DVD Jaquette de : Pelléas et Mélisande (Opéra de Paris - 2012)

Distribution

Interprètes
  • Stéphane Degout
    Pelléas
  • Elena Tsallagova
    Mélisande
  • Vincent Le Texier
    Golaud
  • Anne Sofie von Otter
    Geneviève
  • Franz Josef Selig
    Arkel
  • Julie Mathevet
    Le petit Yniold
  • Jérôme Varnier
    Un Berger, Le Médecin
  • Chœur de l'Opéra national de Paris
Mise en scène
Robert Wilson
Orchestre
Orchestre de l'Opéra National de Paris
Chef d'orchestre
Philippe Jordan
Réalisation
Philippe Béziat
Origine
Opéra Bastille
Année
2012

Informations techniques

Durée
168'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Zone ALL
Éditeur
Naïve
Distributeur
Naïve
Date de sortie
09/04/2013

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Format vidéo
16/9 compatible 4/3
Codec/Standard vidéo
NTSC

Audio

Version(s) sonore(s)
Stéréo DD
Sous-titres
•  Anglais
•  Français

Pelléas et Mélisande (Opéra de Paris - 2012) DVD

Note générale : 10/10

Claude Debussy

Opéra


Le Pelléas et Mélisande mis en scène par Robert Wilson en 1997, présenté tout d'abord au Festival de Salzbourg, puis au Palais Garnier avant de gagner l'Opéra Bastille à partir de 2004, a vu se succéder plusieurs distributions. Naïve publie en DVD cette production emblématique de l'art du metteur en scène américain sur la base d'une captation de 2012 réalisée par Philippe Béziat, auteur du très beau documentaire Pelléas et Mélisande - Le Chant des aveugles [Faire lien]. Philippe Jordan dirige une magnifique distribution où brillent Stéphane Degout et Elena Tsallagova, chanteurs que l'on peut retrouver pour la nouvelle reprise de février 2015 à l'Opéra Bastille.

 

Elena Tsallagova interprète le rôle de Mélisande dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à l'Opéra Bastille en 2012.  © Charles Duprat/OnP

 

Elena Tsallagova dans <i>Pelléas et Mélisande</i>.  © Charles Duprat/OnP"Je ne prétends pas avoir tout découvert dans Pelléas mais j'ai essayé de frayer un chemin que d'autres pourront suivre", déclare Claude Debussy au terme des 12 années consacrées à la composition de son unique opéra.

Pelléas et Mélisande, écrit en réaction à l'écrasant système wagnérien, masque mal, 100 ans plus tard, le tribut qu'il paie au Maître de Bayreuth. Il faut être sourd pour ne pas entendre ça et là des interludes qu'on croirait sortis de Parsifal ou de Siegfried : à l'Acte I, la Montée vers Allemonde a des allures de Verwandlungsmusik vers le Graal. Mélisande se voit attribuer son leitmotiv. L'utilisation de la mélodie continue en lieu et place des arias de la tradition italienne est manifeste. Sous les "vieilles haines" d'Arkel, dans la Scène de la lettre, on entend clairement un certain motif très en vogue à Niebelheim.

Ce qui apparut si nouveau en 1902 fait partie aujourd'hui de notre ADN lyrique. Quoi qu'il en dise, Debussy a clairement profité de l'avancée wagnérienne dont il a simplement remplacé la grandiloquente logorrhée explicative par une culture de la subtilité des âmes, de la délicatesse des élans, du chuchotement et du non-dit en se plaçant tout entier au service du symbolisme de Maurice Maeterlinck. Dans un tel sillage s'est effectivement engouffrée une bonne part de l'opéra contemporain, même si Poulenc, ou plus près de nous, Philip Glass, ont rameuté ensuite un lyrisme tout puccinien dans Dialogues des carmélites, La Belle et la Bête ou Les Enfants terribles, enfonçant le clou d'une musique entièrement au service du mot.

 

Elena Tsallagova et Stéphane Degout dans <i>Pelléas et Mélisande</i> en 2012 sur la scène de l'Opéra Bastille.  © Charles Duprat/OnP

 

Il va sans dire que le metteur en scène Robert Wilson, qui fit ses débuts lyriques avec Einstein on the Beach, ce mythique opéra de 4h30 où, de son propre aveu, "il n'y a rien à comprendre", est chez lui dans l'opacité des personnages de Maeterlinck. Cette production de Pelléas et Mélisande apparaît même comme la quintessence de l'art du célèbre metteur en scène américain. Un art qui fait s'impatienter les uns, qui parlent alors de "système", et s'extasier les autres qui y trouvent l'expression visuelle de l'âme même de la musique. Cela s'appelle "un style", tout simplement.
En fond de scène, un indéboulonnable écran de cyclorama, le plus souvent éclairé de multiples nuances de bleu, sert d'écrin à des silhouettes héritées du Nô japonais. Dans une sublime symphonie de lumière, elles sont animées d'une gestique où les membres supérieurs des héros, souvent en ombre chinoise ou sculptés par une poursuite chirurgicale, obéissent à une grammaire expressive extrêmement rigoureuse. Les corps sont le plus souvent comme emballés dans des corsets qui ne sont pas sans rappeler l'ascétisme wielandien du Neues Bayreuth. De parcimonieux éléments de décors coulissent avec grâce entre cour et jardin. C'est tout et c'est forcément le plus souvent sublime. Symbolisme des images sur symbolisme des mots : en Robert Wilson, Claude Debussy a trouvé son metteur en scène...

Franz-Josef Selig interprète Arkel dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Robert Wilson.  © Elisa Haberer/OnPLe premier tableau de ce Pelléas est à cet égard un modèle de fascination exercée : derrière une gracieuse Mélisande déjà en place au sol, un rectangle de lumière verticale apparaît (il était déjà présent dans Einstein…), puis un autre, avant de glisser latéralement avec une grâce infinie, symbolisant la célèbre forêt initiale de l'œuvre. Impossible de résister à pareille introduction. Geneviève apparaît comme par magie de derrière un coulissement de colonne. Pour la Fontaine des aveugles, l'agitation imperceptible d'un velum ultra-fin sépare les futurs amants, donnant l'impression que l'un des deux est de l'autre côté, sous la surface de l'eau. L'anneau tombé de Mélisande devient une lune des plus poétiques. Il sera aussi fontaine, abîme. Jamais, comme Pelléas, on a eu autant peur que Mélisande ne tombe de la tour où Wilson a perché sa chanteuse au bord du vide. Un immense disque de lumière, des mains phosphorescentes, un vertigineux tableau des souterrains : l'anneau de Mélisande est devenu gouffre gigantesque. Et puis, peu à peu, à l'Acte IV, il ne reste plus rien sur une scène déjà fort avare de mobilier.
La terrible scène du meurtre de Pelléas évacuera même la Fontaine des aveugles, seul lieu à être pourtant présent deux fois dans l'opéra. Refusant tout effet, le duo fatal se déroulera devant l'écran-cyclo nu, envahi par deux flashes, soudain de jaune, puis de rouge, avant de revenir au bleu. Les jeunes gens se toucheront une unique fois. Le lit-autel-tombeau de Mélisande au centre du plateau meublera l'Acte V et ce sera tout. Un sobre ballet des funèbres servantes indiquées par le livret précède la belle idée finale d'une Mélisande qui profite de la brise revenue pour quitter la mort. Cet ascétisme extrême, peut-être plus contestable pour d'autres opéras, s'accorde au mieux, aussi bien avec le symbolisme de Maeterlinck qu'avec l'esthétique debussyste.

 

Elena Tsallagova dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Robert Wilson.  © Elisa Haberer/OnP

 

Julie Mathevet (Yniold).  © Elisa Haberer/OnPLes chanteurs réunis pour ce qui s'apparente de toute évidence à un rituel offrent tous des incarnations mémorables. S'il est permis de trouver contestable de confier le rôle du petit Yniold à une chanteuse travestie, l'on ne peut que louer la parfaite diction sans mièvrerie aucune de Julie Mathevet. Son enfant en culotte bouffante inspirée de la Renaissance offre un contraste dépaysant dans la forêt des drapés wilsonniens. La belle silhouette de Jérôme Varnier, également berger, fait autorité dans le court rôle du médecin. La Geneviève de luxe d'Anne-Sofie von Otter déroule exemplairement l'illustre Déclamation de la lettre. Franz-Josef Selig en remontrerait aux Arkel français avec un chant toujours lisible, appuyé par des graves somptueux, à mille lieues des Arkels pontifiants d'une certaine tradition.


Vincent Le Texier est un parfait Golaud hautement torturé. En 2012, il tenait d'ailleurs aussi ce rôle avec la même maîtrise de la voix et du jeu dans la production de Nicolaus Lehnoff à Essen. Stéphane Degout, chevelure noire pour une fois et costume blanc, est l'excellence même avec un Pelléas inquiet, de grande classe vocale, prêt à se briser sur "Toutes les étoiles tombent". Il rejoint néanmoins le peloton des Pelléas qu'on a tant aimés dans l'histoire de ce chef-d'œuvre.


Quant à Elena Tsallagova, sa Mélisande toute de perversité tranquille autant que délicate, fait à l'évidence taire les inquiétudes récurrentes des pleureuses qui se lamentent de voir confier des œuvres françaises à des chanteurs étrangers. Sa chanson de la tour est d'une renversante beauté vocale. La gestique wilsonnienne ne la gêne visiblement à aucune entournure, habile à se mouvoir avec une souplesse infinie, telle une ballerine, dans le drapé périlleux de la soyeuse robe à traîne qu'elle fait glisser d'avant en arrière sans anicroche. Le personnage existe puissamment grâce à cette belle incarnation.

Le ravissement est également de mise dans l'évidence de la direction d'orchestre de Philippe Jordan, qu'on aurait volontiers imaginé amateur de tempi plus lents encore face à tel cérémonial. Même si le mixage des voix très en avant de cette captation vole un tantinet la vedette à l'Orchestre de l'Opéra de Paris, tout Pelléas est là dans la fosse idéale de l'Opéra Bastille qui exhale avec opulence les ensorcelantes sonorités d'un Debussy à la maison.

 

Stéphane Degout et Elena Tsallagova dans <i>Pelléas et Mélisande</i> sous la direction de Philippe Jordan.  © Elisa Haberer/OnP

 

On en veut un peu au réalisateur Philippe Béziat de ternir fugacement sa parfaite captation en nous privant, au deuxième tableau, de l'arrivée de Pelléas et, plus loin, de la disparition de la tour de Mélisande. On se demande toujours pourquoi de nombreux vidéastes cèdent parfois à ce genre de dérapages. Mais il faut reconnaître que sa magnifique réalisation atteint quasiment ici la perfection de l'exemplaire François Roussillon. L'objet est accompagné d'un livret dont les nombreuses photos, à l'image du spectacle, sont la magie même.

L'Opéra national de Paris gâte Pelléas et Mélisande. Succédant à la sublime production eighties de Jorge Lavelli, celle de Robert Wilson est devenue un des fleurons de son Histoire.

À noter :
• Ce programme propose en surimpression les titres des scènes tout au long de l'opéra, ce qui permet de se situer de façon très efficace.
• Ce DVD bénéficie d'une luxueuse présentation. Un élégant Digipack accueille le DVD et un livret de 50 pages en couleurs richement illustré de photos de la production, lequel propose en français et en anglais plusieurs textes de Claude Debussy, Paul Dukas et Christophe Ghristi, alors Directeur de la Dramaturgie de l'Opéra national de Paris. Un argument et des biographies des interprètes complètent ce livret.



Retrouvez la biographie de Claude Debussy sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du DVD

Aucun, et c’est regrettable car il y aurait beaucoup à dire au sujet du travail de Robert Wilson et des chanteurs !

Bande-annonce du DVD

Critique Images et Son du DVD

Images

La dominante bleue de la production est merveilleusement rendue par ce master. Une véritable beauté graphique habite chaque plan grâce à de très beaux cadrages en parfaite harmonie et cohésion avec la mise en scène. La précision sur les gros plans permet d’apprécier de nombreux détails. En revanche, les plans plus larges perdent cette qualité que la Haute Définition du support Blu-ray permettrait de véhiculer avec constance (que l'éditeur Naïve puisse nous entendre !). Les contrastes sont probants et les éclairages si particuliers de ce Pelléas sont parfaitement rendus. On observe cependant parfois quelques micro-saccades dans les mouvements rapides et du bruit sur les aplats.

Son

L’encodage de l’unique piste sonore proposée ici est en Dolby Digital. Pour honnête que soient la reproduction et l’équilibre orchestre/voix, le rendu est un peu trop compressé et la projection est globalement assez "rentre-dedans". Au vu de la longueur de l’opéra, il était impossible d’utiliser du DTS et de faire tenir toute l'œuvre sur un seul disque, comme c’est le cas ici. Mais la qualité de diffusion s’en ressent. En outre, on comprend mal la présence de vilaines saturations dans tous les forte (6’28, 8'58, etc.). Sans ce grave problème, ce titre aurait obtenu notre label Tutti Ovation ! Dommage aussi pour l’absence d’un mixage multicanal qui aurait autrement mieux placé le spectateur au centre la richesse orchestrale et quasi hypnotique de l’œuvre.

Note technique : 6/10

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