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Interview de Richard Galliano, accordéoniste

Richard Galliano.

 

En 2010, Richard Galliano nous étonnait avec un disque consacré à Bach. Entouré d'un quintet à cordes, son accordéon permettait une approche nouvelle de pages classiques connues, toujours défendues dans le plus grand respect de l'écriture. Trois ans après, le sextet se réunit à l'église Notre-Dame du Liban pour enregistrer un nouvel album classique sous label Deutsche Grammophon : ce sera Vivaldi, avec Les Quatre Saisons, mais aussi, une sélection originale d'arias d'opéras. Nous rencontrons Richard Galliano au moment de la sortie de ce nouveau disque porteur d'optimisme musical, d'énergie et de poésie…

 

 

Cliquer pour commander le CD de Richard Galliano consacré à Vivaldi…

Tutti-magazine : Trois ans après votre disque consacré à Bach, vous enregistrez un programme Vivaldi. Doit-on imaginer un pont entre ces deux disques ?

Richard Galliano : Tout à fait, mais entre ces deux disques il y a eu en 2011 un album hommage à Nino Rota à la croisée de la musique classique, de la musique de film et du jazz. Bien sûr, entre Bach et, aujourd'hui, Vivaldi, on peut voir un axe que je commence à construire.

Vous avez vous-même écrit les arrangements de ce disque. Pouvez-vous nous parler de ce travail ?

Pour le programme Bach, j'ai joué les partitions originales, qu'elles soient écrites pour violon, pour clavier ou flûte. Pour Vivaldi, mon approche était la même, à ceci près que j'ai adapté la musique, plutôt d'ailleurs en utilisant la gomme que le crayon. J'ai par exemple supprimé les parties de clavecin aux harmonies particulièrement évidentes, mais il m'arrive de les reprendre à la main gauche sur l'accordéon. L'écriture entre la partie soliste et la basse continuo est tellement aboutie que je n'ai pas cru bon de rajouter des accords pour combler des vides. Il m'a semblé préférable de jouer avec l'espace et la magnifique résonance de l'église Notre-Dame du Liban où nous avons enregistré.

 

 

Richard Galliano et son quintet à cordes enregistrent l'album <i>Vivaldi</i> à Notre-Dame du Liban en juin 2012.

Quels tempi avez-vous adoptés pour Les Quatre Saisons ?

C'est effectivement un point crucial quoiqu'on joue, et je me suis référé à la danse et au scénario écrit par Vivaldi pour son programme. Et, avec mon expérience, je me suis également inspiré des saisons de la vie qui s'expriment à travers cette musique.Enregistrement de l'album <i>Vivaldi</i> à Notre-Dame du Liban en juin 2012.

Comment se sont déroulées les sessions d'enregistrement à Notre-Dame du Liban en juin 2012 ?

Je dois dire que l'enregistrement s'est bien déroulé et nous l'avons finalisé, comme le Bach, en 3 jours, malgré un retour assez chaotique d'un concert à Leipzig car mon agent avait oublié que mon quintet et moi devions enregistrer ! Dans une église l'accordéon fonctionne aussi bien que l'orgue. Lorsqu'on lance des aigus, on a l'impression que les notes font le tour de l'édifice. J'avais déjà enregistré mon disque Bach à Notre-Dame du Liban et je trouvais le résultat acoustique particulièrement satisfaisant. Il me semblait cohérent de conserver la même structure de son pour Vivaldi.

Trois jours pour l'enregistrement, cela vous convient-il ?

Je fais beaucoup de scène et cela doit expliquer que je n'aime pas trop m'installer en studio et refaire les choses. Parfois, il m'arrive de préférer laisser quelques légers défauts plutôt que de les gommer en même temps que l'émotion présente. Bien sûr, je ne parle pas d'erreurs de notes mais plus de petites hésitations ou tensions qui, en fin de compte, apportent de la vie à une interprétation. De la même façon, pour ce programme Vivaldi, il n'y a pas eu à proprement parler de travail de mixage car la prise de son était parfaite.

Avec quel ingénieur du son avez-vous travaillé ?

J'ai fait appel aux ingénieurs du son de La Buissonne, Nicolas Baillard, Gérard de Haro et Emmanuel Pincemin. Ils sont assez spécialisés dans le jazz et j'avais beaucoup aimé travailler avec eux sur mon dernier disque consacré à Nino Rota. Pour Vivaldi, je tenais à une sonorité acoustique comme celle du jazz.

 

Enregistrement des <i>Quatre Saisons</i> de Vivaldi par Richard Galliano et son quintet à cordes à Notre-Dame du Liban en juin 2012.

Pouvez-vous nous parler du quintet à cordes qui vous accompagne ?

Richard Galliano et Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon) : bonne humeur pendant l'enregistrement de l'album <i>Vivaldi</i> en juin 2012 à Notre-Dame du Liban.Ce quintet constitue un écrin très important pour mon accordéon car, avec un grand orchestre à cordes ou un orchestre symphonique, l'instrument serait noyé. Tout a commencé par une rencontre avec Jean-Marc Phillips-Varjabédian il y a une quinzaine d'années, à l'occasion d'un enregistrement de musique du compositeur Daniel Goyone. Daniel avait écrit des choses très délicates dans l'aigu de l'accordéon à l'unisson avec le violon et j'ai été quasiment subjugué par la précision avec laquelle Jean-Marc a réussi à se coller au son de mon instrument. En quelque sorte, notre histoire a commencé par un unisson ! Après le décès d'Astor Piazzolla duquel j'étais très proche, Jean-Marc, qui était aussi très sensible à sa musique en tant que violoniste classique, a eu l'idée d'un hommage. Dans un premier temps, il m'a invité à jouer avec son orchestre de chambre et le projet a été monté avec cette formation. Mais, dès le premier concert, nous avons réalisé qu'un tel orchestre était impossible à faire tourner en raison du coût, et la forme quintet s'est imposée. Jean-Marc m'a alors proposé des musiciens que je ne connaissais pas et qui se sont montrés très ouverts à toutes formes de musiques. Autour de Jean-Marc au premier violon, il y avait Sébastien Surel au second violon, Jean-Marc Apap à l'alto, Henri Demarquette, qui était notre premier violoncelliste et qui est aujourd'hui remplacé par Éric Levionnois, et Stéphane Logerot à la contrebasse. Nous nous sommes tous réunis autour de la table avec les arrangements de la musique de Piazzolla que je venais de terminer - l'encre n'était pas encore sèche - et, après très peu de répétitions, nous donnions notre premier concert aux Bouffes du Nord, prélude à environ 400 concerts, un disque et un DVD*.
Cliquer pour lire la critique du DD+DVD de Richard Galliano consacré à Bach…Alors, bien sûr, quand le projet Bach est survenu, et plus tard, le disque Vivaldi, il m'a semblé évident de le construire avec ces musiciens que je connais si bien musicalement et humainement parlant. Je pense d'ailleurs que cette relation est faite pour continuer car nous nous apprécions et, à l'écoute de l'album Vivaldi, je me dis que quelque chose se passe non seulement sur le plan musical mais aussi humain.
* Piazzolla Forever, paru chez Dreyfus.

Indépendamment de l'aspect budgétaire, le son du quintet à cordes vous satisfait-il pleinement ?

Je vais vous confier qu'il m'est arrivé assez souvent de jouer avec des formations de 25 cordes et de devoir constater qu'elles dégageaient dix fois moins de son que le quintet avec lequel je tourne. Mais le contraire est vrai aussi : je viens de jouer avec l'orchestre de Novosibirsk au Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Ils sont 25 musiciens et dégagent la puissance de cinq quintets comme le mien !

Lorsque vous avez préparé Les Quatre Saisons, vous avez écouté de nombreux enregistrements…

Lorsqu'on m'a proposé d'enregistrer Les Quatre Saisons, j'ai un peu hésité et certaines personnes me dissuadaient de le faire en raison de sa très grande popularité. Or, je pense que ce genre de popularité n'enlève rien à la valeur d'une œuvre. J'ai donc accepté cette proposition et, quand je suis rentré dans ces Quatre Saisons, j'ai éprouvé la curiosité d'écouter un maximum de versions enregistrées, depuis celle d'Herbert Von Karajan avec un grand orchestre et des tempi très installés à celle de Gidon Kremer… Celle qui a réellement retenu mon attention est celle de Giuliano Carmignola. Puis, alors que nous étions avec le quintet à Riga pour un concert nous avons fait un essai. C'est là que j'ai réalisé la difficulté de jouer cette œuvre à l'accordéon et le travail qui m'attendait ! Du reste, les passages de vélocité difficiles au violon sont de la même façon difficiles à l'accordéon. D'un point de vue technique et musical, jouer les Quatre Saisons de Vivaldi m'a beaucoup apporté. J'ai tout d'abord voulu tout jouer à l'octave grave afin de ne pas empiéter sur le terrain du violon et me rapprocher de l'orgue, mais j'ai compris que l'écriture n'avait été pensée dans cet esprit. J'ai donc pris le parti de conserver la tessiture du violon sans l'imiter, même s'il arrive que les sonorités forment deux voix à l'unisson. Le son de l'accordéon est produit par deux lamelles qui vibrent et non une corde, comme pour le violon, mais il n'y pas tant de différences que cela…Le fidèle accordéon de Richard Galliano.

Vous dites que la maturité vous pousse à chercher l'épure. Comment pouvez-vous définir la manière dont vous jouez aujourd'hui ?

Lorsque j'étais jeune, je faisais des adaptations classiques avec une tendance à tout vouloir faire tout seul - le soliste, l'orchestre et l'accompagnement -, comme le font encore certains accordéonistes des pays de l'Est et certains virtuoses russes qui jouent du reste divinement bien mais. En ce qui me concerne, j'ai vraiment réalisé que pour jouer de la musique classique, il est absolument nécessaire de placer l'accordéon dans un écrin classique, qu'il soit quintette à cordes ou à vents. Sans cela, l'instrument sonne comme dans un contexte "musette". J'ai fait la même expérience lorsque j'ai enregistré From Billie Holiday to Edith Piaf avec le Wynton Marsalis Quintet : le fait que l'accordéon soit intégré à un cadre acoustique typiquement jazz et très peu sonorisé donne à l'instrument une coloration jazz. Si je joue seul, il me devient bien plus difficile d'aller dans une direction jazz. Et c'est la même chose avec la musique classique, même si j'ai l'habitude de surfer sur les styles musicaux durant mes concerts en solo.
Le côté épuré est plutôt exprimé dans les mouvements lents, comme le Largo e pianissimo du Concerto no. 1 - Le Printemps. Là où les violonistes apportent pas mal de vibrato, où les musiciens baroques ajoutent des ornementations, j'ai pris le pari de la sobriété et des notes pures en utilisant le même son que lorsque j'accompagnais Barbara, par exemple : des sons très effilés et assez suspendus, là ou l'accordéon et le bandonéon sont susceptibles de déclencher des émotions profondes. Bien sûr cette recherche du son épuré n'est pas attachée à la musique classique mais à tous les styles de musique que je peux aborder. Quoi qu'il en soit, je pense que la première qualité d'un musicien est celle du son et de la recherche sonore à laquelle il se livre, que ce soit dans le classique ou dans le jazz. Prenez John Coltrane, par exemple, il produit des phrases savantes et magnifiques. Mais ce qui me touche le plus, comme avec Bill Evans, c'est l'identité de leur son que je parviens à reconnaître dès qu'ils se mettent à jouer. C'est exactement la même chose pour la musique classique.

 

De gauche à droite : Stéphane Logerot, Yann Ollivier, Richard Galliano, Sébastien Surel et Jean-Marc Phillips-Varjabédian.

 

Sébastien Surel, Jean-Marc Apap et Stéphane Logerot, pendant l'enregistrement.

Dans le domaine du jazz, cette optique n'est pas forcément celle de tous les musiciens…

Il est vrai que cela peut me mettre un peu en conflit vis-à-vis de musiciens qui, dans le jazz ou dans un autre style, travaillent avec une sonorisation importante, qui ont besoin de monitors ou jouent avec des cellules électriques. Dans le jazz, de nombreux violonistes utilisent ces artifices, y compris des gens de talent comme Didier Lockwood et même Jean-Luc Ponty. Je pense qu'ils perdent quelque chose en jouant sur des instruments électriques. Bien sûr, j'apprécie les instruments électroacoustiques comme les guitares jazz de Wes Montgomery ou Jim Hall qui se situent entre l'acoustique et l'électrique.

Est-ce dans cet axe d'épure que vous interprétez un aria d'Arsilda accompagné uniquement par Stéphane Logerot à la contrebasse ?

Il y a de nombreuses années, en écoutant un disque de deux accordéonistes américains et un contrebassiste, j'avais noté à quel point ce mariage aboutissait à un son orchestral. En ce qui me concerne, je joue depuis 50 ans sur un accordéon italien Fisarmonica, et les graves que je peux produire ne descendent pas plus bas que ceux d'un violoncelle. La mode est actuellement au bayan russe, qui est enseigné au Conservatoire de Paris, et qui peut produire des basses très profondes au point de faire vibrer la main droite. Pour moi, ce n'est pas idéal, et je préfère accompagner mon accordéon du son d'un bassiste ou d'un violoncelliste. Je joue ainsi assez souvent en concert avec Henri Demarquette et je trouve que l'alchimie de nos deux instruments aboutit à un son très plein auquel il ne manque rien. Le son de l'accordéon enrichit celui du violoncelle, et réciproquement.Richard Galliano parle de son disque <i>Vivaldi</i>.

Dans l'Allegro non molto de l'Hiver, vous avez utilisé le clapet d'air de votre accordéon pour imiter le bruit du vent. Avez-vous géré ce souffle comme un son ?

Ce clapet d'air sert à enfler l'instrument ou à le vider sans actionner les touches. Le son que produit l'air peut être comparé à un bruit blanc en électronique. Il est possible de moduler ce son grâce au soufflet, comme le ferait un archet sur un violon et, avec des nuances et des decrescendi, on se rapproche du bruit du vent. Lorsque nous avons débuté l'enregistrement, j'ai tenté de doubler les cordes mais l'unisson obtenu ne me convainquait pas. J'ai alors essayé d'utiliser le souffle en suivant la partition et je suis assez satisfait de cette espèce de frisson qui débute le mouvement.

Pour cet enregistrement vous dites ne pas avoir cherché à estomper le bruit des touches de votre accordéon. Est-ce un souci auquel vous avez été confronté par le passé ?

À une certaine époque je faisais beaucoup d'enregistrements en studio et il m'arrivait de tomber sur des ingénieurs du son qui m'expliquaient qu'ils allaient moduler le son pour supprimer le bruit de touches… Je devais alors leur expliquer que cette percussion fait partie de l'instrument, comme le glissé sur les cordes de guitares ou le crin de l'archet d'un instrument à cordes qui génère son propre bruit, voire l'aigu d'un piano qui laisse entendre le bruit des marteaux. Mon accordéon est un instrument d'un certain âge et il est tout à fait normal que le son qu'il produit intègre également certains bruits. Si l'on veut supprimer l'identité d'un instrument, autant utiliser un synthétiseur, quoiqu'on parvienne aujourd'hui à simuler aussi ce genre de défauts. Le léger bruit des touches de mon accordéon peut faire par ailleurs penser à des pas sur la neige et de la glace qui se brise et cela apporte une touche que je trouve assez poétique…

Les Quatre Saisons est la pièce maîtresse de votre disque, mais vous proposez également quatre arias tirés de deux opéras de Vivaldi. Comment avez-vous fait ce choix ?

J'avais entendu la magnifique version de "Vedrò, con mio dilletto" d'Il Giustino par Philippe Jaroussky et je tenais absolument à jouer cet aria. Ensuite, j'ai tout simplement fréquenté la librairie musicale Madrel à Nice où j'ai pu trouver une littérature importante que j'ai jouée au piano pour me faire une idée en étant attentif à ce qui pourrait bien sonner à l'accordéon. Le choix a été assez facile à faire en raison des airs qui s'imposaient par leur extrême qualité. Il y a dans les arias de Vivaldi un côté "chanson" que j'apprécie beaucoup chez les compositeurs, y compris plus modernes, comme Leonard Bernstein. Certains compositeurs de symphonies se sont parfois cassé le nez lorsqu'ils ont voulu écrire une chanson. Charles Trénet ou Serge Gainsbourg avaient un don pour cela qui est loin d'être courant. La chanson peut en outre allier parfaitement la mélodie à la poésie, et cela m'intéresse beaucoup. C'est incontestablement cette sensibilité qui m'a guidé dans la sélection d'arias de Vivaldi.Richard Galliano (accordina) Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon).

Dans l'aria "Vedrò con mio diletto" extrait de Il Giustino, l'accordéon est remplacé par l'accordina. Quel contraste apporte cet instrument ?

J'ai beaucoup joué de trombone et, lorsque je prends l'accordina, mon phrasé est naturel. Lorsque j'ai commencé à utiliser l'accordina, j'avais d'ailleurs tendance à souffler trop fort et à casser des notes… Pour les mélodies, je trouve l'accordina encore plus sensible que l'accordéon qui me fait davantage penser à l'harmonica. Lorsqu'il s'agit de faire vivre une note jouée d'un seul doigt avec une volonté de pureté, il est plus facile d'utiliser mon propre souffle qu'un soufflet. La respiration oblige également à penser à la phrase musicale, chose que les pianistes oublient parfois car ils n'ont pas besoin de respirer pour alimenter en air leur instrument. Un bon interprète se mesure, entre autres, à la qualité de sa respiration car on la sent dans ce qu'il exprime, qu'il soit guitariste ou organiste. Je me souviens d'avoir demandé un jour à Michel Portal s'il avait déjà fumé, et il m'a répondu que "oui" mais qu'il avait tout de suite arrêté lorsqu'il avait constaté qu'il ne pouvait plus produire certaines phrases musicales par manque de souffle. Pour lui, comme pour moi et tout musicien, la respiration est capitale.

Votre interprétation de Vivaldi démontre une utilisation très contrôlée du vibrato. Pouvez-vous nous expliquer comment vous le gérez ?

Dès que l'on oscille le soufflet de l'accordéon, le son bouge et c'est de cette façon que l'on crée ce vibrato. Il est différent de celui d'un instrument à cordes où le jeu du doigt fait varier légèrement la note plus bas et plus haut. Il s'agit plutôt ici d'une variation de l'intensité du son qui se rapproche du tremblement. On peut le faire très serré, ou très large. Dans Bach ou Vivaldi je me garde bien d'appliquer une vibration trop importante, un peu à la manière des musiciens baroques. De plus, contrairement au son "musette" de l'accordéon qui nécessite de désaccorder deux ou trois lames comme ce qu'on applique à certaines touches pour le piano bastringue, toutes les lames de mon instrument sont justes. De fait, si je m'abstiens de provoquer un vibrato, j'obtiens des sons très purs, très droits. C'est ce qui caractérise d'ailleurs ma manière de jouer en général. Je préfère les sons étirés…Visuel retenu pour la couverture du disque.  Photo : Vincent Catala

La pochette de votre disque vous présente avec votre accordéon devant la mer. Pourquoi avez-vous choisi cette photo ?

Je me suis arrêté de tourner entre décembre et janvier et je me trouvais à Nice. Le photographe Vincent Catala m'a rejoint et nous avons tout d'abord fait une séance de photos à l'Opéra de Nice. L'équipe a construit une sorte de mise en scène avec de très beaux fauteuils rouges dans le foyer et nous avons passé là beaucoup de temps en raison de la lumière que le photographe voulait obtenir. À tel point que j'ai eu du mal à me concentrer sur la durée. Mais, juste avant son départ, j'ai pensé qu'il ne fallait pas manquer de faire quelques photos devant la mer. Il n'avait plus que dix minutes pour prendre un ou deux clichés… Finalement j'ai préféré ce cadre pour la pochette du disque. La mer de Nice pourrait d'ailleurs être n'importe quelle autre mer. Cela ne faisait pas l'unanimité chez Deutsche Grammophon, mais je trouvais les photos faites à l'Opéra trop classieuses, trop marquées, et je préférais proposer quelque chose de plus intemporel. Sur une double page du livret du disque, il y a une photo que je trouve cependant très belle : je suis photographié dans la salle de l'Opéra avec une enfilade de balcons que je trouve assez intéressante. Elle a aussi été prise au dernier moment. Au final, j'ai choisi les photos qui me semblaient les plus spontanées.

Pour l'achat de votre album en pré-commande sur iTunes, on a droit en piste supplémentaire à un aria tiré de l'opéra Ottone in Villa. Avez-vous enregistré plusieurs arias qui ne sont pas sur le disque ?

J'ai effectivement enregistré d'autres pièces, dont l'Adagio du Concerto pour hautbois d'Alessandro Marcello, un duo avec Stéphane Logerot à la contrebasse, du Haëndel et cet aria tiré de Ottone in Villa que je joue à l'accordina. Au départ, je pensais proposer un patchwork de compositeurs… Je dois dire que ce disque est vraiment mon bébé car j'ai tout supervisé, de la direction artistique à celle des séances, et j'ai tenu à choisir moi-même les prises qui devaient être retenues au montage. Mais, pour le choix de morceaux, j'ai lâché prise. Le fait est qu'il arrive un moment où l'on n'a plus assez de recul pour ce genre de décisions. Nous nous sommes retrouvés avec trop de morceaux. Yann Ollivier et son équipe m'ont alors conseillé de me limiter à Vivaldi et m'ont proposé un certain ordre de pistes. Les autres pièces pourront être utilisées plus tard pour un autre disque. Cet album Vivaldi est assez condensé puisqu'il fait moins de 50', mais avec le recul et les oreilles du mélomane que je suis redevenu au regard de ce projet, je me dis sans orgueil que je suis content de l'avoir mené à bien et, surtout, sans trahir le compositeur.

Vous avez craint un moment que l'on vous accuse de trahison ?

Lorsque le disque consacré à Nino Rota est sorti, certains critiques de jazz m'ont reproché de me situer trop près de l'original et de ne pas m'être suffisamment éloigné des modèles. Mais lorsque je joue, que ce soit du Piazzolla ou du Rota, je veux avoir le sentiment que le compositeur est là, derrière moi, et me tape sur l'épaule en me disant que j'ai fait du bon travail. Avec sa propre musique, on peut se permettre ce qu'on veut, mais avec celle des autres il est important de ne pas trahir le compositeur. Prenez les harmonies composées par Gershwin pour certaines mélodies ; il arrive souvent qu'on modifie complètement ce qu'a écrit le compositeur afin de rendre les arrangements plus modernes. J'ai le sentiment que ce n'est pas quelque chose à faire.

 

Richard Galliano photographié dans la salle de l'Opéra de Nice par Vincent Catala.  D.R.

Vous serez en concert le 22 mai à l'église Saint-Eustache. Quel programme allez-vous proposer ?

Nous jouerons ce que j'appelle les "Huit Saisons", en proposant à la fois les Quatre Saisons de Vivaldi et celles d'Astor Piazzolla. Je ne me vois pas trop faire un concert purement classique car mon instrument appartient à plusieurs genres et je me sens bien plus à l'aise quand je peux m'exprimer à travers cette diversité de musiques. Nous commencerons donc par jouer les trois premiers mouvements de chaque concerto de Vivaldi et nous enchaînerons avec la pièce de Piazzolla en guise de quatrième mouvement. Par exemple, le Concerto no. 1 - Le Printemps de Vivaldi, sera enchaîné avec Primavera Porteña de Piazzolla. J'ai déjà essayé ces juxtapositions en faisant des montages et elles fonctionnent plutôt bien, d'autant que l'instrumentation est identique. De plus, Piazzolla, avec ses Quatre Saisons, a été lui-même très influencé par la musique de Vivaldi. On y retrouve un peu la même énergie, le même intérêt pour les thèmes puissants, comme des refrains ou les riffs en jazz, et ce sentiment de n'être jamais installé car le calme précède toujours une tempête. Cela correspond parfaitement au Piazzolla que je connaissais et qui était un homme bouillonnant. Pour ce concert, je pense du reste jouer aussi son Libertango et retrouver ainsi ma propre ligne d'interprète ouvert à plusieurs courants musicaux.Séance photo pour Richard Galliano à l'Opéra de Nice.  Photo : Vincent Catala

Pensez-vous emmener votre Vivaldi en tournée ?

Pour le moment nous n'avons pas encore programmé un grand nombre de concerts. Mais il faut attendre la sortie du disque pour que, à la fois le public et les organisateurs de concerts, puissent imaginer ce que peut donner Vivaldi à l'accordéon avec un quintet à cordes. Nous savons déjà que nous serons présents au Festival de Ravello près de Naples. Quoi qu'il en soit je me réjouis vraiment de jouer sur scène Vivaldi et Piazzolla et j'espère que ce programme pourra réunir différents publics autour d'une musique destinée à les toucher spontanément…

Peut-on déjà imaginer un autre disque classique à l'accordéon ?

Ce n'est pas impossible, mais pas dans l'immédiat. Pourquoi pas, d'ailleurs, les Valses de Chopin que je travaille pour moi et que j'ai énormément de plaisir à jouer. De toute façon il faudra que Chopin soit d'accord ! J'enregistrerai d'abord un disque de jazz aux États-Unis. De toute façon, je ne tiens pas à m'orienter dans un axe musical trop particulier. Cela tient à la nature de mon instrument qui appartient à de nombreux univers musicaux différents…



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 28 mars 2013

Pour en savoir plus sur Richard Galliano :
www.richardgalliano.com

 

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