Blu-ray Jaquette de : Armida (Opéra de Gand)

Distribution

Interprètes
  • Carmen Romeu
    Armida
  • Enea Scala
    Rinaldo
  • Robert McPherson
    Gernando/Ubaldo
  • Dario Schmunck
    Goffredo/Carlo
  • Leonard Bernad
    Idraote/Astarotte
  • Adam Smith
    Eustazio
  • Chorus Opera Vlaanderen Antwerp/Gand
Mise en scène
Mariame Clément
Orchestre
Symphony Orchestra Opera Vlandeeren Antwerp/Ghent
Chef d'orchestre
Alberto Zedda
Réalisation
Jan Bosteels
Origine
Opéra de Gand
Année
2015

Informations techniques

Durée
162'
Nombre de disques
1
Zone/Région
Région ALL
Éditeur
Dynamic
Distributeur
Outhere Distribution France
Date de sortie
13/01/2017

Vidéo

Couleurs/N&B
Couleurs
Format images
1.78
Codec/Standard vidéo
AVC
Résolution vidéo
1080i

Audio

Version(s) sonore(s)
5.1 DTS HD Master Audio
Stéréo PCM
Sous-titres
•  Allemand
•  Anglais
•  Coréens
•  Français
•  Italien
•  Japonais

Armida (Opéra de Gand) Blu-ray

Note générale : 8/10

Gioachino Rossini

Opéra


L'éditeur Dynamic publie en Blu-ray et DVD une nouvelle version de la très rare Armida de Rossini, captée à Gand en 2015. Carmen Romeu affronte le rôle écrasant de la magicienne créé pour Isabella Colbran, tandis que la production révèle au monde de l'opéra l'exceptionnel Enea Scala dans celui de Rinaldo. Le fidèle rossinien Alberto Zedda dirige la vision décapante et sensible de Mariame Clément, coproduite avec l'Opéra de Montpellier, lequel offrit à Karine Deshayes l'opportunité de reprendre le rôle-titre au printemps 2017.

Enea Scala (Rinaldo) et Carmen Romeu (Armida) dans <i>Armida</i> mis en scène par Mariame Clément.

 

La metteur en scène française Mariame Clément a au moins un point commun avec le compositeur italien : sa grande productivité. En 2015, elle accouchait de trois nouvelles productions : Le Grand Macabre à Essen, Poliuto à Glyndebourne, Armida à Gand. En 1817, Rossini écrivait quatre opéras en un an, dont cette Armida, cadette d'une liste désormais consacrée, après l'ultime opéra bouffe Cenerentola, à l'opera seria. L'Armida rossinienne est l'ultime variation lyrique autour du mythe de la magicienne du Tasse, héroïne récurrente des plateaux d'opéra, qui a inoculé ses sortilèges dans les partitions majeures de Monteverdi, Lully, Handel, Gluck, Haydn.

Carmen Romeu interprète le rôle-titre de <i>Armida</i> en 2015.Chez Rossini, le rôle-titre a été écrit pour les moyens vocaux de la Colbran, qui fut son épouse. Les exigences vocales sont énormes, ce qui explique que l'œuvre se fait très rare. La configuration vocale est des plus étranges, qui voit une unique cantatrice affronter une seule basse et six ténors ! Son trio de ténors à l'Acte III fait aussi figure d'exception dans les annales lyriques. Les plus fameuses apparitions de l'enchanteresse eurent pour nom Maria Callas, June Anderson et Renée Fleming (cette dernière immortalisée en vidéo au Met).
Vocalement, à Gand, le compte n'y est pas tout à fait avec Carmen Romeu, tout juste débarquée de Pesaro 2014. L'allure est superbe, le tempérament véhément (magnifique "Se al mio crudel tormento" final). Ombrée de couleurs cuivrées, la voix est belle, bien que bridée par des aigus à la justesse forcée dans la haute voltige de "D'amor all dolce impero", ou encore par quelques pentes savonneuses dans la vocalise. Mais l'essentiel n'est pas là. Il réside plutôt dans le spectaculaire sauvetage opéré par Mariame Clément qui, en magicienne elle aussi, parvient à transformer les handicaps de cet opéra mal-aimé mais surtout mal connu en atouts.

 

Chœurs de l'Opéra de Gand dans <i>Armida</i> mis en scène par Mariame Clément.

 

Le livret d'Armida, qui installe une femme dans un monde d'hommes, offre à la metteur en scène française un cadre des plus propices : celui qui lui permet de poser clairement le questionnement relatif à ce besoin masculin de se retrouver, depuis la nuit des temps, entouré, comme le dit Rinaldo, de "trompettes guerrières", voire autour d'un ballon rond. Se tendant la main à travers les époques, ses chevaliers sont croisés dans tous les sens du terme : tuniques, blasons et épées renvoyant au Moyen-Âge du livret, révèlent d'autres peaux plus contemporaines. Au moment où Rinaldo tombe l'armure devant Armida, le pantalon de cuir huilé, bientôt rehaussé d'un tee-shirt noir, effectue une translation subtile vers le spectateur du XXIe siècle pour qui les champions du monde moderne sont bien plutôt les Dieux du stade que l'on sait. Le "coup de boule" d'un certain Zidane, asséné ici par Rinaldo (et non Ronaldo !) à Gernando, les nymphes qui délestent les chevaliers-footballeurs de leurs crampons, le tableau distancié façon Pierre & Gilles au final de l'Acte II, sont tout autres choses que de simples gags. Ils sont au service d'un discours d'une grande cohérence : l'éternel masculin contre l'éternel féminin.

 

Robert McPherson (à droite) interprète le rôle de Gernando dans <i>Armida</i> de Rossini.

 

La décoratrice et costumière Julia Hansen a conçu, sous les faisceaux subtils et variés de la lumière entre rouge sang et bleu nuit, entre ombre et lumière, de Bernd Purkrabek, un décor de stade avec trouée sur ciel chargé. Le bel effet de perspective entre sol et arrière-fond voit toutefois son pouvoir esthétique limité par le prosaïsme d'une toile peinte peinant à s'inscrire totalement dans le cadre de béton qui enserre le plateau, et par celui de la seulement commode fente centrale destinée aux entrées et sorties. Dans ce haut lieu de la virilité, des chevaliers à la tête abondamment ensanglantée s'adonnent au repos du guerrier autour d'une poupée gonflable. L'image, reprise au cours d'une scène cauchemardesque à l'Acte II, pendant laquelle Rinaldo revit en songe la scène du combat, est forcément choquante sur une scène lyrique mais permet, en les ravivant à propos, de questionner celles que notre souvenir a gardé des afters médiatisés jusqu'à la nausée de certaine Coupe du monde.

 

Scène de <i>Armida</i> - Production de Mariame Clément à l'Opéra de Gand.

 

L'Acte II, qui a troqué ce maudit gazon pour le sous-bois forestier, se déroule dans le domaine d'Armida, dont l'enchantement se résume à la sensualité d'un canapé fleuri niché au cœur d'une forteresse percée de portes. Les amoureux sont toujours seuls au monde. Rinaldo, moqué par ses camarades de jeu, a basculé du "côté féminin de la force". "On retrouve presque l'idée antique", dit Mariame Clément, "que lorsque le héros est amoureux, il est efféminé. Il y a, cette idée de contamination par la femme dont on est amoureux". La testostérone a "lâché prise". Les "adorables nymphes" du livret apportent quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes. Dommage que leur costume et leur perruque, un peu lourds et parodiques, ôtent un peu de légèreté à l'intelligence de la lecture. Notons, à l'Acte III, une mélancolique mise en miroir de l'enfant Rinaldo avec l'homme qu'il est devenu. Armida, abandonnée et délestée de ses costumes successifs, refuse le cycle infernal en repoussant le retour du costume initial et s'avance, décidée, vers le rideau pourpre d'un théâtre avant de renoncer en optant in fine pour la volte-face qui lui fait adresser à chaque spectateur sa détermination militante et complice par le biais d'un regard-caméra.
C'est fort et convaincant malgré quelques raideurs ou timidités individuelles, çà et là, dans l'exécution des intentions : la trop chiche pluie feuillue qui virevolte dans la salle aurait été du plus bel effet sur la scène finale de l'Acte II. Mais, au final, on se sera intéressé à l'Armida de Rossini, match dont l'issue était plus qu'incertaine, et ce n'est pas le moindre mérite qui revient à Mariame Clément, toujours inventive face aux causes perdues. Rappelons que la metteur en scène, conviée par L'ARCAL l'année précédant Armida au chevet d'une autre Armida problématique, celle de Haydn - quelques clins d'œil s'échangent d'ailleurs entre les deux productions - s'était avérée, comme ici, une infirmière toute aussi radicale et toute aussi empathique.

 

Enea Scala (Rinaldo) et Carmen Romeu (Armida) mis en scène par Mariame Clément à l'Opéra de Gand en 2015.

 

Doubles prises de rôles dévolues à deux ténors : Robert McPherson chante l'odieux Gernando. On le déteste tant en railleur testostéroné à l'Acte I que le retrouver à l'Acte III en gentil Ubaldo humant et cueillant des fleurs de façon croquignolette nécessite un temps d'adaptation. La prestation est globalement de haute tenue même si le ténor, devant dompter une voix un peu nasale, apparaît davantage à l'aise dans la seconde incarnation que dans la première, plus virtuose. Dario Schmunk affiche un métal spectaculaire en Goffredo comme en Carlo. Adam Smith assure d'une touchante présence son unique et plus épisodique Eustazio. Leonard Bernad, seule basse, prête voix sans problème à Idraote comme à Astarotte. Quant à Enea Scala, que nous avions tant apprécié dans La Finta Giardiniera à Dijon (Blu-ray Erato), il révèle un authentique ténor rossinien, dévissant des aigus alla Juan Diego Flores et faisant corps avec la partition comme avec la conception scénique.

Alberto Zedda dirige <i>Armida</i> à l'Opéra de Gand en novembre 2015.Le Chœur de l'Opéra de Gand s'acquitte vaillamment d'une présence hautement mise en avant, tandis que l'Orchestre maison, malgré d'infimes ratés, profite pleinement de l'expérience du vétéran Alberto Zedda dont cette Armida fut la dernière production lyrique. Au terme de 50 années au service de Rossini, le Maestro nous a quittés en 2017 à Pesaro, dont il fut le directeur artistique de 2000 à 2014. Il avait 89 ans.

Plutôt bien filmé par Jan Bosteels, voici un spectacle stimulant et plein d'idées, forcément gênant pour les uns (on ne touche pas impunément aux codes de la testostérone), mais au service d'une idée forte pour tous les autres : comment l'amour représente l'antidote simplissime de la guerre. Continuons donc le combat !

 

 

Carmen Romeu dans <i>Armida</i> en novembre 2015 sur la scène de l'Opéra de Gand.



Lire le test du DVD Armida mis en scène par Mariame Clément à Gand

Retrouvez la biographie de Gioachino Rossini sur le site de notre partenaire Symphozik.info

Jean-Luc Clairet

Suppléments du Blu-ray

Aucun.

Bande-annonce du Blu-ray

Critique Images et Son du Blu-ray

Images

La Haute Définition apporte toute sa mesure aux scènes bien éclairées qui se parent d’un détail bienvenu. Dans les scènes sombres, la précision persiste mieux que sur le DVD de ce même programme. Des contours très finement dessinés s'allient à des contrastes naturels, tandis que des couleurs équilibrées rendent justice aux partis pris esthétiques de la production. Le relief de l’ensemble aboutit à un visionnage de qualité tout juste entaché de quelques saccades dans les déplacements rapides de caméras.

Son

La piste stéréo, ouverte et correctement réverbérée, trouve un équilibre correct entre plateau et orchestre. L’ensemble est dynamique mais aussi particulièrement bien timbré.
Le mixage multicanal encodé en DTS HD Master Audio l’emporte aisément sur le Dolby Digital du DVD par sa richesse harmonique et l’ampleur de ses contrastes musicaux. Le caisson de basses, très bien intégré, apporte à la restitution des graves ronds, à la présence appréciable, tandis qu’à l’arrière, les haut-parleurs surround participent à un environnement sonore à la fois naturel et très présent. La scène avant s’étoffe en largeur et en profondeur au profit de l’orchestre, très détaillé, et des voix, parfaitement projetées. Cette piste l’emporte sur la stéréo, en comparaison bien plus plate.

Note technique : 9/10

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