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Interview de Mathieu Romano, chef de chœur et d'orchestre - Directeur artistique de l'Ensemble Aedes

Mathieu Romano.  © Jean-Pierre HakimianLes choristes d'Aedes sont de merveilleux chanteurs, aussi à l'aise dans leurs différents programmes a cappella, qu'avec orchestre ou lorsqu'il s'agit de devenir chœur d'opéra. Ils sont alors de très bons acteurs et se fondent avec naturel dans les mises en scène. L'Ensemble Aedes fête ses dix ans cette année, et nous rencontrons son jeune chef, Mathieu Romano, alors qu'il dirige La Passion selon Saint-Jean en tournée à travers la France. Échange en forme de bilan résolument tourné vers l'avenir…

Tutti-magazine : Aedes fête un anniversaire important. Le chemin parcouru depuis la fondation de l'Ensemble a-t-il été en accord avec vos espoirs personnels ?

Mathieu Romano : Notre toute première répétition date d'avril 2005 et la création légale de la structure avait lieu l'année suivante. Nous nous sommes donc dits que la saison 2015-2016 serait celle du dixième anniversaire d'Aedes. Lorsque j'ai fondé l'Ensemble, j'avais comme désir de monter un groupe dont le moteur serait une recherche permanente de qualité. Pour autant, je n'avais pas vraiment d'objectif de résultat ou de volonté particulière de parvenir à être présent dans telle salle, voire de chanter avec tel orchestre. En revanche, j'étais assurément motivé par une optique de qualité sonore à atteindre, et j'avoue être très heureux de voir la trajectoire sur laquelle nous progressons. Pour moi, Aedes est comparable à la poursuite d'une utopie sonore. Par définition, je sais que ce but ne sera jamais atteint mais, ce qui importe, c'est le chemin parcouru pour tendre à y parvenir.
Il est souvent difficile pour un chœur très homogène de s'investir aussi pleinement dans l'expressivité. Et c'est justement là que se fonde notre recherche car, si nous veillons de façon quasi scientifique à l'homogénéité du son en travaillant beaucoup sur les harmoniques, sur les différents formants et sur la qualité de l'écoute, parallèlement, je suis attentif à ce que les chanteurs de l'Ensemble conservent leur âme de soliste individuel tout en se plaçant au service du groupe. C'est au carrefour de ces deux axes de recherche que se situe sans doute l'utopie, tant il est difficile de s'investir totalement dans les deux. Quoi qu'il en soit, cette recherche me passionne.

Avez-vous facilement trouvé votre place au sein du paysage choral français ?

Facilement, non. Du reste, personne n'attendait la création d'Aedes. J'ai formé cet ensemble avec des amis et nous avons donné notre premier concert dans le métro, à la station Saint-Augustin, pour la Fête de la musique ! À vrai dire, nous ne nous sommes pas posés de question. Nous avions simplement envie d'accomplir un travail ensemble et de proposer quelque chose qui serait ou non accepté par la sphère musicale… Il a ensuite fallu du temps, ce qui est naturel, et cette progression a été harmonieuse. Au bout de 10 ans, nous commençons à exister dans le paysage musical français. Aedes est basé en Bourgogne - je suis moi-même Bourguignon -, et c'est tout naturellement cette région qui a accueilli nos premiers concerts. C'est aussi en Bourgogne que nous avons fait nos premiers stages et reçu nos premières subventions de mairies. Puis, très rapidement, la Fondation Orange nous a suivis. Notre développement a toujours été positif et nous n'avons jamais tenté de l'accélérer. Dans ce milieu, de nombreuses personnes disent qu'on peut monter très vite et redescendre tout aussi rapidement. Le temps est pour nous un facteur capital, d'autant que je place l'humain avant toute chose. L'idéal d'Aedes doit être un groupe de femmes et d'hommes à même de se développer.

 

L'Ensemble Aedes.  © Géraldine Aresteanu - L'Archipel - Association Aurore

Pour cet anniversaire, vous avez choisi de proposer La Passion selon Saint-Jean que vous avez emmenée en tournée de sept dates jusqu'à fin août avec l'ensemble instrumental Les Surprises. Pourquoi cette œuvre ? 

Lorsque j'ai monté l'Ensemble, nous nous sommes concentrés sur les pièces a cappella du XXe siècle. Mais il se trouve que mon professeur de Direction de l'époque, Didier Louis, qui enseigne à Gennevilliers, m'a dit un jour : "En 2006, je vais monter la Saint-Jean avec mon orchestre d'étudiants du Conservatoire et j'ai besoin d'un chœur. Tu me dis que tu veux créer ton propre chœur, alors profitons-en et montons cette œuvre ensemble". C'est ainsi que la Saint-Jean est devenue notre premier vrai grand concert officiel il y a 10 ans. Je ne dirigeais pas et m'étais alors contenté de préparer le chœur… Dix ans après, nous avons pensé que ce serait très symbolique de donner à nouveau cette œuvre de nos débuts. Mais cette fois-ci, je la dirige !

Les chanteurs qui avaient participé à votre première "Saint-Jean" font-ils toujours partie de votre Ensemble ?

Quelques-uns, effectivement : deux chanteurs qui étaient présents à la toute première répétition, et quatre ou cinq qui nous ont rejoints quelques mois après la création du chœur. Parmi les choristes qui sont partis, certains s'expriment maintenant dans d'autres tessitures, et d'autres ont totalement changé d'activité. Le cas de l'alto solo Mélodie Ruvio, avec laquelle nous avons chanté cette Saint-Jean, est assez remarquable car elle faisait partie de l'Ensemble à l'époque de notre première Saint-Jean ! Tout cela pour dire que le mot "fidélité" s'applique à Aedes. Du reste nous ne sommes pas confrontés à un turn-over important. De même, bien que nos chanteurs aient le statut d'intermittent, je propose toujours aux mêmes personnes de travailler avec l'Ensemble. Ainsi, l'équipe bouge peu. J'imagine par ailleurs que les chanteurs sont assez attachés au groupe. Depuis quelques années, l'équipe est en tout cas très stable.

 

L'Ensemble Aedes autour de son Directeur artistique Mathieu Romano.  © Géraldine Aresteanu - L'Archipel - Association Aurore

L'effectif de l'Ensemble Aedes peut varier de dix-sept à de nombreux choristes…

L'équipe de base d'Aedes est de dix-sept chanteurs et je refuse de nous produire avec une configuration moindre. Je suis convaincu qu'il y a de beaux projets pour huit chanteurs mais je tiens à ne pas laisser de choristes sur le carreau. Dans mon esprit, Aedes est vraiment une équipe et doit le rester… Par ailleurs, l'effectif augmente en fonction des demandes et des besoins. Cependant, nous n'avons jamais excédé quarante voix. Tel était le cas, par exemple, lorsque nous avons chanté Roméo et Juliette de Berlioz avec Les Siècles. Cette configuration se retrouve aussi lorsque nous sommes engagés pour former un chœur d'opéra comme Carmen. On ne nous a jamais proposé de chanter en plus grande formation, mais cela deviendrait alors un chœur symphonique, ce qui ne correspondrait plus vraiment à la spécificité d'Aedes*.
* Voir la vidéo en fin d'article : L'Ensemble Aedes chante "Liberté", extrait de la cantate Figure Humaine de Poulenc sous la direction de Mathieu Romano.

 


L'Ensemble Aedes dans son spectacle <i>Léon & Léonie</i>.  © Thierry Laporte

Aedes se produit a cappella, avec orchestre et devient chœur d'opéra en fonction de la demande. Quel est le profil idéal du choriste de votre formation ?

Je ne pense pas qu'il y ait un profil particulier. Les qualités que je recherche sont avant tout des qualités humaines car il s'agit d'être souple, de savoir s'adapter et d'avoir envie de travailler en groupe. La qualité d'écoute est aussi extrêmement importante car elle permet, à mon sens, de s'adapter à tout. Je suis assez contre les choix de voix en fonction d'un répertoire. Cela tendrait à employer telles voix pour Berlioz, et d'autres voix pour Bach. Avouez que c'est assez réducteur ! Je suis bien davantage attaché à travailler avec des gens intéressants et musiciens. Ensuite, avec du travail et de l'écoute, on parvient à apprivoiser les styles et à se fondre en eux. Presque chaque année depuis la création d'Aedes, j'invite un intervenant pour travailler sur un axe particulier. Nous avons ainsi accueilli Hervé Niquet pour travailler la musique baroque française, ou Catherine Simonpietri pour la musique contemporaine. Il est important de toujours continuer à se former…

Lorsqu'Aedes chante Brel et Barbara dans le spectacle "Léon & Léonie", ou dans "West Side Story", est-ce un autre type de vocalité que vous recherchez avec vos chanteurs ?

Si l'approche du chant n'est pas différente, nous essayons de travailler sur d'autres timbres. Ceci dit, lorsque nous chantons Brel et Barbara, il s'agit d'arrangements musicaux assez savants pour dix-sept voix. Ces arrangements ont été conçus par des compositeurs issus de milieux très variés, comme Aurélien Dumont, Fabien Touchard et Christophe Looten, ou par des compositeurs qui sont aussi arrangeurs dans le monde de la variété, tel Manuel Peskine. Nous avons également travaillé avec Philip Lawson, un ancien membre des King Singers, qui nous a aussi écrit des pièces. Nous essayons vraiment de varier les inspirations. Mais il s'agit toujours d'arrangements très écrits, parfois même à dix-sept voix réelles, et de vraie musique a cappella. Mais, évidemment, au niveau du timbre, on ne peut pas chanter une chanson de Brel comme on chanterait un motet de Bach. Nous nous adaptons. Cependant, il s'agit là encore d'écoute et de sensations musicales bien plus que de technique. Lorsque nous chantons des comédies musicales comme West Side Story ou Mary Poppins, il me semble important de nous placer dans une atmosphère musicale différente car c'est davantage une question d'esprit que de technique.

 

<i>Léon & Léonie</i> par L'Ensemble Aedes.  © Thierry Laporte

Comment vos choristes vivent-ils le passage d'une expression a cappella qui les place au-devant de la scène aux parties de chœur d'une œuvre avec solistes qui leur donne une place plus secondaire ?

Il n'y a pas de problème particulier car ce sont des expressions très complémentaires, et parce que les chanteurs aiment aussi beaucoup faire de la scène. Pour le moment, nous avons le plus souvent eu la chance de collaborer avec des metteurs en scène qui avaient envie de travailler avec un chœur. Il nous est bien sûr aussi déjà arrivé d'avoir la sensation d'être utilisés de façon peu imaginative mais, même dans cette situation, le plaisir de chanter l'œuvre et d'être sur scène est bien présent. De plus, si nous avons le sentiment de ne pas être utilisés au mieux, nos concerts a cappella apportent une compensation en nous plaçant au-devant de la scène pour chanter nos programmes.

Patrick Marie Aubert s'était exprimé dans nos colonnes en regrettant le manque de considération dont souffrent les choristes d'un chœur d'opéra à demeure. Cela ne semble pas être un problème qui vous concerne…

Je comprends très bien une telle situation et j'imagine qu'un chœur attaché à une grande maison d'opéra peut sans doute être catalogué rapidement "chœur de l'opéra". Il est vrai aussi que le chœur souffre parfois encore aujourd'hui de l'étiquette "chorale du coin", et souvent aussi d'une considération "moins bien que l'orchestre", ou alors de formation seulement complémentaire… Aedes n'est pas trop confronté à cela car l'Ensemble s'est avant tout construit sur des programmes de chœur en tant que tels. Par conséquent, nous sommes plutôt reconnus comme un chœur a cappella faisant aussi de l'opéra et de l'orchestre que l'inverse.

Les visuels des programmes d'Aedes ont été créés par Gordon, graphiste de l'Ensemble.

Sur son site Internet, on peut voir qu'Aedes propose un grand nombre de programmes. Quel concept correspond le mieux à la formation ?

Un de premiers programmes que nous avons construits, et qui a fait l'objet de notre premier disque - Ludus Verbalis -, est un programme de musique profane des XXe et XXIe siècles a cappella qui propose aussi bien des chansons de Debussy, Poulenc ou Hersant. Ce programme représente plus ou moins notre signature. Nous aimons beaucoup ce répertoire mais nous ne le chantons pas tant que nous le souhaiterions car il est difficile à vendre. Il remporte toujours un succès auprès des publics qui assistent aux concerts mais, sur le papier, programmateurs et public se méfient par méconnaissance. De fait, c'est assez compliqué mais nous tenons beaucoup à cette musique, en particulier celle de la première partie du XXe siècle à laquelle peu de formations s'intéressent. De telle sorte que, peut-être, elle est devenue notre marque de fabrique.

Après votre dernier disque, "Ludus Verbalis" - Vol. 3 et 4", sorti en 2015 chez NoMadMusic, comment envisagez-vous la politique d'enregistrement de l'ensemble ?

Ce qui me tente le plus est d'enregistrer des pièces peu ou pas présentes au disque, ainsi que pour chœur a cappella, car c'est là que réside notre originalité. Aujourd'hui, le CD ne se vend pour ainsi dire plus. Aussi, nous ne comptons pas sur ce support pour vivre, même si les ventes en fin de concert restent des moments idéaux pour proposer les CD. Pour moi, l'enregistrement va de pair avec l'originalité du programme et non avec une démarche commerciale. Par exemple, j'adore diriger la Saint-Jean en concert mais il ne me viendrait pas à l'idée de l'enregistrer pour figurer aux côtés des cinquante enregistrements déjà disponibles !
Avec le concept "Ludus Verbalis", dès le départ, j'ai envisagé l'enregistrement de quatre volumes : deux consacrés à la musique profane, et deux autres à la musique sacrée, qui sont les derniers sortis. Nous sommes donc parvenus à la fin de notre premier grand projet de tétralogie. En marge de ces programmes, nous avons également enregistré un disque de musique de Philippe Hersant en live. Pour la suite, ce sera vraisemblablement notre programme Brel et Barbara. Nous l'avons tourné quatre fois l'année dernière, et il est prévu que nous le donnions trois fois l'année prochaine.

 

Ensemble Aedes : actions en milieu hospitalier.  © Francesco Acerbis

 

Mathieu Romano.  © Joseph Labbe

Parmi les objectifs d'Aedes, il y a la volonté de porter la musique là où elle s'exprime rarement…

Quasiment depuis la création d'Aedes, nous menons un certain nombre d'actions car, comme beaucoup d'autres musiciens, nous nous disons que c'est un rôle qui nous revient de faire en sorte que le public de la musique classique se renouvelle et que l'image de cette musique évolue. Peut-être, par le passé, les acteurs de la musique n'ont-ils pas pris garde à l'image qu'elle véhiculait. Il est nécessaire de la modifier… Nous organisons des stages pour les choristes amateurs qui, aujourd'hui en France, sont totalement déconnectés des chorales professionnelles. Il nous semble important de créer de tels axes de communication. De même, nous travaillons avec les étudiants en chant, et, très souvent, avec les enfants car c'est à ce stade que tout se joue. De par nos deux résidences, au Théâtre d'Auxerre en Bourgogne, et au Théâtre de Compiègne dans l'Oise, nous faisons chaque année des interventions avec des collégiens. L'année prochaine, nous devons même travailler avec des enfants de primaire… Régulièrement dans l'année, nous faisons chanter ces enfants et, très souvent, nous les faisons participer à la première partie de nos spectacles par des chansons en accord avec la thématique de notre programme, mais aussi avec le programme de leurs professeurs.
Ces activités nous tiennent vraiment à cœur et je pense qu'un point important dans ces collaborations est que le groupe de titulaires d'Aedes assure à la fois les concerts et ces actions culturelles. Nous considérons même qu'il s'agit des deux facettes d'un projet choral unique. Nous nous produisons aussi dans les prisons, et beaucoup dans les maisons de retraite, ainsi que dans les hôpitaux. Depuis plusieurs années, nous collaborons ainsi avec l'association "Tournesol, Artistes à l'hôpital" avec laquelle nous nous réjouissons de développer de nombreux projets. La période de Noël est bien sûr favorable à ces actions. De fait, si nous avons environ une trentaine de concerts par an, Aedes assure une trentaine de journées d'actions culturelles diverses et variées au cours de l'année, principalement en Bourgogne et dans l'Oise, mais aussi en Région parisienne.

Vous êtes en résidence dans deux théâtres. Que vous apportent-elles ?

Nous sommes effectivement en résidence à Compiègne et Auxerre, mais aussi, depuis un an, à La Cité de la voix de Vézelay. Ce que nous apprécions dans ces trois partenariats est qu'ils nous permettent de créer des projets nouveaux et de travailler dans des lieux où les promoteurs nous connaissent et nous font confiance lorsqu'on leur présente de nouvelles idées. De même, il nous est possible de dialoguer avec eux, et cela représente une dimension importante car ce sont eux qui font le lien avec toutes les actions culturelles que nous sommes susceptibles de mener. Ce sont eux également qui trouvent les établissements et les enfants, ce qui facilite notre action. Ces résidences nous fournissent aussi bien sûr des dates de concerts. Parfois, il est vrai, nous devons apporter un financement mais nous recevons des aides et des subventions que nous utilisons pour financer aussi de tels projets.

La recherche de financements est-elle facile à mener ?

Cela prend indéniablement beaucoup de temps, mais j'ai la grande chance de pouvoir compter sur trois personnes permanentes au bureau d'Aedes : une administratrice, une chargée de production et une chargée de communication et de diffusion.

 

Mathieu Romano.  © Jean-Pierre Hakimian

Parallèlement à votre activité de chef de chœur, vous vous exprimez par la direction d'orchestre. Trouvez-vous un équilibre entre ces deux activités ?

Pendant une longue période, j'ai décidé de ne me consacrer qu'à Aedes. Je suis flûtiste et j'ai arrêté la flûte, refusant aussi pas mal de propositions afin de me consacrer totalement à l'Ensemble… Aujourd'hui, j'arrive à un point où, sans abandonner Aedes qui reste ma priorité absolue, je peux accepter certains projets en tant que chef d'orchestre. J'espère d'ailleurs pouvoir développer de plus en plus cette activité. Les plannings font qu'il est parfois difficile de tout concilier, mais je fais au mieux.

Venant du chœur, avez-vous quelque chose à prouver lorsque vous vous présentez comme chef d'orchestre, ou bien est-ce un problème dépassé ?

Je ne suis pas certain que ce soit totalement dépassé. J'ai aujourd’hui une image de chef de chœur et, malgré mon diplôme du CNSM de Paris en Direction d'orchestre, je pense qu'il y a tout de même une méconnaissance dans le fait que chef d'orchestre ou chef de chœur, il s'agit finalement du même métier !

Durant vos premiers pas de chef d'orchestre, l'assistanat a-il beaucoup compté pour vous ?

Je n'irai pas jusque-là dans la mesure où je n'ai pas pratiqué énormément d'assistanat. J'ai appris beaucoup de choses auprès des chefs, mais je n'ai pas non plus l'impression d'avoir été marqué davantage par l'un ou l'autre. Pourtant, certains m'ont vraiment enrichi, mais plutôt sur certains points précis. Je me rappelle par exemple d'un projet d'Aedes avec Daniel Harding et Radio France, où ce chef m'a beaucoup impressionné par son efficacité et sa fougue. Mais ce n'était pas dans le cadre de l'assistanat.

Au mois d'avril dernier, vous dirigiez l'orchestre des Frivolités Parisiennes dans "Don César de Bazan" de Jules Massenet. Travailler sur un ouvrage quasiment oublié est-il stimulant ?

C'est même très émouvant, notamment au début des répétitions, lorsqu'on voit l'œuvre se monter. Je ne suis pas très familier de l'opéra comique français, et je ne connaissais pas cette œuvre. Mais j'adore diriger l'opéra et ce projet en marge d'Aedes m'a vraiment passionné. Les représentations reprendront en septembre, ce qui aboutira à un nombre confortable de représentations, ce dont je me réjouis beaucoup. Par ailleurs, je reconnais que Les Frivolités font un très beau travail de redécouverte et de dépoussiérage de tout un répertoire peu défendu.

À 32 ans, à la tête d'un ensemble et d'une carrière personnelle, comment espérez-vous évoluer ?

Pour être franc, c'est une question à laquelle je ne pense jamais. Ce que j'espère de tout cœur, c'est d'abord passer encore au moins 10 ans avec Aedes et pouvoir fêter les 20 ans de l'Ensemble ! La vie est devenue assez difficile pour les ensembles indépendants, et rien n'est gagné. Mais nous allons nous battre pour y parvenir. Et personnellement, si je peux émettre un vœu, ce serait de parvenir à un meilleur équilibre entre mon métier de chef de chœur et celui de chef d'orchestre, sans rien sacrifier à Aedes.

En termes d'œuvres, comment imaginez-vous votre évolution ?

La Saint-Jean était un rêve, et je suis très heureux d'avoir eu l'occasion de monter cette œuvre à ce stade de mon évolution de chef. Si j'ai peut-être pu appréhender seulement 15 % de ce monument, je progresserai lorsque je le dirigerai à nouveau et, à l'horizon de mes 60 ans, j'en ferai peut-être quelque chose ! Mais, concernant Aedes, je ne peux pas parler de maturité car l'attente de la certitude d'une maturité m'empêcherait dangereusement de prendre des risques. Je préfère plutôt sentir que l'expérience du groupe lui permet d'être prêt techniquement et musicalement à affronter des œuvres d'envergure. Depuis 10 ans, c'est de cette façon que je sélectionne les répertoires que nous chantons. Lorsque nous proposons une œuvre, il faut qu'Aedes puisse la chanter parfaitement. Si l'interprétation n'est pas assez mature, je ne m'en prendrai qu'à moi.
J'aimerais aussi beaucoup pouvoir monter les Vêpres de Monteverdi. C'est un de mes rêves depuis très longtemps, et tout porte à croire qu'il pourrait se réaliser prochainement.

 

Mathieu Romano et l'Ensemble Aedes.  © Géraldine Aresteanu

Quels seront vos grands rendez-vous de la saison prochaine ?

Avec Aedes, nous allons proposer un programme qui me plaît beaucoup - Regards croisés - et qui, comme son titre l'exprime, se présente comme un croisement : celui entre la chanson française et le madrigal italien, à l'époque de la Renaissance et à l'époque moderne. Dans ce programme, nous chantons à la fois Gesualdo, Monteverdi, Janequin et Servin, que nous mettons en lumière en alternant avec Berio et Fénelon. Regards croisés fait également intervenir un théorbiste-guitariste. Il me tarde de commencer ce programme fin août, et nous le tournerons jusqu'à début décembre.
Ensuite, nous avons un beau projet d'opéra pour la réouverture de l'Opéra Comique : Fantasio d'Offenbach. Puis, nous reprendrons nos programmes Brel-Barabara et celui construit autour de la musique américaine.
Nous proposerons Regards croisés à Amsterdam mais, pour le moment, nous sommes plutôt concentrés sur des concerts en France. Sortir des frontières sera sans doute une évolution intéressante, mais je sais que les chœurs ne manquent pas à l'étranger. La singularité de nos programmes, je l'espère, fera la différence…



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 31 mai 2016



Pour en savoir plus sur l'Ensemble Aedes :
www.ensemble-aedes.fr

 

 

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