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Interview de Paul Beynet, pianiste

Paul Beynet.  © www.blancetnoir.comCertains jeunes musiciens trouvent leur équilibre dans une expression multiple. Tel est le cas du pianiste Paul Beynet, dont l'actualité et les projets tendent à répondre à ses envies de musique : Pentagramme, un disque qu'il a enregistré avec Édouard Ferlet pour le label 1001 Notes lui permet une incursion réussie dans le jazz et l'improvisation ; une résidence au Théâtre Impérial de Compiègne pour les deux prochaines saisons le rapproche de ses amis chanteurs et musiciens pour des récitals chambristes innovants ; au côté de la mezzo-soprano Maria Mirante, Piano Royal le place à la croisée du répertoire classique et des films de James Bond … Paul Beynet, dans cet entretien, nous dit ce qui le relie à la musique et aux rencontres humaines qu'il privilégie avec autant de passion que les notes…

 

Pour le lancement de leur disque "Pentagramme", Paul Beynet et Édouard Ferlet seront en concert le jeudi 20 octobre à 20h30 à La Marbrerie - 21 rue Alexis Lepere, 93100 Montreuil — Réservations ICI

Tutti-magazine : Parlez-nous de votre rencontre avec le pianiste de jazz et compositeur Édouard Ferlet ?

Paul Beynet : Cette rencontre n'était en rien préméditée, et je la dois au Festival 1001 Notes. Ce festival est basé dans le Limousin, la région dont je suis originaire et, un an auparavant, Albin De La Tour, son Directeur artistique, m'avait invité en tant qu'artiste de la région. J'ai ainsi ouvert un récital avec une quinzaine de minutes de musique. Tout s'est bien passé, et Albin m'a rappelé quelques mois après pour me proposer de participer à l'enregistrement d'un disque avec le pianiste de jazz Édouard Ferlet. J'étais très intéressé et j'ai tout de suite répondu "oui". Plus jeune, j'avais un peu pratiqué le jazz mais, surtout, j'ai toujours souhaité ne pas me cantonner à une expression soliste ou à la musique de chambre. Ce projet m'était présenté avec beaucoup de conviction, de passion et de cœur, et il m'a tout de suite parlé…
Je ne connaissais pas du tout Édouard et ne l'avais jamais entendu. Nous avons fait connaissance chez lui autour d'un café puis, lorsque nous nous sommes retrouvés au sous-sol devant le piano, il m'a demandé : "Que travailles-tu en ce moment ? Que peux-tu me jouer ?". Je lui ai joué le 2e mouvement de la Sonate no. 7 de Prokofiev. Il la connaissait pour l'avoir travaillée et l'a jouée en me demandant d'improviser parallèlement comme il venait de le faire lui-même. J'étais assez anxieux, mais ça s'est tout de suite bien passé, très naturellement. Je crois que la confiance était déjà partagée à ce stade de notre relation… Édouard a transmis ses impressions à Albin De La Tour, et le projet était lancé. Nous avons commencé à travailler dans la perspective du concert du 26 janvier à l'Opéra de Limoges, puis pour l'enregistrement du CD qui allait suivre le mois suivant, avec le même programme. Tout est allé très vite.

 

Paul Beynet et Édouard Ferlet : <i>Pentagramme</i> à l'Opéra de Limoges.  © Laurent Bugnet

Quel est le concept de "Pentagramme" ?

Paul Beynet et Édouard Ferlet en concert à l'Opéra de Limoges.  © Laurent BugnetIl consiste en plusieurs axes. Tout d'abord, au-delà du titre, Pentagramme réunit deux artistes de génération différente, et donc d'expérience différente et de genre différent - un jazzman et un pianiste classique. Ensuite, on connaît l'attachement d'Édouard Ferlet à la musique classique, et en particulier à celle de Bach. Il l'a déjà explorée en solo, mais aussi avec la claveciniste Violaine Cochard. Il s'agissait donc d'emprunter une autre direction, à la fois pointue sur le plan artistique, mais aussi abordable. La musique russe s'y prêtait extrêmement bien. De plus, sans en jouer tous les jours, c'est une musique qui me parle.
Toutes les pièces du programme sont des arrangements et des compositions d'Édouard Ferlet. Néanmoins, ce que j'ai beaucoup apprécié, Édouard m'a poussé à aussi m'impliquer dans le projet en composant. Jusque-là j'avais réalisé des arrangements mais je n'avais jamais composé. Alors je me suis lancé et j'ai choisi de travailler sur la Vocalise de Rachmaninov que j'adore, et j'ai écrit Vocalyre qui figure sur le disque.

Dans son texte de présentation, Édouard Ferlet parle de passerelle générationnelle pour définir votre collaboration. L'avez-vous vécue ainsi ?

Je considère Édouard bien plus comme un "pote" et je vous assure qu'à aucun moment je n'ai senti une quelconque hiérarchie entre-nous. Édouard fait partie de ces musiciens qui se remettent volontiers en question et qui travaillent beaucoup. Sa sensibilité et son humilité par rapport à ce qu'il crée sont extraordinaires. Dès notre première rencontre autour du piano, Édouard m'a tout de suite dit qu'il envisageait ce projet comme un travail en commun pour la musique et qu'il nous considérait comme deux collègues de valeur égale. De fait, le prétexte invoqué par le Festival 1001 Notes du "maître et de l'élève" n'a constitué qu'une occasion pour nous rencontrer. Grâce à Édouard, je me suis senti immédiatement intégré à une démarche commune. De telle sorte que, si je reconnais qu'Édouard m'a beaucoup apporté, je crois savoir qu'il pense la même chose à mon égard. Lorsque nous nous mettions au piano pour travailler, c'était comme si nous avions tous les deux 15 ans. Cette manière d'aborder les choses m'a plu énormément. De telle sorte que je ne me suis jamais senti bloqué lorsque je jouais, et même, Édouard m'a toujours incité à aller plus loin.

 

Édouard Ferlet et Paul Beynet jouent le programme <i>Pentagramme</i> le 26 janvier 2016 à l'Opéra de Limoges.  © Laurent Bugnet

Les compositions d'Édouard Ferlet laissent une place à l'improvisation. Est-ce une liberté que vous aviez déjà expérimentée par le passé ?

J'avais déjà touché à une forme d'improvisation mais jamais à haut niveau. Édouard a essayé de faire en sorte que je ne sois pas retenu par des a priori et de me rendre extrêmement à l'aise. De telle sorte que j'ai trouvé l'improvisation assez libératrice. Dans mon esprit, improviser, c'est créer. Or, lorsqu'un pianiste joue une œuvre classique, son intention devrait être de la créer. Bien sûr, il s'agit d'absolu car l'interprète doit gérer énormément de contraintes et de difficultés. Mais l'idée d'improviser est une sorte de retour aux sources. L'improvisation permet en outre un apprentissage sur soi nécessaire pour tout musicien. Elle apporte même quelque chose d'essentiel. C'est vraiment une école formidable pour jouer du piano ou tout autre instrument.

 

Paul Beynet.  © www.blancetnoir.com

Auriez-vous l'envie d'improviser un jour une cadence ?

Je vous réponds "oui" tout de suite ! Si l'improvisation présente une part de prise de risques, j'ai découvert au côté d'Édouard que me mettre en situation d'improvisation me plongeait dans une sorte d'état second. La concentration est pourtant bien là car il s'agit de réussir quelque chose mais, parallèlement, il faut être détaché du but. En restant dans le désir de réaliser, l'objectif prend le pas sur le reste et on perd la fluidité du jeu. Lorsqu'on improvise, on se laisse légèrement aller, ce qui permet une approche bien plus riche. Lorsqu'un soliste contemporain de Mozart improvisait une cadence, riche de son bagage culturel et stylistique, il devait sans doute se trouver dans un état similaire. L'improvisation permet aussi un contact avec une salle, avec un public. Lorsque je joue une pièce classique, j'ai conscience ne pas l'interpréter deux fois de la même façon. De même, deux improvisations sur le même thème diffèrent forcément. Pour moi, cela est intimement lié.

Votre travail avec Édouard Ferlet semble vous avoir enrichi également dans votre expression purement classique…

J'en suis persuadé, et non seulement lorsque je joue en concert, mais aussi dans mon approche du travail personnel. Il existe mille façons de jouer du piano et mille façons de voir la musique. Certains pianistes sont plus dans l'analyse comme Christian Zacharias, et d'autres davantage dans le ressenti, comme Arturo Benedetti Michelangeli qui est l'exemple par excellence du pianiste intuitif. Et je n'émets là aucun jugement de valeur car j'aime ces deux pianistes tout autant. Je trouve que l'improvisation se rattache à ces deux approches car elle permet de répondre au désir du moment tout en étant nécessairement reliée à une culture musicale et à une réflexion portée sur ce qu'on souhaite réaliser. Pour aller plus loin, je ne vous cache pas que j'ai toujours été admiratif de certains pianistes de jazz, tel Michel Petrucciani, qui improvisait prodigieusement bien tout en ayant un son de piano que je trouve classique.
En fin de compte, j'ai le sentiment que l'improvisation peut exister partout et que le jazz n'est pour moi, avec Pentagramme, que le prétexte qui me pousse à improviser et à prolonger l'apprentissage que j'avais commencé à aborder à l'adolescence.

Dans la pièce d'ouverture de l'album, "Riposte", s'exprime d'entrée de jeu une rythmique très obsessionnelle. Représente-t-elle une gageure au niveau de l'énergie ?

Quoi qu'il joue, le pianiste n'est jamais dans le confort, mais cette pièce est effectivement très énergivore. "Riposte" nous a demandé beaucoup de travail, non tant pour la mise en place que pour sentir cette énergie commune. Ce n'est pas pour rien que nous avons placé cette pièce en première position lorsque nous avons réfléchi à l'ordre des pistes du CD, car elle marque d'emblée une très forte intention et une énergie presque animale. De même, à la fin, le motif qui se répète et monte en crescendo crée une unité difficile à situer entre le classique et le jazz. En concert, nous avions commencé par la Sonate no. 3 de Prokofiev et "Riposte" devait être placé en milieu de programme. Pour le CD, commencer par une pièce maîtresse de notre album était important.Paul Beynet, Édouard Ferlet et l'ingénieur du son Joachim Olaya pendant l'enregistrement de <i>Pentagramme</i> pour le label 1001 Notes, en février 2016.  D.R.

À l'inverse, dans une pièce comme "Oppidum", la puissance est très contrôlée, et même retenue. Les rapports de dynamiques entre les deux pianos ont-ils été faciles à mettre en place ?

Dans cette pièce, Édouard et moi devons être en place à la double-croche près, et parvenir à cette cohésion a été très difficile. Ceci dit, nous n'avons pas travaillé cette pièce exactement de la même façon pour le concert et pour le disque, lequel contient davantage d'éléments. Ce que nous avons réalisé pendant l'enregistrement s'apparente à un travail de dentelle et de précision en étroite collaboration entre les deux pianos. Et croyez-moi, ni Édouard ni Joachim Olaya, notre ingénieur du son et notre mixeur, n'ont lâché quoi que ce soit. Ce morceau est celui qui a demandé le plus de travail de montage. Mais, pour Édouard et moi, "Oppidum" nous a permis de développer une vraie qualité d'écoute. Pour moi qui ne suis pas un professionnel du jazz, cela représentait un défi colossal. Je suis certain que l'enregistrement de cette pièce nous a fait évoluer sur le plan du duo, de la complicité intuitive et des réflexes.

Votre nom est souvent associé à des chanteurs et des instrumentistes avec lesquels vous avez monté ce que vous appelez des "partenariats forts" : Enguerrand de Hys, Romain Dayez, Maria Mirante, Élodie Roudet et Oswald Sallaberger. Quelle est la base d'un partenariat réussi ?

Dans mon esprit, un partenariat "fort" est un partenariat qui n'existe pas au hasard. Le métier de pianiste me conduit à travailler avec des interprètes très talentueux mais que je n'ai pas nécessairement choisis. À l'inverse, certains partenariats se tissent avec des gens avec lesquels je me sens en parfaite adéquation sur le plan humain et artistique, au point de pouvoir leur accorder une confiance absolue. J'apprécie par-dessus tout les gens qui me touchent profondément. Je reconnais que, sans me sentir à l'aise aux côtés d'une personne, il m'est difficile de jouer comme je le souhaite. Les interprètes que vous citez sont des musiciens et chanteurs que j'ai choisis ou qui m'ont choisi, et je travaille régulièrement avec eux.
J'ai rencontré la clarinettiste Élodie Roudet au Conservatoire de Paris et nous formons ensemble le Duo Onyx, avec lequel nous nous produisons de plus en plus… Enguerrand de Hys est un jeune ténor qui tourne beaucoup en France, et si je le cite juste après Élodie, c'est que depuis septembre, nous sommes artistes en résidence pour 2 ans au Théâtre Impérial de Compiègne, au même titre que l'Ensemble Aedes, le Quatuor Debussy ou Les Frivolités Parisiennes. Dans ce cadre, en 2017-2018, nous allons monter un projet dont le titre est hautement évocateur : Aimer à perdre la raison. Ce programme proposera de la musique classique mais aussi de la variété française, avec Jean Ferrat, Jacques Brel et Barbara…
Avec le baryton Romain Dayez, nous avons peu eu d'occasions de nous produire ensemble la saison dernière, mais nous nous retrouverons début 2017. Nous proposons des récitals de mélodies et de lieder que j'affectionne particulièrement. Quant à Oswald Sallaberger, qui a été le chef d'orchestre de l'Opéra de Rouen, je l'ai rencontré en tant que violoniste, et nous faisons ensemble beaucoup de musique de chambre.
Enfin, avec l'excellente mezzo-soprano Maria Mirante, nous nous sommes produits le 25 juillet lors du Festival 1001 Notes dans un projet là aussi assez atypique, puisque le programme Piano Royal était construit autour des films de James Bond. Nous redonnerons ce concert le 2 décembre prochain à Limoges.

 

Paul Beynet et le ténor Enguerrand de Hys.  © Florent Drillon

Vous êtes également chef de chant et répétiteur. Comment votre lien puissant avec la voix a-t-il pris place dans votre trajectoire de pianiste ?

Avec la clarinettiste Élodie Roudet, Paul Beynet forme le Duo Onyx.  © www.blancetnoir.com

C'est assez amusant car, enfant, je n'aimais pas du tout la voix ! C'est à 18 ans que j'ai commencé à beaucoup accompagner les instrumentistes. Puis, un jour, j'ai travaillé avec une jeune chanteuse et là, les sensations intimes que j'ai ressenties ont eu un effet véritablement libérateur. Au point que je n'avais jamais connu auparavant un tel plaisir de jouer du piano. Curieusement, je n'ai jamais connu d'appréhension en jouant pour un chanteur, y compris s'il se décale sur la musique. Lorsque j'accompagne le chant, je me sens véritablement dans mon élément.
L'approche du chef de chant est très différente car il s'agit de faire travailler les chanteurs dans le détail. J'ai été formé pour exercer ce métier mais, sur le terrain, je m'épanouis bien davantage en partageant un récital piano/chant et en faisant de la musique de chambre. Travailler avec des chanteurs m'a beaucoup apporté en termes de respiration de jeu, mais aussi dans l'idée même du son au piano. On peut faire sonner cet instrument de tant de manières différentes. Or la voix m'a appris à ajouter des consonnes sur chaque note que je jouais, et c'est une chose merveilleuse. Accompagner les chanteurs m'a également apporté une liberté de jeu et, surtout, une prise de conscience physique de ce qu'est de jouer du piano.

Lorsque vous vous retrouvez aux côtés d'Édouard Ferlet, les sensations sont-elles les mêmes ?

En partie, oui, car en jouant avec lui, j'envisage le piano différemment. Pour l'enregistrement, nous avions chacun le même grand Yamaha à queue mais, en fonction de la personnalité de chacun, nos deux pianos ne sonnaient pas du tout de la même façon. Il a donc fallu que je m'adapte au toucher de jazzman d'Édouard. Et là, comme avec un chanteur, j'ai découvert de nouvelles sensations. Peut-être cela semble-t-il évident, mais pour jouer avec un partenaire, il faut se mettre en position de jouer à sa place, de ne faire qu'un. C'est d'ailleurs l'idée d'un duo. Quant à Pentagramme, l'objectif de départ a tout de suite été celle-ci. Nous n'avons rien inventé, mais pour que ça marche, il faut que chacun ait la volonté d'y parvenir.

Veillez-vous à une hiérarchie parmi vos différentes activités pianistiques et musicales ?

À vrai dire, je n’ai pas d'idéal de carrière. Mon projet artistique serait plutôt de trouver une unité dans cette pratique multiple de la musique. Pour moi, jusqu'à un certain point, jouer en soliste ou accompagner n'existe pas car il s'agit toujours d'être musicien de chambre à haut niveau. Jouer un concerto, c'est avant tout faire de la musique avec d'autres musiciens. Quant à jouer en soliste, bien que seul sur scène, on s'adresse à un public qui nous renvoie quelque chose que l'on reçoit plus ou moins selon les soirs. Un pianiste n'est jamais seul. Alors, comme un médecin généraliste, je vois ma carrière comme un peu polyvalente.

Cette polyvalence souhaitée peut-elle être viable sur le marché actuel de la musique ?

C'est un risque. Un programmateur peut tout à fait entendre ce besoin et cette envie d'expressions musicales multiples, mais il rencontrera un problème quand il s'agira de me classer. Intimement, je suis fait pour m'exprimer ainsi, et je pense qu'il est impossible de se mentir à soi-même. Si je me projette en me disant que je ferai uniquement du piano en soliste, je sais que ce n'est pas ma voie. De la même façon, je n'ai pas la motivation nécessaire pour les concours, qui ne me permettent pas d'exprimer ce que veux donner de moi artistiquement.

 

Paul Beynet et Maria Mirante dans <i>Piano Royal</i>.  © Laurent Bugnet

Revenons à ce programme développé autour des musiques des films de James Bond que vous avez proposé cet été avec la mezzo-soprano Maria Mirante…

L'idée de départ de Piano Royal revient à Albin De La Tour, le Directeur du Festival 1001 Notes. Mais elle tombait fort bien car j'aime beaucoup la série des James Bond. Ce programme se présentait cependant comme un défi car je devais retrouver les musiques classiques utilisées dans les films. Or, dans les réalisations les plus récentes, il y en a très peu ! C'est donc plutôt dans les opus les plus anciens que j'ai trouvé le plus de musique classique. Mais il me fallait aussi sélectionner des morceaux pour piano alors que plusieurs films utilisent des Valses de Strauss écrites pour orchestre. Avec Maria et Albin, nous avons donc travaillé pour parvenir à la cohérence nécessaire. Nous avons même énormément travaillé pour aboutir à une suite de pièces classiques, sans oublier le thème original du film. Quant à Maria, elle tenait le rôle de la James Bond Girl. Assez peu présente, elle marquait en revanche des étapes clés dans la progression de la soirée avec trois mélodies dont le magnifique tango "Yo Soy Maria", extrait de l'opéra d'Astor Piazzola Maria de Buenos Aires, qui ne pouvait pas mieux tomber. Dans Piano Royal, Maria chante également "Je ne t'aime pas" de Kurt Weill, et un extrait de l'opérette de Moïse Simons Toi c'est moi. Ces mélodies ne figurent dans aucun James Bond, mais nous ne voulions pas tomber dans la variété. Notre choix fonctionne très bien et cela permet à Maria d'être sur scène avec moi, pour mon plus grand bonheur.
Par ailleurs, ce concert était accompagné d'extraits vidéo et d'images tirés des films qui étaient projetés à l'arrière de la scène. Cela nous a permis de nous appuyer sur un semblant de scénario et, le plus souvent, de relier les œuvres.

 

Applaudissements pour Paul Beynet et Maria Mirante dans <i>Piano Royal</i>.  © Laurent Bugnet

Dans le livret du CD "Pentagramme", vous remerciez Maria Mirante pour son enthousiasme. L'enthousiasme est-il assimilable à une forme de soutien ?

Je pense que oui car, pour Édouard comme pour moi, le côté humain passe avant tout. Il ne sert à rien de se lancer dans un projet sans y croire humainement, si on ne le fait pas avec le cœur mais seulement dans un intérêt mercantile. Maria, comme d'autres personnes que nous remercions sur la pochette du disque, se trouvait dans la même énergie que nous dans un moment à la fois très riche mais aussi chargé de doutes : l'enregistrement. Le noyau d'amis et d'artistes que nous formions était chose infiniment précieuse. Tout le monde y croyait. Sans ces présences, nous n'aurions sans doute pas fait le même disque.

 

Paul Beynet dans le programme hommage à James Bond <i>Piano Royal</i>, lors du Festival 1001 Notes 2016.  © Laurent Bugnet

Vous avez dit combien vous étiez sensible aux gens. L'êtes-vous autant aux lieux, aux salles ?

Pour moi, l'idée de performance n'est pas uniquement liée à la qualité de jeu de l'interprète car elle se conjugue au ressenti très personnel et même intime d'une situation. Ce ressenti varie et je dois m'adapter, ce qui nous ramène également à l'idée d'improvisation. Dès lors, l'impression que je reçois de la salle est très importante. Prenons une Sonate de Mozart : je ne la jouerai jamais de la même façon, non parce que j'aurais mentalement décidé d'adopter un tempo différent, mais parce que je me laisserai porter par les sensations que je capterai au moment précis où je jouerai, en fonction de la réaction du public et de celle de l'instrument. Je n'ai pas envie de toujours calculer les choses, alors je me base sur mon instinct et la confiance que j'ai en moi. C'est vraiment un mode de fonctionnement qui m'est propre, et sans doute le seul dont je sois capable. Mais, bien sûr, une préparation mentale reste toujours indispensable, quelle que soit la circonstance.

En tant que jeune pianiste, peut-être aimeriez-vous citer les personnalités les plus marquantes qui se sont trouvées sur votre parcours d'apprentissage…

Voilà une question bien difficile car de nombreuses personnes m'ont marqué pendant mes années d'apprentissage du piano, et j'aimerais pouvoir les citer toutes… Le premier nom qui s'impose à moi est celui d'Anne Le Bozec, qui m'a apporté une idée que je n'avais pas lorsque je suis rentré dans sa classe à 21 ans, à savoir que l'artiste, à un certain moment, ne peut exister que par ce qu'il veut donner lui-même et non par ce qu'on lui a appris. J'ai compris que je devais exister tel que j'en avais envie et que je pouvais alors accéder à toutes les libertés. Anne Le Bozec a compté énormément pour moi car je l'ai connue à une période où je voulais tout arrêter. Je m'imposais une telle pression que je n'avais plus beaucoup de plaisir à jouer. En outre, c'était ma première année au CNSM, je n'avais plus trop de repères et je ne trouvais pas en moi la confiance nécessaire. Anne a su me comprendre avec beaucoup de profondeur et elle m'a en quelque éveillé. Je lui dois beaucoup…
La rencontre avec Agnès de Brunhoff, professeur de Technique Alexander au CNSM, a aussi été très importante. Elle m'a aidé à être disponible à la sensibilité du moment et à ne pas perdre la conscience de moi-même face à une situation. Elle m'a aussi appris à gérer une situation stressante, ou même un manque d'envie. Auparavant, j'étais très stressé au point de ne pas pouvoir arrêter le tremblement de mes mains avant d'entrer en scène, et dès ma première rencontre avec Agnès, je n'ai plus jamais rencontré ce problème… La liste serait longue des personnes que je pourrais citer, à commencer par Albin De La Tour, qui m'a souvent produit, mais je dois parler ici de ma famille car je lui dois énormément. Mes parents ne sont pas du tout musiciens mais ils m'ont soutenu et m'ont toujours fait confiance. Sans ce soutien, la trajectoire d'un jeune musicien peut être très difficile.

Comment se présente votre nouvelle saison ?

Dans le cadre de ma résidence à Compiègne, je retrouverai Élodie Roudet et Enguerrand de Hys les 19 et 20 novembre pour des concerts en itinérance en Pays d'Oise. Le 7 février 2017, toujours à Compiègne, ce sera Les Animaux en musique avec Enguerrand, pour un programme Poulenc, Massenet, Chausson et Satie. Puis je reviendrai le 2 avril pour un concert en solo dont le programme sera composé de musique classique utilisée par le cinéma, ainsi que de musique de films. Pour ce récital, je ferai moi-même les transcriptions, en particulier à partir des génériques. Enfin, le 30 mai 2017, je jouerai avec mes deux amis dans un programme de mélodies françaises pour ténor et transcrites pour la clarinette.
Plusieurs concerts sont prévus à Paris, Limoges avec un programme intitulé 60' pour aimer le piano le 2 décembre, à Saint-Hélier, Sevran et d'autres lieux que vous pouvez retrouver dans l'Agenda de mon site Internet… Enfin, je me réjouis beaucoup de pouvoir continuer à porter le concept Piano Royal. En effet, nous enregistrerons un disque en octobre 2017, avant de préparer une nouvelle version scénique pour juillet 2018 !



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 7 septembre 2016



Pour en savoir plus sur Paul Beynet :
www.paulbeynet.fr

 

Pour commander le CD d'Édouard Ferlet et Paul Beynet <i>Pentagramme</i> édité par 1001 Notes, cliquer ICI

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Agnès de Brunhoff
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