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Léonore Baulac - Danser Juliette - Épisode II

Léonore Baulac dans sa loge à l'Opéra Bastille.  © Julien Benhamou

 

Le 23 février 2016, Léonore Baulac nous confiait le tout début du processus menant à sa prise de rôle dans le Roméo et Juliette de Noureev au côté de Germain Louvet [Lire l'interview]. Danser Juliette est un de ses rêves les plus chers, et son témoignage sincère et sensible nous permettait de mieux comprendre les enjeux de cette importante étape et la façon dont une jeune interprète se familiarise avec un rôle de soliste au sein du Ballet de l'Opéra national de Paris.


Le 19 mars, nous avons retrouvé Léonore Baulac pour reprendre cet entretien là où nous l'avions laissé un mois avant…


Une ultime rencontre est prévue pour conclure ce journal de cette prise de rôle, basé sur le vécu et les émotions, à l'issue de la seconde et dernière représentation de Roméo et Juliette dans laquelle Léonore Baulac est distribuée cette saison.
Léonore Baulac et Germain Louvet danseront le ballet de Rudolf Noureev les 29 mars et 1er avril 2016 sur la scène de l'Opéra Bastille.

 

Tutti-magazine : Lors de notre première rencontre, vous étiez sur le point de répéter pour la première fois avec Tybalt, Lord et Lady Capulet…

Léonore Baulac : C'était effectivement prévu mais, ce jour-là, mes collègues qui dansent ces rôles dans les différentes distributions n'étaient pas assez nombreux pour toutes les Juliette qui étaient présentes. J'ai donc appris ces parties sans avoir face à moi les personnages avec lesquels j'échange. De fait, dans un cas comme celui-ci, l'apprentissage reste assez théorique, même si certains collègues m'ont aidée sur certains passages. Ce n'est en tout cas pas durant cette répétition que j'ai pu faire la totalité des enchaînements avec tous les personnages.
Par la suite, j'ai eu l'occasion de pratiquer, un peu, avec des collègues qui interprètent ces personnages dans d'autres distributions que la mienne. Ce n'était pas très grave car il s'agissait essentiellement de tester les mouvements et d'apprendre la chorégraphie. En revanche, par la suite, construire avec sa propre famille de scène et me retrouver face au Paris avec lequel je danserai, devient beaucoup plus important. Je n'ai pu voir certaines de ces séquences que très récemment.

 

Germain Louvet et Léonore Baulac répètent avec Clotilde Vayer un pas de deux de <i>Roméo et Juliette</i> de Rudolf Noureev.  © Julien Benhamou

 

Germain Louvet et Léonore Baulac en répétition.  © Julien Benhamou

Patricia Ruanne avait dirigé les premières répétitions avec tous les couples, et vous commenciez à travailler avec votre répétitrice Clotilde Vayer. Comment votre relation a-t-elle évolué ?

Travailler avec Clotilde Vayer est vraiment agréable. Elle est à la fois très exigeante et sait nous encourager. Je pense qu'entre Germain Louvet, mon Roméo, elle et moi, tout se passe très bien. Clotilde a une approche du rôle de Juliette qui s'inscrit pleinement dans la dramaturgie. Cela me plaît beaucoup car je serais très triste de restreindre cet apprentissage aux seuls pas de danse. Elle sait aussi parfois calmer mes ardeurs et mettre l'accent sur des points qu'il m'arrive d'oublier quand je m'emballe un peu. Le travail de Clotilde s'inscrit parfaitement dans l'axe de Patricia Ruanne. Elle a d'ailleurs eu la gentillesse de lui proposer plusieurs fois d'assister à nos répétitions pour approfondir le travail. Les indications supplémentaires que Patricia nous donne sont passionnantes. Comme vous le savez, elle a créé le rôle de Juliette, mais elle sait aussi très bien en parler. Avec son mari Frederic Jahn, elle a remonté de nombreuses fois le ballet à travers le monde et je pense que personne ne le connaît mieux qu'eux. Ils savent tout des intentions qui président à chaque moment.
Je reconnais ma chance de pouvoir avancer ainsi avec deux coaches qui s'inscrivent dans une vraie continuité. Lorsqu'on travaille avec plusieurs personnes, certains avis peuvent être contradictoires. Avec Clotilde et Patricia, les avis et les conseils se complètent de façon très constructive pour aboutir à des séances de travail très riches.

Ces conseils, aussi avisés et pertinents soient-ils, ne brident-ils pas votre liberté ?

Pour le moment, tout ce qu'on me conseille ou me demande me semble sensé. On ne m'a imposé aucune chose qui irait à l'encontre de ce que je souhaitais faire. De nombreuses indications théâtrales sont même très intéressantes pour moi car, si j'ai une idée précise de ce que je veux exprimer, je n'ai qu'une petite expérience face à celle de mes coaches. Or certains sentiments, même s'ils sont sincères, ne sont pas forcément visibles par le public. Il faut donc les rendre compréhensibles depuis la salle. On me donne beaucoup d'indications de ce type. Par exemple, comment brandir le poignard pour que les spectateurs le voient ? L'instinct me dicte un mouvement qui peut être passionné mais pas nécessairement assez théâtral. Si, de toute mon âme, je brandis ce poignard et que personne ne le voit parce qu'il est mal placé, je tombe à côté du but visé. D'où l'importance de ces conseils lorsque le geste naturel ne suffit pas.

Notre première rencontre était le 23 février. Moins d'un mois plus tard, avez-vous observé votre esprit et votre corps évoluer vers l'expression de Juliette ?

Léonore Baulac coiffée par Fabienne avant la générale de <i>Roméo et Juliette</i> le 18 mars 2016.  © Julien BenhamouJe dirais que ma Juliette a mûri dans mon corps avec beaucoup de douleur ! Une semaine après notre premier échange, je me suis cassé une côte pendant un porté du Pas de deux du balcon. C'est arrivé alors que nous faisions notre premier filage. À un moment, j'ai senti une forte douleur au niveau de la cage thoracique, puis la même douleur dans un porté qui suivait. Je n'ai pas voulu interrompre le filage mais, après, je me suis arrêtée 3 jours pour passer des examens. Quand le verdict de la fracture est tombé j'ai décidé de reprendre malgré tout car je n'étais pas prête à lâcher ce rôle, d'autant qu'en dehors de la douleur, je ne risquais pas vraiment de complications. Cet arrêt était raisonnable en termes de durée mais il nous a tout de même freinés. À la reprise, nous avons été très vigilants sur les Pas de deux et nous avons modifié quelques prises car la douleur était encore bien présente. Roméo et Juliette est un ballet riche en pas de deux, et cette blessure m'a fait prendre conscience que Roméo saisit toujours Juliette par les côtes ! Au moment où je vous parle, ma côte est toujours cassée mais la douleur est moins vive.
Nous avons eu ensuite l'occasion de répéter la totalité du ballet sur scène, et cela a beaucoup compté dans le ressenti physique du rôle. Après ces jours d'arrêt obligatoire, je ne vous cache pas que c'était un vrai challenge

Quand avez-vous répété pour la première fois sur scène ?

Notre premier filage du ballet entier sur scène était le 9 mars. Initialement, cette répétition était destinée à une autre distribution mais, en raison d'une blessure, Germain et moi sommes montés sur scène bien plus rapidement que prévu ! Nous n'avions pas encore pris nos marques sur le plateau, et là, nous nous retrouvions costumés avec tous les danseurs et l'orchestre dans la fosse… Enchaîner pour la première fois la totalité du ballet est un vrai pari. L'Acte I est vraiment très dur de par sa longueur, des scènes qui s'enchaînent et, à la fin, le Pas de deux du balcon qui essouffle beaucoup. Roméo et Juliette doivent pourtant exprimer dans cette scène l'enthousiasme de la jeunesse et de la passion. Il est donc hors de question de laisser la fatigue prendre le dessus, ou en tout cas de la montrer. À l'inverse, lorsqu'arrive l'Acte III, nous sommes épuisés mais cet épuisement est aussi celui des protagonistes.

Ce premier filage dans les conditions du spectacle permet-il de fixer la progression dramatique des personnages ?

Pour Germain et moi, tout a été très vite. En principe, le vendredi suivant, nous devions faire un filage avec piano qui nous aurait permis de prendre nos marques sur le plateau. Cette répétition qui ne nous était pas destinée tombant deux jours avant, c'est davantage l'instinct qui était aux commandes dans certaines situations. Le propre du filage est qu'on n'arrête pas. Nous n'avions jamais vu certaines parties avec le corps de ballet et, bien sûr, nous n'avions encore jamais répété le tout mis bout à bout… Cette répétition nous plaçait réellement devant pas mal de défis mais nous en sommes sortis satisfaits car, au-delà des défauts à corriger, nous avions réussi à entrer dans la peau des personnages, à aller jusqu'au bout du ballet sans nous arrêter, sans foncer dans qui que ce soit et sans créer des problèmes autour de nous.
Pour moi, et je pense qu'il en va de même pour Germain, cette première répétition était accompagnée de cette sorte de magie qui permet aux personnages de vivre totalement leur histoire dans leur contexte. L'émotion qui en découle nous permet de suivre une trajectoire qui aboutit à la mort de Roméo et Juliette. C'est un moment très émouvant à vivre… Cette répétition nous a aussi permis de prendre conscience de l'impact que peut avoir l'orchestre sur nous. Croyez-moi, la musique si puissante de Prokofiev qui sort de la fosse est très prenante. Elle aide indiscutablement le danseur. Sur le plan de l'interprétation, la force de cette musique peut nous porter à un point surprenant.

 

Léonore Baulac (Juliette) et Florent Mélac (Pâris) - Générale de <i>Roméo et Juliette</i> à l'Opéra Bastille le 18 mars 2016.  © Julien Benhamou/OnP

Le son que vous entendez sur scène est-il puissant ?

Oui, nous entendons parfaitement la musique, et avec la puissance requise. Sur scène, nous avons des retours qui amplifient le son de la musique et cette puissance participe non seulement à nous inspirer mais aussi à nous porter.

Dans une situation où vous n'avez pas pu répéter avec le corps de ballet, quelqu'un vous guide en coulisses ?

Non, dans la mesure où nous avions travaillé ces scènes en sachant que le corps de ballet serait sur le plateau en même temps que nous. Mais se retrouver sur la scène pour la première fois avec tous les danseurs et composer avec les moments de doute que nous pouvons avoir, est une situation très différente qui peut parfois être perturbante. Ceci étant, les répétitions sont là pour ça !

Avez-vous adressé des demandes précises au chef d'orchestre ?

J'imagine que certains couples peuvent avoir des désirs particuliers concernant les tempi mais, pour nous, tout est arrivé si vite que nous n'avons rien demandé. Je pense par ailleurs que nous n'étions pas en position de le faire, s'agissant de notre premier filage sur scène. Le chef d'orchestre Simon Hewett était venu assister à plusieurs de nos répétitions et, en tant que chef habitué au ballet, je pense qu'il a su adapter sa direction de lui-même. En tout cas, nous n'avons eu aucun souci du côté de la musique. Les tempi du chef étaient très fidèles à ceux de nos répétitions.

Votre approche psychologique de Juliette a-t-elle évolué depuis note première rencontre ?

Je pense rester assez fidèle à mon idée de départ. En revanche, en dansant Juliette sur la totalité du ballet, je me suis aperçue que l'aspect dramatique prenait bien plus de place que dans mon imagination. Dès la mort de Tybalt, le drame s'installe et on ne retrouve plus cette atmosphère romantique, jeune et pleine d'espoir qui culmine avec la Scène du balcon. Je voyais en quelque sorte Juliette insouciante et heureuse plus longtemps. Ceci étant, j'ai adoré conduire ma Juliette dans ces parties sombres et dramatiques.

 

Léonore Baulac et Germain Louvet dans <i>Casse-noisette</i> à l'Opéra de Paris en 2014.  © Sébastien Mathé/OnP

La relation avec votre partenaire Germain Louvet a-t-elle évolué aussi ?

Répétition de <i>Roméo et Juliette</i> à l'Opéra de Paris : Germain Louvet et Léonore Baulac.  © Julien BenhamouJe pense que notre complicité s'est affirmée. Avant ce Roméo et Juliette, Germain et moi avions déjà dansé ensemble sur scène, en particulier pour notre première expérience partagée de rôles d'Étoiles dans Casse-noisette… Il n'échappera à personne que, dans Roméo et Juliette, nous passons notre temps à nous embrasser. Depuis que nous répétons, nous avons dû nous embrasser pas loin de 200 fois ! Non seulement je me suis toujours très bien entendue avec Germain, mais nous passons aussi énormément de temps ensemble, nous parlons, nous nous touchons…
C'est une relation très étrange qui peut s'installer entre deux danseurs dans ce genre de moments car nous vivons énormément de choses ensemble et, après les représentations, il arrive qu'on ne se retrouve plus sur les mêmes productions pendant un moment. C'est étrange après avoir passé autant de temps et de moments forts ensemble. Nous avons une relation amicale mais nous jouons toute la journée des amants passionnés. De fait, je crois que nous développons davantage qu'une complicité, même si, une fois franchie la porte de l'Opéra, notre vie privée est ailleurs. Cela reste une expérience particulière à vivre à deux.

Comment s'est déroulé le premier essayage de costumes ?

Lorsque nous avons commencé les essayages, il n'y avait pas vraiment de costume à ma taille. Les ateliers ont donc fabriqué de nouvelles robes en conservant les jupes des anciens costumes pour les associer avec de nouveaux bustiers. Au départ, j'ai donc vu les costumes en pièces détachées. Ensuite, avec le costume complet, je me suis facilement glissée dans la peau du personnage. Porter un costume, c'est un premier pas vers la concrétisation d'un rôle. Me voir dans les robes portées par les Étoiles que j'admire est aussi une expérience assez émouvante.

Les costumes de Juliette posent-ils un problème d'adaptation pour les mouvements ?

Les costumes de Juliette sont plutôt agréables à porter. La robe en velours rouge de tout l'Acte III, à l'exception du Pas de deux de la chambre, est un peu plus lourde que les deux autres. Mais, à ce moment du ballet, la danse de Juliette n'est pas supposée exprimer autant de légèreté que dans l'Acte I. Dans l'ensemble, ces costumes ne sont pas gênants. En revanche, j'ai demandé qu’on remplace les agrafes dans le dos par des élastiques afin de ne pas trop appuyer sur ma côte cassée. Pour le reste, c'est un plaisir total de se glisser dans ces habits.

Lors de notre première rencontre, vous ignoriez si vous alliez pouvoir répéter sur scène. Or vous avez été distribuée dans la générale ouverte au public, hier soir. Que s'est-il passé ?

Germain et moi nous sommes retrouvés distribués dans cette générale toujours pour la même raison d'indisponibilité du couple blessé qui devait danser à cette date. Les couples plus expérimentés qui assureront les représentations après nos dates étaient distribués dans d'autres ballets et ils avaient moins répété que nous. Avec pourtant 10 jours de moins de préparation par rapport au planning initial, nous étions par conséquent le couple le plus prêt à assurer un filage. Ceci dit, entrant si rapidement dans le vif du sujet, nous avons dû donner un grand coup d'accélérateur !

 

Léonore Baulac se concentre dans sa loge de l'Opéra Bastille avant la générale de <i>Roméo et Juliette</i> le 18 mars 2016.  © Julien Benhamou

Avant d'entrer en scène pour la générale, comment vous sentiez-vous ?

L'accélération des événements a eu pour avantage de couper court au stress que nous aurions pu nous créer, par exemple, en nous demandant si nous allions y arriver. Savoir qu'on sera sur scène le soir même évite de se poser trop de questions. Pour cette générale, Germain et moi étions donc probablement plus détendus. Pour la première répétition en scène et sans public, nous savions que nous allions donner le maximum mais que, manquant de préparation, nous avions aussi le droit à l'erreur. Pour la Générale avec public, le stress était nécessairement supérieur car je considère cette répétition comme un spectacle à part entière. Sachant que je danse devant un public qui, le plus souvent, est connaisseur, je ne peux l'aborder différemment d'un spectacle

Simon Hewet dirigeait l'Orchestre de l'Opéra hier soir. Avez-vous trouvé sa direction égale à la première scène-orchestre ?

Globalement, j'ai trouvé le tempo un plus lent que lors de la première répétition. Ce n'était pas spécialement gênant, sauf peut-être pour le Pas de deux du balcon qui comporte de nombreux sauts. Avec un tempo est plus lent, sauter devient plus difficile. L'ensemble des tempi restait cependant adapté à la danse. Disons que lorsqu'il avait dirigé sans public, le tempo adopté nous correspondait davantage.

 

Pascal Aubin (Frère Laurent), Germain Louvet (Roméo) et Léonore Baulac (Juliette) - Générale de <i>Roméo et Juliette</i> à l'Opéra Bastille.  © Julien Benhamou/OnP

Dans quel état d'esprit êtes-vous sortie de cette générale ?

Germain Louvet et Léonore Baulac - Générale de <i>Roméo et Juliette</i>.  © Julien Benhamou/OnP

J'étais heureuse car cette représentation s'est bien passée, tout en pensant aux nombreuses choses que je pourrais améliorer. Je vais aussi tenir compte des remarques que Clotilde et Patricia m'ont faites après le spectacle. Par exemple, à la fin du ballet, je me suis un peu trop laissée emporter par mes émotions et, comme je vous l'ai dit, le public n'a sans doute pas perçu tous mes gestes. À un moment, j'ouvre la bouche pour crier. Si je lève trop la tête, le public ne peut plus voir mon cri. Je dois trouver le bon dosage entre l'expression indispensable de mes sentiments et l'infime retenue nécessaire qui me permettra de me souvenir de la juste amplitude du geste.

Après la représentation, Aurélie Dupont m'a posé une question intéressante à propos de l'Acte I. Elle m'a demandé si j'étais absolument certaine du moment où je tombe follement amoureuse de Roméo. J'avais pris le parti de jouer le coup de foudre d'emblée. Mais, peut-être, pourrais-je trouver un autre timing pour tomber amoureuse. J'y réfléchis encore…
Ce sont essentiellement des corrections de jeu qu'on m'a faites. Il y a aussi quelques points techniques à améliorer. Nous avons une dizaine de jours avant notre première représentation pour travailler tous ces détails.

Nous avions évoqué le soutien possible de vos collègues danseurs pour votre prise de rôle. L'avez-vous ressenti hier soir ?

Tout le monde a été vraiment très encourageant. Nous avons été en quelque sorte jetés dans la fosse aux lions plus tôt que prévu et cela a engendré un élan de solidarité de la part de chacun. Par exemple, pendant les variations, j'entendais souvent des encouragements pour les passages difficiles. C'était non seulement très gentil mais ces attentions m'ont beaucoup aidée. De même, les jeux de scène amènent à échanger de nombreux regards avec les personnages qui sont autour de nous. Les premières répétitions ne nous avaient pas permis de les rencontrer en amont, mais j'ai réalisé combien ces échanges sont aussi très porteurs.

 

Germain Louvet et Léonore Baulac : <i>Scène du songe de Roméo</i> - Générale de <i>Roméo et Juliette</i> à l'Opéra Bastille.  © Julien Benhamou/OnP

Dans cette version très cinématographique de Rudolf Noureev, vous devez danser pour illustrer un rêve de Roméo, alors que vous passez pour morte aux yeux de tous. Cette parenthèse dans l'évolution de votre personnage est-elle facile à négocier ?

Je n'ai pas trouvé trop difficile d'intégrer cette scène dans le parcours dramatique de ma Juliette. Lors de la première répétition en scène, je me suis pourtant retrouvée surprise de jouer la jeune fille souriante du rêve de Roméo, comme si ce passage était un peu décalé. Mais cette impression m'a très vite quittée car la fatigue accumulée tout au long du ballet m'a fait revenir sans problème à la mort simulée de Juliette. Dès que je sors de scène après cette parenthèse, je mets une robe et je me place sur le tombeau. Ce décor imposant et funèbre me replace vite dans le contexte.

Votre première représentation publique est le 29 mars. Comment vont être remplis les 10 jours qui vous séparent de la représentation ?

Nous allons continuer à travailler tous les jours. Nous avons une autre répétition en scène prévue la semaine prochaine, comme si rien ne s'était passé. Habituellement, les répétitions en scène sont programmées juste avant les spectacles, ce qui créé une continuité. Maintenant, nous allons retourner en studio, avec piano et sans costumes. Ce sera l'occasion de tout peaufiner.

En dehors des différents axes que nous avons abordés au cours de cet entretien, vous fixez-vous un but personnel à atteindre ?

C'est sans doute davantage dans l'Acte I que j'ai tendance à me laisser aller. À la générale, avec pour objectif de donner beaucoup de l'énergie de la jeunesse à Juliette au début du spectacle, j'ai pris conscience d'être un peu trop précipitée. Avec un peu de stress, j'ai eu l'impression d'en faire un peu trop. Je vais donc essayer de garder plus de contrôle sur ce premier Acte.

 

Léonore Baulac dans la <i>Scène du balcon</i> de <i>Roméo et Juliette</i> - Générale à l'Opéra Bastille en mars 2016.  © Julien Benhamou/OnP

Comment voyez-vous cette période de votre vie de danseuse ?

Une chose rend cette période particulière : passant beaucoup de temps à répéter ce ballet et à chercher mon personnage, j'ai du mal à sortir de ce contexte. Je ne parviens plus à ouvrir un livre ou à écouter une autre musique que celle de Prokofiev. Cette période est infiniment prenante. Lorsque je me surprends, le soir, à écouter encore Roméo et Juliette, je me dis que ce n'est pas le meilleur moyen pour me changer les idées. Au fond, c'est la première fois qu'une prise de rôle exerce cet effet sur moi. Juliette est omniprésente dans mon esprit en ce moment…



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 19 mars 2016

Remerciements à Julien Benhamou, auteur de toutes les photos
de Roméo et Juliette qui illustrent cet article.

 

Mots-clés

Ballet de l'Opéra national de Paris
Clotilde Vayer
Germain Louvet
Léonore Baulac
Roméo et Juliette
Rudolf Noureev
Sergei Prokofiev

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Léonore Baulac - Roméo & Juliette - OnP 2016

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