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Interview de Sabine Devieilhe, soprano

Sabine Devieilhe.  © Josep Molina/EratoNous rencontrons Sabine Devieilhe avant une répétition au Théâtre des Champs-Élysées où elle chantera le rôle d'Ismène dans Mitridate de Mozart sous la direction d'Emmanuelle Haïm à partir du 11 février 2016. Une collaboration qui s'inscrit parmi les grands moments d'une jeune carrière déjà ponctuée par des réussites unanimes : Lakmé et La Chauve-Souris à l'Opéra Comique, débuts à l'Opéra national de Paris dans La Flûte enchantée et à Glyndebourne dans L'Enfant et les sortilèges, deux magnifiques disques parus chez Erato, des récitals d'une rare intelligence avec Anne Le Bozec

 

Tutti-magazine : Vous répétez en ce moment le rôle d'Ismène dans Mitridate au Théâtre des Champs-Élysées. Comment appréhendez-vous cet opéra de jeunesse de Mozart ?

Sabine Devieilhe : Il est aussi intéressant de travailler une œuvre composée par Mozart à seulement 14 ans, que d'aborder un rôle secondaire tel qu'il l'imagine à cet âge car la maîtrise du théâtre dont il fait preuve jusque dans les rôles secondaires est absolument fascinante… Mon personnage, la jeune Ismène, intervient relativement tardivement dans l'œuvre. Le Roi Mitridate, pour des raisons politiques, désire la marier à un de ses fils, Farnace, mais il se trouve que ses deux fils n'ont d'yeux que pour Aspasie. De telle sorte qu'Ismène fait les frais d'une organisation qui la dépasse… Ismène est à la fois juvénile et possède une forme de fraîcheur que je connais bien chez Mozart pour avoir déjà interprété la servante Serpetta dans La Finta Giardiniera, mais elle détient aussi le pouvoir sur tout un royaume par sa relation supposée avec Farnace… On se rend compte, avec une telle écriture, combien Mozart est aussi à l'aise dans le traitement des affects de la jeune amoureuse éplorée, que dans toute la dimension liée au pouvoir. Cette aisance ne se retrouve pas seulement dans le cadre d'une tessiture musclée comme celle du Roi Mitridate, mais aussi dans la tessiture de soprano léger et vocalisante d'Ismène.

 

Sabine Devieilhe (Ismène) et Michael Spyres (Mitridate) dans <i>Mitridate</i> mis en scène par Clément Herveu-Léger au Théâtre des Champs-Élysées en février 2016.   © Vincent Pontet

À ce stade, comment percevez-vous la production ?

Sur le plan musicologique, l'œuvre est passionnante, mais je dois avouer que je suis aussi très sensible au travail que nous proposent Emmanuelle Haïm et le metteur en scène Clément Hervieu-Léger. Ils travaillent réellement en binôme, ce qui est finalement assez rare pour être souligné, notamment dans la mise en place des récitatifs. C'est la première fois que je collabore avec Emmanuelle Haïm et je me doutais qu'elle apporterait un soin particulier à la mise en musique de ces passages. Nous les travaillons en ce moment avec le claveciniste Benoît Hartoin, que nous retrouverons dans la fosse. Mais ce que je trouve extraordinaire est de constater que, c’est là où la plume du jeune Mozart est peut-être la moins aguerrie, que tant Emmanuelle que Clément apportent le plus de soin. De telle sorte que, lorsque certains récitatifs sont parfois un peu bancals, ou lorsqu'il a fallu procéder à quelques coupures, ils se montrent très attentifs au parcours tonal et à celui du sens. En équipe, l'attention est ainsi portée sur le fait de donner une évidence à chaque mot, à chaque virage harmonique, et par conséquent à la fluidité du discours. Je trouve ce travail passionnant.

 

Sabine Devieilhe (la Princesse) et Danielle de Niese (l'Enfant) dans <i>L'Enfant et les sortilèges</i> à Glyndebourne.   © Richard Hubert Smith

Luca Pisaroni nous avait confié en interview son attachement aux récitatifs en tant que source d'expression d'un personnage et essentielle plage de liberté. Partagez-vous ce point de vue ?

Il est délicat de répondre à cette question car il s'agit de l'avis personnel d'un interprète. En revanche, il m'apparaît certain que, dans la façon qu'a Emmanuelle Haïm d'aborder la composition d'un Mozart adolescent, la liberté se retrouve partout dans le travail. Pendant les dix jours qui nous séparent de la première, nous allons définir un modus operandi qui va nous permettre de nous frayer un chemin au sein de cette œuvre de jeunesse, et déjà œuvre de génie, pour parvenir à en faire une partition qui sera la nôtre. Une fois la structure fixée, il devient facile de circuler dans les phrasés et dans les carrures. C'est un travail que j'adore.

Le temps consacré aux répétitions de Mitridate vous convient-il ?

Je pense que lorsque le temps de répétition est en adéquation avec le temps du spectacle, c'est une situation où l'interprète se sent le plus libre. J'ai commencé à répéter début janvier. Au total, cela fera quatre vraies semaines de répétitions en studio et une semaine sur scène. Ces cinq semaines sont confortables, d'autant que chanter à Paris me permet de vivre chez moi. De plus, Ismène est un rôle secondaire. Il n'est donc pas écrasant et le challenge qu'il représente n'est pas non plus hors du commun. J'ai davantage de temps sur scène pour m'exprimer que lorsque je chante la Reine de la Nuit, mais aussi moins besoin de démontrer. Pour toutes ces raisons, c'est un rôle que je peux qualifier de "confortable".

À vos côtés, Cyrille Dubois chante le rôle de Marzio. Avec lui vous faisiez vos débuts à Glyndebourne cet été dans L'Enfant et les sortilèges…

Glyndebourne constitue une expérience unique tant pour les chanteurs que pour les spectateurs qui se retrouvent baignés dans cette atmosphère si spéciale de vallée anglaise. On peut même parler d'Art total, depuis les coulisses jusqu'aux applaudissements. Pour ma part, je redoutais un peu de travailler dans une structure privée et je me demandais ce que j'allais trouver là-bas.… Je me suis plongée à Glyndebourne dans un contexte totalement décomplexé où la notion d'amusement est omniprésente. Pour les organisateurs du festival, le but avoué est de porter très haut les Arts afin de divertir le public dans le sens noble du terme, mais finalement aussi les artistes. Travailler devient d'autant plus confortable que la période de répétitions est très étendue et que tout se déroule dans un cadre idyllique. La campagne, avec ses splendides nuances de vert et ses moutons, est vraiment ravissante. De telle sorte que je me suis sentie non seulement très heureuse dans cet environnement naturel, mais je suis aussi parvenue à m'épanouir sur le plan artistique dans cette sorte de huis clos familial sans pour autant m'y sentir étouffer.

 

Sabine Devieilhe (le Feu) et Danielle de Niese (l'Enfant) dans <i>L'Enfant et les sortilèges</i> mis en scène par Laurent Pelly à Glyndebourne en 2015.   © Richard Hubert Smith

Et la production de Laurent Pelly ?

Le projet était magnifique. J'avais déjà vu quelques images de L'Enfant et les sortilèges de la version de Laurent Pelly, mais ce que j'ai découvert sur place au niveau du déploiement de moyens était au-delà des mots. Je pense d'ailleurs que cet investissement si impressionnant au regard de la brièveté de l'opéra de Ravel n'est possible que dans le contexte en vase clos de Glyndebourne, et grâce à la liberté que les organisateurs permettent aux créateurs.… La générosité de Laurent Pelly est unique et on la perçoit dans chacun de ses spectacles. Il était présent à nos côtés et n'a pas hésité à adapter sa mise en scène à chacun des interprètes dans la mesure où la distribution était relativement différente de la précédente programmation.

Un certain nombre de rôles sont des incontournables pour votre voix, dont La Reine de la Nuit et la Poupée des Contes d'Hoffmann. Veillez-vous à ce qu'ils ne prennent pas trop de place dans votre carrière ?

Sabine Devieilhe enregistre son album consacré à Mozart pour le label Erato.C'est une vigilance que je suis susceptible d'exercer mais pas nécessairement de façon assidue dans la mesure où, du fait même de la diversité de mes envies musicales, je ne suis pas tellement dans la position de me voir proposer uniquement de chanter la Reine de la Nuit, pas plus qu'une succession de Poupées. Le fait d'avoir abordé la musique baroque et de commencer à m'exprimer dans le Bel Canto m'a préservée de devoir refuser la soixantaine de Reines qu'on aurait effectivement pu me proposer. Ceci étant, si je voyais une saison se remplir exclusivement d'Olympia et de Reine de la Nuit, je crois que cela me poserait problème. Pour autant, je suis encore très gourmande de ce qui va m'arriver avec ces deux personnages. Du reste, je vais les interpréter dans les années qui viennent. Même, je m'en réjouis car ces rôles font partie de ceux qui suscitent un moment privilégié qui permet à l'interprète de se retrouver face à lui-même dans la mesure où il est indispensable de beaucoup progresser à chaque fois qu'on les chante afin de ne jamais s'ennuyer. Or, pour éviter l'ennui, il faut pousser sa propre pratique technique au maximum de ses capacités. De fait, ces deux personnages font progresser énormément.

 

Sabine Devieilhe interprète le rôle de La Folie dans <i>Platée</i> dans le cadre de l'Atelier Lyrique de Tourcoing en 2013.  © Danielle Pierre

Le challenge technique fait-il aussi partie de vos objectifs ?

Évidemment, mais ce challenge peut prendre plusieurs formes. Pour vous donner un exemple, j'oserais à nouveau une comparaison entre le rôle d'Ismène dans Mitridate et de la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée. Pour chanter cette dernière, un travail musical est évidemment nécessaire car il s'agit aussi de parvenir à démythifier ces deux airs de La Flûte tellement populaires que tous les spectateurs les ont dans les oreilles. Cela passe pour moi par un retour à la partition et au livret car le travail de construction du personnage reste toujours nécessaire. Mais le temps pour m'exprimer sur scène est si réduit que j'en ai vite fait le tour.
Ismène, quant à elle, se voit confier un peu plus de musique mais, surtout, tout est à inventer. Personne ne sait qui est cette jeune fille qui débarque sur la scène bien après le début de l’opéra. Dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger qui situe Mitridate en temps de Guerre, je porte une petite jupe et un pull un peu trop grand qui font de moi une civile lambda. Dans ce cas, tout est à imaginer et structurer. Et tant mieux ! Cette composition musicale et théâtrale me passionne, tant par le travail de répétitions qu'en ce qu'elle me situe par rapport à moi-même. Je ressens un tel besoin d'ajouter des cordes à mon arc sur le plan théâtral que chaque travail de composition me rapproche un peu plus de la scène et me fait davantage encore aimer mon métier.

 

Sabine Devieilhe (la Reine de la Nuit) et Mauro Peter (Tamino) dans <i>La Flûte enchantée</i> mis en scène par Pierrick Sorin à l'Opéra de Lyon en 2014.  © Stofleth

En 2014, c'est avec la Reine de la Nuit que vous faites vos débuts à l'Opéra national de Paris. Dans la mise en scène de Robert Carsen, La Reine de la Nuit peut s'avérer très protectrice, et même maternelle. Avez-vous trouvé facilement ces accents ?

Julia Kleiter (Pamina), Sabine Devieilhe (la Reine de la Nuit) et Franz Joef Selig (Sarastro) dans <i>La Flûte enchantée</i> à l'Opéra de Paris.  © A. Poupeney/OnP

Je pense que la teneur de cette Reine de la Nuit de Robert Carsen a été finalement moins compliquée à trouver que la folie délirante de la première Reine que j'ai chantée à l'Opéra de Lyon dans la mise en scène de Pierrick Sorin, sorte de créature monstrueuse et quasi-déesse juchée à quatre mètres au-dessus du sol ! Ce rayonnement qui ne dépend que de l'artiste est plus difficile à générer qu'un rayonnement maternel auquel je dois aboutir mais qui repose aussi sur la présence de mes collègues chanteurs. En particulier celle de Sarastro, l’admirable Franz Josef Selig, qui formait un parfait binôme avec la Reine de la Nuit dans la mise en scène de Robert Carsen. De même, dans cette production, Pamina se montre à la fois craintive et aimante. Je crois avoir pris conscience que le travail de faire-valoir des collègues qui m'entourent est très porteur. J'en ai même énormément besoin. Dans Mitridate, ce rapport est particulièrement flagrant dans toutes les scènes qui me placent au côté de Michael Spyres car le pouvoir d'Ismène se retrouve en Mitridate, et celui de Mitridate en Ismène pour former un jeu en miroir que je trouve très enrichissant.

Après avoir chanté La Flûte enchantée dans la mise en scène de Robert Carsen, interpréter une Reine plus décorative peut-il vous donner l'impression de régresser dans votre approche du personnage ?

Non, car le travail réalisé avec Robert Carsen, qui était très présent pendant les répétitions, restera. De même, pour enregistrer "Der Hölle Rache" en studio pour le disque consacré à Mozart, j'ai souhaité repartir de la créatrice du rôle Josepha Weber et réhumaniser le personnage de la Reine de la Nuit en me concentrant avant tout sur sa typologie vocale hors-norme, mais finalement ni plus ni moins que celle d'une soprano colorature ! Josepha Weber était une femme de Manheim, qui avait trois sœurs… En somme, pas uniquement le monstre vocal qu’on s’imagine.
Ce travail de construction et de déconstruction du même personnage m'enrichit énormément et constitue un bagage que je conserve. J'accumule par strates et c'est ainsi que je peux parvenir à faire mienne une partition aussi sacralisée. Avec Robert Carsen, la Reine de la Nuit n'avait plus rien de la déesse. Elle était une femme de pouvoir, une conjointe et une mère. Je n'utiliserai pas nécessairement cet apport lorsque je chanterai le personnage dans une autre production, mais il me servira dans le futur pour d'autres personnages, pour les prochains Mozart. Mais, j'insiste sur ce point, jouer le pouvoir demande d'être entourée de collègues exceptionnels car ce sont eux qui peuvent me révéler en tant que porteuse de puissance.

 

Finale de <i>La Flûte enchantée</i> mis en scène par Robert Carsen à l'Opéra de Paris en 2014. Au centre : Sabine Devieilhe.  © Agathe Poupeney/OnP

L'auditorium de l'Opéra Bastille est particulièrement grand. Avez-vous adapté votre projection au lieu ?

Pour ce rôle très particulier de la Reine de la Nuit, je ne pense pas pouvoir adapter ma voix de plusieurs façons différentes. Il se place à un niveau extrême d'exigence technique et focalise tellement d'attentes de la part du public que, au bout du compte, je ne peux chanter ce rôle qu'avec une voix, et d'une certaine façon. Naturellement, musicalement, il est possible de tout aménager. Mais si nous parlons de projection, je ne pense pas pouvoir négocier et me dire que je vais donner plus pour me faire entendre. Tout compte fait, avoir fait mes débuts à l'Opéra de Paris avec ce rôle si emblématique et si effrayant était un mal pour un bien car j'étais dans l'impossibilité de travestir quoi que ce soit au niveau de ma projection vocale. Mais j'avoue que lorsque j'ai vu sur mon agenda la date du 11 mars 2014 se rapprocher, je n'en menais pas large. Ceci dit, l'acoustique de l'Opéra Bastille est réputée relativement favorable aux tessitures aiguës, ce que j'ai pu vérifier. Depuis cette série de représentations, je pense avoir encore progressé dans la projection naturelle…

 

Sabine Devieilhe dans <i>La Finta Giardiniera</i> à Aix en 2012.  © Patrick Berger/ArtComArt

Quelles sont les répercussions physiques lorsqu'un rôle comme celui-ci vous oblige à aller au bout de vos possibilités ?

Je suis effectivement censée atteindre mes limites, c'est en tout cas l'effet que je m'efforce de renvoyer, mais je dois toujours conserver une réserve de sécurité. Dans une masterclass filmée, Joyce DiDonato explique que, pour savoir si l'on chante sainement, il faut sortir de scène avec la certitude de pouvoir retourner sur le plateau pour chanter le même rôle une seconde fois. Je pense, pour ma part, que c'est absolument nécessaire. En tout cas, j'ai toujours ça en tête. Naturellement, pour Ismène, la question ne se pose pas, mais lorsqu'il s'agit de la Reine de la Nuit, il est nécessaire, après douze minutes de chant, de sortir de scène en étant fraîche comme un gardon. J'ai besoin de savoir que pendant les saluts, je ne suis pas en train de cracher mes poumons !
Mais il y a aussi un autre aspect : celui de l'adrénaline qui, sur scène, prend en charge la moitié du travail en adaptant la disposition de l'interprète de façon très différente que lorsqu'il travaille chez lui, dans son coin. Le reste est affaire de gestion entre le fait de donner, tout en sachant garder. C'est capital pour un tel rôle.

Parlant de voix, vous avez exprimé récemment votre désir de lui conserver sa légèreté. Comment comptez-vous y parvenir ?

Les choix de rôles sont une évidence dans la préservation de la qualité vocale. Ma jeune carrière de seulement cinq petites années m'a déjà amenée à refuser certains projets qui auraient pu remettre en question ma santé vocale. On m'a par exemple proposé de chanter Lucia di Lammermoor en 2013. J’ai pris le temps de me poser la question car quand on débute, la gourmandise est une forte tentatrice. De plus, le rôle de Lucia est magnifique, très intéressant. Je sais aussi qu'il fait partie des rôles que je tenterai un jour d’aborder à ma façon, avec mon instrument. Il n'empêche que, dans l'optique d'une évolution de carrière, j'ai besoin de faire des choix drastiques et de temporiser sur une certaine partie du répertoire qui, sur la partition, peut être écrite pour la même tessiture que celle que j'aborde en ce moment, mais qui nécessite un poids musculaire supérieur au mien actuellement. J'ai 30 ans, je suis encore à l'aube de ma carrière et j'ai envie de profiter de cette quinte aiguë éthérée, n'en déplaise à certains qui ont envie de m'entendre dans un répertoire plus musclé. Je souhaite vraiment aborder les choses petit à petit car j'adore ce métier et j’aimerais le pratiquer le plus longtemps possible.

 

Sabine Devieilhe (Sœur Constance de Saint Denis) dans <i>Dialogues des Carmélites</i> mis en scène par Christophe Honoré à l'Opéra de Lyon en 2013.  © Jean-Louis Fernandez

En interview, la soprano Jodie Devos avait évoqué la brièveté de la période d'expression optimale d'une voix de soprano colorature. Qu'en pensez-vous ?

Sabine Devieilhe (Mélisande) et Alain Buet (Golaud) dans <i>Pelléas et Mélisande</i> mis en scène par Christian Schiaretti à l'Atelier Lyrique de Tourcoing  en 2015.  © Danielle PierreL'évolution de l'instrument est propre à chaque chanteuse, et j'imagine que les changements hormonaux et physiologiques qui accompagnent le parcours d'une femme ont des répercussions sur l'organe vocal. Mais, pour n'avoir encore rien éprouvé de la sorte, je ne peux pas vous en dire plus. Ceci dit, je pense que la tessiture de soprano léger, de soprano colorature, est peut-être plus fragile que les autres. J'ai la conscience que le suraigu nécessite un réglage d'orfèvrerie. Au niveau du geste vocal, il est évident que tout se joue à pratiquement rien. Il suffit d'un infime écart pour déséquilibrer un contre-mi. Cet aspect explique sans doute en partie la fascination exercée par cette tessiture, comme généralement la partie aiguë de toutes les tessitures. Quant au goût du public pour l'effort, le muscle et pour ce côté "au fil du rasoir", il vient aussi de ce qu'il en connaît la fragilité. Une chose est sûre : je chéris d'autant mon instrument que je le sais fragile. De fait, pour en profiter, je dois veiller à ne pas jouer maintenant toutes mes cartes et, au contraire, prendre le temps de découvrir ma voix dans cette tessiture à l'horizon de la dizaine d'années qui se profile. Pour cela, je dois me garder de ne rien projeter au-delà de mes possibilités.

C'est une conduite sans doute difficile à assumer face aux demandes des maisons d'opéras…

Il existe évidemment des phénomènes de mode et d'envie immédiate. Le public a des envies et les programmateurs souhaitent répondre aux envies du public… Mais je pense que le respect de l'instrument vocal ne punit personne. Les moments les plus beaux d'une carrière surviennent quand l'envie du public est au même niveau que celle de l'artiste. Aujourd'hui, je suis heureuse d'aller sur scène et je sens que les gens sont heureux de m'entendre. Si mon envie diminue parce que je ne suis plus dans les bonnes chaussures, l'envie du public diminuera aussi.

Parlant de chaussures, on a un moment commenté le fait que vous aviez chanté pieds nus lors de votre récital à la Salle Gaveau en avril 2014. Souhaitez-vous vous en expliquer ?

Ce récital à Gaveau était mon premier récital parisien et j'étais relativement angoissée à l'idée de gérer une salle parisienne. Bien sûr, j'étais accompagnée par Les Ambassadeurs, mais encore novice dans l’exercice du récital avec orchestre. Pour diverses raisons, les exigences de la programmation étaient d’ajouter une partie Vivaldi à la partie consacrée à Rameau. Vivaldi est un compositeur que je n'avais alors jamais abordé et pour lequel nous avons très peu répété. De fait, j'étais encore plus angoissée à l'idée de cette seconde partie…
Je portais mes chaussures pour la première partie mais, me retrouvant très stressée et, finalement, maîtrisant peu de chose, je voyais arriver le moment de cette partie Vivaldi. Je commençais à être de plus en plus tendue et c'est à ce moment que j'ai décidé de me reconnecter avec le sol et les fondamentaux. J'ai alors retiré mes talons et je suis arrivée sur scène en pensant que personne ne le remarquerait. Mais, au contraire, les gens n'ont vu que ça. Après tout voici encore une preuve de la magie du spectacle vivant : le public est libre de ses projections sur l’interprète !

 

Stéphanie d'Oustrac (Orphée) et Sabine Devieilhe (Eurydice) dans <i>Orphée et Eurydice</i> mis en scène par Romeo Castellucci à Bruxelles en 2014.  © B. Uhlig/La Monnaie

Plusieurs chanteuses chantent pieds nus et ce contact avec le sol semble important…

Lorsque je travaille chez moi de façon artisanale, je ne porte jamais de talons aiguille de 8 cm. Il faut savoir parfois mettre le chic de côté et penser à l’instrument. Le soutien devient bien plus évident lorsqu'on est en contact avec le sol. Mais tout est affaire de travail et je parviens maintenant à maîtriser cela en portant assez souvent des talons. Pour le rôle d'Ismène, je sais que je porterai une paire de talons pour ma deuxième apparition. Le but est donc de travailler le plus possible en les ayant aux pieds. Une fois que les chaussures sont un prolongement du corps, il n'y a plus de problème. En outre, un artiste doit savoir sortir de sa zone de confort sans pour autant se laisser imposer des excentricités ingérables. À propos de mon récital à la Salle Gaveau, quelqu'un a parlé de moi comme de "la chanteuse aux pieds nus", mais croyez bien qu'il n'y avait là rien de prémédité.… Il s'agissait juste de retrouver un peu de confort dans une situation assez tendue.

 

Frédéric Antoun (Gérald) et Sabine Devieilhe (Lakmé) dans <i>Lakmé</i> à l'Opéra Comique en 2014.  © Pierre Grosbois

Après Montpellier, l'Opéra Comique et Toulon, vous reprendrez Lakmé au mois de mars à Avignon. Aimez-vous particulièrement cet opéra ?

J'aime énormément Lakmé et j'aime ce rôle. Ce qui me relie à cet opéra est particulier dans la mesure où Lakmé a été ma première expérience de rôle de premier plan. C'est avec ce personnage que, pour la première fois, j'ai été autant exposée, mais aussi que j'ai joué une amoureuse. Avec son "Air des clochettes", où la tension dramatique est telle que le public est suspendu aux lèvres de l'interprète, cet opéra m'a permis de comprendre avec acuité ce qu'est le climax du temps d'une représentation. Je n'avais jamais éprouvé cette sensation avant cette prise de rôle à l'Opéra de Montpellier dans la mise en scène de Vincent Huguet. Depuis cette première Lakmé, chaque représentation, que ce soit à Montpellier, à l'Opéra Comique, à Toulon et je l'espère bientôt à Avignon, me permet de rencontrer davantage le public. C'est un opéra que j'adore pour cette raison mais aussi, tout simplement parce qu'il me touche. J'aime la musique de Léo Delibes et je suis passionnée par tout son travail d'orchestration que je trouve absolument magnifique

À l'Acte II, Nilakantha force Lakmé à chanter pour démasquer Gerald. Delibes créé une tension par une succession de transpositions qui donnent l'impression que la voix se tend de plus en plus, et même dangereusement. Effet de théâtre ou réalité ?

Au risque de vous décevoir, ce n'est que du théâtre mais surtout un exemple parfait de la magnifique maîtrise d'écriture de Delibes. Cette séquence qui exprime la tension entre le brahmane et Lakmé intervient en réalité dans un moment de relative détente, après l'"Air des clochettes", et elle dure assez peu de temps. Dans la mise en scène de Lilo Baur, le personnage d'Hadji me donne même discrètement un petit verre d'eau…

 

Paul Gay (Nilakantha) et Sabine Devieilhe (Lakmé) dans <i>Lakmé</i> mis en scène par Lilo Baur à l'Opéra Comique.  © Pierre Grosbois

La mise en scène de Lakmé que vous aviez jouée pour vos débuts dans ce rôle à Montpellier était-elle très différente de celle de Lilo Baur ?

La conception était très différente. L'intrigue était transposée dans l'Inde contemporaine. Un peu comme le traitement de la Reine de la Nuit par Robert Carsen, Vincent Huguet avait pris le parti de démythifier Lakmé. Dans sa mise en scène, elle était une jeune fille en plein éveil amoureux. Cette incarnation m'avait vraiment beaucoup plu. J'ai beaucoup apprécié ce travail avec Vincent.

 

Chiara Skerath (Rosalinde), Stéphane Degout (Gabriel von Eisenstein) et Sabine Devieilhe (Adèle) dans <i>La Chauve-Souris</i> à l'Opéra Comique en 2014.  © Pierre Grosbois

 

Sabine Devieilhe chante l'air de la Poupée des <i>Contes d'Hoffmann</i> lors de la soirée d'ouverture du Tricentenaire de l'Opéra Comique.  D.R.

Lakmé, puis La Chauve-Souris : vous entretenez un lien particulier avec l'Opéra Comique…

Pour moi, l'Opéra Comique c'est une équipe, un lieu, des loges… C'est sans doute dans cette maison d'opéra que j'ai eu le plus de plaisir à chanter. Je trouve dans ces murs une vraie famille et l'ambiance est telle que je me sens comme à la maison. Il y a du bois, une odeur, ça sent bon le travail. J'adore ce théâtre.

Quelle était l'ambiance dans les coulisses du Gala du Tricentenaire auquel vous participiez aux côtés de nombreux artistes ?

J'étais très heureuse d'avoir une loge à côté de celle de Julie Fuchs. Cela faisait plusieurs mois que nous ne nous étions pas vues et c'était une grande joie partagée de nous retrouver à cette occasion. Nous avions peu d'apparitions sur scène chacune et, dès que nous pouvions, nous nous retrouvions dans les loges… Durant cette soirée, une vraie émulation était palpable dans les coulisses et je crois pouvoir dire que nous étions tous très fiers d'être présents pour cet anniversaire. Toutes ces participations étaient orchestrées par Michel Fau qui avait mis un soin particulier à raconter finement l'histoire de l'institution. Sa trouvaille de fil rouge entre les séquences chantées était tout simplement géniale. Je regrette une seule chose : ne pas avoir pu voir la totalité du spectacle depuis la salle car c'était une très belle soirée.

En récital, vous collaborez souvent avec la pianiste Anne Le Bozec. Pouvez-vous nous parler de votre relation ?

C'est au Conservatoire de Paris que nous nous sommes rencontrées, et notre relation est rapidement devenue privilégiée. Je me prêtais alors au jeu du duo dans la classe de lied et mélodie dirigée par Anne et elle m’a rapidement proposé une première collaboration. Il s'agissait du rôle d'Iniold dans une version chambriste Pelléas et Mélisande dans le cadre du Festival Messiaen au Pays de la Meije. Cela faisait partie de mes premiers engagements et j'étais absolument ravie. Nous nous sommes retrouvées à la montagne, nous avons fait de la randonnée et nous avons réussi à aménager nos horaires à la fois pour découvrir Debussy ensemble et prendre l'air. Je suis rapidement tombée amoureuse de Pelléas et Mélisande par le biais du petit Iniold. Marc Mauillon chantait Pelléas et Didier Henry, le rôle de Golaud. La production était à la fois propice à l'expression de quelque chose de très touchant en même temps qu'elle était confortable. Cet aboutissement de la musique dans une réduction pour piano d'un opéra orchestré m'a énormément plu et Anne et moi avons très vite eu envie d'aller plus loin pour travailler ensemble sur le rapport de la voix et du piano… Nous avons ainsi monté plusieurs programmes de récitals. Le premier, que nous avons donné en concert de façon aboutie, était construit autour de la figure de Pauline Viardot et de ses amis, à la manière d'un moment dans son salon. Nous avons donné ce programme dans une version un peu plus étoffée avec le violoncelliste Alain Meunier au Musée de la vie romantique en mars 2015… Anne fait partie des grandes artistes de notre époque. Son jeu pianistique est d'une intelligence rare et je peux témoigner que son oreille est aussi sensible et musicale que le sont ses mains d’instrumentiste. C'est une personne infiniment précieuse à mes yeux.

 

Récital d’Anne Le Bozec et Sabine Devieilhe à l'Hôtel de La Monnaie, 30 juin 2015, dans le cadre du Festival Paris Mezzo.

Ce récital était construit autour de Pauline Viardot, votre dernier disque est consacré à Mozart et il est structuré sur les femmes de sa vie : les sœurs Weber. Vous vous appuyez volontiers sur l'Histoire pour construire un programme…

Je pense que la cohérence d'un propos constitue ce qui permet à un public d'avoir envie d'aller plus loin. Je suis convaincue que ce qui peut rebuter le public d'aujourd'hui, c'est précisément de ne pas disposer des éléments d'analyse nécessaires pour appréhender la musique. Tous les répertoires peuvent être accessibles pour peu que les gens puissent utiliser des clés de lecture basiques qui leur permettent d'entrer dans un univers.
De plus, ce qui me touche particulièrement en ce moment, c'est de partir du rôle de l'interprète car cela correspond aux questions que je me pose moi-même dans ma vie de femme et de musicienne. Ce lien qui existe entre compositeur et dédicataire me passionne. Avec Alexis Kossenko, pour mon premier disque, nous avions beaucoup travaillé sur le personnage de Marie Fel et sa relation avec la composition de Jean-Philippe Rameau. Pour le second album, qui est consacré à Mozart, nous sommes partis de la famille Weber dont trois sœurs ont été une source d'inspiration prolixe que l'on retrouve dans sa musique. Avec Anne Le Bozec, nous avons travaillé sur Pauline Viardot pour notre récital mais j'ai aussi interprété Cendrillon au Conservatoire avec ses élèves, un opéra qu'elle avait écrit pour ses jeunes étudiantes.
J'ai besoin de m'intéresser de façon la plus large possible à ce qui peut enrichir mon approche de la musique. De cette façon, je peux disposer d'un bagage culturel suffisant pour me sentir à l'aise dans mon rôle d'interprète. Le geste vocal pur ne m'intéresse pas. Par exemple, l'écriture virtuose de l'"Air des clochettes" n'offre d'intérêt que si elle intègre un projet artistique, une page tirée de l'histoire du colonialisme, ou nous parle d'un éveil amoureux. J'ai besoin de matériel pour nourrir mon travail. De plus je viens de la musicologie et de la contextualisation de l'Art. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je trouve cette démarche essentielle.

 

Sabine Devieilhe enregistre Mozart avec l'Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël Pichon.

Pour ce disque Mozart, vous êtes accompagnée par les musiciens de l'ensemble Pygmalion. Vous avez également enregistré avec eux la Köthener Trauermusik de Bach et Castor et Pollux pour Harmonia Mundi. Vous faites aussi des concerts… Avez-vous perçu une évolution dans cette collaboration ?

Nous avons tous à peu près le même âge et je crois que nous grandissons en même temps. Je reconnais qu'avoir pu ainsi m'attacher à une équipe comme celle de Pygmalion est une vraie chance. Une chance très rare, en vérité. Je passe ma vie à me présenter à de nouvelles personnes, mais lorsque j'arrive chez Pygmalion, les gens me connaissent. Du reste ce sont pour moi autant des amis que d'excellents musiciens. Il s'agit d'une relation de choix et j'en suis très heureuse. Le huis clos était indispensable pour l'enregistrement du disque, et ce partenariat était rêvé. J'étais là pour eux, ils étaient là pour moi, de telle sorte qu'enregistrer avec cet orchestre s'apparentait à un vrai travail de musique de chambre, ce qui m'a beaucoup aidé.

 

Sabine Devieilhe enregistre <i>Mozart - Les Sœurs Weber</> à Notre-Dame du Liban en janvier 2015.

Envisagez-vous d'enregistrer un jour les mélodies françaises que vous avez interprétées dans votre programme consacré à Pauline Viardot ?

Porter ce répertoire au disque est un désir évident, mais je souhaite l'accompagner d'une exigence toute particulière. Pour moi qui chante beaucoup l'opéra, il est difficile de garder du temps pour le récital. Mais je m'y emploie car j'ai besoin du récital pour m'épanouir et cela fait partie de mes centres d'intérêt. Dans un tel projet, Anne Le Bozec et moi souhaitons particulièrement chérir le travail sur le texte et sur la poésie. Or le temps nécessaire à la qualité que nous recherchons est incompressible. Par conséquent, le jour où je déciderai d'enregistrer de la mélodie française, j'aurai besoin d'avoir du temps et d'être absolument certaine de tout le programme. Pour le moment, je ne peux avancer aucune date mais j'enregistrerai sans aucun doute dans le futur un programme de salon rassemblant une sélection de poètes. Un tel projet fait partie d'une évidence pour les prochaines années.

 

Sabine Devieilhe (Nannetta) et Enea Scala (Fenton) dans <i>Falstaff</i> mis en scène par Jean-Louis Grinda à l'Opéra de Marseille en juin 2015.   © Christian Dresse

Comment le futur s'annonce-t-il ?

Sabine Devieilhe face au photographe Josep Molina.Je reviendrai le 11 avril au Théâtre des Champs-Élysées pour mes retrouvailles avec La Somnambule. Ce sera un bel événement car j'ai abordé cet opéra pour la première fois alors que j'étais toute jeune, avec Jean-Claude Malgoire. Je me réjouis d'autant plus à la perspective de ce concert qu'il va me permettre de travailler pour la première fois avec le ténor John Osborn.
Je retrouverai avec beaucoup de plaisir Emmanuelle Haïm début juillet au Théâtre de l'Archevêché, à Aix-en-Provence, dans un répertoire qu'elle connaît à la perfection. Ce sera Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Handel dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski.
Je peux aussi vous confier qu'un nouveau rôle se profile pour bientôt, celui de Zerbinette dans Ariane à Naxos. Dans cet opéra, Richard Strauss propose… une vocalité toute particulière qui constitue un vrai challenge technique. Ce rôle me passionne depuis longtemps. Au Conservatoire, je le sortais de mon cartable périodiquement, avant de le ranger en regrettant de devoir encore attendre. La perspective de 2017 me réjouit car le moment que j'attendais tant semble à portée de main.

Comment vous préparez-vous à un tel rôle ?

J'ai besoin à la fois de faire et de comprendre le geste. À la manière d'un artisan, je façonne mon instrument sur la partition. Puis je la laisse mûrir car seul le recul permet de saisir l'effet escompté par Strauss. Concernant Zerbinette, il s'agit de légèreté associée à un côté un peu désuet mais aguicheur. Si une intention vocale autre que cette légèreté et cette jeunesse vient s'immiscer dans l'approche, c'est raté. Finalement, c'est un peu comme avec la musique contemporaine : lorsqu'on ouvre une partition chargée de signes et d'indications, on panique, mais dès que le recul permet de prendre conscience de l'effet induit par un quart de ton placé dans un accord parfait, on perçoit le but du travail. Je pense que chez Strauss, un travail de cet ordre est nécessaire. Dès lors, en termes de temps, ce précieux recul demande de beaucoup travailler en amont. De plus, une attention extrême doit être portée sur la langue allemande, même si, étant davantage germanophone, cette perspective me semble plus facile que travailler sur un opéra italien. J'attends beaucoup de ce rendez-vous avec Zerbinette…



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 27 janvier 2016



Pour en savoir plus sur Sabine Devieilhe :
www.sabinedevieilhe.com

 

 

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