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Interview de Omer Meir Wellber, chef d'orchestre

Omer Meir Wellber.  © Tato Baeza

 




Le Tutti Ovation que nous avons si volontiers accordé aux Blu-ray et DVD de la production d'Eugène Onéguine filmée au Palau de les Arts Reina Sofia à Valence nous a incité à nous rapprocher du jeune chef qui la dirige : Omer Meir Wellber. À 32 ans, cet ancien assistant de Daniel Barenboim à Berlin et à La Scala, s'est très tôt familiarisé avec l'opéra à Tel Aviv, puis à Padoue, Milan et Berlin avant d'être nommé Directeur musical à Valence. Il nous accorde cet entretien alors qu'il fait ses débuts à Vérone en dirigeant l'Aida du centenaire des Arènes mis en scène par Carlus Padrissa et Alex Ollé, les créateurs de la Fura dels Baus…

 

 

 

 

Omer Meir Wellber.  D.R.

Tutti-magazine : De 2008 à 2011, vous êtes assistant de Daniel Barenboim au Berliner Staatsoper Unter den Linden et à La Scala. Que vous ont apporté ces années d'assistanat ?

Omer Meir Wellber : C'est effectivement durant cette période que les choses se sont accélérées pour moi. Un an et demi seulement avant de diriger pour la première fois à la Scala, j'étais encore professeur dans un conservatoire de musique pour enfants dans le sud d'Israël. Le changement a donc été si important qu'il a conditionné une autre façon de vivre à laquelle j'ai dû m'habituer. Le prix à payer sur le plan personnel était élevé mais cette transition était inespérée et particulièrement intéressante pour moi.
J'ai toujours admiré le Maestro Barenboim et je connaissais tout de sa carrière musicale. Cela a été comme un rêve qui se réalisait lorsqu'il m'a appelé et m'a proposé de venir auditionner pour être son assistant… De fait, j'ai vraiment appris énormément avec lui. Cette collaboration a constitué l'événement le plus important, non seulement de ma vie musicale, mais tout simplement de ma vie intellectuelle personnelle. J'ai vécu deux ans et demi à côté de l'un des plus importants musiciens de l'Histoire de la musique, et j'ai appris énormément.

Lorsque vous avez été nommé Directeur musical du Palau de les Arts Reina Sofia à Valence en 2011, quels étaient les objectifs que vous vous fixiez ?

Je savais tout d'abord qu'il s'agissait d'un lieu très particulier. Ensuite, l'orchestre créé par Lorin Maazel et Zubin Mehta est composé de musiciens sensationnels mais très jeunes, au point que je m'attendais à devoir diriger des instrumentistes qui auraient plus ou moins mon âge. Cette expérience s'est montrée unique et très intéressante. Grâce à l'enregistrement d'Eugène Onéguine* et à d'autres expériences menées ensemble, j'ai découvert une partie importante de la magie de cet orchestre. Ensemble, nous nous sentons libres, nous employons le même vocabulaire et parlons le même langage. Si vous parvenez à trouver la clé d'un tel orchestre, vous devenez à même d'ouvrir une porte qui mène à une musicalité que vous n'imaginez pas. C'est une expérience merveilleuse et tout à fait unique.
* Eugène Onéguine, mis en scène par Mariusz Trelinski et dirigé par Omer Meir Wellber, enregistré en 2011, est édité en Blu-ray et DVD par l'éditeur C Major.

 

Le Palau de les Arts Reina Sofia à Valence.  D.R.

Vous aviez 28 ans lors de votre nomination. Cet âge assez jeune était-il un avantage ou un inconvénient vis-à-vis de l'orchestre et de l'administration ?

Quand on vient d'un pays comme Israël, on apprend très vite et très jeune à prendre contact avec la réalité. C'est la même chose en tant que musicien, et l'on comprend qu'une production coûte beaucoup d'argent et que les choses sont compliquées. Je n'ai jamais été un musicien de luxe qui dépense un budget énorme, et cela explique pourquoi j'ai réussi à m'insérer dans la structure de Valence comme dans les autres lieux où je travaille. Je suis quelqu'un de très réaliste. Ce qui m'intéresse est d'obtenir le meilleur à partir des moyens dont je dispose et non avec ce que je serais susceptible d'avoir. J'applique le même principe en tant qu'administrateur musical et musicien. Les musiciens étaient très jeunes, je succédais à Lorin Maazel, et il nous a fallu peut-être une saison pour faire réellement la conquête du public. Mais je crois que cela est tout à fait normal, car il faut le temps de convaincre. La première saison nous avons programmé trois opéras et trois concerts, ce qui nous a laissé du temps pour apprendre à nous connaître les uns les autres personnellement. Après cette saison, nous étions parfaitement lancés les rails.

Cliquer pour commander le CD du récital d'Aleksandra Kurzak <i>Gioia !</i>, accompagnée par l'Orquestra de la Communitat Valenciana dirigé par Omer Meir Wallber.

En décembre 2010, vous avez enregistré l'album Gioia ! avec l'Orquestra de la Communitat Valenciana et la soprano Aleksandra Kursak. Comment s'est déroulée cette collaboration pour votre premier disque ?

En fait, cette collaboration a été organisée par mon impresario qui se trouve être également le sien. Je l'avais rencontrée quelques fois grâce à lui et nous avions fait quelques concerts ensemble, ainsi qu'une production de L'Élixir d'amour.
C'est ainsi que nous avons décidé d'enregistrer ce disque qui se trouve être mon premier CD avec l'Orquestra de la Communitat Valenciana, mais également le premier CD d'Alexandra. Cet album a été une excellente expérience menée avec beaucoup de soin. Je ne connais d'ailleurs pas à ce jour beaucoup de disques réalisés aussi méticuleusement. En effet, nous avons travaillé de manière très intense. Chaque minute d'enregistrement a demandé peut-être entre 50' et 60' de travail, ce qui paraît impensable aujourd'hui. Lorsque vous écoutez ce disque, vous pouvez discerner la qualité qui résulte du temps et de la patience investis, aux antipodes de la précipitation. Je suis en tout cas très satisfait par le résultat : l'orchestre joue de manière merveilleuse et Alexandra est à son meilleur, comme si elle survolait le monde entier !

Ce premier enregistrement a-t-il fait évoluer votre rapport avec l'orchestre de Valence ?

Avec un orchestre tel que celui de Valence, l'évolution est toujours une question de temps. De la même façon que dans la vie, plus vous passez de temps avec un orchestre, plus votre relation s'approfondit, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire ! Après un certain temps, vous parvenez à connaître les gens pour leurs bons côtés mais aussi pour leurs aspects un peu moins bons. C'est comparable à une mère qui connaît bien son enfant. Cet enregistrement a fait partie de ce processus de connaissance.

 

Omer Meir Wellber dirige l'Orquestra de la Comunitat Valenciana, tandis qu'Emil Wesołowski (O***, le double muet d'Onegin) avance sur le proscenium durant l'introduction d'<i>Eugène Onéguine</i> mis en scène par Mariusz Treliński.

Cliquer sur le visuel pour lire la critique d'<i>Eugène Onéguine</i> dirigé par Omer Meir Wallber…

Revenons sur la production d'Eugène Onéguine que vous dirigiez à Valence en février 2011 et que l'éditeur C Major a sorti en Blu-ray et DVD. Que retenez-vous de cette expérience ?

Avec Carmen à La Fenice et Daphné à Dresde, c'est une des meilleures productions auxquelles j'ai participé ces deux dernières années. Avec Mariusz Trelinski, le metteur en scène d'Eugène Onéguine, nous avons construit une relation très créative et très intéressante. Pourtant, la première fois que nous devions travailler ensemble, j'ai annulé le rendez-vous car je n'aimais pas la distribution qu'il avait élaborée. Mais, maintenant, quand nous cherchons à monter un projet ensemble, nous sommes les meilleurs amis du monde et cette relation est devenue une magnifique collaboration. En fait, lorsque nous avons commencé à travailler sur l'opéra de Tchaikovsky, il n'était pas question de sortir un DVD. Ce n'est qu'après la première représentation que nous nous sommes dits qu'il nous fallait conserver une trace de ce que nous avions réalisé. Il y a une vraie tradition musicale à Valence, mais Eugène Onéguine est un opéra de 3 heures en russe qui n'a pas la popularité de La Traviata ! Ce n'est pas une œuvre d'un abord facile pour le public et il lui faut du temps pour la comprendre. Eh bien, croyez-moi, on ne pouvait plus trouver une seule place à vendre et une immense ovation nous attendait à la fin de chaque représentation. Cette production est vraiment magnifique. J'en suis d'autant plus convaincu que je suis très heureux de voir que notre conviction vous a touché puisque vous lui avez accordé votre Tutti Ovation.

L'acoustique du Palau de les Arts Reina Sofia est-elle particulière ?

Il est évident que la salle n'a pas la meilleure acoustique du monde. Les problèmes techniques résident dans le fait qu'il n'y a pas beaucoup de bois. Parfois, on a l'impression d'être dans une immense baignoire. Mais quand le public remplit la salle, les choses s'améliorent beaucoup. Si ce n'est pas la meilleure salle dans laquelle j'ai dirigé, ce n'est pas non plus la pire, d'autant qu'il y règne une atmosphère agréable propice au travail.

 

Plácido Domingo et Omer Meir Wellber à Valence pendant les représentations des <i>Due Foscari</i>.  © Tato Baeza

De nombreux chanteurs que nous rencontrons souffrent d'un manque de respect des metteurs en scène dont les exigences s'accordent difficilement avec les impératifs du chant. En tant que Directeur de la musique et chef d'orchestre, quelle est votre position face à ce problème ?

Je pense que la tâche d'un metteur en scène d'opéra est une chose très compliquée, laquelle manque parfois de reconnaissance. Un très grand metteur en scène comme Patrick Chéreau, possède une immense connaissance qui embrasse toute la musique. Alors que je travaillais avec Daniel Barenboim, j'ai assisté à de nombreuses répétitions avec lui. Chéreau est très intelligent et très structuré, ce qui lui permet de produire une fusion totale de la musique et du visuel avec une élégance d'expression. Pour lui, il n'est pas question d'une lutte d'un aspect contre les autres. Or peu de metteurs en scène sont capables de prendre en considération tous les aspects d'un opéra. Mais j'en ai rencontré certains capables d'aider musicalement les chanteurs grâce à leurs indications de jeu scénique.
Par ailleurs, certains metteurs en scène sont parfois issus des arts visuels, du design ou du cinéma. Leurs idées peuvent être visuellement belles mais ils peuvent aussi me placer dans de grandes difficultés en tant que chef d'orchestre lorsque, par exemple, une pauvre chanteuse n'est pas capable de chanter sur la tête ou sur un trapèze placé à 37 mètres de haut !
Dernièrement, j'ai rencontré une nouvelle sorte de metteurs en scène. Ils reconnaissent volontiers ne rien connaître à l'opéra. Mais leurs idées sont intéressantes et très intenses dans ce qui touche à la conception visuelle et dramatique. Ils travaillent avec un assistant qui, lui, appartient au monde de l'opéra et, grâce à leurs connaissances théâtrales, ils parviennent à créer un équilibre entre ces deux univers et parviennent à réaliser des productions à la fois très intéressantes et intelligentes. Bien que possédant peu de connaissances sur la voix, ils sont très ouverts et je pense qu'avec eux se trouve le futur de l'opéra…

La vidéo est devenue le support de prédilection des opéras et les cinémas diffusent de plus en plus de productions dans le monde entier. Que pensez-vous de ces modes de diffusion ?

À la suite de mes expériences à Valence et à Vérone, je pense que les jeunes gens qui vont voir un opéra, par erreur ou grâce à leur grande mère, sont extrêmement surpris par la beauté de l'expérience et par le fait qu'ils sont capables de rester assis pendant 2h30 pour assister à la représentation. Aujourd'hui, grâce à de nouveaux metteurs en scène qui apportent des idées nouvelles et grâce aux diffusions dans des salles de cinéma, les jeunes ont l’opportunité de s’habituer à l’opéra et cela préfigure peut-être le futur de la musique qui mélangera plusieurs choses. Cela leur permet d’expérimenter le fait d’être silencieux et de penser à ce qu’ils entendent et voient. Cela les place dans une situation où ils s’écoutent eux-mêmes, presque comme dans une église ou une synagogue. Aujourd’hui, cela est difficile pour les jeunes car ils sont habitués à tout obtenir rapidement et de façon prédigérée. Dans la Bible le jour le plus sacré n'est pas le jour où Dieu a créé la Terre ni même celui où il a créé l'Homme, mais le jour où il s’est reposé. On ne peut pas toujours être en train de faire quelque chose, et ceci s'applique aussi à l'Art, à la musique et a bien d'autres domaines. Il faut conserver du temps libre dans nos vies et la musique peut être une manière magnifique d'y parvenir.

 

Sarah Chang et le Russian National Orchestra dirigé par Omer Meir Wellber lors du <i>Festival del Sole</i> 2011.  D.R.

Durant la saison 2012-2013, vous faites vos débuts auprès de 8 orchestres qui ne vous connaissent pas. Comment négociez-vous ces rencontres ?

Cela fait partie de la difficulté d'être un jeune chef d'orchestre. D'une part, bien sûr, il est toujours intéressant de visiter de nouveaux lieux, de rencontrer de nouveaux musiciens et de découvrir une nouvelle approche de la musique. D'autre part, cela est beaucoup plus stressant que de revenir dans un endroit que vous connaissez et dans lequel vous vous sentez à l’aise. Huit nouvelles expériences dans une année c’est exactement comme si vous recommenciez huit fois à partir de zéro. Vous n’avez pas beaucoup de temps et, en fait, après seulement 2 minutes, vous savez si la collaboration va marcher ou pas. Il est important de faire le meilleur usage de ces 2 minutes, sans quoi vous pouvez vous sentir mal à l'aise pour le restant des répétitions, et même des concerts ! Bien entendu, cela fait partie du métier de chef et il faut faire avec. Cela étant, j'ai uniquement fait à ce jour de bonnes expériences. Je dois dire qu'avec les orchestres d'Europe centrale, nous partageons la même culture, ce qui rend les choses beaucoup plus faciles. Je peux dire que j’ai eu beaucoup de chance car, avec certains orchestres, il s'agit de véritables histoires d’amour, quand d’autres reconnaissent que vous avez beaucoup de talent mais ne sont pas facilement convaincus. Certains trouvent que vous parlez trop, et d'autres pas assez… Ceci dit, pour le moment, je compte davantage d'histoires d'amour que de problèmes. Ce qui m'intéresse le plus est de trouver une façon commune de voir les choses avec l'orchestre afin de créer un axe musical qui sera nôtre plus que d’imposer ma propre façon d'envisager la musique. Avec certains musiciens cela ne fonctionne pas ainsi, et ils attendent du chef qu’il leur dise exactement comment jouer : "Jouez plus long, jouez plus court, jouez plus fort ou piano …" ! Je préfère entendre d’abord ce que les musiciens sont capables de produire et concevoir ensuite l’exécution en fonction de leur talent et non du mien. Naturellement, cela est plus difficile quand vous êtes seulement un chef invité. Mais, à Valence, il y a des répétitions pendant lesquelles je n’ai pratiquement rien à dire parce que l'orchestre sait exactement ce que je veux. De mon côté, je sais ce qu’ils veulent et, de cette manière, nous créons de la musique à un très haut niveau.

 

Scène d'<i>Aida</i> de Verdi aux Arènes de Vérone en 2013.  © Foto Ennevi, avec l'aimable autorisation de la Fondation Arènes de Vérone

 

 

Omer Meir Wellber aux Arènes de Vérone.  D.R.

Vous dirigez actuellement Aida* aux Arènes de Vérone. Les chanteurs ont une approche spécifique d'un opéra donné en plein air. Quel est votre ressenti de chef d'orchestre par rapport au contexte ?

Cela impose des obligations techniques, par exemple par rapport au chœur ou à des groupes sur scène. Il faut anticiper très largement sinon tout le monde n’est pas ensemble. Mais ce qui s’est imposé à moi comme une énorme surprise est que l’on entend absolument tout. Dans un endroit si vaste, même les spectateurs qui sont loin des chanteurs entendent les pianissimi les plus faibles, voire même… Les plus petites fautes ! Dans les Arènes, on ne peut rien dissimuler. Je ne m’attendais pas à pouvoir produire quelque chose d’aussi détaillé en plein air. Bien sûr, la dynamique ne correspond pas à celle d’un théâtre traditionnel mais elle n’est pas ridicule. Pour la première d’Aida, Giovanna Cassola chantait le rôle d'Amnéris. Bien sûr, à presque 70 ans, c'est l'une des plus grandes chanteuses italiennes et elle possède une grande expérience de Vérone. C’est à elle que je dois cette expérience positive car elle a réussi à me convaincre que l’on pouvait faire fonctionner de manière satisfaisante un tel espace. Elle sait parfaitement comment l'utiliser, comment gérer sa voix, que ce soit piano ou forte, et où il faut se tenir. C’est vraiment impressionnant et j'avoue qu'elle m’a donné une grande leçon. Cependant, plusieurs semaines de répétitions sont nécessaires pour s’habituer aux Arènes de Vérone. Au début, cela surprend…
* Cette production du centenaire a fait l'objet d'une captation. L'éditeur Bel Air Classiques prévoit une sortie Blu-ray et DVD dans sa collection Arènes de Vérone au 1er semestre 2014.

Êtes-vous sensible à l'aspect visuel de l'opéra ?

Absolument, et même beaucoup. Je pense que la nouvelle génération de chefs y est aussi très sensible. Si je devais diriger cinq productions différentes d’Eugène Onéguine cinq soirs de suite, le résultat musical serait différent. Cela fait partie du métier. Aujourd’hui, nous avons une approche plus complexe, plus intellectuelle, de l'opéra. Il faut que la musique, les couleurs, ce qui se déroule sur scène et dans la fosse d'orchestre se conjuguent à l’unisson. Il ne suffit plus de se contenter d'un forte, d'un piano ou de quelque indication que ce soit se trouvant dans la partition, il faut que cela s’intègre dans la production, car elle doit être le reflet de tout. Pour moi, cela constitue même un défi que j’adore. Si je n'aime pas une production, je refuse de m’y investir. Cela parce que je sais que je ne pourrai pas fermer les yeux et produire de la musique de qualité. Si un projet ne m’intéresse pas, je ne m'y consacre pas. Faire à moitié ne me ressemble pas. Je ne fais pas partie de la vieille génération. À une certaine époque, le metteur en scène faisait son travail de son côté et le chef arrivait et dirigeait sans se préoccuper de ce qui se passait sur scène. Cela ne fonctionne plus comme cela aujourd'hui.

 

Omer Meir Wellber dirige <i>Aida</i> aux Arènes de Vérone en 2013.  © Foto Ennevi, avec l'aimable autorisation de la Fondation Arènes de Vérone

 

Omer Meir Wellber est ambassadeur de bonne volonté de l'organisation humanitaire <i>Save a Child’s Heart</i> depuis juillet 2013.  D.R.

De 2014 à 2016, vous lancez dans la trilogie de Mozart-Da Ponte au Semperoper Dresden. Comment appréhendez-vous ce projet à long terme ?

Je dois avouer que je consacre beaucoup de temps à la préparation de ce projet car c’est le plus important pour moi en ce moment. J’ai attendu jusqu’à présent pour me consacrer à cette trilogie car, non seulement je sentais que je n’étais pas prêt, mais aussi parce que je n’avais pas trouvé l’orchestre avec lequel je voulais mener à bien ce projet. Dresde est l’un des endroits les plus adéquats au monde pour cela. Le Semperoper Dresden possède une tradition mozartienne extraordinaire et cela me fait très plaisir de vivre avec lui l’expérience d’un jeune chef qui commence à avoir une certaine expérience face à un orchestre à la tradition aussi riche. C'est une formation avec laquelle j'ai aussi développé une grande histoire d’amour…
J’ai l’habitude de commencer ma préparation longtemps à l’avance mais, pour ce projet, j’ai commencé à travailler encore pus tôt car j'assurerai moi-même les récitatifs. J’ai déjà commencé à prendre des leçons particulières avec quelques-uns de meilleurs spécialistes de la basse continue. Je vais utiliser un piano-forte, donc cela me demande une grande préparation. De plus, je commence cette fois-ci par un travail très soigneux sur le livret, ce qui n'est pas mon cas habituellement. Et cela s’avère très intéressant car j’ai découvert, d'une part, que certains passages très forts sont constitués de récitatifs alors que ce sont des moments parmi les plus beaux. D’autre part, dans un passage moins intéressant, on trouve une des arias les plus belles de l’œuvre… Je n’ai pas l’intention de jouer Mozart comme on le jouait de son temps. Cela ne m’intéresse pas du tout. Mais, évidemment, tout comme Picasso, qui, avant de pouvoir faire de la peinture de manière révolutionnaire en plaçant l’oreille à la place du nez et l’œil dans l’oreille, a étudié la peinture classique, je travaille sur la basse continue et le livret de façon très classique. C’est ensuite que je confronterai cet apprentissage à mes recherches personnelles. Je ne suis pas un musicien baroque à la base, et si j’étudie cette forme de musique, c'est qu’elle m’intéresse. Ceci dit, mon interprétation sera assez contemporaine et avec un effectif orchestral plus important qu'habituellement pour ce genre de musique. Je me dirige dans une direction très créative avec des récitatifs également très créatifs, très liés au déroulement de l’action sur scène et pas seulement à la musique. Comme il s’agit d’une nouvelle production j’ai droit à deux mois de répétitions, ce qui va me donner pas mal de temps pour affiner les choses.

Quelles sont les œuvres que vous souhaiteriez maintenant ajouter à votre répertoire ?

Tout d’abord je voudrais terminer le cycle Verdi. J’ai encore huit opéras à diriger pour le compléter. Ensuite, je voudrais m'atteler à Strauss qui est l’un des compositeurs auquel j’aimerais consacrer du temps.

 

Omer Meir Wellber photographié par Felix Broede.  D.R.

Votre site Internet présente des photos de vous signées par Felix Broede. Cette série fait ressortir une sorte de solitude, et peut-être même de la tristesse. Cela vous ressemble-t-il ?

La photographie est l’un de mes hobbies. J’aime beaucoup cet art et je possède même une collection de photos. C’est la raison pour laquelle je tente, tous les deux mois, de faire une séance de poses avec un photographe que j’apprécie. Je le rencontre, je parle avec lui et, ensuite, je le laisse libre de faire ce qu’il veut. Quand nous avons fait cette séance avec Felix Broede, nous étions à Milan et le temps était très gris. Cela se voit sur les photos qu’il a prises à ce moment. Je suis certain que si vous pouviez voir des photos qui ont été faites récemment à Venise ou à Vienne, vous sentiriez une tout autre atmosphère…


Propos recueillis par Jean-Claude Lanot
Le 4 juillet 2013



Pour en savoir plus sur Omer Meir Wellber :
www.omermeirwellber.com

 

Mots-clés

Aida
Aleksandra Kursak
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Omer Meir Wellber
Palau de les Arts Reina Sofia, Valencia

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Omer Meir Wellber dirige le Requiem de Verdi

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