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Interview de Maria José Montiel, mezzo-soprano

Maria José Montiel  © Oskar Cecere

 


Lorsque nous avons assisté à la répétition générale de La Gioconda le 29 avril à l'Opéra de Paris, l'incarnation de La Cieca par Marie José Montiel nous a impressionné tant par l'ampleur de son chant que par sa justesse dramatique. La mezzo-soprano espagnole apporte à la vielle femme aveugle une sincérité poignante et touche par une ligne de chant d'une fluidité extrême qui se joue des registres et de l'immense plateau de l'Opéra Bastille. Nous avons rencontré cette belle artiste dans sa loge après la deuxième représentation de La Gioconda et avant la diffusion en direct de cet opéra dans les salles de cinéma…

 

Maria José Montiel interprète le rôle de La Cieca dans La Gioconda à l'Opéra Bastille jusqu'au 31 mai 2013. Autour d'elle, une prestigieuse distribution donne vie à l'opéra d'Amilcare Ponchielli qui fait son entrée au répertoire de l'Opéra National de Paris : Violeta Urmana, Lucia D'Intino (jusqu'au 17 mai), Elena Bocharova (du 20 au 31 mai), Marcelo Alvarez, Claudio Sgura et Orlin Anastassov. Cette production signée Pier Luigi Pizzi et dirigée par Daniel Oren sera filmée en Haute Définition et distribuée en direct le 13 mai par Fra Cinéma dans les salles UGC, dans le cadre de Viva l'Opéra !, et dans de nombreux autres cinémas en France et en Europe. Ce programme sera ensuite diffusé dans le reste du Monde.



Maria José Montiel (La Cieca) dans <i>La Gioconda</i> de Ponchielli mis en scène par Pier Luigi Pizzi.  © Opéra National de Paris/Andrea Messana

 



Tutti-magazine : Après Luisa Miller et Andrea Chénier, La Gioconda est le troisième spectacle auquel vous participez à l'Opéra de Paris. Après deux représentations, comment vous sentez-vous ?

Maria José Montiel : Après ces deux premières représentations, non seulement tout va pour le mieux mais je sens la chaleur de l'accueil du public comme je ne l'ai jamais sentie ici auparavant.

Pensez-vous que le rôle de La Cieca aide à tisser ce lien avec le public ou bien est-ce votre maturité artistique qui le touche ?

Sans doute un peu les deux. D'une part, le rôle de La Cieca n'est pas très long comparé à ceux de Gioconda, Laura et Enzo, mais il est très intense sur le plan des sentiments et des émotions. D'autre part, je pense que ma voix et la façon dont j'aborde un rôle sur le plan dramatique ont atteint une pleine maturité. Il est possible que ce que j'éprouve intimement soit perçu aussi par les spectateurs, d'autant que j'adore cet opéra. L'ambiance de travail et l'atmosphère de cette maison d'opéra sont également très porteuses et cela m'aide aussi, bien sûr, à me sentir bien. Mais je dois reconnaître que le public de l'Opéra Bastille m'a toujours montré des marques de sympathie.

 

Maria José Montiel est maquillée dans sa loge de l'Opéra Bastille pour le rôle de La Cieca dans <i>La Gioconda</i>. Le visage est maquillé très pâle et les yeux sont entourés de noir pour simuler la cécité de la vieille femme.  D.R.

 

Vous chantez le rôle de La Cieca pour la première fois. Quelle est votre conception de ce rôle ?

Cette vieille femme aveugle est en quelque sorte un personnage clé du livret car elle porte le chapelet qui constitue un symbole essentiel de la trame dramatique. C'est à partir de ce chapelet que découle l'histoire : Gioconda le confie tout d'abord à sa mère qui l'offre ensuite à Laura afin de la remercier de l'avoir fait libérer. Gioconda verra ce chapelet dans les mains de sa rivale et favorisera sa fuite. Enfin, dans le dernier Acte, Gioconda voit le chapelet au cou de Laura et cite la prophétie attachée au bijou. Indépendamment de ce fil conducteur, je pense que Gioconda et sa mère sont deux personnages fondus l'un dans l'autre. Si fusionnels, même, que les deux femmes meurent à la fin du drame : la Cieca est noyée par Barnaba et Gioconda se sacrifie par amour filial. Le destin de ces deux femmes est assez voisin et les personnages, de fait, sont assez semblables.

Dans cette fusion entre les deux personnages, la relation artistique que vous entretenez avec la soprano semble importante. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Violeta Urmana ?

Nous avons déjà eu l'occasion de chanter ensemble en 2012 dans Medea de Cherubini à Valencia sous la direction du Maestro Zubin Mehta. Violeta Urmana interprétait Medea et moi Neris. Le fait que nous nous connaissons déjà favorise sans doute cette excellente alchimie que je perçois entre nous. Dès que nous entrons en scène, nous n'avons besoin d'aucun subterfuge pour nous sentir toutes les deux très proches. Je dirais même que cette fusion est spontanée.

 

Maria José Montiel (La Cieca) et Violeta Urmana (Gioconda) épiées par Claudio Sgura (Barnaba) dans <i>La Gioconda</i>.  © Opéra National de Paris/Andrea Messana

 

Pier Luigi Pizzi et Maria José Montiel sur le plateau de <i>La Gioconda</i> à l'Opéra Bastille en 2013.  D.R.

Avez-vous beaucoup répété les duos avec le metteur en scène Pier Luigi Pizzi ?

Bien entendu, et je peux vous confier que j'adore le Maestro Pizzi que je considère comme un génie. Cependant, si le public est sensible à cette communion sur scène entre la Gioconda et sa mère, cela vient avant tout de ma proximité avec Violeta. Mon personnage est aveugle, mais il représente aussi la mère de Gioconda et doit la protéger même si l'inverse semble plus logique. La Cieca et Gioconda sont deux personnages de souffrance : la première parce qu'elle est vieille et aveugle, la seconde par amour. Toutes deux souffrent également de la pauvreté et vivent dans la rue à chanter ou à mendier. Tout cela les rapproche aussi. L'amour de la mère et de la fille compte parmi les très belles choses de cet opéra.

Pour vous qui chantez Carmen et Dalila, faire le grand écart entre une séductrice et une vieille femme aveugle est-il facile à négocier ?

Les répétitions et le travail scénique aident bien entendu à passer d'un extrême à l'autre et à se fondre dans des personnages diamétralement opposés. Mais, encore davantage, c'est la musique qui me guide vers la psychologie du personnage. Ce que Ponchielli à écrit pour la mère de Gioconda me donne la teneur de ce que je dois éprouver en moi. Dès lors, j'oublie tout pour incarner cette mère que je crois pleine de bons sentiments et même mystique lorsqu'elle prie. Je crois que ce rôle représente un rendez-vous très intéressant dans ma carrière et je m'efforce de le nourrir le plus intensément possible. Par exemple, je l'interprète les yeux constamment fermés afin que mes gestes soient justes…

De quelle manière travaille Pier Luigi Pizzi ?

Le Maestro Pizzi est un homme de théâtre et c'est un plaisir de travailler avec un metteur en scène de sa stature. Les chanteurs ont besoin d'être dirigés par une personnalité qui connaît parfaitement la scène. Pier Luigi Pizzi ne s'attache pas seulement au côté grandiose du spectacle mais aussi à la teneur des personnages et à leur gestuelle. Il donne à chacun le nécessaire pour qu'ensuite, l'interprète nourrisse son personnage. C'est ainsi que pour une mise en scène donnée, chaque chanteur apporte quelque chose de différent et le résultat n'est jamais identique. Si le Maestro Pizzi indique un geste particulier à un moment précis, il laisse au chanteur la liberté dans la façon de l'exécuter comme il l'entend et de l'accompagner d'une expression qui lui sera propre. Le Maestro Pizzi a aussi adapté certains aspects de sa mise en scène pour moi. Par exemple, lorsque je deviens la victime de huit hommes, cette scène est plus violente avec moi car je suis plus jeune que d'autres mezzo-sopranos qui ont chanté avant moi le rôle de La Cieca dans cette mise en scène. Il se montre également ouvert à la discussion si un chanteur ne peut pas réaliser ce qu'il souhaite. Quoi qu'il en soit, il s'est montré généreux et prévenant avec moi tout au long de ces répétitions qui se sont déroulées de façon idéale.

Marcelo Alvarez nous a parlé de la difficulté de chanter le rôle d'Enzo en raison des constants changements de registres dans l'écriture de Ponchielli. Comment est composé vocalement le rôle de La Cieca ?

Si le rôle n'est pas long, je ne peux que reconnaître la difficulté présentée par l'écriture. L'étendue vocale est très large, entre des aigus assez hauts, même s'ils ne sont pas extrêmes, et des graves particulièrement profonds. La voix doit rester toujours souple et le son doit conserver sa beauté afin de ne trahir ni les sentiments ni les émotions de la veine mélodique de Ponchielli. Des notes forcées iraient à l'encontre de la rondeur souhaitée. Pour cette raison, j'ai beaucoup travaillé les notes basses afin que le son que je produis soit le plus beau et le plus rond possible, et que la projection soit à la fois puissante sans perdre ce moelleux. Cette harmonie entre le sentiment du jeu et la qualité de la voix est l'essence de l'écriture de la Cieca. Mais ce n'est pas facile à chanter, en particulier l'aria "Voce di donna…" à la scène 5 de l'Acte I, après la violence avec laquelle les hommes s'acharnent sur la vieille femme. Je dois ensuite retrouver rapidement un calme et une sérénité qui me permettent de chanter ce merveilleux aria qui est, du reste, repris ensuite dans l'opéra comme un leitmotiv. C'est aussi en raison de ce thème clé que je considère le chapelet comme un protagoniste du drame.

 

Maria José Montiel (La Cieca) à l'Acte I de <i>La Gioconda</i> de Ponchielli mis en scène par Pier Luigi Pizzi.  © Opéra National de Paris/Andrea Messana

Justement, la mise en scène de Pier Luigi Pizzi vous fait subir sur scène une grande violence et on vous traîne au sol sans ménagement. Ces moments sont-ils vraiment violents ou bien est-ce du théâtre bien réglé ?

Un peu des deux car je ne peux pas non plus me défendre sans compter face à l'attaque de ces huit hommes. Cela me laisserait ensuite sans aucune énergie ! Or je n'ai que deux minutes pour récupérer, me préparer à l'aria qui suit et atteindre le calme nécessaire à l'interprétation de ce chant très inspiré. L'énergie que je donne doit néanmoins être suffisante pour rendre la scène réaliste et j'ai tout de même l'impression de m'investir beaucoup dans cette action. Au début des répétitions, l'affrontement était trop violent et le Maestro Pizzi a été très attentif au contrôle de la force exprimée par les hommes qui s'en prennent à moi après la dénonciation calomnieuse de Barnaba.Maria José Montiel  © Oskar Cecere

Vous chantez beaucoup de mélodies espagnoles et la zarzuela. Est-ce que l'exigence de ce répertoire prépare aux accents de Ponchielli ?

Non, on ne peut pas dire que l'un conduise à l'autre, et La Cieca est le rôle vocalement le plus bas que j'ai chanté à ce jour. Mais je trouve en revanche une relation entre certains passages de l'opéra de Ponchielli et certaines zarzuelas dramatiques que l'on peut qualifier de véristes. Par exemple, à la Scène 7 de l'Acte II, lorsque Laura chante en duo avec Gioconda "L'amo come il fulgor del creato!", cette phrase pourrait tout à fait être tirée d'une zarzuela vériste.

La tessiture de La Cieca vous fait-elle descendre plus bas que Dalila ?

Je pense que les sons les plus graves sont sensiblement les mêmes, mais Dalila chante aussi de nombreux aigus alors que La Cieca demeure dans une tessiture bien plus restreinte et constamment basse.

Vous chantez en ce moment le rôle de La Cieca à l'Opéra de Paris mais votre répertoire vous permet d'interpréter aussi celui de Laura. Quel personnage préférez-vous ?

J'ai effectivement déjà chanté le rôle de Laura mais seulement en version de concert. Quant au personnage que je préfère, je vous dirais que je suis en ce moment tellement investie dans le rôle de La Cieca que c'est nécessairement celui vers lequel irait ma préférence. Mais je chanterais tout aussi volontiers le personnage de Laura que j'aime beaucoup aussi si on me le proposait le mois prochain !

Sur le plan vocal, Laura et La Cieca se ressemblent-elles ?

La tessiture de Laura descend dans le grave aussi mais monte beaucoup plus haut que La Cieca qui, elle, s'exprime constamment dans le registre bas. Mais j'avoue que j'aime tout aussi bien interpréter ces deux femmes pourtant très différentes.

Placido Domingo et Maria José Montiel.  D.R.


Le 13 mai, La Gioconda sera diffusé en direct dans de nombreuses salles de cinéma en France et en Europe, et un peu plus tard dans le reste du monde. Pier Luigi Pizzi vous prépare-t-il spécifiquement à cette captation ?

En ce qui me concerne, je ne changerai rien à ce que je fais à chaque représentation devant le public de l'Opéra Bastille. Il me semble important de respecter la mise en scène telle que nous l'avons travaillée avec le Maestro Pizzi. Nous avons déjà fait un essai avec de petits micros dissimulés près du visage et la représentation de demain doit être filmée avant la soirée du direct. Quant aux caméras, autant essayer d'en faire abstraction !

Qu'est-ce qu'un bon chef d'orchestre pour un chanteur ?

Je dirais que j'apprécie particulièrement les chefs d'orchestre qui font travailler les chanteurs au piano avant la confrontation avec l'orchestre. Cette étape est très importante car elle fait la liaison entre notre approche technique d'un rôle et le chant accompagné des instruments. Cette étape a été instituée par des chefs de la génération d'Arturo Toscanini. Elle permet de passer au peigne fin tous les petits détails de la partition et de travailler à la fois dans les tempi retenus par le chef et d'ajuster les nuances qu'il souhaite. Ce travail avec le chef et le piano est irremplaçable et, lorsqu'il existe, il est réellement très apprécié par les chanteurs. Pour La Gioconda à l'Opéra Bastille, nous avons travaillé ainsi avec le Maestro Oren que je retrouve ici pour la troisième fois.

Votre carrière ménage une grande place au récital. En quoi cette forme d'expression est-elle différente ?

Pour moi, la différence se situe dans l'action théâtrale mais ma manière de m'exprimer reste la même. Disons que la théâtralité devient intériorisée. Je considère chaque aria comme porteur de sa propre petite histoire, comme s'il s'agissait d'un opéra miniature. Si, par exemple, je chante la Romance de Mignon de Tchaikovsky, je m'appuie sur ce que disent le texte et la musique que j'interprète. Si je chante Marguerite au rouet de Schubert, je deviens Marguerite le temps de ce lied. Ma façon de conduire un récital est donc de proposer une succession d'instantanés mais, dans le fond, je ne conçois pas de différence fondamentale avec l'opéra. Je chante avec la même concentration et le même engagement pour atteindre cette qualité de partage que je place au-dessus de tout.

Maria José Montiel dans <i>Carmen</i> à Palerme.  © Franco Lannino

Votre répertoire comprend de nombreux opéras, mais quels rôles voudriez-vous maintenant ajouter à votre palette de possibilités ?

Je suis en ce moment plongée dans trois nouveaux rôles: Eboli de Don Carlos, Azucena du Trouvère et Oktavian du Chevalier à la rose. Je reprendrai également Tancredi de Rossini. Tous ces rôles que j'estime capitaux pour une carrière nécessitent un temps assez long de préparation. Une préparation technique, bien sûr, qui me conduit à étudier chaque note de la partition, d'abord seule, puis avec mon maître de chant qui se trouve à Vienne. Vient ensuite le travail sur l'interprétation que j'accomplis avec un répétiteur ou un chef d'orchestre. Mais j'aime aussi m'imprégner d'une œuvre par la littérature car cela me permet ensuite de construire un personnage avec plus de crédibilité. Quoi qu'il en soit, tous les grands rôles doivent être travaillés lentement et très profondément.

Pouvez-vous nous parler des rendez-vous importants que vous préparez ?

Je chanterai le Requiem* de Verdi à Milan en novembre. J'ai déjà interprété cette œuvre de nombreuses fois mais je l'aime tant que je ne pense pas pouvoir m'en lasser. Je vais aussi chanter la Symphonie No. 2 de Mahler également à Milan, et reprendre Carmen, cette fois en Israël, avec le Maestro Zubin Mehta. En 2014, je chanterai Luisa Miller au côté de Marcelo Alvarez au Teatro di San Carlo de Naples et, en 2015, je retrouverai Zubin Mehta pour Carmen et Ulrika d'Un Bal masqué.
* Voir la vidéo du Liber Scriptus du Requiem de Verdi, suivi de La Habanera de Carmen de Bizet à la fin de cette interview.

Que pouvez-vous souhaiter à l'horizon des 4 ou 5 ans à venir ?

Le plus important pour moi est de poursuivre le travail que je fais sur ma voix et de continuer à la développer tout en enrichissant ses possibilités d'expression du son. Un son que je souhaite épanoui et rond, libéré de toute tension et de toute raideur. Je souhaiterais aussi pouvoir continuer à chanter avec cette paix intérieure qui est la mienne aujourd'hui et demander à Dieu d'entretenir en moi cet amour illimité pour la musique dont j'ai pris conscience alors que j'étais toute petite. J'espère être toujours animée par cette flamme et pouvoir la partager…



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 9 mai 2013

 

Pour en savoir plus sur Maria José Montiel :
www.mariajosemontiel.com

 

Mots-clés

Amilcare Ponchielli
Daniel Oren
La Gioconda
Marie José Montiel
Opéra national de Paris
Pier Luigi Pizzi

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Maria José Montiel chante Verdi & Bizet

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