Le titre de votre symphonie, La Symphonie d'une destinée, ne parle pas du destin mais "d'une" destinée. Laquelle, la vôtre ?
Pierrick Poirier : Jean Waterkeyn, initiateur du projet et producteur du disque, m'a en fait soumis ce concept qui intègre quatre sentiments que l'on peut connaître lorsqu'on entre dans une démarche de création.
Que ce soit un projet professionnel ou une quelconque passion, on passe par ces quatre états qui ont chacun donné un titre aux mouvements de la symphonie : La Conception, autrement dit le stade initial ; L'Euphorie, car à ce stade, tout fonctionne bien ; Le Doute, car ce sentiment est provoqué par les écueils rencontrés, la fatigue accumulée et l'enjeu qui consiste à atteindre le but ; enfin, la satisfaction d'avoir mené son projet à bien s'apparente au Triomphe, le dernier mouvement.
Vous reconnaissez-vous dans cette trame imaginée par Jean Waterkeyn, dans cette succession de phases ?
Tout à fait car, lorsque j'ai commencé à travailler sur ce projet qui m'a occupé un an et demi, j'ai réellement ressenti ces états.
En particulier le doute.
Lorsqu'on m'a proposé ce projet, j'ai ressenti un sentiment de peur vraisemblablement provoqué par l'ampleur du travail à accomplir.
Puis, à partir du moment où j'ai décidé de m'y investir à fond, je suis passé par toutes ces phases de sentiments.
Ils sont quasiment universels, chacun peut s'y retrouver.
Aviez-vous songé auparavant à composer une œuvre symphonique de cette ampleur ?
C'était un rêve d'adolescent. À cette époque, je faisais un peu de musique au lycée. Sans plus.
Mais je ressentais ce sentiment qu'un jour, je serais assis à un bureau pour écrire de la musique…
Comment êtes-vous devenu compositeur ?
Je suis tromboniste de formation.
Lorsque j'ai voulu aborder la composition, j'ai travaillé avec un maître, le compositeur Patrice Scortino, qui a été directeur du conservatoire du 13e arrondissement de Paris.
Au moment de sa retraite, il a enseigné à l'École nationale de Ville d'Avray, où je l'ai suivi avec une dizaine de copains.
J'ai également travaillé avec d'autres compositeurs dont Alain Margoni, Katori Makino et Yvan Julien.
Ma sensibilité m'a conduit à synthétiser le jazz et la variété avec la musique classique.
La Symphonie d'une destinée est en fait ma première grande œuvre symphonique.
Jean Waterkeyn est-il intervenu dans la composition ?
Il a été en quelque sorte le déclencheur de ce travail, mais j'ai conservé une entière liberté d'écriture musicale.
Jean s'est plutôt chargé de tout le travail relationnel, de chercher des sponsors, etc.
Votre écriture est très imagée. Quel est votre rapport à l'image, au cinéma ?
Mon expression musicale est très figurative, très abordable.
J'utilise beaucoup de contrepoint, de contre-chant, mais le thème principal de la symphonie est simple.
Je me suis beaucoup intéressé à l'orchestration.
J'ai voulu la soigner particulièrement.
Mais effectivement, cette symphonie est chargée d'images.
À l'écoute, on pourrait l'assimiler à une musique de film
On ressent dans la partie Le Triomphe, une dimension légèrement triste ou mélancolique. Pouvez-vous préciser cette sensation ?
C'est en fait exactement semblable à ce qui se produit lorsqu'on compose de la musique.
De nos jours, il est très difficile de se faire jouer.
Avoir pu faire jouer ma musique par un orchestre est déjà un succès en soi.
En fait, même lorsqu'on atteint un but, on ne peut jamais être totalement certain que la réussite soit totale.
Effectivement, j'ai glissé un peu de "doute" dans le mouvement Le Triomphe. C'est aussi un trait de mon caractère. Lorsque j'ai accepté ce projet après avoir réfléchi une dizaine de jours, j'avais également pas mal de soucis.
Il est vraisemblable qu'ils se reflètent dans l'écriture.

Comment avez-vous trouvé l'orchestre qui a enregistré votre symphonie ?
Jean Waterkeyn a publié une annonce sur son site afin de trouver un chef d'orchestre qui accepterait de diriger l'œuvre et qui pourrait connaître un orchestre susceptible de l'enregistrer.
Le chef d'orchestre François Rousselot, a répondu à cette annonce et a proposé plusieurs orchestres établis dans les pays de l'Est.
Nous n'avions pas d'autre alternative pour des raisons de coûts. Nous pouvions choisir entre Prague, l'Ukraine, la Slovénie et la Macédoine.
C'est précisément Skopje, capitale de la Macédoine, qui a été sélectionnée et le Macedonian Radio Symphonic Orchestra a enregistré la symphonie.
Le chef d'orchestre avait déjà travaillé avec cette formation.

Comment s'est déroulée votre collaboration avec l'orchestre et le chef François Rousselot ?
Je suis arrivé à Skopje vers minuit, la veille de l'enregistrement.
J'avais eu seulement quelques échanges téléphoniques avec François Rousselot lorsque je lui avais envoyé la partition.
Nous nous sommes en fait rencontrés au petit-déjeuner, tôt le lendemain matin avant la première session d'enregistrement.
Les musiciens sont arrivés à 9h, l'enregistrement a débuté à 10h.
Nous ne nous connaissions pas avant. Mais tout s'est très bien passé.
J'ai été en fait rassuré dès que j'ai vu la manière dont il prenait les choses en main.
Je dois en outre vous confier que les trois jours passés à Skopje ont été comme totalement irréels pour moi, un peu comme si j'avais vécu un film.
Peut-on comparer cette méthode d'enregistrement à ce que font les musiciens de studio pour le cinéma ?
Tout à fait. François Rousselot faisait lire un passage. Puis, si au bout d'une ou deux lectures, cela était satisfaisant, on l'enregistrait.
L'orchestre de Skopje est un jeune orchestre constitué de musiciens de haut niveau.
Cette formation est née il y a un an ou un an et demi. Pas plus.
L'enregistrement s'est étalé sur 3 sessions de 3 heures chacune sur 2 journées. Le mixage a été fait un peu après, sur place.

Quel type de promotion avez-vous choisi pour faire connaître cette œuvre ?
Pour le moment le disque est exclusivement vendu sur un site Internet dédié [voir au bas de l'article, ndlr].
Il est difficile de trouver un distributeur et les revendeurs peuvent difficilement référencer un produit sans distributeur.
Ce site est donc aujourd'hui notre vitrine.
Mais Jean Waterkeyn travaille à faire connaître cette symphonie.
Avez-vous des projets de concerts, certains orchestres se montrent-ils intéressés par votre symphonie ?
C'est encore un peu jeune. Le disque n'est disponible que depuis fin 2009. Beaucoup reste encore à faire.
Mais plusieurs radios ont déjà diffusé La Symphonie d'une destinée, soit intégralement soit par extraits : à Venise, à Vienne, Montréal, aux États-Unis dans l'Utah et à Jérusalem.
La composition de la symphonie a dû représenter une étape importante pour vous. Entrevoyez-vous déjà une nouvelle orientation, de nouveaux projets ?
Vous savez, je ne suis pas connu.
À une époque j'ai écrit un certain nombre d'arrangements mais ils ont été sources de déboires.
Je travaille aujourd'hui essentiellement pour moi.
Actuellement, j'écris un conte musical pour jeunes enfants, un peu à la manière de Pierre et le loup, avec des animaux.
Je compose pour un petit orchestre et une ou deux récitantes, afin que cette pièce puisse être jouée facilement, sans gros frais.
La Symphonie d'une destinée est une musique très imagée. Avez-vous pensé à l'utiliser pour un spectacle, pour la danse… Ou la réservez-vous au concert ?
La jouer en concert serait magnifique.
Quant à d'autres utilisations, je n'y ai pas encore réfléchi. Pourquoi pas…
Je dois vous relater pour conclure une anecdote que je trouve extraordinaire. Durant les sessions d'enregistrements, pendant les pauses, certains musiciens allaient se détendre dans un fumoir, et d'autres passaient nous voir dans la cabine d'enregistrement.
Là, j'entends le premier trompette parler en français avec le chef d'orchestre. Je me suis approché pour lui parler. Il m'a alors confié, dans un français marqué d'accent slave, qu'il avait travaillé en France dans la région de Lyon. Et là, ça a fait tilt !
J'ai un ami lyonnais, tromboniste, avec lequel j'ai joué L'Homme de la Mancha au Théâtre Marigny il y a plus de 20 ans.
Et il le connaissait… ils avaient joué ensemble.
À plus de 2.500 kilomètres, j'ai rencontré un musicien qui connaissait un de mes amis…
Serait-ce cela aussi la destinée ?
Propos recueillis par Philippe Banel
Le site Symphonie Project
vous permettra d'en savoir plus sur
le concept de La Symphonie d'une destinée…

















