Blu-ray Jaquette de : La Didone (Théâtre de Caen 2011)

Distribution

Interprètes
  • Anna Bonitatibus
    Didone
  • Kresimir Spicer
    Enea
  • Xavier Sabata
    Iarba
  • Maria Streijffert
    Ecuba
  • Katherine Watson
    Cassandra, Damigella I, Dama III
  • Tehila Nini Goldstein
    Creusa, Giunone, Damigella II, Dama II
  • Mariana Rewerski
    Anna, Fortuna, Dama
  • Claire Debono
    Venere, Iride, Damigella III
  • Terry Wey
    Ascanio, Amore, Cacciatore
  • Victor Torres
    Anchise, Un vecchio
  • Valerio Contaldo
    Corebo, Eolo, Cacciatore
  • Mathias Vidal
    Ilioneo, Mercurio
  • Joseph Cornwell
    Acate, Sicheo, Pirro
  • Francisco Javier Borda
    Sinone, Giove, Nettuno, Cacciatore
Mise en scène
Clément Hervieu-Léger
Orchestre
Les Arts Florissants
Chef d'orchestre
William Christie
Réalisation
Olivier Simonnet
Origine
Théâtre de Caen
Année
2011

Informations techniques

Durée
176'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Opus Arte
Distributeur
DistrArt Musique
Date de sortie
22/08/2012

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Français

La Didone (Théâtre de Caen 2011) Blu-ray

Tutti ovation

Note générale : 10/10

Francesco Cavalli

Opéra


La Didone, opéra encore trop méconnu en France de Francesco Cavalli, brille de tous ses feux grâce à cette version parfaitement réussie disponible en DVD et Blu-ray chez Opus Arte. Réussite due à la rigueur de William Christie, à la richesse vocale et au talent dramatique de chanteurs à la virtuosité engagée, à la ferveur des instrumentistes des Arts Florissants, ainsi qu’à la sobriété et à l’humanité de la mise en scène de Clément Hervieu-Léger. Cet opéra nous apparaît aujourd’hui tel un joyau, et la captation remarquablement réalisée par Olivier Simonnet se révèle en être l’écrin parfait.

 

Scène de <i>La Didone</i> de Cavalli mis en scène par Clément Hervieu-Léger.

 

Claire Debono (Venere, Iride et Damigella III).Francesco Cavalli, de son vrai nom Pier Francesco Caletti-Bruni, est né en 1602, en Lombardie, et mort en 1676 à Venise. Une première question vient immédiatement à l’esprit. Pourquoi avoir choisi le pseudonyme de "Cavalli" ? Non pour l’euphonie et le superbe du nom, mais il faut voir dans ce geste tout à la fois un hommage et la marque d’une grande reconnaissance envers Francesco Cavalli, noble Vénitien et mécène du compositeur.
Compositeur et organiste, Cavalli est surtout connu pour ses opéras, bien qu’il soit également l’auteur de musique sacrée. Il est impossible de les lister tous, car il y en a une quarantaine ! Citons toutefois, pour mémoire, dans l’ordre chronologique : Le Nozze di Teti e di Peleo (1639), La Virtù de’ strali d’Amore (1642), La Calisto (1652), L’Erismena (1655), Il Pompeo Magno (1666), Missa pro defunctis per octo vocibus (1675).

Joseph Cornwell (Acate, Sicheo, Pirro) et Kresimir Spicer (Enea).La Didone, qui nous retient ici, date de 1641. Pour cet opéra, Cavalli s’est inspiré de l’Énéide de Virgile, ce qui n’est en rien novateur. En effet, cette œuvre phare de la littérature latine a donné lieu à une multitude d’adaptations, jusqu’aux Troyens de Berlioz. L'aspect novateur apporté par Cavalli est une transmutation de l’issue tragique de l’Énéide en fin heureuse. Faut-il voir en ce geste la suite logique d’un goût prégnant du compositeur pour tout ce qui a trait au comique ? Probablement, le travail du librettiste Giovanni Francesco Busenello n’ayant pu être que guidé de très près par les intentions du compositeur. Mais en quoi consiste précisément cette fin heureuse ?
Énée obéit aux dieux et part pour l’Italie où il doit fonder un nouvel empire, tandis que Didon, cruellement abandonnée par le Troyen survivant, ne se donne pas la mort, comme c’était le cas dans l’Énéide, mais consent à épouser Iarbas, le roi de la Numidie voisine.

 

Katherine Watson (Cassandra, Damigella I et Dama III) et Valerio Contaldo (Corebo, Eolo et Cacciatore) dans <i>La Didone</i> de Cavalli mis en scène par Clément Hervieu-Léger.

 

Anna Bonitatibus (Didone) dans <i>La Didone</i> de Cavalli en 2011 sur la scène du Théâtre de Caen.Que Cavalli brille dans notre mémoire pour ses opéras n’est pas un hasard. C’est même à raison car, outre qu'il s'est montré très prolifique dans le domaine de l’opéra public, il est sans aucun doute le compositeur le plus intéressant de sa génération pour ce qui est de ce genre musical alors en grand développement. Le plus intéressant mais aussi le plus important : lorsque Cavalli s’allie avec le librettiste Giovanni Faustini en 1642, il devint alors le compositeur d’opéras le plus joué en Italie du Nord. L’opéra public, auquel Cavalli a donné ses lettres de noblesse, se caractérise par une orchestration limitée. En effet, les opéras publics ne disposaient pas d’orchestres très fournis, et ceux-ci ne pouvaient pas bénéficier d’instruments divers et variés comme les opéras antérieurs de Claudio Monteverdi, écrits pour les mécènes de Mantoue. Aussi, Cavalli ne dispose que d’un orchestre à cordes avec basse continue assurée par le clavecin. Toutefois, si la relative aporie de l’orchestration de Cavalli est indéniablement due à son époque et au peu de moyens dont il disposait, lui-même devant se conformer aux attentes et aux exigences d’un genre bien particulier, il n’en demeure pas moins que l’orchestration fort limitée dont semble victime La Didone est en réalité un indéniable atout. En effet, sans jamais nuire aux voix, l’orchestre de Cavalli les porte, offrant à chacune la possibilité de déployer toute sa superbe, toute son intensité. Encore faut-il que les voix soient absolument remarquables…

 

Maria Streijffert (Ecuba).Francisco Javier Borda (Sinone, Giove, Nettuno et Cacciatore).

 

 

 

 

 

 

 

 

 






Heureusement, avec cet enregistrement de La Didone, tel est le cas, et cette captation du 18 octobre au Théâtre de Caen est précisément celle que nous attendions. De plus, le travail de l'ingénieur du son Yves Baudry se montre en tout point admirable, tant il est vrai qu’il restitue chaque couleur de voix, chaque subtilité de la masse instrumentale réduite, et nous fait éprouver la ferveur de chaque note. Du côté de l'image, la réussite tient à la sobriété des mouvements de caméras d'Olivier Simonnet, en osmose avec la sobriété de la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, et à la qualité d'un montage d'une belle lisibilité.

 

Xavier Sabata (Iarba) et Anna Bonitatibus (Didone) dans <i>La Didone</i> de Francesco Cavalli mis en scène par Clément Hervieu-Léger.

 

Toutes les voix réunies pour cette Didone sont si admirables que nous ne pouvons nous attarder sur chacune, mais c'est là l'occasion de remarquer combien Le Jardin des Voix de William Christie permet, année après année, l’éclosion de nouveaux talents. De cette académie biennale qui forme à Caen de jeunes chanteurs à l’interprétation de la musique baroque, sont sorties quelques-unes des voix contribuant à cette interprétation si réussie de La Didone.
Que cela ne nous empêche toutefois pas de mentionner Anna Bonitatibus, parfaite dans le rôle-titre, dont la richesse quasi organique de la tessiture alliée à d'amples possibilités vocales la rendent particulièrement bien disposée à incarner la Didon écrite par Cavalli. Impossible, non plus, de ne pas évoquer l’intensité si forte de Xavier Sabata qui interprète le personnage de Iarbas, intensité due tout à la fois à la justesse de sa présence scénique et à la merveille de sa voix affleurant jusque dans ses graves de contralto, rares chez un contre-ténor.
À noter : Tutti-magazine a rencontré ce chanteur à l’humanité si affirmée : lire l'interview de Xavier Sabata.

Kresimir Spicer (Enea).Mention spéciale, également, pour le ténor Kresimir Spicer, l’une des grandes voix de demain, assurément. Il n’a que 34 ans ! Spicer parvient à faire usage de certaines capacités vocales de baryton sans jamais que sa façon d’habiter les graves, de leur donner corps, résulte d’un effort. Le spectre de sa voix à l’amplitude si caractérisée semble ainsi la résultante du plus grand naturel, ce qui est suffisamment rare pour le souligner. Cette voix, également imposante, servira sans doute au mieux Verdi et Wagner ces dix prochaines années. C’est en tout cas sur ce terrain-là qu’on l’attend de pied ferme ! En outre, Kresimir Spicer offre ici une interprétation bouleversante de vérité d’Énée, d’un être en proie aux affres de l’intériorité, quand celle-ci est faite de déchirements. Le moment paroxystique de l’opéra, l’acmé de celui-ci en terme d’émotion, demeure en ce sens celui où il chante, regardant le corps endormi de Didon, endormi comme si elle était morte : "J’ai laissé autrefois ma patrie dans les flammes, et aujourd’hui, c’est dans les larmes que je laisse mon amie. Tu dors, chère Didon. Puisse le ciel ne pas te montrer ma fuite en rêve. Mon corps s’en va en mer, et mon âme vers toi. [...]". S’il peut exprimer, comme ici, une fragilité très touchante, semblant victime du destin qui l’appelle, il peut également apparaître majestueux et imposant de force à d'autres moments, toujours avec une diction parfaite au plus juste d’une intention dramatique naturelle qui épouse strictement la musique. Il faut saluer ici le travail de Rita de Letteriis, de Paolo Zanzu et même de Jonathan Cohen, travail qui a permis la naissance de cette expressivité si forte, si accomplie dans la justesse. Tantôt refermé, comme absent, tantôt tellement ouvert à la présence du chant d'autrui, son propre visage force notre écoute à s'intensifier. De telles qualités expliquent qu'on ait d'ores et déjà programmé Kresimir Spicer dans l’oratorio The Child of our Time de Michael Tippett à Strasbourg, dans La Chauve-Souris de Johann Strauss à l’Opéra National de Zagreb, dans David et Jonathan de Marc-Antoine Charpentier au Festival d’Aix-en-Provence, toujours sous la direction de William Christie, ou dans Der Freischütz de Carl Maria von Weber à l’Opéra de Toronto…

 

William Christie dirige Les Arts Florissants dans <i>La Didone</i> de Francesco Cavalli le 18 octobre 2011.

 

Si la réussite est absolument indéniable pour le chant, la direction de William Christie à la tête des Arts Florissants est en tout point admirable. Avec l'intelligence et l'inspiration que nous lui connaissons, et grâce à sa lecture si rigoureuse de la partition qu'il parvient à recréer sans rien trahir du contexte de l'écriture, il fait brillamment revivre cette Didone devenue bien rare. La direction parvient à un équilibre parfait entre timbres vocaux et instrumentaux, quand bien même les voix priment bien évidemment sur le reste. Pourtant, un chant naît bien de chaque instrument de l’orchestre – rendu à sa plénitude par une expressivité franche –, tant il est vrai que Cavalli fait chanter les violons, altos et violoncelle (remarquables Hiro Kurosaki, Catherine Girard, Galina Zinchenko, Simon Heyerick et David Simpson), la viole de gambe (remarquable Anne-Marie Lasla), le luth (fervent Jonathan Rubin), la harpe (intense Siobhan Armstrong) et le clavecin tenu par le formidable Paolo Zanzu. C’est du reste vers lui que nos suffrages iraient si nous ne devions élire qu'un seul musicien de l’orchestre…

 

Applaudissements à la fin de la représentation de <i>La Didone</i> au Théâtre de Caen, le 18 octobre 2011.

 

On l’aura compris : tout est réussite dans cette interprétation de La Didone, et jusqu’à la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, acteur remarqué de la Comédie-Française, dont le travail semble très fortement influencé par celui de Patrice Chéreau. Et, pour cause, Clément Hervieu-Léger fut un temps l’assistant de Chéreau. Parce qu’Hervieu-Léger, efficacement secondé par le formidable acteur Éric Ruf et, pour ce qui est des costumes, par Caroline de Vivaise, choisit de représenter les dieux de l’Olympe tels des êtres humains, il permet à chaque spectateur d’être plus directement frappé par leur vie et leur destinée, et ce jusque dans un ressenti des plus profonds et intime, lequel se déploie à l’écoute et à la vision de cette Didone. En outre, force est de remarquer que cette représentation des dieux comme des humains vivant dans une époque indéterminée, qui pourrait fort bien être la nôtre, n’est pas éloignée de l’effort de fidélité historique qui caractérise Christie, puisque la mythologie grecque a toujours voulu conformer sa représentation des dieux à la vérité des hommes, ainsi que le théoricien Jean-Pierre Vernant l’a montré tout au long de sa vie.

Lire le test du DVD La Didone par les Arts Florissants

Matthieu Gosztola

Suppléments du Blu-ray

En HD : Photos de la distribution.

 

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

Ce splendide master vidéo affiche de magnifiques teintes, des plus subtiles aux plus saturées, et de puissants contrastes apportent une belle sensation de relief sur de nombreuses séquences. La définition est optimale sur tous les plans, y compris dans les zones sombres du plateau où la définition permet constamment un affichage de qualité, là où le DVD de ce programme montrait ses limites. Les textures des costumes et les bijoux sont d'une définition parfaite et les éclairages de plateau sont parfaitement rendus pour un visionnage réjouissant nullement perturbé par les fumigènes employés dans certaines scènes.

Son

Le mixage stéréo distille une parfaite séparation et un équilibre réussi entre la fosse et la scène. L'orchestre est diffusé de façon assez large et les timbres des instrumentistes affichent une excellente musicalité exempte d'agressivité. Les voix sont très intelligibles et les signatures vocales bien rendues. L'encodage PCM se montre ici bien supérieur au Dolby Digital présent sur le DVD de ce programme.
La piste 5.1 apporte une vie supplémentaire à la scène avant, et une profondeur accrue qui permet une meilleure séparation des timbres instrumentaux et vocaux, par ailleurs plus richement définis, pour une intelligibilité accrue. La fosse gagne en largeur et en présence globale, tandis que les voix paraissent plus richement détaillées. Le canal de graves apporte une assise parfaite à l'ensemble sans jamais émettre de fréquences envahissantes. On regrettera d'autant une sous-exploitation de la scène arrière, vraiment bien peu sollicitée, d'où une dimension ambiantale assez pauvre. Reste que ce mixage est excellent et l'encodage DTS HD Master Audio le sert au mieux.

Note technique : 9/10

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Mots-clés

Anna Bonitatibus
Francesco Cavalli
Kresimir Spicer
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