Blu-ray Jaquette de : Faust (Metropolitan Opera, 2011)

Distribution

Interprètes
  • Jonas Kaufmann
    Faust
  • René Pape
    Mefistophélès
  • Jonathan Beyer
    Wagner
  • Russell Braun
    Valentin
  • Marina Poplavskaya
    Marguerite
  • Wendy White
    Marthe
  • The Metropolitan Opera Chorus
  • The Metropolitan Opera Ballet
Mise en scène
Desmond McAnuff
Chorégraphie
Kelly Devine
Orchestre
The Metropolitan Opera Orchestra
Chef d'orchestre
Yannick Nézet-Séguin
Réalisation
Sean Nieuwenhuis
Origine
Metropolitan Opera
Année
2011

Informations techniques

Durée
190'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Decca
Distributeur
Universal Music Classics
Date de sortie
25/03/2014

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Chinois
•  Coréens
•  Français

Faust (Metropolitan Opera, 2011) Blu-ray

Note générale : 7/10

Charles Gounod

Opéra


Jonas Kaufmann ajoutait, en novembre 2011, le Faust de Gounod à son répertoire dans la nouvelle production du Metropolitan Opera confiée au quasi-inconnu Des McAnuff. Ce Faust était d'ailleurs une coproduction avec l’English National Opera qui avait présenté cette mise en scène en 2010 avec une distribution entièrement différente. Le 10 décembre 2011, Le Met rassemblait le Faust de Jonas Kaufmann, le Méphisto de René Pape, la Marguerite de Marina Poplavskaya et le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin pour une diffusion en direct dans les salles de cinéma du monde entier. Cette représentation est disponible chez Decca en DVD et Blu-ray.

<i>Prologue</i> de <i>Faust</i> mis en scène par Des McAnuff.  © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

Jonas Kaufmann (Faust) et René Pape (Méphistophélès) dans le <i>Prologue</i> de <i>Faust</i>.  © Ken Howard/Metropolitan OperaC’est toujours avec une certaine appréhension que l’oreille, éblouie de façon indélébile par la sublime adaptation du Faust de Goethe composée par Hector Berlioz, s’aventure dans celle de l’ "Abbé Gounod", comme signait régulièrement le très dévot compositeur français. Sans l’influence tardive de sa rencontre avec Pauline Viardot, Charles Gounod ne se serait probablement jamais confronté au genre Opéra, genre que sa pratique de la religion faisait considérer avec beaucoup de distance.
Obsédé par le mythe de Faust depuis l'âge de 20 ans, ce n’est que dans sa 41e année qu’il accouchera de sa propre version, œuvre où se retrouveront bien sûr toutes ses préoccupations : il n’est d’ailleurs pas interdit de discerner dans le personnage de Faust le double de Gounod. Malgré ses faiblesses, mais paré d’un certain don mélodique ("C’est une croix qui de l’Enfer nous garde", "Avant de quitter ces lieux", "Salut demeure chaste et pure", "Ah je ris de me voir si belle en ce miroir"…), Faust deviendra l’œuvre la plus jouée de son auteur, récoltant triomphes dans le monde entier. C’est avec le Faust de Gounod que s’ouvrit la première saison du Metropolitan Opera de New York en 1883.

 

Marina Poplavskaya (Marguerite) Jonas Kaufmann (Faust) dans <i>Faust</i> de Gounod.  © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

René Pape interprète Méphistophélès dans <i>Faust</i>.  © Ken Howard/Metropolitan OperaDe nos jours, le Met diffuse ses spectacles sur toute la planète par satellite. Les distributions sont prestigieuses mais les mises en scène sont parfois moins enthousiasmantes, engoncées dans un traditionalisme où le bon goût frôle l’académisme. Cependant, on note depuis quelques années une tendance du Met à se poser des questions sur les œuvres et à vouloir enfin secouer le tapis poussiéreux des mises en scène. Le trublion Tcherniakov cohabite désormais avec l’inoffensif Otto Schenk, et des productions commencent à marquer les mémoires, tel le splendide Parsifal de 2013 mis en scène par le canadien François Girard. Le Faust commandé par Peter Gelb à Des McAnuff participe de cette louable perspective.

"Nous avons passé beaucoup de temps à faire fonctionner un Faust d’aujourd’hui. Tout commence à la fin de la Seconde Guerre mondiale par la détonation de la bombe atomique, puis nous revenons à la jeunesse de Faust qui, du coup, remonterait au début de la Première Guerre mondiale". Cette déclaration en amont du metteur en scène laisse augurer d’un choix dramaturgique très alléchant : une vraie réflexion sur le Mal via les apprentis sorciers de notre temps que sont les physiciens de tous poils. À ce titre, la belle idée du pommeau de la canne de Méphisto en forme de giration d’atome lançant des éclairs est une judicieuse incarnation du Mal contemporain.

Las ! La traduction scénique de ce plausible concept peine à s’imposer tant est sommaire la direction d’acteurs au sein d’un décor certes fonctionnel mais prosaïque, glacé et, au final, passe-partout : un échafaudage de métal encadré par deux escaliers hélicoïdaux est censé évoquer un cabinet de savant qui pourrait convenir au Doctor Atomic de John Adams mais où la profonde humanité de Peter Sellars aurait été remplacée par le tape-à-l’œil d’un bateleur. Des McAnuff, hormis un précédent Wozzeck, a des années de comédie musicale à son actif et cela se sent. Les déplacements sont schématiques, attendus. La kermesse de l’Acte II avec ses choristes tour à tour babillards, survoltés et même déconcentrés, ne déparerait pas sur les scènes de province françaises des années 1960…
Même habillé de neuf au plan du décor, le Faust de McAnuff enfile les habits de la convention. Son décor dit tout : ce laboratoire-hangar de savant fou s’ouvre sur le vide et prend l’air de partout. Ce n’est pas l’utilisation banale de la vidéo cache-misère, à des coudées de ce que François Girard fera sur cette même scène pour Parsifal, qui peut servir de meuble. On ne peut s’empêcher de jouer au petit jeu des comparaisons avec le souvenir écrasant de l’historique Faust mis en scène par Jorge Lavelli à l’Opéra de Paris en 1976, tout de métal lui aussi, en hommage aux Halles de Baltard, mais qui servait d’écrin à une dramaturgie imparable où l’on suivait le parcours haletant des deux hommes habillés à l’identique. Une idée géniale dont il est devenu difficile de se passer aujourd’hui et que Des McAnuff exploite lui aussi.

 

Marina Poplavskaya interprète le rôle de Marguerite dans <i>Faust</i> de Gounod sur la scène du Met.  © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

Jonas Kaufmann interprète le rôle-titre de <i>Faust</i>.  © Ken Howard/Metropolitan OperaChez McAnuff, même la Nuit de Walpurgis peuplée d’irradiés de la bombe qui ne font que gesticuler scolairement, ne convainc pas. Reconnaissons tout de même le choc de la scène où Marguerite noie soudainement son bébé dans le bénitier et surtout le spectaculaire twist final, auquel échoit la lourde charge d’éclairer les intentions du metteur en scène. Un peu tard pour effacer l’impression éprouvée jusque-là face à ce spectacle chic et choc, le plus souvent surligné, qui échoue à renouveler l’image d’un opéra qui en a toujours besoin.

Dans ces conditions, il devient difficile pour les chanteurs d’incarner des personnages dont le concept certes novateur est difficilement lisible, étouffé sous une direction d’acteurs des plus banales. Ils sont donc contraints le plus souvent à faire appel à leur propre expérience.

C’est peut-être Marina Poplavskaya qui pâtit le plus de cet état de fait, se donnant sans compter, se jetant à "cordes perdues" dans le dramatisme intense, comme dans l’ingénuité un peu factice, écartelée au bout du compte entre les extrêmes du rôle et peinant à faire naître chez le spectateur l’empathie nécessaire. On est très loin d’une Victoria de los Angeles, qui pouvait faire prendre au dernier des mécréants les désuétudes littéraires du livret de Gounod ("Anges purs, anges radieux") pour des merveilles de subtilité poétique. Les moyens plutôt spectaculaires de la chanteuse ne sont pas en cause mais ils semblent insuffisamment appropriés aux multiples facettes d’un rôle assez écrasant. Pourtant McAnuff fait une émouvante utilisation vidéo du visage maquillé façon "film muet" de la cantatrice.

René Pape reste vocalement très spectaculaire lui aussi, mais, au début de l'œuvre surtout, sa prononciation française est émaillée de voyelles étranges ("Je pouis contenter", "plussieurs de ma façon", "sa chanesson", "le veau d’or est toujours debot") qui ne font qu’ajouter au caractère finalement peu mémorable de son Méphisto en roue libre, autosatisfait et même, hélas, parfois ridicule. Il est néanmoins fêté aux saluts par un public conquis d’avance.

Marina Poplavskaya et Jonas Kaufmann.  © Ken Howard/Metropolitan OperaLe sommet de ce trio est bien évidemment Jonas Kaufmann dont la prise de rôle est aussi une prise de risques. On a déjà beaucoup écrit sur le cas Kaufmann, ce ténor barytonnant à l’étonnante maîtrise d’un instrument hors-norme. Ses Wagner, ses Verdi, ses Puccini, son Bizet sont entrés dans l’Histoire de l'Opéra. Pour Faust, dont le registre est très élevé, c’est un autre pari, mais un pari relevé une fois encore, même si l’on sent Kaufmann plus attentif que jamais à en assurer toutes les difficultés. C’est peut-être l’unique justification de cette édition vidéo Blu-ray et DVD que ce témoignage d’un art unique. Voir comment il gère la conduite d’une phrase telle que "Ne permettez-vous pas, ma belle demoiselle, qu’on vous offre le bras pour faire le chemin" jusqu’à "je t’aime" constitue une belle leçon d’attention à la ligne musicale autant qu’à la prosodie française. Les aigus sont là aussi, au prix d’expressions faciales un instant bouleversées. On est parfois inquiet mais toujours rassuré.

Il convient par ailleurs de saluer le Valentin magnifique de Russell Braun, impeccable de phrasé et de diction (la reprise piano de "Avant de quitter ces lieux").
Le Siebel de Michèle Loisier, bien qu’insuffisamment caractérisé par la mise en scène, n’appelle que des éloges et l’on regrette que l’on n’ait pas conservé l’intégralité de son rôle pour cette nouvelle production. McAnuff déclarait pourtant vouloir mettre en scène un Faust "à la hauteur de la musique de Gounod". De fait, il ne garde des rajouts du compositeur à la reprise de 1869 que ce qui l’arrange : l’incontournable "Avant de quitter ces lieux" mais aucune mesure de la vingtaine de minutes du Ballet de Walpurgis.
Si le bref Wagner de Jonathan Meyer n’encourt aucun reproche, la Dame Marthe à la voix un peu aigre de Wendy White nous a semblé participer à la caractérisation sommaire de son personnage. Il est patent que Des McAnuff n’a rien à en dire.

 

Russell Braun (Valentin), Marina Poplavskaya (Marguerite) et Michèle Loisier (Siébel) dans <i>Faust</i>.  © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

Quant à la direction de Yannick Nézet-Séguin, très fêté lui aussi au rideau final, en sus d’avoir avalisé les habituelles et nombreuses coupures, il dirige Faust comme on l’a entendu cent fois, sans perdre de temps à détailler, sans accroc certes, mas également sans apporter de révélation particulière sur un opéra fragile qui peut surprendre pour peu qu’un chef décide d’y croire. Écouter à cet égard le sensationnel enregistrement Philips archi-intégral de Colin Davis avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise… C’était en 1986…

La captation de Sean Nieuwenhuis, focalisée sur les chanteurs, avec de vains bien que très tendance effets de louma, fait preuve de la plus grande indifférence par rapport au concept de McAnuff, ne prenant quasiment systématiquement jamais en compte les variations de lumière sur l’ensemble du décor.

 

Marina Poplavskaya (Marguerite) et Jonas Kaufmann (Faust) dans la <i>Scène de la prison</i> de <i>Faust</i>.  © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

En conclusion, il convient de saluer et d'encourager l’initiative du Met de vouloir apporter un écrin plus moderne aux chanteurs prestigieux qu’il invite. Le Parsifal cité plus haut en est un parfait exemple. Mais force est de constater que ce Faust entré plus tôt au répertoire de la maison d'opéra new-yorkaise, bien que non déshonorant, figure tout de même un maladroit galop d’essai.

Ultime motif d’agacement : l’inclusion en préambule et entre les Actes des interviews données à chaud dès la sortie de scène, comme au cinéma, interviews ici non sous-titrées, confiées à une Joyce di Donato des plus people et dont la robe est même citée au générique de fin… "Juste ciel !", se serait sans doute exclamé le délicat Abbé Gounod !


Lire le test du DVD Faust au Metropolitan Opera avec Jonas Kaufmann

Retrouvez la biographie de Charles Gounod sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du Blu-ray

En HD et en anglais non sous-titré, dans le même format sonore que celui choisi pour le programme principal :

- La mezzo-soprano Joyce DiDonato accueille le spectateur et mène les interviews en coulisses du chef et des principaux chanteurs de ce Faust tout au long du programme :  Jonas Kaufmann (3'24) et Marina Poplavskaya (3'32) entre les Actes II et III ; René Pape (2'23) à la fin de l'Acte III ; Yannick Nézet-Séguin (3'28) avant l'Acte IV ; et le metteur en scène Des McAnuff (3’40), disponible dans la partie "Bonus", lequel fait ses débuts au Met avec Faust. Ces courtes interventions prises sur le vif apportent un éclairage plus ou moins profond sur l'œuvre et les rôles.

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

Sur le plan purement visuel, cette captation s’élève à un très haut niveau de rendu. Les couleurs admirablement calibrées se marient à des noirs extrêmement denses, lesquels apportent une superbe profondeur. Les contrastes sont parfaitement nourris et la constante définition révèle tout autant la texture des tissus des costumes en plan serré que les décors et mouvement d’ensembles sur les plans larges. La luminosité est parfaite et le piqué remarquable. La perfection, en quelque sorte.

Son

La piste stéréo, large et profonde, permet d’apprécier avec une parfaite lisibilité voix et orchestre. Les graves sont présents avec naturel et la dynamique de l’ensemble satisfait pleinement.
L’encodage DTS HD Master Audio révèle un mixage multicanal des plus réussis. La scène avant se pare d’un indéniable relief et les voix bénéficient d’une surprenante projection. L’orchestre gagne en présence et les divers pupitres s’exposent avec davantage de précision. Le caisson de graves diffuse de superbes basses qui accentuent la puissance de la diffusion et, à l’arrière, les enceintes surround parfaitement intégrées à l’ensemble aèrent l’espace de façon parfaite. Enfin, cette piste bénéficie d’une réserve de puissance qui valorise les contrastes de la partition. Là aussi, la réussite est totale.

Note technique : 10/10

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Mots-clés

Charles Gounod
Des McAnuff
Jonas Kaufmann
Jorge Lavelli
Marina Poplavskaya
Metropolitan Opera
René Pape
Russell Braun
Yannick Nézet-Séguin

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