se partagent les différentes pièces en coupe du décor. Les plans rapprochés nous font bénéficier de magnifiques textures et les vues générales conservent un détail d'excellent niveau. Les contours sont d'une précision parfaite et la gestion des couleurs sombres et des noirs nourrissent de puissants contrastes. Ce master Haute Définition de très haute tenue accompagne au mieux de la qualité de la réalisation vidéo signée Margaret Williams.

Son

La piste stéréo, équilibrée et correctement timbrée, véhicule de très belles sonorités orchestrales et ménage constamment une bonne lisibilité des voix. L'ensemble est assez clair et la dynamique globale procure une écoute à la fois ample et précise.
Le mixage 5.0 (et non 5.1, comme l'indique la jaquette !) accentue la présence des chanteurs par une meilleure projection vocale. La scène avant accueille de la même façon des sonorités orchestrales plus amples et plus riches. La restitution se creuse et s'étoffe, tandis que l'intégration des enceintes surround aère l'écoute de façon naturelle et plaisante. La dynamique d'ensemble est assez jubilatoire et surprend parfois par des pics sonores auxquels il faut prendre garde. L'absence du caisson de graves dans ce mixage n'est pas à proprement parler handicapante mais son utilisation aurait permis un meilleur rendu des basses.

Note technique : 9/10

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