Cette production de 1987 signée Anthony Dowell se distingue par ses choix musicaux et chorégraphiques liés à la reprise de séquences plus ou moins laissées de côté par de nombreuses autres versions. La costumière décoratrice Yolanda Sonnabend situe l'action dans la Russie du XIXe siècle, à l'époque de Tchaïkovsky. Marianela Nuñez et Thiago Soares dansent les personnages principaux…
L'Acte I nous permet de retrouver le danseur de caractère Alastair Marriott dans le rôle d'un épatant précepteur, une superbe Princesse incarnée par Elizabeth McGorian et, comme très souvent au Royal Ballet, la qualité élevée des rôles de figuration, ici très expressifs. La Valse chorégraphiée par David Bintley s'inscrit dans la tradition et intègre un mat de Cocagne bienvenu. La participation des élèves de l'école de danse du Royal Ballet apporte une fraîcheur indéniable et s'intègre sans outrance dans cet Acte réussi, là où d'autres productions versent rapidement dans le soporifique. Mais le corps de ballet a bien du mal à synchroniser les ports de bras dynamiques de la Polonaise à laquelle ils insufflent pourtant une énergie intéressante. Thiago Soares apparaît sous le jour d'un prince élégant.
Le choix des tutus longs, au IIe Acte, pour les cygnes du corps de ballet, surprend puis convainc par le côté vaporeux apporté aux déplacements. Mais l'acte entier, y compris le pas de deux Odette/Siegfried manque de cette poésie si spéciale sans laquelle l'intérêt ne peut être soutenu. La comparaison avec la version de l'Opéra de Paris, disponible en Blu-ray chez le même éditeur, lui est fatale. Marianela Nuñez incarne pourtant avec subtilité un cygne blanc mélancolique, mais ses mouvements ne dépassent pas le stade du beau et peinent à devenir émotion.
Il faut attendre le IIIe acte pour sortir d'un état d'attention polie et plonger en état de choc en pleine magie visuelle. Ors rutilants, chandeliers, éclats des bijoux et des broderies des costumes

merveilleusement rendus par des images en état de grâce : le bal masqué auquel nous sommes conviés fait immédiatement penser à la production londonienne du Musical d'Andrew Lloyd Webber Le Fantôme de l'Opéra signée de la talentueuse Maria Björnson, malheureusement disparue en 2002. Masque de têtes de morts sur des "nains", invités masqués avec fantaisie et même clin d'œil à la Mort rouge, tout est là pour créer une splendeur baroque certes chargée mais jubilatoire. La robe de la Princesse est splendidement brodée et sa coiffe somptueuse pourrait en remontrer à nombre d'autres créations pour ce rôle. La Danse des Princesses en costumes XIXe s'intègre on ne peut mieux dans ce décor.
L'arrivée attendue d'Odile et Von Rothbart est habilement mise en scène et l'écran constitué par le magicien afin de cacher sa protégée au regard du Prince est très bien filmé. Danse espagnole, czardas et autres danses de caractère - belle Danse napolitaine, précise et énergique, de Laura Morera et Ricardo Cervera - s'enchaînent jusqu'au pas de deux Odile/Siegfried.
Marianela Nuñez apparaît assez captivante dans sa séduction dirigée par Von Rothbart, la comédienne s'allie à la parfaite danseuse douée d'un bel équilibre mais de bras manquant de lié pour un moment très réussi grâce à l'excellent partenaire Thiago Soares. L'Acte III se termine dans une débauche de fumigènes rouges et orangés magistralement rendus en Haute Définition.
Le IVe Acte de cette production présente une sélection de morceaux musicaux rarement repris dans d'autres versions. L'attente des cygnes du retour d'Odette pâtit ainsi d'une qualité musicale appauvrie par rapport aux choix habituels et les options chorégraphiques privent le drame de la tension supposée être présente. Marianela Nuñez gagne en revanche des accents touchants en cygne trahi par le Prince. Le rideau se ferme sur une fin heureuse…
Philippe Banel





















































