Ce genre de spectacle à la visibilité travaillée où le gotha se réunit autant pour entendre que pour être vu, peut servir de parade artistique où le bon côtoie le pire. Mais, à l'Opéra de Berlin le 8 novembre 2003, l'impression générale favorable domine, et ce malgré un rassemblement de chanteurs n'ayant pas grand-chose à voir entre eux.


Tous les types de voix féminines et masculines s'expriment donc à divers niveaux dans des airs d'opéras et d'opérettes populaires, et le côté passe-partout de la sélection aurait vite ressemblé à un fourre-tout fatiguant si la thématique centrée autour de l'amour ne sauvait l'ensemble.

Du côté des participants, aucune déception.
Certains assurent le minimum vital : Angelina Kirchslager dans Mozart, Anne Schwanewilms dans Wagner. D'autres s'engagent un peu plus : Vesselina Kasarova dans Massenet et Adrianne Pieczonka dans Dvořák, que l'on comparera utilement avec la prestation de Renée Fleming à la Waldbuhne. Mais la majorité des chanteurs invités joue franchement le jeu : René Pape, gourmand dans Don Giovanni ; Michèle Crider, intense dans Tosca ; Salvatore Licitra, robuste dans Turandot, ; et Vladimir Galouzine, retentissant dans Pagliacci.
On accordera une mention particulière au trio vocal féminin difficile à mettre en place du Chevalier à la rose, et à Grace Bumbry, doyenne de la soirée, dans un air de Samson et Dalila qui traîne un peu en longueur mais dont la voix est encore audible et le français presque impeccable.
Charles Castronovo achève la soirée avec une touche humoristique et une légèreté bienvenues avec le célèbre air du Pays du sourire, avant le rassemblement de tous les artistes de la soirée dans le chœur de La Chauve-souris.
Quant à Kent Nagano, il dirige tout ce petit monde de manière assez neutre, comme à son habitude, mais avec une bienveillance toute asiatique.


D'un point de vue général, et eu égard à la brièveté du programme, le principe consistant à faire se succéder dans un minimum de temps le maximum d'artistes reste tout de même assez superficiel. On a l'impression au bout d'un moment d'assister à un abattage vocal dans lequel le danger de briller futilement investit chaque gosier et ce, au moyen de tubes du répertoire eux-mêmes limités dans la durée. Étant entendu que les spectateurs ne sont certainement pas tous de fidèles piliers d'opéra, les caméras bien intentionnées balaient complaisamment le public dans un but évident d'identification.

Il est alors permis de regretter une certaine instrumentalisation de la musique, dont le mélomane qui aura peut-être la curiosité de s'y intéresser, fera sans nul doute les frais. Mais il reste la satisfaction de participer à la lutte contre le sida !
Nicolas Mesnier-Nature



















































