Interviews

Interview de Sylvie Brunet-Grupposo, mezzo-soprano (2016)

Nous attendions depuis longtemps le retour de la mezzo-soprano française Sylvie Brunet-Grupposo sur la scène de l'Opéra Bastille. Avec plus de quatre-vingt-dix œuvres à son actif et de multiples rôles dont Azucena, Santuzza, Eboli ou l'Africaine, sa carrière l'a menée de scène en scène de par le monde, toujours très investie dans la diffusion du répertoire français. Sa Prieure dans Dialogues des carmélites a été saluée comme la plus impressionnante partout où elle s'est produite… Nous rencontrons cette grande tragédienne lyrique alors qu'elle chante dans Sancta Susanna, le rare opéra de Hindemith que l'Opéra national de Paris a eu la bonne idée de programmer dans la mise en scène inspirée de Mario Martone…

 

Sylvie Brunet-Grupposo (Gertrude) et Jean-François Lapointe (Hamlet) dans <i>Hamlet</i> mis en scène par Vincent Boussard à l'Opéra de Marseille en 2016.  © Christian Dresse

Tutti-magazine : Comment avez-vous vécu la première de "Sancta Susanna" il y a quelques heures ?

Sylvie Brunet-Grupposo : Voilà plus de 20 ans que je n'avais pas chanté à l'Opéra Bastille et j'étais vraiment très émue avant d'entrer en scène. Mon unique apparition dans ce théâtre remonte à 1994 pour Suzuki dans Madame Butterfly mis en scène par Robert Wilson. J'étais ensuite partie avec cette production au Japon. Puis, en dépit des critiques très élogieuses que ma Suzuki avait alors recueillie, le Destin m'a conduite sur de grandes scènes de par le monde avec Charlotte, Dalila, Carmen et bien d'autres rôles, sans diriger à nouveau mes pas en direction de l'Opéra Bastille. Autant dire qu'hier l'émotion était très forte de revenir sur cette scène qui me manquait. De plus, un accueil extrêmement chaleureux de la part du public qui, apparemment, ne m'a pas oubliée, est venu saluer ces retrouvailles.

L'atmosphère que vous retrouvez à l'Opéra Bastille est-elle fidèle à votre souvenir ?

Retrouvailles de Sylvie Brunet-Grupposo et du metteur en scène Dmitri Tcherniakov à l'Opéra Bastille.  © Jacques PerrinJ'ai trouvé l'ambiance très familiale, en particulier lors de la réception qui suivait la Première. En présence de Stéphane Lissner et du Directeur du casting Ilias Tzempetonidis, j'ai eu l'impression que tout le monde communiquait sans simagrées avec des échanges très spontanés. J'ai eu le bonheur de retrouver des artistes des chœurs que j'avais rencontrés lorsque je chantais Taven dans Mireille il y a quelques années au Palais Garnier, ainsi que Dmitri Tcherniakov, qui est un metteur en scène que j'adore. Ce moment d'échange après la représentation a conclu ce que j'ai vécu comme une soirée formidable et infiniment émouvante.

Quelle a été votre réaction en recevant la proposition de l'Opéra de Paris pour chanter dans "Sancta Susanna" ?

Tout d'abord, lorsqu'on m'a proposé ce rôle, j'ai été surprise qu'on m'invite à interpréter un rôle aussi court. Je dis bien "court", car il ne s'agit pas pour moi d'un rôle mineur. Puis je me suis plongée dans la thématique de l'œuvre et j'ai immédiatement trouvé l'idée excellente de proposer aujourd'hui au public cet opéra si peu connu. J'ai ensuite découvert la partition que l'Opéra de Paris m'a envoyée et là, j'ai pu constater que l'œuvre ne durait que 27'. Au déchiffrage du rôle qu'on me proposait, j'ai cependant su d'instinct que je pouvais en faire quelque chose de fort et, surtout, que je pourrais y investir pleinement une intensité dramatique fidèle à ce que je suis, même à travers quatre phrases*. Par ailleurs, le rôle de la Vieille Nonne correspond à une tessiture de contralto, que j'ai eu peu l'occasion d'exploiter, si ce n'est dans le rôle de Padmavati de Roussel, qui s'en rapproche le plus. Mais je m'y sens très à l'aise, et Sancta Susanna m'a permis de le confirmer.
* Voir la vidéo en fin d'article : Finale de Sancta Susanna avec Sylvie Brunet-Grupposo dans le rôle de la Vieille Nonne à l'Opéra Bastille. Mise en scène de Mario Martone - Enregistrement de novembre 2016. © OnP

L'opéra de Hindemith est présenté dans la continuité de "Cavalleria Rusticana", et le rôle de la Vieille Nonne intervient à la toute fin du drame. Comment vous préparez-vous à cette entrée en scène si tardive ?

Ma préparation n'est en rien différente de celle de mes autres rôles. Je ne quitte pas ma bulle afin de rester dans un état très spécifique qui implique de ne pas ou très peu sortir. Souvent, les gens parlent de "sacerdoce", un terme que je n'apprécie pas trop, mais il est vrai que mon métier passe avant tout le reste et que je sacrifie beaucoup de choses pour demeurer constamment pénétrée par les œuvres et par les rôles que je chante. Dans ma loge, je coupe le haut-parleur afin de ne pas entendre le son de Cavalleria Rusticana car il m'est impossible de me laisser envahir par cette musique extrêmement émotionnelle alors que je dois conserver toute mon énergie pour celle de Hindemith.
Lorsque Sancta Susanna commence, je me prépare et me concentre. Il m'arrive parfois de placer sur la porte de ma loge une petite pancarte "ne pas déranger", ce qui fait rire les directeurs de théâtres, mais ce besoin de m'isoler est bien réel car c'est ma seule façon de parvenir à appeler l'énergie d'un rôle en un claquement de doigts le moment venu.
Je descends sur le plateau juste avant mon entrée en scène… Pendant les répétitions, j'aimais arriver en même temps que l'araignée humaine qui surgit du fond de scène côté cour, et j'ai conservé ce repère. Je trouve cette idée du metteur en scène à la fois forte et magnifique. En spectacle, je ne peux plus voir l'araignée car j'attends mon entrée derrière un rideau noir. Cependant l'araignée est inscrite dans ma pensée et je la visualise sans mal au moment de mon entrée.

 

Sylvie Brunet-Grupposo dans <i>Sancta Susanna</i> mis en scène par Mario Martone à l'Opéra Bastille en 2016.  © C. Pele/OnP

Une émotion particulière accompagne-t-elle les quelques phrases que vous exprimez au finale de "Sancta Susanna" ?

La phrase "La violence est le fruit d'une douleur qui n'est pas entendue" m'inspire chaque soir en ce sens qu'elle symbolise pour moi le cœur de l'œuvre. Ce qui me correspond si bien dans les rôles dramatiques que j'interprète, c'est qu'ils disent les douleurs du monde. Si ces douleurs sont chantées, et non parlées, elles ont peut-être plus de chance d'ouvrir les yeux des gens. En tout cas, lorsque je les exprime par la voix c'est pour faire ressentir au public ce que je ressens profondément en moi. Je suis très sensible à ce qui se produit aujourd'hui dans le monde et à tout ce qui m'entoure. D'une certaine façon, je porte cela en moi lorsque je suis sur scène. Par ailleurs, on est en droit de penser que les compositeurs dignes de ce nom ne font pas autrement que d'exprimer par leur musique les épisodes qu'ils ont traversés dans leur vie.

Cette intervention quasi solitaire à la fin de l'opéra vous a-t-elle isolée pendant les répétitions avec les autres interprètes ?

Je crois que le sentiment de se trouver isolée est la conséquence de quelque chose qu'on provoque soi-même. La musique est là pour nous relier et nous portons toutes un même message. J'ai également assisté plusieurs fois aux répétitions des autres artistes et, lorsque nous avons travaillé ma partie, comme à mon habitude, je n'ai jamais marqué. En répétition je donne tout à fond comme s'il s'agissait d'un spectacle. Or mes partenaires reçoivent cette énergie et ils donnent à leur tour en écho.

"Sancta Susanna" est mis en scène par Mario Martone. Comment a-t-il orienté les répétitions ?

C'est la première fois que je travaille avec Mario Martone et je dois dire qu'il est très humain et très à l'écoute de ce que les chanteurs peuvent proposer. Il travaille en profondeur et dans le détail, comme j'ai pu le constater lorsque j'ai assisté aux scènes qu'il mettait en place avec Anna Caterina Antonacci et Renée Morloc. Nous avons commencé par des filages et, en ce qui me concerne, en deux jours de répétitions, j'ai senti que tout était en place. Le fait est que j'ai beaucoup chanté la Première Prieure dans Dialogues des Carmélites, et dès la première répétition, le metteur en scène est venu me dire qu'il était étonné par la force que j'investissais. Pour moi, ce que traverse la Vieille Nonne de Sancta Susanna pourrait parfaitement être une page de vie de la Première Prieure. Cela explique sans doute la facilité avec laquelle je suis rentrée dans un tel personnage, mais aussi que je perçoive ce rôle comme beaucoup plus long qu'il n'est en réalité, un peu comme une extension du vécu de Madame de Croissy. Blanche aurait d'ailleurs pu vivre aussi un tel moment.

 

Sylvie Brunet-Grupposo très applaudie à la fin de <i>Sancta Susanna</i> à l'Opéra Bastille.  © Danielle Badiano

 

Stéphane Degout et Sylvie Brunet-Grupposo dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à Aix.  © Patrick Berger/artcomart

Est-il facile de se départir de cette tension une fois
le rideau tombé ?

Je n'ai pas dormi de toute la nuit qui a suivi la Première de Sancta Susanna. Heureusement qu'il y a un lendemain de Première, et un jour de repos après chaque soirée de représentation ! Le rôle est très court mais cela ne change en rien le fait que je me donne entièrement à ce que je fais. Pour interpréter la Vieille Nonne, je dois entretenir cette énergie prête à exploser sur quelques minutes à la fin de chaque représentation. Aussi, je ne tiens pas non plus à ce que la tension redescende trop bas jusqu'au 23 décembre, dernière date de la série.

Avec le rôle de Geneviève que vous chantez dans "Pelléas et Mélisande", celui de cette religieuse s'inscrit dans une lignée de personnages que les compositeurs ont peu dotés en présence mais qui sont pourtant essentiels. Que vous inspire ce paradoxe ?

J'aime ces personnages qui se résument à une apparition mais marquent l'œuvre et, parfois, la traversent. Ensuite, c'est à moi de les investir pour me situer au plus près de ce que le compositeur a voulu tout en les enrichissant pour les faire vivre en dépit de leur courte présence. Je dois dire aussi que la brièveté d'un rôle ne change en rien le trac que je peux avoir. Dans de tels cas, je n'ai aucune occasion de me rattraper. D'autant plus si le personnage clôt l'opéra, comme dans Sancta Susanna. Je dois même faire en sorte de hisser cette fin à un niveau encore plus haut d'intensité dramatique. C'est aussi pour cette raison que je n'ai pas d'autre moyen d'y parvenir que de m'oublier pour devenir le personnage que j'interprète.

 

 

Gilles Ragon (Pietro), Sylvie Brunet-Grupposo (La Chef de la Police) et Vincent Le Texier (Bernard Baer) dans <i>Les Pigeons d'argile</i> à Toulouse.  © Patrice Nin

Lorsque nous nous étions rencontrés en 2014, vous prépariez "Les Pigeons d'argile" de Philippe Hurel pour le Théâtre du Capitole…

Musicalement, la musique des Pigeons d'argile est très belle, mais la partition est extrêmement difficile à apprendre pour une chanteuse d'opéra habituée au répertoire romantique. La tâche était donc assez ardue. À tel point qu'entre chanteurs, nous avons aussi beaucoup travaillé de notre côté en répétant nos répliques pour être sûrs d'être prêts. Mais l'expérience était passionnante et je me suis beaucoup amusée à incarner le chef de la Police. J'avais l'impression d'évoluer dans un roman policier et je me souviens de la qualité des échanges entre la metteur en scène Mariame Clément, les chanteurs, mais aussi le compositeur Philippe Hurel, qui était présent à toutes les répétitions.

 

Sylvie Brunet-Grupposo interprète la Première prieure dans <i>Dialogues des carmélites</i> à Bari en 2014.  © Carlo Cofano

Le rôle de Madame de Croissy dans "Dialogues des carmélites" est toujours très présent dans votre carrière. Depuis 2014, vous l'avez interprété successivement à Rome, puis à Bari dans une mise en scène de Leo Muscato, et repris à Munich dans la production de Dmitri Tcherniakov…

Sylvie Brunet-Grupposo et Monica Bacelli dans une version de concert de <i>Dialogues des carmélites</i> à Rome en 2014.  D.R.À Rome, en 2014, il s'agissait d'une version de concert avec le Chœur de l'Académie nationale de Santa Cecilia et j'en garde un merveilleux souvenir. Stéphane Denève dirigeait l'orchestre et, de mon côté, j'ai interprété la Prieure comme si j'étais en scène. Je me souviens de cette chaleur incroyable que dégageait le public italien et j'ai donné tout ce dont j'étais capable. Dialogues des carmélites fonctionne également très bien en version de concert. Textes et musique sont d'une telle puissance qu'ils s'imposent, même en l'absence de mise en scène. Du reste, il se trouve que le Maestro Antonio Pappano se trouvait dans la salle et qu'à la suite de ce concert, il m'a directement invitée à chanter le Requiem de Verdi, à Birmingham et au Royal festival Hall de Londres… Quant à Bari, l'opéra de Poulenc n'y avait jamais été donné, comme lorsque j'ai chanté la Prieure à Santiago du Chili et à Séoul. Pour moi, cela constitue un plus car il s'agit de faire découvrir une œuvre magistrale et magnifique du grand répertoire français. Les spectateurs de Bari ont merveilleusement bien accueilli ce qui était pour eux un nouvel opéra. La mise en scène de Leo Muscato était très traditionnelle et, à cette occasion, j'ai pu faire la connaissance d'Ermonela Jaho qui interprétait Blanche. Selon les interprètes qui incarnent Blanche, mon approche de la Prieure est différente. Avec Ermonela, un lien mère fille s'est tout de suite mis en place. Cette relation était très forte et j'ai vraiment apprécié de partager la scène avec cette belle artiste.
Enfin, j'ai repris la production de Dmitri Tcherniakov à Munich en janvier 2016. Dans la mise en scène, le fait de chanter derrière des barreaux et séparée du public n'est pas facile à gérer mais j'adore travailler avec Dmitri. Du reste, je retrouve dans son travail ma propre conception du personnage, et j'interviens dans la première partie de l'opéra qui n'a pas été touchée par la polémique provoquée par le traitement de la seconde.

 

Sylvie Brunet-Grupposo (la Nourrice) dans <i>Ariane et Barbe-bleue</i> mis en scène par Olivier Py à l'Opéra national du Rhin en 2016.  © Alain Kaiser

En octobre 2015, La Monnaie de Bruxelles vous confiait le rôle de la Grande vestale dans "La Vestale" mis en scène par Éric Lacascade. Avez-vous trouvé une affinité avec la musique de Spontini ?

Sylvie Brunet-Grupposo (La Grande vestale) dans <i>La Vestale</i> à Bruxelles en 2015.  © Baus/La Monnaie-De Munt J'ai beaucoup aimé me plonger dans cette musique et vocaliser. J'adore le Théâtre de la Monnaie mais chanter l'opéra de Spontini au Cirque Royal de Bruxelles s'est avéré également une belle aventure. Le metteur en scène a en effet profité de la structure du lieu pour nous faire intervenir aussi bien sur le plateau que dans les gradins, parmi le public, ce qui était une belle idée. Par rapport à ce qui avait été présenté au Théâtre des Champs-Élysées en 2013, Éric Lacascade avait donc réellement adapté son spectacle au lieu. Quant à l'acoustique du Cirque, elle ne m'a pas posé de problème particulier.

Le rôle d"Euryclée dans "Pénélope" de Fauré s'annonce pour vous au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en février 2017…

Ce sera une version de concert et, à cette occasion, je me réjouis de retrouver Michel Plasson qui dirigera l'Orchestre symphonique de La Monnaie. Dans ce répertoire, je crois que je ne peux pas rêver mieux. Euryclée est une prise de rôle et je vais m'efforcer d'habiter ce personnage le mieux possible, même si je n'ai pas l'expérience de la scène au préalable. Ceci étant, je sais que je peux faire confiance à mon imagination. C'est une facilité que m'apportent tous les nombreux rôles que j'ai chantés dans ma carrière : aujourd'hui, lorsque j'apprends un nouvel opéra, le personnage se dessine très rapidement, au fur et à mesure que je m'imprègne du texte. Très jeune, je rentrais déjà très facilement dans la peau de personnages imaginaires pour échapper à la dureté de la vie, et cette aptitude s'est transformée en atout lorsqu'il s'est agi d'apprendre autant de rôles.

Lors de notre premier entretien, en 2014, vous nous aviez expliqué pourquoi vous aviez ajouté le nom "Grupposo" au nom "Brunet" sous lequel vous étiez connue. Avez-vous toujours besoin de vous expliquer à ce sujet…

Bien souvent, les gens qui se souviennent de moi en tant que "Sylvie Brunet", parce qu'ils m'ont vue par exemple dans Carmen au Théâtre du Châtelet, peuvent être curieux à ce propos. D'autres, pensent que "Grupposo" est mon nom de femme mariée. J'explique alors que ce nom à consonance italienne que j'aime tant est celui de mon papa que j'ai connu tardivement. Le fait que l'on me pose cette question ne me gêne aucunement car parler de lui est aussi un moyen de le faire exister. Par ailleurs, comment pourrais-je éconduire des gens qui s'intéressent à moi. Le public est d'une importance capitale à mes yeux car il m'a donné tout l'amour dont j'ai si longtemps été privée.

 

Sylvie Brunet-Grupposo (Taven) et Nathalie Manfrino (Mireille) dans <i>Mireille</i> mis en scène par Robert Fortune à l'Opéra Grand Avignon en 2014.  © Cédric Delestrade

Vous nous aviez également fait part de votre envie de chanter Amneris dans "Aida"…

Et je me suis préparée à ce rôle avec les chefs de chant Stéphane Petitjean, avec qui je travaille depuis plus de 25 ans, et Sylvain Souret, qui a coaché de nombreuses interprètes au rôle d'Amneris, en particulier à Vérone. En travaillant, j'ai retrouvé ma voix verdienne, celle d'autres héroïnes que j'ai chantées, comme Eboli. De telles incarnations me passionnent car ces femmes sont aussi fortes que fragiles. Amneris est une femme blessée, et c'est ce qui la rend si riche à interpréter. Sylvain et moi avons travaillé tout l'été dernier et j'ai été ravie de constater la facilité avec laquelle j'ai pu appréhender la vocalité d'Amneris. Il ne reste plus qu'à trouver la scène, et la mise en scène ! Cependant mes envies ne se limitent pas à ce rôle. J'aimerais aussi beaucoup reprendre Jocaste dans Œdipus Rex de Stravinsky, ainsi que Dalila, mais aussi poursuivre mon incursion dans le grand répertoire français. Sapho de Gounod me passionnerait, tout comme Didon que j'espère chanter un jour, ainsi que Hérodias et Cléopâtre de Massenet. Je sais aussi que ma palette de couleurs et de nuances me permettrait de donner vie à une Eboli dans la version française de Don Carlos de Verdi. Tous ces possibles vivent déjà en moi…

 

Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève) et Vincent Le Texier (Golaud) dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à l'Opéra de Lyon en 2015.  © Jean-Louis Fernandez

Appréciez-vous généralement la teneur des mises en scène dans lesquelles vous êtes distribuée ?

Je m'estime très chanceuse car les metteurs en scène avec lesquels j'ai travaillé sont particulièrement intéressants. Le spectacle est une chose, mais il ne faut pas oublier qu'une longue période de répétitions le précède. La relation artistique et humaine est donc extrêmement importante. J'aime m'investir pleinement dans une vraie construction de personnage tout en ayant une certaine marge de liberté pour m'exprimer. Or, cela, Dmitri Tcherniakov, Christophe Honoré, Olivier Py ou Katie Mitchell, avec laquelle j'ai chanté dans Pelléas et Mélisande l'été dernier à Aix-en-Provence, le proposent. Ces dernières années, je pense pouvoir dire que j'ai été gâtée, car certains metteurs en scène demandent parfois aux chanteurs des choses difficiles dans des mises en scènes qui ne rencontrent pas nécessairement leur public. Il peut donc être parfois utile de rappeler à un metteur en scène ce qu'est un chanteur. À l'inverse, il ne faut pas que le chanteur dise "non" à tout. Je crois beaucoup en la qualité de l'échange entre metteur en scène et chanteur.

 

Sylvie Brunet-Grupposo dans <i>Les Troyens</i> mis en scène par la Fura dels Baus à Varsovie.  D.R.

Que pouvez-vous dévoiler de vos projets
et de vos envies ?

Après Pénélope à Bruxelles, je reviendrai à Paris pour Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Élysées. Il s'agit d'une nouvelle production d'Éric Ruf sous la baguette de Louis Langrée. La saison prochaine, je reprendrai la Reine Gertrude dans Hamlet à l'Opéra Comique, Geneviève à Bordeaux avec Marc Minkowski, ainsi que la Prieure dans la superbe mise en scène d'Olivier Py de Dialogues des carmélites à La Monnaie de Bruxelles. Je dois aussi chanter Dame Marthe dans Faust, un projet qui me tient à cœur car la mise en scène sera montée par La Fura dels Baus. J'avais adoré travailler avec ce groupe lorsque j'avais chanté Cassandre dans Les Troyens à Varsovie sous la direction de Valery Gergiev. Cassandre est un rôle que j'aimerais également chanter à nouveau. Dans certaines productions, il m'est arrivé d'interpréter à la fois Cassandre et Didon… Comme le faisait Régine Crespin !



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 1er décembre 2016

 

 

 

 

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