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Interview d'Orianne Moretti - Soprano, dramaturge et metteur en scène

Orianne Moretti.  ©  C. VaglioNous avons découvert Orianne Moretti par le biais de son enregistrement de lieder de Clara Schumann magnifiquement accompagnés au piano par Ilya Rashkovskiy. Peu après, nous avons été séduits par la puissance et le naturel de son incarnation de Clara Schumann sur la scène du Goethe Institut dans un spectacle qu'elle a elle-même écrit et mis en scène : À travers Clara. Car Orianne Moretti est autant interprète que dramaturge et metteur en scène. Soit une artiste particulièrement complète, riche de l'intérêt qu'elle porte à toutes les formes d'expressions. Nous la rencontrons au lendemain de sa prestation au Goethe Institut…

 

Tutti-magazine : En 2008, vous créez votre premier opéra de chambre "À travers Clara". Comment avez-vous rencontré le personnage de Clara Schumann ?

Orianne Moretti : En 2006, on célébrait les 150 ans de la mort de Robert Schumann. Odile Carracilly était alors mon professeur de musique de chambre à Paris et elle m'a incitée à chanter des lieder de Clara Schumann, bien moins connus que ceux de Robert. C'est à cette occasion que j'ai découvert l'univers musical de Clara, compositrice, et que j'ai eu envie de me pencher sur sa vie. J'ai lu de nombreuses biographies, en particulier celle de Brigitte François-Sappey qui est ma référence au niveau musicologique, mais aussi la correspondance de Clara et Robert. Cette incursion à la fois littéraire et musicale a constitué une très belle découverte également porteuse d'une dimension spirituelle, et j'ai eu envie d'en faire un opéra de chambre.

En quoi la vie et le destin de Clara Schumann vous parlaient-ils ?

Clara Schumann était une femme artiste du XIXe siècle, un peu à l'instar d'une Camille Claudel avec un destin, certes, bien moins dramatique. De son vivant, son talent de compositeur n'était absolument pas reconnu et son œuvre reste encore très peu jouée. Son destin était cependant exceptionnel dans la mesure où, contrairement à Alma Mahler, elle a eu la possibilité de composer. Pianiste virtuose, elle était l'égale de Liszt, et la dimension passionnelle de sa relation avec Robert Schumann est intéressante au regard de sa musique.
Je pense par ailleurs qu'évoquer le destin d'un artiste devient intéressant dès lors qu'on le place en miroir de sa cellule familiale et de la société dans laquelle il a évolué.

 

Orianne Moretti et Ilya Rashkovskiy dans <i>À travers Clara</i> à la Salle Cortot en mars 2015.  © Charles François

La dimension historique a-t-elle nourri votre approche scénique de Clara Schumann ?

Je suis historienne de formation et l'Histoire me passionne. Je crois sincèrement que c'est en comprenant le passé que l'on vit et que l'on comprend mieux le présent. Mais, dans ma façon d'aborder l'interprétation de Clara, je me dois d'être la plus sincère possible par rapport à ce passé et à la dimension complexe de son destin. Je souhaite du reste retrouver cette sincérité dans tous les aspects qui touchent à la scène. C'est la raison pour laquelle je porte une robe d'époque. À ce sujet, une personne est un jour venue me trouver après le spectacle pour me dire que je devrais moderniser l'image de Clara Schumann ! Je pense que, bien au contraire, on a besoin de se réclamer d'une certaine logique dans une approche théâtrale. Au XIXe siècle, on ne s'habillait pas comme aujourd'hui, et cela me paraît une dimension à respecter. Ne pas trahir l'esprit de Clara Schumann c'est aussi lui rendre hommage à travers une robe de son époque, en même temps que ce costume apporte au spectacle à la fois un cachet personnel et historique. Je ne dis pas pour autant qu'en portant une robe contemporaine, je trahirais l'esprit de Clara, mais c'est un parti pris personnel qui est en harmonie avec mon approche de dramaturge et de metteur en scène. De plus, j'adore mettre en valeur des savoir-faire, comme celui qui consiste à pouvoir créer aujourd'hui une robe du passé.

Orianne Moretti dans <i>À travers Clara</i> à l'Église arménienne catholique de Marseille en 2014.  © Raphaël Vosgui

Cette robe rend également votre jeu différent…

Sans aucun doute. De plus, ce costume créé par la costumière Arielle Aubert a été élaboré sur mesure et, comme tout ce qui est conçu à la main et de façon totalement artisanale, il porte une énergie très différente de celle d'un vêtement de conception industrielle.

Qu'avez-vous appris de Clara Schumann en chantant ses lieder que son histoire ne vous laissait pas deviner ?

À travers les lettres de Clara, on perçoit une certaine dimension, et sa musique précise cette perception. C'est un peu comme un tableau : les écrits historiques et les lettres donnent à voir une aquarelle et, au travers de sa musique, nous obtenons une peinture à l'huile qui, comme chez Van Gogh, propose des reliefs, des épaisseurs de peinture et des textures. La musique m'a permis de préciser et d'étoffer mon approche du personnage.

Ce spectacle a voyagé depuis sa création. Dans quelle mesure a-t-il évolué ?

Le texte d'À travers Clara n'a pas été modifié depuis sa création. C'est au niveau de l'interprétation qu'on peut sans doute noter des changements. Je pense avoir apporté davantage de couleurs lumineuses dans mon jeu. De même, j'ai trouvé une dimension enfantine pour tout l'aspect familial de Clara avec ses enfants. Au fil des représentations j'ai acquis une légèreté que je parviens à exprimer à ce moment précis du spectacle. Quant à la mise en scène, j'avais pris dès le départ le parti de la sobriété et de la simplicité.

Six ans après la création de "À travers Clara", vous enregistrez avec le pianiste Ilya Rashkovskiy les lieder de Clara Schumann et les pièces pour piano jouées dans le spectacle. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Plusieurs raisons expliquent ce délai. Tout d'abord, la maturité vocale par rapport à mon parcours d'artiste lyrique. Il y a 5 ou 6 ans, je ne possédais pas la même voix qu'aujourd'hui. Je me suis livrée à un véritable travail de fond au long de ces années avant d'être prête à enregistrer. La voix, comme une pierre, doit se polir et cela demande du temps. Je dois d'ailleurs remercier les trois coaches qui m'ont aidée pour ce CD. Tout d'abord, mon professeur parisien Elsa Maurus, mais également et surtout deux personnes très importantes à Bordeaux : Jean-Marc, qui est chef de chant à l'Opéra de Bordeaux, et Maryse Castets, qui enseigne le chant lyrique au Conservatoire de Bordeaux.

 

Orianne Moretti lors du Festival de Calenzana à Lumio en 2013.  © J.-M. Colonna

Êtes-vous Bordelaise ?

Pas du tout, mais j'ai travaillé plusieurs fois à l'Opéra de Bordeaux au sein d'une équipe que j'ai trouvée formidable. J'apprécie en particulier beaucoup l'équipe dirigée par Isabelle Masset, la directrice artistique, et Thierry Fouquet, qui quittera la direction prochainement. C'est une maison que j'aime profondément. J'ai rencontré Jean-Marc Fontana en 2009 à l'occasion de La Périchole mise en scène par Omar Porras. Jean-Marc Fontana et Maryse Castets sont pour moi de très belles rencontres humaines et artistiques. Je leur dois beaucoup pour ce disque.

C'était une chance de rencontrer des coaches qui vous correspondent…

Je ne suis pas du tout à la recherche d’un prof-gourou, mon indépendance et ma liberté dans le travail sont essentielles. Plusieurs personnes m'ont apporté et m'apportent toujours beaucoup de choses. Comme l'exprime Renée Fleming dans son livre Une Voix, la voix d'un chanteur peut être comparée à un canevas avec plusieurs fils et aiguilles qui correspondent à de nombreuses possibilités. Certaines rencontres révèlent certains aspects de ce canevas.

 

Auditorium de Pigna, en Corse.  D.R.

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Vous avez enregistré ce disque à Pigna, en Corse. Ce lieu était-il important à vos yeux ?

Beaucoup. J'ai créé le spectacle À travers Clara en Corse en 2008 avec le pianiste Philippe Guilhon-Herbert dans le cadre du festival Les Rencontres de Calenzana dirigé par un chanteur du groupe A Filetta, Jean Sicurani. Je le connaissais et il m'a programmée dans la chapelle de Lumio, qui est le village de ma famille. Vous l'aurez compris, mes origines sont en partie corses ! J'ai donc créé ce spectacle en Corse et je suis revenue des années plus tard à Pigna avec le pianiste Ilya Rashkovskiy pour l'enregistrer dans un auditorium à l'acoustique exceptionnelle. Ce lieu merveilleux est dirigé par Toni Casalonga, qui est aussi directeur artistique du festival Estivoce. C'est lui qui a été à l'origine de la construction de cet auditorium dont la particularité est d'être en terre sèche. Il a été élevé sur les plans de mon oncle forgeron d'art Christian Moretti, spécialiste des constructions et des bas fourneaux en terre. Ce lieu m'est très cher car il se trouve à la croisée d'une histoire familiale et de rencontres musicales.

Comment qualifiez-vous l'acoustique de cet auditorium ?

Ce lieu propose un équilibre entre une acoustique naturelle d'église et une conception sonore contemporaine. Cet auditorium présente une architecture épurée contemporaine et possède une coupole magnifique faite de briques sèches selon des plans antiques. L'atmosphère y est très spéciale et l'acoustique est formidable pour la voix.
Je vous parlais du pouvoir des costumes. Eh bien je suis également sensible aux lieux car ils portent également des énergies. Je pense d'ailleurs chanter complètement différemment en fonction des lieux. C'est une dimension très importante pour moi.

 

Le pianiste Ilya Rashkovskiy et Orianne Moretti.  © Charles François

Parlez-nous de votre collaboration avec le pianiste Ilya Rashkovskiy…

J'avais contacté Ilya Rashkovskiy en 2011 pour remplacer ma pianiste russe souffrante dans Les Amants fous, mon deuxième opéra de chambre. Mais il n'était pas libre… Ma première vraie collaboration avec Ilya remonte à 2013 dans cet opéra d'après Hamlet de Shakespeare. Hier soir, au Goethe Institut, il m'accompagnait pour la quatrième fois dans À travers Clara.

Plusieurs pianistes se sont succédés à vos côtés au fil des représentations. La présence d'Ilya Rashkovskiy apporte-t-elle quelque chose de différent à la pièce ?

Chaque interprète apporte des couleurs, des émotions et des sensations différentes. Ilya Rashkovskiy est un excellent accompagnateur tout en étant un grand soliste. Trouver ces deux qualités dans le même interprète est quelque chose d'assez rare. Un soliste de son niveau n'est pas forcément un bon accompagnateur de chanteur, car il doit posséder une véritable qualité d'écoute et aimer la musique de chambre. Or À travers Clara s'apparente à de la musique de chambre, une forme d'expression que j'affectionne particulièrement.


Orianne Moretti et Ilya Rashkovskiy à l'Auditorium de Pigna…  © Charles FrançoisLa mélodie et le lied constituent un monde à part qui nécessite une connexion, une collaboration étroite entre la voix et le pianiste. Dans mes opéras de chambre, le fait que je confie au pianiste de nombreux solos fait que le musicien doit être un soliste de très bon niveau. Les interventions pianistiques, qu'elles soient de Clara Schumann, Rachmaninov ou Scriabine, sont particulièrement exigeantes. Dans ces spectacles, le piano est une voix dramatique et, en fin de compte, un personnage à part entière. Ilya est russe, et son caractère slave s'accorde bien avec le mien car je suis aussi d'origine polonaise. Personnellement je suis très attirée, non seulement par la musique russe, mais aussi par l'Art, la littérature et le cinéma russes. Cette sensibilité slave partagée se sent, je pense, dans le spectacle, quand bien même il s'agit de musique allemande.
Pour définir le jeu d'Ilya Rashkovskiy, je dirais qu'il est "Caravagesque". Si je le compare aux autres pianistes avec lesquels j'ai travaillé, il m'a fait passer de l'aquarelle à la peinture à l'huile. De fait, dans le duo que nous formons, ma Clara est différente, sans doute plus étoffée, car en accord avec les couleurs du piano d'Ilya et sa main gauche extrêmement développée, puissante et riche. Lorsqu'il m'accompagne, je ressens particulièrement l'énergie qu'il instille dans son jeu, car elle me porte beaucoup dans l'interprétation. La puissance de jeu de ses deux mains, un jeu à la palette très riche, a nécessairement une incidence sur ce que je ressens sur scène.

Dans ce spectacle, vous alternez le chant et la parole. Comment négociez-vous le passage de l'un à l'autre ?

Au départ, cela m'a demandé une gestion particulière. Mais c'est le propre de tout interprète qui alterne la voix parlée et chantée de devoir apprivoiser ce type de transition. Il se trouve que j'ai beaucoup travaillé la technique Alexander durant des années, et je pense qu'elle m'a permis de faire beaucoup plus facilement la connexion entre mes deux types de voix. De telle sorte qu'aujourd'hui, je crois que cet aspect est devenu naturel. Il n'en demeure pas moins que chanter de façon lyrique demande des positions techniques et un placement spécifique, alors que la voix parlée nous vient naturellement. Et même si, sur scène, la projection doit être plus importante, je cherche avant tout à préserver la spontanéité et la sincérité. Je m'efforce à ce que le spectateur ne se rende compte d'aucun trucage. Je cherche à donner une image de simplicité, même si, de mon côté, j'applique évidemment une technique pour y parvenir. C'est d'ailleurs le propre de toute technique, qu'elle soit musicale ou qu'il s'agisse de danse : elle ne doit pas être visible pour le spectateur !

 

Till Fechner et Orianne Moretti dans <i>Les Amants fous</i> à la Salle Vasse de Nantes en avril 2013.  © Stéphane Audran

Vous avez commencé la musique par le violon mais, surtout, vous êtes devenue danseuse au Ballet National de Marseille. Pourquoi avoir ensuite choisi le chant pour vous exprimer ?

La danse classique reste ma première passion. Une passion absolue qui explique que je me rende plus dans un théâtre pour voir un ballet qu'un opéra. Encore aujourd'hui, la discipline de la danse m'impose le respect… C'est en raison d'une blessure que je me suis dirigée vers le chant lyrique. J'ai été formée à l'école de Roland Petit où l'enseignement était pluridisciplinaire. Le chant y était enseigné parmi d'autres disciplines. Je prenais donc des cours de chant. À cette époque mon professeur m'avait dit : "Tu as une voix naturelle. Le jour où tu te blesses, viens chanter en soliste chez moi !". Et il se trouve que je me suis blessée et que j'ai pris des cours de chant classique, mais avec un autre professeur…

 

Serge Fernand et Orianne Moretti dans <i>Memoriae - Voix de l'exil, voix de l'enfance</i> à l'Opéra de Reims le 7 décembre 2012.  © Agathe Poupeney

Comment avez-vous vécu cette transition ?

D'une façon globalement harmonieuse mais il m’a fallu déconstruire mon corps de danseuse, ce qui m'a pris beaucoup de temps. Mon corps était verrouillé par nécessité pour la danse, et cela ne me permettait pas de trouver la respiration dont j'avais besoin pour chanter. Cela m'a demandé des années. Il s'agissait essentiellement d'un travail sur moi pour lequel je devais à la fois faire preuve de patience et de persévérance.
Je me souviens parfaitement de la première fois où j'ai senti des frissons en chantant sur scène. C'était avec deux lieder de Clara Schumann ! Un déclic : j'ai compris que la libération attendue était survenue… Dans la danse, le corps est un écran par rapport aux émotions. Si vous n'avez pas de coup de pied, de cambrure naturelle ou l'élasticité nécessaire pour la danse classique, vous êtes dans l'impossibilité de transmettre les émotions qu’une chorégraphie dite "classique" vous impose. Dans le chant, le timbre véhicule toujours quelque chose, même si le chanteur n'a pas de technique. Pour preuve, les chanteurs populaires ou de variétés peuvent exprimer des émotions par leur voix sans utiliser une technique spécifique. La voix est un véhicule direct de l'émotion.

Après votre expérience de danseuse, vous chantez sur scène Mozart et Donizetti. Trouvez-vous alors un univers artistique très différent de celui du ballet ?

Je me suis rendue compte que les chanteurs étaient plus assistés que les danseurs. Les danseurs sont des gens très autonomes, ils se préparent seuls, se maquillent eux-mêmes et gèrent leurs entrées en scène sans "tops". Les chanteurs sont en quelque sorte placés sur un piédestal. L'archétype de la diva est vraiment propre au monde du lyrique. Les chanteurs sont chouchoutés, ce qui est plutôt agréable dans la mesure où tous les artistes qui font du spectacle vivant sont exposés. Ils doivent tout donner sur scène à un moment précis et sont les seuls à pouvoir le faire. Tout ce qui entoure leur préparation est donc important. Les danseurs, malheureusement, ne sont pas aussi entourés. Mais il faut également reconnaître que la voix est quelque chose de très fragile, ce qui donne aux artistes lyriques une fragilité bien supérieure à celle des danseurs.

Le chant a-t-il changé votre vie ?

Sans doute, mais je pense avoir conservé une grande discipline dans le travail, ceci grâce à ma formation de danseuse classique qui m'a appris la rigueur. Ceci étant, je suis persuadée que la rigueur est tout aussi indispensable aux chanteurs lyriques de haut niveau pour tenir sur la longueur. Par ailleurs, je ne suis pas du genre à m'enfermer dans un milieu artistique en particulier. Je côtoie de nombreux musiciens concertistes qui font de la musique de chambre, des chefs d'orchestre ou des gens du cinéma et de la télévision tout en restant également très proche des danseurs. Je ne me considère pas comme appartenant exclusivement à un milieu, en l’occurrence le lyrique. Disons que le lyrique, l’opéra, est un art total qui me permet de réunir plusieurs disciplines.

Vous avez également accompli des études supérieures d'Histoire et de Littérature. Était-ce dans le but d'apporter un fond à l'écriture de vos futurs spectacles ?

Sincèrement oui, je savais que cette formation intellectuelle et universitaire me permettrait d'acquérir un bagage nécessaire pour pouvoir créer. À 4 ans, j'inventais déjà les petits costumes dans lesquels je me trémoussais sur la terrasse de la maison. Très vite m'est apparue la nécessité d'embrasser à la fois le texte, le chant, la danse, les costumes… soit un univers le plus complet possible. Lorsque je dansais, cette nécessité de créer ne m'a pas quittée. Danseuse, j'ai toujours poursuivi mes études en parallèle. D'abord en sport/études au lycée Marseilleveyre où j'ai obtenu un bac scientifique avec mention. Puis j'ai été admise en hypokhâgne, puis khâgne, avant de commencer des études supérieures d'Histoire à Paris, toujours en dansant parallèlement. Cela m'a permis de rester à la fois connectée au domaine artistique et au domaine universitaire.

 

Orianne Moretti dans <i>Les Amants fous</i> à Nantes en avril 2013.  © Stéphane Audran

Après "À travers Clara", en 2010 vous signez une adaptation de "Hamlet", "Les Amants fous" ; en 2012, "Memoriae" traite de l'enfance et de l'exil. Les thèmes profonds et dramatiques vous attirent ?

Sans aucun doute, la passion m'attire, tout comme les destins passionnels qui ont une dimension historique. Je suis très sensible aux créateurs, comme Clara Schumann, ou à Shakespeare, véritable génie de la littérature au même titre que Bach et Mozart. Ces génies traversent les siècles sans prendre une ride. Les thématiques fortes me motivent particulièrement. Mon prochain opéra, AMOK, parle d'Alma Mahler et d'Oskar Kokoschka, deux personnages qui ont traversé le XXe siècle… Le titre de cet opéra est la réunion de leurs initiales…

"AMOK" sera créé le 6 février 2016 à l'Opéra de Reims. Vous avez coécrit cet ouvrage avec le compositeur François Cattin…

La création a effectivement lieu à l'Opéra de Reims et nous jouerons ensuite ce spectacle en Suisse, à La Chaux-de-Fonds les 25 et 26 février. J'ai écrit le livret de ce projet d'après les biographies d'Alma Mahler et Oskar Kokoschka en m'inspirant des Fleurs du mal de Baudelaire et du Faust de Goethe. Ce livret est bilingue allemand et français, et croise à la fois ces deux langues et les univers des deux personnages centraux qui ont entretenu une relation passionnelle entre 1912 et 1915. Le compositeur suisse François Catin a composé la musique d'après mon livret. Il écrit de façon tonale, et son style tire du côté de Schönberg et Mahler. François orchestre de façon riche et colorée, en particulier pour les cordes… Je suis très heureuse de cette collaboration qui est en réalité une coproduction*. Je mettrai également en scène cet opéra…
C'est un projet que je nourris depuis 7 ans. J'ai commencé l'écriture il y a 3 ans et c'est un plaisir de voir aujourd'hui AMOK défendu par une très belle équipe artistique franco-allemande et japonaise. Le financement d’une telle création est très difficile mais je pense que la dimension européenne et internationale de ce projet vaut les efforts et sacrifices dans ma mesure où la musique réunit dans la paix les nations autrefois ennemies.
* AMOK est une coproduction entre l'Opéra de Reims, le Festival Reims Scènes d'Europe, la compagnie d'Orianne Moretti Correspondances Compagnie, la Jeune Opéra Compagnie suisse dirigée par François Cattin et le chef d'orchestre Nicolas Farine, Césaré, et l'Ensemble d'instrumentistes KNM Berlin.

 

Orianne Moretti dans <i>Memoriae </i> à l'Opéra de Reims en 2012.  © Agathe Poupeney

Parvenez-vous à trouver un équilibre entre vos nombreuses activités ?

À l'heure actuelle, mon activité de dramaturge et de metteur en scène prend un peu le dessus par rapport à ma carrière d'interprète. J'ai interprété Norina dans Don Pasquale, qui était un rôle absolument fantastique, et je n'ai cependant pas non plus envie de fermer la porte au monde de l'opéra. Pour autant, je ne suis plus à même de chanter les petits rôles d'opérettes dans lesquels j'ai commencé ma carrière. Par ailleurs, les rôles qu'on me propose dans des cadres chambristes correspondent le plus souvent davantage à ce que je souhaite exprimer en tant qu'interprète.
Les rencontres comptent également pour beaucoup dans l'orientation de ma carrière. Je travaille par exemple sur un projet lyrique de berceuses et chants du Monde avec le guitariste Sébastien Llinares. Il s'agit d'un spectacle intimiste mais il ouvre sur des mondes, des répertoires et des langues différents, sans m'obliger pour autant à renier ni Mozart ni Donizetti. La création est prévue pour 2016-2017. Un beau et nouveau voyage musical et émotionnel en perspective…

Le 16 mai, vous serez au Café de la danse avec le danseur Mathieu Ganio et le pianiste Kotaro Fukuma pour une adaptation du Journal d'un fou de Gogol que vous signez et mettez en scène…

Cette rencontre est magnifique. J'ai adapté Le Journal d'un fou pour Mathieu Ganio qui est un grand ami. Notre rencontre remonte à l'École du Ballet de Marseille. J'aime créer à la carte car les interprètes m'inspirent. Pour ce spectacle dont le titre est Le Rappel des oiseaux, Kotaro Fukuma jouera au piano du Bach et du Rameau. Ce sera en quelque sorte une carte blanche à Mathieu Ganio en tant qu'interprète comédien. Mathieu est un éblouissant danseur mais mon but n'est pas de montrer ce que tout le monde peut voir à l'Opéra de Paris. Je suis là pour le mettre en valeur en tant qu'acteur. Il y aura évidemment des passages dansés, et ils seront chorégraphiés par Bruno Bouché. Mais je souhaite avant tout montrer que Mathieu Ganio est un artiste complet qui peut exprimer une palette d’émotions que l’on n’a pas l’habitude de voir de lui. J’aime montrer des artistes qui m’inspirent des facettes inexplorées.

Avez-vous déjà commencé à répéter ?

Oui, j'ai commencé à travailler avec Mathieu il y a quelques mois, et c'est absolument surprenant. La rigueur et la discipline des danseurs ouvrent sur des possibles extraordinaires, et je vois avec bonheur à la fois l'investissement et l'évolution de son et notre travail au fil des répétitions… Je dois rencontrer Kotaro Fukuma début janvier, mais nous nous sommes d'ores et déjà mis d'accord sur le programme musical. Kotaro dégage une poésie et une finesse extrêmement rares. C'est quelqu'un de très ouvert et curieux. Ces deux interprètes ne se connaissent pas mais je sais déjà que leurs sensibilités artistiques sont au diapason. Dans une création, il est important que chacun trouve sa place sans qu’un interprète "dévore" l’autre. L’humilité est une grande qualité que ces deux interprètes partagent.

 

Orianne Moretti.  ©  C. Vaglio

Avez-vous d'autres projets ?

Je dois adapter pour une dizaine de personnages la pièce contemporaine d'Emmanuel Fandre Trop de jaune, sur les dernières heures de Vincent Van Gogh. La création est prévue pour la saison 2016-2017. C’est le jeune acteur belge Thomas Coumans qui devrait endosser le rôle de Van Gogh : une évidence pour moi.
J'aime que les gens et les univers se rencontrent, qu'il s'agisse d'expression contemporaine, de théâtre, de danse, d'opéra ou d'arts plastiques. Par exemple, c’est la jeune plasticienne Adoka Nitsu qui réalise les toiles du décor d’AMOK. Je suis persuadée que la richesse et la réussite d'un spectacle naissent de la rencontre de personnes issues d’univers très différents. "Les Arts en partage", c’est la devise de ma compagnie…

 

Propos recueillis par Philippe Banel
Le 16 décembre 2015

 

 


Pour en savoir plus sur Orianne Moretti :

www.oriannemoretti.com

 

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Clara Schumann
François Cattin
Ilya Rashkovskiy
Mathieu Ganio
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