Interviews

Interview de Marie-Nicole Lemieux, contralto

Marie-Nicole Lemieux.  © Denis RouvreNous rencontrons Marie-Nicole Lemieux alors qu'elle a commencé à répéter le rôle de Tancredi qu'elle chantera au Théâtre des Champs-Élysées avant de revenir sur cette même scène pour une version concert de L'Italienne à Alger.
L'occasion pour nous d'un échange privilégié avec cette grande interprète et de parler d'un disque quasiment inconnu en France qu'elle a récemment enregistré au Québec : Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle. Un cycle de mélodies composées par André Gagnon sur des textes de Michel Tremblay dans lequel Marie-Nicole Lemieux parvient à nous émouvoir par sa sincérité et les prodigieuses couleurs de sa voix de contralto qui donnent vie à cette correspondance chantée avec âme…

Marie-Nicole Lemieux chantera le rôle-titre de Tancredi de Rossini au Théâtre des Champs-Élysées pour 5 représentations du 19 mai au 27 mai 2014. À ses côtés, Patrizia Ciofi chantera le rôle d'Amenaide ; Antonino Siragusa sera Argirio ; Christian Helmer, Orbazzano ; Josè Maria Lo Monaco, Isaura ; et Sarah Tynan, Roggiero. La mise en scène est confiée à Jacques Osinski, et l'Orchestre Philharmonique de Radio France sera dirigé par Enrique Mazzola. Plus de renseignements ICI

Cliquer pour plus d'informations sur <i>L'Italienne à Alger</i> en version concert le 10 juin 2014 au TCE…On retrouvera Marie-Nicole Lemieux et Antonino Siragusa sur cette même scène du Théâtre des Champs-Élysées pour L'Italienne à Alger de Rossini donné en version concert le 10 juin 2014 à 20H. Pour cette soirée unique, Les Grandes Voix ont rassemblé autour des deux chanteurs Sophie van de Woestyne, Nigel Smith, Nicolas Cavallier, Nicolas Rigas et l'Ensemble Aedes. L'orchestre de chambre de Paris sera dirigé par Sir Roger Norrington. Plus de renseignements ICI

Marie-Nicole Lemieux.  © Manuel CohenTutti-magazine : Vous avez commencé le 1er avril les répétitions de Tancredi que vous chanterez du 19 au 27 mai au Théâtre des Champs-Élysées. Comment s'annonce cette production ?

Marie-Nicole Lemieux : Nous avons commencé par une répétition purement musicale mais, très vite nous sommes passés à la mécanique habituelle de mise en place d'une production d'opéra avec le pianiste, la présence du chef d'orchestre, le metteur en scène et ses assistants ainsi que les gens du théâtre. Comme très souvent, les répétitions d'une telle production demandent aux chanteurs de se plonger dans un univers où tout intervient en même temps, ce qui est somme toute assez schizophrénique. Il arrive souvent que le metteur en scène ait une idée mais que le chef d'orchestre ne soit pas présent dès le début des répétitions. Nous prenons donc des décisions scéniques et musicales au cours de cette préparation et, quand le chef arrive au bout de trois semaines de répétitions, il nous impose sa vision différente. Naît alors une discussion entre le metteur en scène et le chef d'orchestre…
Mais pour Tancredi, heureusement, tel n'est pas le cas et Enrique Mazzola est présent aux répétitions et peut discuter avec le metteur en scène Jacques Osinski. Cela est très important car, finalement, le chanteur a peu à dire dans une mise en scène d'opéra dans la mesure où il est en quelque sorte un membre de l'orchestre. Tant de paramètres sont liés entre eux et concourent à la réussite d'une production d'opéra qu'il n'y a pas de place, je crois, pour un comportement de chanteur égocentrique qui essaye d'imposer sa façon de voir. De mon point de vue, les chanteurs sont là pour travailler ensemble, ce qui n'exclut pas la discussion, et s'investir dans une construction commune.

Jacques Osinski assure la mise en scène de cette nouvelle production. Comment vous dirige-t-il ?

Dans la façon de travailler de Jacques Osinski, j'apprécie le côté serein mais également précis. Certains metteurs en scènes arrivent en répétition sans savoir ce qu'ils veulent. Mais ce que nous faisons ici est réfléchi et les déplacements répondent à une idée, de telle sorte que nous voyons où nous allons. Jacques n'est pas ce que j'appelle un metteur en scène "diva" qui a besoin de crier et de se mettre en scène pour s'exprimer. Avec lui, tout est simple, ce qui ne l'empêche pas de savoir ce qu'il veut et de faire preuve d'exigence pour l'obtenir, mais toujours d'une manière fine et ouverte à la discussion. Il est très agréable de travailler avec lui. J'ignore ce que cette mise en scène donnera sur scène, mais l'ambiance de travail est très bonne, et tout le monde se montre sympathique et avance avec cohésion dans le même axe de construction.

Votre tessiture vous amène à chanter de nombreux rôles en pantalon. Est-ce un plaisir total ou teinté de résignation ?

Costume pour Marie-Nicole Lemieux dans le rôle de Tancredi au Théâtre des Champs-Élysées.  © Christophe-Ouvrard

Finalement, j'ai beaucoup plus chanté de rôles d'hommes en concert : Salomon, Polinesso, Unolfo, Jules César… Mais Tancredi n'est que mon troisième rôle travesti sur scène. Je ne peux donc pas parler de saturation et je peux même dire que c'est très agréable. À l'inverse, je chante rarement des femmes sexy, mais plutôt des vieilles, des harpies et des pimbêches. Dans Falstaff, pour Mrs. Quickly, tout dépend des mises en scène, car il arrive que ce personnage soit très exubérant.
Mais Dalila m'attend à l'Opéra de Montréal en janvier 2015, ce qui me permettra d'être à la fois une femme et même la femme fatale, la pimbêche et la tordue ! Ce rôle est fascinant et je suis persuadée qu'il ne faut pas l'aborder du point de vue de Samson mais de celui de Dalila. Dalila aime Samson mais dans une relation particulièrement complexe… J'aurai la chance de débuter dans Samson et Dalila avec l'Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Jean-Marie Zeitouni, un jeune chef québécois extrêmement doué. Je travaillerai avec le metteur en scène québécois Alain Gauthier. Outre son vrai talent, il me fait penser à Jacques Osinski dans la mesure où, lui aussi, travaille dans la bonne humeur et fait toujours preuve d'une extrême clarté.

 

Omo Bello et Marie-Nicole Lemieux réunies pour le <i>Grand Concert de Noël</i> diffusé sur France 3 en 2013.

Le 10 juin, on vous retrouvera sur cette même scène du Théâtre des Champs-Élysées pour un autre opéra de Rossini écrit la même année que Tancredi, L'Italienne à Alger, présenté dans le cadre de la saison Les Grandes Voix. Vous chanterez le rôle d'Isabella. Il s'agit d'une version concert. Comment abordez-vous un rôle que vous chantez sans mise en scène ?

Pour cette version de concert, nous aurons tout de même cinq jours de préparation. Mon objectif principal sera le plaisir, d'autant que L'Italienne à Alger, c'est presque trois heures de bonheur, d'humour et d'humanité. Les lignes musicales sont magnifiques et les ensembles sont jouissifs. Je prends cela avant tout comme un cadeau car ce concert représente une opportunité de se laisser aller avec ce que l'on ressent. La distribution est formidable, tous les chanteurs sont des rossiniens avertis et de véritables comédiens, Antonino Siragusa en tête. Nous nous connaissons tous. Je retrouverai aussi Omo Bello, que j'ai rencontrée lors du Grand concert de Noël enregistré pour France 3, et qui est absolument charmante. Elle chantera le rôle d'Elvira. Il y aura aussi Nigel Smith qui était mon Taddeo à Nancy. Ma seule envie est de pouvoir transmettre cette joie contenue dans l'opéra de Rossini. J'espère que nous allons réussir à offrir un beau moment de musique, à distraire les gens et à les amener à apprécier cette merveilleuse musique.

 

Marie-Nicole Lemieux dans <i>L'Italienne à Alger</i> à l'Opéra de Nancy.  © Opéra National de Lorraine

 

Marie-Nicole Lemieux et Donato di Stefano dans <i>L'Italienne à Alger</i>.  © Opéra National de Lorraine

Votre affinité avec la musique de Rossini a-t-elle toujours existé ?

C'est très étrange car, il y a une dizaine d'années, jamais je n'aurais pu parler d'affinité avec Rossini. Je trouve cela d'ailleurs rassurant car rien n'est coulé dans le béton… Je suis de nature souriante et assez comique mais, lorsque j'ai commencé à plonger dans la musique classique, les compositeurs qui m'ont tout de suite touchée étaient Mahler et Wagner. Leur profondeur et leur densité me parlaient et répondaient à mon attirance pour la musique incarnée. Je ressentais la musique de Wagner dans mon corps et cette sensation était très puissante. À cette époque, si Rossini me semblait loin de moi, Mozart l'était tout autant et j'éprouvais même de la difficulté à le comprendre car je trouvais sa musique agréable mais privée des sensations que je recherchais alors. Cette volonté d'ancrer la musique dans mon corps était sans doute une façon de m'approprier le chant. Il ne faut pas oublier qu'un chanteur produit le chant avec son corps…
J'ai toujours été et je reste très instinctive mais le travail technique m'a permis d'acquérir une plus grande liberté et j'ai évolué. Puis j'ai compris qu'en faisant sa propre expérience de la tristesse, on se rend compte qu'on a aussi besoin de rire avec la musique. C'était un pas vers Rossini.

Mais comment est né votre vrai lien avec Rossini ?

Rossini a beaucoup composé pour les contraltos et j'ai une certaine facilité pour les coloratures. Il était donc inévitable que je rencontre sa musique un jour ou l'autre. Je dois aussi avouer que lorsque je chantais Rossini, j'éprouvais beaucoup de plaisir. Cependant, j'avais assisté en spectatrice à une très mauvaise Cenerentola qui m'a tellement marquée que je ne veux plus entendre cet opéra. Je me suis tellement ennuyée qu'aujourd'hui, la seule vision du titre me donne envie de fuir… Je pensais donc de la musique de Rossini qu'elle était faite pour être chantée mais pas pour être écoutée ! Ce sentiment était sans doute aussi la conséquence d'écoutes dont l'interprétation se situait trop dans la voix et pas suffisamment dans l'essence même de la musique de Rossini : sa spiritualité, sa drôlerie et sa finesse. Puis, il y a eu un Barbier de Séville dont j'ai adoré la mise en scène, et surtout L'Italienne à Alger qui a provoqué un vrai coup de foudre en raison du bonheur que j'ai non seulement éprouvé en chantant sur scène mais que j'ai vu rejaillir sur les spectateurs. Cette musique permet à l'interprète de donner. S'il ne possède pas cette générosité de partage et qu'il ne pense qu'à lui, ça ne fonctionne pas.

 

Marie-Nicole Lemieux et l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi aux <i>Proms</i> de Londres en 2010.  © Chris Christodoulou

Ressentez-vous facilement cette communication avec le public lorsque vous êtes sur scène ?

La façon de la ressentir n'est pas toujours identique. Parfois, j'ai l'impression que rien ne passe et ça me terrorise. Pourtant la communication s'établit à mon insu. Alors, j'aurais tendance à dire qu'il s'agit plutôt d'une supposition et qu'on lui accorde ou non de l'importance. Ceci étant, lorsqu'il s'agit d'un drame, je remarque parfaitement la qualité du silence de la salle et cette qualité m'aide à me situer. J'ai aussi trouvé très beau de voir des spectateurs en larmes, derrière la silhouette du chef, à la fin de Suor Angelica à Vienne ou de Madame Butterfly au Liceu. Cette relation au public est une dimension agréable car elle reflète une communication avec les spectateurs et exprime qu'ils sont bien avec nous. En concert, voir les sourires des spectateurs est quelque chose de très sympathique aussi. Lorsque le sujet est léger, les rires de la salle constituent également un signe instantané qui ne trompe pas. Naturellement, ce ne sera pas le cas pour Tancredi qui n'est pas une comédie, mais j'espère que nous parviendrons à mettre en place cette communication avec le public.

Un grand rendez-vous à venir est votre prise de rôle dans Le Trouvère en août prochain à Salzbourg sous la direction de Daniele Gatti…

Daniele Gatti au Musikverein de Vienne en mai 2013.Tancredi est également une prise de rôle. J'enchaîne donc deux prises de rôle : Tancredi et Azucena. Le chant rossinien précède le chant verdien, de telle sorte que je crois que c'est une bonne chose de commencer par Tancredi avant de me lancer dans Azucena. Mais il est difficile pour moi de parler de Verdi alors que je suis totalement investie en ce moment dans Rossini…
C'est avec Daniele Gatti que j'ai fait mes débuts au Musikverein de Vienne dans le Requiem de Verdi. C'est aussi grâce à lui que j'ai signé avec La Scala, car je ne me voyais pas du tout m'intégrer à l'Année Verdi. Il m'a convaincue et je suis venue chanter, même si lui n'y était plus ! Et c'est lui encore qui m'embarque à Salzbourg. Je ne sais d'ailleurs pas précisément à quoi m'attendre mais ce sera intense et, avec Daniele Gatti à la tête de l'orchestre, ce sera de la Musique. Je sais que s'il me demande de chanter piano, l'orchestre jouera piano. Je me sens en totale confiance avec lui, et c'est pour cette raison que je vais à Salzbourg. Dans ce type d'opéras, la relation entre le chanteur et le chef d'orchestre est très importante, car l'interprète a besoin de la bienveillance du chef.

Comment vous préparez-vous à un nouveau rôle ?

Mon grand drame est de ne pas savoir jouer du piano et de ne pratiquer qu'un instrument monophonique : ma voix. Pour aborder un nouveau rôle, je commence toujours par une lecture de la partition qui me permet de savoir si le rôle convient à ma voix. Puis, très vite, je travaille au Québec avec des répétitrices car c'est de cette façon que j'apprends, et non seule. Je ne chante jamais sans piano. C'est une habitude que j'ai prise pendant mes études de chant à Montréal sur les conseils de mon professeur. Étant donné que je fonctionne par le phrasé musical, chanter sans le soutien instrumental, ne me mène à rien. De plus, cela fatigue énormément la voix. De toute façon, un chanteur ne chante quasiment jamais a cappella… Dans cet apprentissage fait de lecture et de répétitions avec le piano, j'apprends tout en même temps : le texte et la musique, car le nom des notes ne me parle pas. J'ai besoin de placer tout de suite le texte sur la musique, comme s'ils étaient fondus l'un avec l'autre. Peut-être que je gagne du temps en procédant ainsi, mais toujours est-il que cela demande beaucoup de concentration. Ce qui peut m'aider, lorsque je travaille seule, est de dire le texte dans la rythmique.
Pour un chanteur, il est très important de s'enregistrer pour s'écouter. Lorsque j'estime qu'un passage est "propre", je l'enregistre donc. J'entends par "propre", et ce que je dis aux jeunes chanteurs, le moment où le squelette, la structure musicale, est solide. Il est indispensable de bien connaître la partition et les intentions. L'interprétation viendra ensuite. Elle ne viendra pas de vous mais de votre rencontre avec le chef et le metteur en scène. Le travail du chanteur, dans un premier temps, est de construire la charpente de la maison. Ensuite, on la décore…

Lorsque vous apprenez ainsi un rôle, une idée du personnage ne se met-elle pas parallèlement en place ?

Des contours sont bien sûr générés par l'histoire, le livret et le texte mais j'évite d'approfondir ce qui reste assez superficiel car, souvent, on sera conduit à faire totalement autre chose. Je me prépare donc musicalement, mais pour le reste, je veille à rester ouverte à ce qu'on me proposera.

 

Christopher Purves et Marie-Nicole Lemieux dans <i>Falstaff</i> à Glyndebourne.Applaudissements pour Marie-Nicole Lemieux dans <i>Falstaff</i> à Glyndebourne en 2009.


















Comment, alors, enchaînez-vous une même œuvre dans des mises en scène différentes ?

Cela m'est arrivé souvent, en particulier pour Mrs. Quickly. Interpréter le même personnage dans des mises en scène différentes nourrit en apportant une autre compréhension. Il y a évidemment des productions que l'on sent plus en accord avec soi que d'autres. Mais ce ne sont pas forcément les versions dans lesquelles on se sent le plus à l'aise qui font le plus avancer. Je pense qu'on prend de chaque représentation. Les Falstaff qui m'ont le plus apporté sont la mise en scène de Richard Jones à Glyndebourne et celle de Robert Carsen. Robert Carsen m'a apporté la perception corporelle du personnage en me faisant jouer en déstructurant mon corps. Jouer Quickly ainsi m'a donné la conscience esthétique des positions du corps et m'a permis d'assumer et de prendre plaisir à être une femme sur scène. Isabella dans L'Italienne à Alger, m'a également beaucoup nourrie sur le plan scénique, mais encore bien davantage sur le plan vocal grâce au travail que j'ai accompli pour chanter ce rôle.

 

Patrcia Racette (Suor Angelica) et Marie-Nicole Lemieux (la Zia Principessa) dans <i>Suor Angelica</i> mis en scène par Damiano Michieletto à Vienne.  © Werner Kmetisch

Apprenez-vous des autres chanteurs ?

Oui, en les regardant et à leur contact. Je me souviens de mon premier Falstaff aux côtés d'Anna Caterina Antonacci car j'ai beaucoup appris en la regardant jouer. J'ai retrouvé cette qualité de jeu qui m'inspire chez Béatrice Uria-Monzon… L'année dernière j'ai chanté à Vienne le rôle de la Zia Principessa dans Suor Angelica. La mise en scène de Damiano Michieletto était d'une incroyable dureté mais cela a donné lieu à une fantastique expérience. C'est à cette occasion que j'ai rencontré la soprano Patricia Racette, qui est d'origine franco-canadienne, que j'ai eu le grand plaisir de retrouver au Liceu pour Madame Butterfly. Travailler avec elle est inouï car j'ai l'impression que nous fonctionnons de la même façon. Nous sommes toutes les deux des instinctives, nous parlons beaucoup de ce que nous ressentons, et l'intensité de ce genre de relation est unique. Chanter avec de telles personnes, rencontrer des gens intéressants, sont des grands bonheurs de mon métier.
L'écoute des autres est également une dimension importante. Habituellement, lorsque je me lance dans l'apprentissage d'un nouveau rôle, je me procure un ou deux enregistrements. Lorsque j'étais au conservatoire, j'écoutais un nombre considérable de versions d'une même œuvre. Par ces multiples écoutes, j'ai pu développer un sens musical ainsi qu'un avis sur ce que j'aime et ce que je n'aime pas. Certains étudiants pensent qu'écouter ainsi plusieurs versions empêche de trouver son propre axe d'interprétation. Je pense qu'au contraire, à un moment donné, ce qui est en nous et ce que nous voulons faire ressort avec évidence. L'écoute m'aide en outre à repérer les phrases musicales et à approcher la construction d'une œuvre. Comme je le dis souvent aux jeunes chanteurs, dans la musique, l'important est la direction que l'on prend du point A au point B.

 

<i>Petite messe solennelle</i> de Rossini au Musikverein de Vienne en mai 2013. Autour de Daniele Gatti : Barbara Frittoli, Marie-Nicole Lemieux, Saimir Pirgu et Carlo Colombara.

Le 6 mai dernier, toujours au Théâtre des Champs-Élysées, vous faisiez vos débuts dans la Petite messe solennelle de Rossini de façon très théâtrale, également avec Daniele Gatti. Quel souvenir vous a laissé ce concert ?

Marie-Nicole Lemieux et Daniele Gatti au Musikverein de Vienne en 2013.Daniele Gatti est un chef très opératique et très théâtral dans sa façon de diriger, et cela me parle beaucoup. C'est sans doute pour cette raison que j'ai interprété la partie de contralto avec ce type d'énergie. Mais ce n'est qu'après avoir chanté la Petite messe solennelle sous sa direction à Paris et à Vienne au Musikverein, dans cette acoustique fabuleuse, que je me suis aperçue qu'on pouvait aussi prendre plus de recul par rapport à l'œuvre, et aussi peut-être jouer davantage sur l'humour. Mais je pense que la teneur en devient moins intéressante. Vous l'aurez compris, j'adore travailler avec Daniele Gatti. Il ressent énormément la musique dans son corps et il dirige également de façon très corporelle, ce que je comprends totalement dans la mesure où je chante ainsi… J'ai adoré cette Petite messe de Rossini, mais pour toute l'œuvre et pas seulement pour ce que je chante. J'ai été totalement emportée dans cette vision qui m'a incitée à donner le plus totalement. En entendant la Fugue, je me serais levée pour danser ! Il y a là tout le génie de Rossini. Quant à l'Agnus Dei final, je le prends comme un cadeau fait par Rossini aux contraltos. Nous avons envisagé ce mouvement de façon dramatique et je l'ai chanté comme si Rossini demandait pardon à Dieu, comme si je demandais moi-même pardon. Cela m'a permis d'apporter cette dimension dramatique et des couleurs à mon chant. Mais rassurez-vous, avec la résolution sur l'accord majeur, le pardon a été accordé ! Chanter cet Agnus Dei permet de prendre conscience de la façon dont Rossini comprenait la tessiture de contralto et savait écrire pour elle.

L'année dernière un disque est sorti au Québec mais dont on n'a pas parlé en France. Il vous a valu le prix Opus d'interprète de l'année et un prix Juno : le cycle de mélodies "Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle". Comment est né ce projet ?

Le compositeur André Gagnon et le dramaturge Michel Tremblay avaient collaboré sur l'opéra Nelligan et souhaitaient travailler à nouveau ensemble sur un cycle de mélodies. Ils cherchaient donc un sujet. Or tous deux adoraient la célèbre écrivaine québécoise Gabrielle Roy et ils ont eu l'idée de travailler à partir de l'angle de la mère de Gabrielle. Restait à trouver une interprète pour ce projet… En 2009 je chantais dans une très belle production d'Alain Gauthier de Gianni Schicchi et André Gagnon était venu me voir. Au Québec, personne n'ignore qui est André Gagnon, tout le monde l'aime, tout le monde l'adore car cet homme est un amour pétri de musicalité et de gentillesse. À l'occasion de l'opéra de Puccini, il vient me trouver pour me proposer un projet sur lequel il travaillait avec Michel Tremblay… Sachez que Michel Tremblay est aussi une icône pour nous Québécois, car il représente l'évolution et l'ouverture de notre théâtre. Imaginez dans quel état j'étais devant André Gagnon qui me proposait de participer à un projet avec Michel Tremblay ! Bien sûr, cela me tentait.
André Gagnon.  © Marie-Claude TétraultPuis, je n'ai pas eu d'autres nouvelles jusqu'au jour où je reçois un message du chef d'orchestre Jacques Lacombe. Il m'annonce qu’André et Michel ont composé un cycle de mélodies et voudraient que j'en sois l'interprète… À ce moment, tout était composé à l'exception, peut-être, d'une ou deux mélodies à peaufiner. Un essai d'enregistrement avait même été fait avec la comédienne québécoise Kathleen Fortin. C'était du reste assez spécial car, si vous pouviez voir une photo de cette actrice, vous jureriez qu'il s'agit de ma jumelle : c'est une comédienne incroyable, très grande, pulpeuse et rousse aux yeux bleus qui possède une voix de soprano dramatique-alto [cf. Galerie de photos]. Mais André et Michel souhaitaient que leur composition soit un cycle opératique. Ce qu'avait enregistré Kathleen était très beau, mais ils voulaient une couleur vraiment classique, et ils ont décidé que j'étais la voix qu'ils cherchaient. Bien sûr, j'ai dit "oui" immédiatement d'autant que Gabrielle Roy est mon auteure préférée. J'ai lu tous ses livres. Mais cela, ils ne le savaient pas !

Que s'est-il passé ensuite ?

Je me suis rendue dans le studio d'André Gagnon. Jacques Lacombe était présent, et nous avons fait une première lecture. Il nous fallait trouver le ton juste en tenant compte à la fois de ce que recherchait André et des plus belles couleurs de la voix. André a beaucoup utilisé ma tessiture grave et les tonalités de do et de ré. Ré est d'ailleurs ma tonalité fétiche, car je trouve que tout se place bien dans ce ton. L'Agnus Dei de la Petite Messe solennelle de Rossini est du reste écrit en ré ! Dès cette première lecture, j'étais tellement touchée que j'avais les larmes aux yeux… Les rencontres et les répétitions se sont ainsi succédées pendant plus d'un an jusqu'à ce que nous parvenions à une mise en place qui nous satisfaisait. Je me souviens très bien d'un samedi de juin 2011 où je n'étais pas dans mon assiette. Je me suis retrouvée chez André Gagnon, qui m'accompagnait au piano, devant Michel Tremblait qui nous écoutait avec la main sur le cœur. Nous étions là, plongés dans ces mélodies, à partager un très beau moment, et j'ai pris cela comme un beau cadeau que je recevais à un moment où ça n'allait pas très fort. Après certaines mélodies, nous finissions tous les trois en larmes. Je ne suis pas prête d'oublier cette communion d'émotion… En définitive, toute cette progression autour de ce cycle s'est toujours déroulée dans un espace de beauté et de délicatesse jusqu'à la création avec orchestre le 11 novembre 2011 à Trois-Rivières. L'Orchestre Symphonique de Trois-Rivières avait joué la Symphonie No. 6 de Beethoven en première partie et j'avais chanté les Wesendonck Lieder de Wagner. La seconde partie était dédiée aux Lettres de Madame Roy… qui est un cycle de 37 minutes. Un véritable triomphe nous attendait. Les gens, dans la salle, étaient en larmes, et moi, j'ai terminé le cycle dans le même état. Ma famille était là…

Comment ressentez-vous les textes de Michel Tremblay ?

Michel Tremblay.  D.R.

Ces textes sont d'une beauté incroyable. Je n'ai d'ailleurs pas la sensation d'être Madame Roy quand je les chante, mais plutôt sa fille Gabrielle qui lit les lettres de sa mère. Moi-même, je suis toujours sur le point de partir quelque part. Or, chanter ces mélodies me donne l'impression d'entendre ma mère me parler, et je me retrouve à chanter des phrases qu'elle me disait elle-même quasiment mot pour mot. Alors, imaginez !
La voix se pose très naturellement sur ces textes, sans doute parce que la musique d'André Gagnon est toujours naturelle, elle aussi. C'est un grand mélodiste et chanter cette musique me donne parfois l'impression de retrouver la teneur des films hollywoodiens des années 1950. Je crois qu'avec cette simplicité, il a réussi à composer de très belles phrases vocales. Le défi, en ce qui me concerne, se situait au niveau de la prononciation. Je ne voulais pas prononcer ces textes à la québécoise, mais pas à la française non plus. Je ne pouvais pas plus rouler les "r", ce qui n'aurait pas convenu ici, et je devais trouver le moyen d'obtenir une fluidité, une sorte d'évidence. Le chant classique, reconnaissez-le, n'est pas nécessairement évident ! Mais je crois être parvenue à un juste milieu en me souvenant de mon travail avec Jean-François Lapointe, et j'ai réussi à sortir des "r" faciles à comprendre. Je suis particulièrement heureuse que le disque permette d'entendre parfaitement toutes les paroles, tandis que la voix reste opératique.

 

Marie-Nicole Lemieux et l'Orchestre Symphonique de Trois-Rivières lors de la création de <i> Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle</i>.  © Orchestre Symphonique de Trois-Rivières

Cette mère dont vous chantez les peurs, les doutes, les joies et les interrogations, vous la comprenez ?

Oui, et dans tous ses excès. Je pense que personne ne sait comprendre les mères comme Michel Tremblay. Il a su leur donner un langage vrai. Alors, oui, je comprends parfaitement cette Madame Roy qui, en réalité, est très proche de ma mère. Elle sait que sa fille est vouée à un destin plus grand que le sien et elle l'accepte, mais elle lui manque terriblement. Ma maman vit toujours au Lac Saint-Jean et je sais que je lui manque énormément comme elle me manque beaucoup. Heureusement, nous avons Skype ! Elle sait que j'aime ce que je fais, et cela la rend heureuse, mais elle me dit toujours : "Le jour où tu n'aimeras plus ça, tu sais que la maison est ouverte !". Le texte de Michel Tremblay exprime la même chose dans la mélodie "Surtout" : "Oui, si jamais ces jardins magiques ne sont plus ce qu'il te faut, alors arrive". Tout cela sonne tellement vrai dans la bouche d'une mère. En tant que mère, je comprends parfaitement ce paradoxe d'aimer et de laisser l'autre se développer. Tout cela est merveilleusement contenu dans les textes de Michel Tremblay.
De même, au début du cycle, "Où es-tu Gabrielle ?" exprime l'inquiétude de Madame Roy de ne pas pouvoir imaginer la vie de sa fille qui s'est rendue à Londres. Madame Roy ne connaît pas Londres et cela la plonge dans une inquiétude que j'ai retrouvée chez ma propre mère quand elle ne parvenait pas à imaginer dans quel cadre je vivais. Maintenait, il y a Google Earth, et cela lui fait du bien. Mais rendez-vous compte que je retrouvais dans ce texte un trait de caractère que je pensais assez unique !

Marie-Nicole Lemieux.  © Laure Vasconi/Naïve

Madame Roy, dans Miroir déformant, s'attriste de la vision que sa fille porte sur ses parents…

Je pense que ce texte sort de l'imagination de Michel Tremblay, car il n'est pas certain que Madame Roy ait lu tous les livres de sa fille Gabrielle. Personnellement, je ne vois pas là un reproche mais plutôt une interrogation sur le fait d'être suffisamment intéressant pour figurer dans un livre. On retrouve ici toute la mentalité franco-canadienne qui fait que nous avons beaucoup de mal à nous trouver intéressant. Dans "Miroir déformant", Michel Tremblay a écrit : "Je suis moins parfaite que tu ne crois, Je suis moins sublime que tu le veux…". C'est la mentalité judéo-chrétienne de l'époque qui est toujours très forte au Québec : il faut s'abaisser et surtout pas se trouver dans la lumière… Finalement, Madame Roy, au fin fond du Manitoba, doit se poser cette bonne vieille question persistante : "Qu'est-ce que les autres vont dire ?".

La partition présente des contrastes très importants, avec au centre, une mélodie - Les Grands blés - qui éclate comme une respiration de vie…

C'est une mélodie que j'aime énormément et qui, il est vrai, tranche du reste du cycle par sa rapidité. Mais au départ, André Gagnon jouait "Les Grands blés" dans un tempo assez lent. Ce texte, c'est en quelque sorte la lumière qui jaillit le matin, alors j'ai chanté cette mélodie beaucoup plus rapidement, comme je la sentais, et c'est ce que nous avons conservé au final. L'orchestration est magnifique et cette mélodie est celle qui me permet de chanter le plus aigu. "Les Grands blés" est une véritable respiration qui exprime également une acceptation de la situation : Madame Roy ne pourra jamais rejoindre sa fille qui vit trop loin d'elle…

"Souviens-toi" revient à une atmosphère beaucoup plus chargée…

C'est la mélodie la plus personnelle, et peut-être celle qui me permet de m'exprimer le plus moi-même car, lorsque j'ai le mal du pays, ce sont exactement les images décrites par Michel Tremblay qui me viennent à l'esprit. Des images précises de l'hiver. Je sais que les Français ont du mal à comprendre qu'on puisse s'ennuyer de l'hiver. Et pourtant… Ces mots sont ceux que je pourrais dire car les contrastes des "saisons canadiennes" ont bercé toute mon enfance. Quoi de mieux qu'un -30° quand on est à la maison et qu'on n'a pas à sortir ?

Le cycle de mélodies se termine par "Surtout"…

"Surtout" est un peu la dernière tentative de Madame Roy pour faire revenir sa fille. Elle est accompagnée d'un léger chantage affectif, très vite maîtrisé. Du reste, au long des pièces, cette mère se laisse parfois un peu aller à culpabiliser sa fille, mais toujours avec bienveillance et elle se reprend très vite.

 

Création de <i>Lettres de Madame Roy…</i> à Trois-Rivières. Marie-Nicole Lemieux, Michel Tremblay, Jacques Lacombe et André Gagnon.  © Orchestre Symphonique de Trois-Rivières

L'enregistrement a eu lieu à Radio Canada avec l'Orchestre Symphonique de Trois-Rivières. François Toutant, violoncelliste de l'orchestre, se souvient de votre humour qui a rendu cet enregistrement très agréable. Aimez-vous enregistrer ?

Nous avons fait le concert un dimanche et j'ai enregistré le cycle complet le lundi, en un seul service. J'ai tellement enregistré que je peux sans doute dire que je suis à l'aise mais je suis terriblement exigeante envers moi-même et j'attends que les autres fassent de même en enregistrant avec moi. C'est la raison pour laquelle je m'entoure souvent des mêmes personnes car elles me motivent aussi. J'avoue que pour l'enregistrement des Lettres de Madame Roy… j'étais un peu inquiète car il n'y avait pas de directeur artistique. Mais nous avions fait le concert la veille et j'avais une idée si précise de ce que je voulais obtenir que tout s'est très bien déroulé. Je ne pense pas avoir eu un comportement spécial par rapport à l'orchestre mais je me suis totalement donnée à ce que je chantais. Je me souviens aussi très bien que tout le monde s'est investi à fond pour cet enregistrement.
À vrai dire, ce que je crains le plus, c'est la prise de son. Mais quand le son rend la beauté de la voix, il n'y a aucun problème. Or, c'est le cas pour ce disque qui a été enregistré par Michaël Néron. Il se trouve que Michaël est natif de Dolbeau, comme moi, et que nous étions à l'école ensemble. Dire que c'est André Gagnon qui nous a réunis ! De plus, Carl Talbot s'est occupé du mastering pour ce disque alors qu'il avait réalisé mon premier enregistrement chez Analekta. Le monde est vraiment petit…

Ce disque n'est pas commercialisé en France. Seul le téléchargement est proposé à la vente. Que pouvez-vous dire au public français pour lui faire aimer cet ouvrage original ?

Marie-Nicole Lemieux.  © Yves Renaud

Tout d'abord, j'espère que l'éditeur parviendra à commercialiser ce disque en France. Ensuite, si certaines personnes parlent de ce cycle comme d'un plaisir coupable ou même de cross-over… Et alors ? C'est un très beau cycle de mélodies. À ceux qui aiment Marie-Nicole Lemieux, je peux dire que ces mélodies se rapprochent des racines de mon chant. C'est une œuvre très québécoise, très franco-canadienne. Quand je chante Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle, c'est tout mon pays et toute une mentalité que j'exprime. Il n'y avait jamais eu de cycle mélodique québécois avant celui-ci. Ce n'est pas de la musique contemporaine dans le sens "moderne" mais l'œuvre d'un compositeur de mélodies, une œuvre portée par la sincérité d'un musicien que je chante avec un énorme plaisir.

Avez-vous envisagé une version chant-piano de Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle que vous pourriez proposer en récital ?

Je vais chanter ce cycle avec piano au Québec dès le 22 juin prochain pendant le Festival International du Domaine Forget, à Saint-Irénée. Mais André Gagnon ne sera pas assis au clavier car il a décidé de ne plus jouer sur scène. C'est une décision douloureuse, d'autant qu'André joue magnifiquement. Les séances de travail avec lui étaient d'une merveilleuse musicalité. Mais il faut comprendre que nous, artistes, nous sommes angoissés. Ce qui nous pousse souvent à continuer est que la somme de joies que nous éprouvons sur scène est plus importante que celle de douleurs et de peines que nous rencontrons dans la vie. Or il peut arriver un moment où cette douleur n'est plus équilibrée par la joie du partage sur scène et que la souffrance prenne le dessus. Dans ce déséquilibre, au final, il n'est pas possible d'être heureux. Je pense avoir compris ce que ressent André. Ceci étant, pour la version piano, il s'occupe de la transcription et il sera là dans la salle. Je serai accompagnée au piano par Lorraine Desmarais, qui est une très grande pianiste de jazz et avec laquelle j'ai déjà travaillé. Avant le cycle de mélodies, je chanterai en première partie avec son trio. Il y aura Youkali de Kurt Weil et Summertime de Gershwin.

Que proposerez-vous d'autre au Domaine Forget ?

Il s'agit en fait d'une fin de semaine qui m'est consacrée et qui ouvre le Festival. Je chanterai aussi le soir précédent, le 21 juin, et je partagerai la scène avec Les Violons du Roy dirigés par Bernard Labadie et le flûtiste Emmanuel Pahud dans un programme Vivaldi, Handel et Gluck. Je suis ambassadrice du Festival et je peux vous assurer que cette fête musicale est magnifique. De plus, elle se déroule dans un lieu céleste. Il faut vraiment découvrir ce Festival International du Domaine Forget car c'est une manifestation unique.

 

Marie-Nicole Lemieux photographiée par Manuel Cohen.

Quels grands rendez-vous vous attendent ?

Tancredi que je prépare actuellement et Azucena qui suivra à Salzbourg avec Anna Netrebko, Plácido Domingo et Francesco Meli sont des rendez-vous déjà très importants. Suivront de très belles choses dans la mesure où d'ici 2017, mon agenda est rempli de grands rôles dans de grandes maisons. Nous avons déjà parlé de ce premier Samson et Dalila, chez moi, à Montréal. J'ai hâte de retrouver cette belle équipe qui a été formée pour l'occasion.
Il y aura ensuite une tournée européenne de récitals, ce que j'attends depuis très longtemps car, si nous parlons beaucoup d'opéra, je m'exprime avant tout par le récital. Je me considère comme une interprète et le récital est mon premier amour. Le pianiste Roger Vignoles m'accompagnera dans cette tournée qui passera par Wigmore Hall, La Monnaie, le Concertgebouw, le Wiener Konzerthaus, l'Opéra de Zürich, Madrid… Mais pas Paris ! Nous avons mis au point deux programmes car certaines maisons souhaitaient des mélodies uniquement françaises, ce qui ne me dérange absolument pas. L'autre programme brosse un portrait musical européen de la dernière décennie du XIXe siècle. Cela donne une belle image de cette fin d'époque. Un disque de ce programme sortira dans la foulée chez Naïve en novembre prochain.

 

Marie-Nicole Lemieux dans <i>Œdipe</i> d'Enesco à La Monnaie.  © Bernd UhligEn 2015, je chanterai aussi ma première Ulrica à La Monnaie dans une mise en scène de La Fura dels Baus. Après Œdipe d'Enesco que j'ai fait avec eux, je me réjouis de retrouver cette équipe. J'adore son audace et j'aime qu'un metteur en scène m'amène dans un autre univers. Je reprendrai d'ailleurs le rôle de la Sphinge dans la même production à Covent Garden. Je retournerai également en 2015 à La Scala pour Falstaff et Azucena avec Daniele Gatti.
Il y aura aussi par la suite Azucena et Butterfly aux Chorégies d'Orange. J'adore le rôle de Suzuki. Certains diront sans doute que c'est un rôle secondaire, mais comme la Zia Principessa de Suor Angelica, la teneur dramatique est telle que je trouve un plaisir fou à incarner ces personnages…









Propos recueillis par Philippe Banel
Le 21 avril 2014

 

 

Mots-clés

André Gagnon
Daniele Gatti
Gioachino Rossini
Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle
L'Italienne à Alger
Marie-Nicole Lemieux
Michel Tremblay
Petite messe solennelle
Tancredi
Théâtre des Champs-Élysées

Index des mots-clés

Imprimer cette page

Imprimer

Envoyer cette page à un(e) ami(e)

Envoyer

Tutti Ovation
Wozzeck mis en scène par Andreas Homoki - Tutti Ovation
Saul mis en scène par Barrie Kosky à Glyndebourne, Tutti Ovation
Adam's Passion d'Arvo Pärt mis en scène par Robert Wilson - Tutti Ovation
L'Elixir d'amour - Baden-Baden 2012 - Tutti Ovation
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg - Salzbourg 2013 - Tutti Ovation

Se connecter

S'identifier

 

Mot de passe oublié ?

 

Vous n'êtes pas encore inscrit ?

Inscrivez-vous

Fermer

logoCe texte est la propriété de Tutti Magazine. Toute reproduction en tout ou partie est interdite quel que soit le support sans autorisation écrite de Tutti Magazine. Article L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle.