Interviews

Interview de Valéry Zeitoun, producteur

Valéry Zeitoun.  D.R.Alors que le spectacle musical Un Été 44 est à l'affiche du théâtre Comedia, nous rencontrons son producteur Valéry Zeitoun. Nos colonnes, le plus souvent consacrées à l'opéra et à la musique classique, s'ouvrent pour l'occasion à une forme de spectacle plus populaire pour en comprendre l'organisation. Le marché de la variété obéit sans doute à des règles qui lui sont propres mais, au-delà du genre musical, le travail, l'exigence et la passion sont des valeurs partagées entre toutes les formes d'expression…

 

 

Tutti-magazine : Dans le programme de "Un Été 44" vous écrivez ne pas être fan de spectacles musicaux. Puis vous expliquez que vous avez entendu les chansons qui avaient déjà été enregistrées et que vous êtes tombé sous le charme du projet. Est-ce l'émotion qui est à la base du métier de producteur tel que vous l'envisagez ?

Valéry Zeitoun : Pour moi, oui. Non seulement l'émotion me guide mais elle seule doit être à l'origine de mes choix. Pourtant, on assiste ces derniers temps à une dérive et la production s'est en quelque sorte "cocaïsée". Vous vous souvenez sans doute du grand patron de télé qui avait expliqué que son travail consistait à libérer quinze minutes de temps de cerveau pour Coca-Cola ! Cette phrase avait fait scandale à l'époque, mais force est de constater qu'il était visionnaire. Aujourd'hui, on tente d'imposer de plus en plus de musique susceptible de plaire au plus grand nombre au détriment de l'originalité. Cela aboutit à davantage de médias et de supports, mais moins de musiques différentes.
Alors, effectivement, ce qui m'a touché dans les chansons d'Un Été 44, dès la première écoute, c'est non seulement leur originalité et la qualité de la thématique, mais surtout l'émotion qu'elles dégageaient. L'Été 44 est un thème fédérateur. Cette période fait partie d'une Histoire qui a touché non seulement la France mais aussi les colonies et, plusieurs générations après, sans doute des jeunes d'aujourd'hui peuvent-ils se reconnaître dans leurs ancêtres qui, peut-être, étaient soldats et ont donné leur vie pour la France. Tout cela m'a motivé à produire ce spectacle.

 

La troupe d'<i>Un Été 44</i> : Sarah-Lane Roberts, Philippe Krier, Jessica Legendre, Alan Grall, Barbara Pravi, Nicolas Laurent, Alice Raucoules et Tomislav Matosin. D.R.

Quelle était votre intention dès lors que vous vous êtes investi dans le projet ?

Pour un producteur, tout commence par l'aspect financier et je dois pouvoir convaincre des partenaires que le sujet peut être d'actualité. Quant au plan artistique, tout de suite est venue la question suivante : comment allons-nous aborder cette période ? Par l'axe de la guerre, en illustrant ce qui a été la plus importante opération militaire de tous les temps ? Ou alors de façon humaine en nous concentrant sur le quotidien de ces anonymes placés face à la guerre ? C'est cette dernière option que nous avons retenue, et nous avons choisi de développer plus particulièrement l'histoire de trois héroïnes en temps de guerre, leur vie et leurs peurs. Les personnages du spectacle rassemblent quatre civils et deux militaires et, à partir de leur origine et de leur personnalité, nous montrons que la vie continue quelle que soit la cruauté du contexte, avec des rires, des pleurs, de la peur et de l'amour. La guerre n'arrête en rien le quotidien des gens…

De nombreux compositeurs différents ont travaillé pour "Un Été 44". Avez-vous craint
un moment pour l'unité du spectacle ?

Erick Benzi, auteur-compositeur.  D.R.Dix-huit auteurs-compositeurs* ont travaillé sur ce projet. De fait, ils sont tous différents de par leur origine, leur sensibilité et leur culture. Le style de leur écriture musicale diffère également. Par exemple, on ne peut pas dire que Maxime Le Forestier écrive de la même manière que Jean-Jacques Goldman, qui n'écrit pas non plus comme Yves Duteil… Pourtant, ils se sont retrouvés sur ce projet grâce à l'histoire qui les a tous touchés.
Ensuite, il est évident qu'il fallait avoir recours au talent d'un metteur en scène musical capable d'orchestrer ces différentes participations. C'est Erick Benzi, notre Directeur musical, qui a joué ce rôle, et je dois dire, de façon absolument géniale. En effet, si les musiques qui sont jouées sur scène et que l'on retrouve sur l'album du spectacle sont différentes les unes des autres, elles se rejoignent grâce à son travail en se plaçant toutes au service du projet et du spectacle. Erick a réussi à homogénéiser la matière musicale en se chargeant de toutes les orchestrations, de telle sorte que des chansons aussi différentes que "Petit René", "F… Bocage" et "Ne m'oublie pas" peuvent s'exprimer au sein d'une cohérence musicale.
* Voir en fin d'article la vidéo consacrée aux auteurs-compositeurs de Un Été 44.

Les chanteurs qui ont enregistré les maquettes sont-ils les interprètes que l'on retrouve sur scène aujourd'hui ?

Tout à fait, pour cinq d'entre eux. Ce qui m'a également touché chez ces jeunes interprètes est qu'ils n'étaient pas tout à fait comme ceux qu'on entend aujourd'hui. Je voulais éviter le style instauré par les télécrochets qui visent la démonstration outrancière de type "j'ai une grande voix et je chante fort !". Ces jeunes chanteurs se situaient davantage dans l'émotion. Or, comme je vous l'ai dit, c'est avant tout ce que je recherche. Pourtant, il n'était pas facile pour eux de se placer à la hauteur des compositions étant donné leur peu d'expérience.

 

<i>Un Été 44</i> : Nicolas Laurent (Petit René), Barbara Pravi (Solange Duhamel), Sarah-Lane Roberts (Rose-Marie) et Alice Raucoules (Yvonne Gauthier).  D.R.

Les jeunes interprètes du spectacle sont peu expérimentés et peu connus. Pour un tel projet, était-ce un avantage, une prise de risque ?

Petit risque, petit succès ! Les Québécois utilisent une formule que j'aime beaucoup, laquelle dit en gros qu'il ne sert à rien de sucrer le sucre ! À partir du moment où des pointures comme Aznavour ou Goldman ont écrit les chansons, quels chanteurs connus vais-je pouvoir trouver pour les interpréter ? Aucun des chanteurs issus de la téléréalité ne serait à la hauteur. Ensuite, cela fait 25 ans que je suis producteur dans la musique, et autant d'années que j'essaye de faire découvrir de nouveaux talents. C'est ainsi que je vois mon rôle. Je suis né pour ça, et j'ai la conviction qu'il est nécessaire de les aider à s'exprimer. Alors je les aide et j'assume ce risque car il est impossible d'évoluer en tombant toujours sur les dix mêmes artistes ! Cela ne m'empêche pas de produire parallèlement Les Vieilles canailles, mais il s'agit d'un autre concept. Un Été 44 est pour moi une formidable occasion de faire découvrir de nouvelles têtes.

La voix de la comédienne Marisa Berenson intervient tout au long du spectacle. À quel stade a-t-elle rejoint le projet ?

L'actrice Marisa Berenson.  D.R.L'idée d'utiliser la présence d'une comédienne s'est très vite imposée lorsque j'ai coécrit le livret avec le metteur en scène Anthony Souchet. Habituellement, on commence par écrire le livret et, ensuite, on commande les chansons. Mais il se trouve que dans le cas présent, nous nous sommes basés sur les chansons qui préexistaient pour développer l'histoire. Nous avons alors rapidement compris que, pour expliquer certaines choses, nous avions besoin d'une présence pour guider le spectateur. Il était impossible à nos héroïnes d'expliquer le Débarquement dans la mesure où elles survivent dans une cave où filtrent très peu d'informations. D'où cette idée de faire intervenir un personnage d'aujourd'hui qui a dans les mains le journal intime laissé par une de nos héroïnes, et qui le lit. De cette façon, nous avons réussi à expliquer certaines phases de l'Histoire.
Quant au choix de Marisa Berenson, la raison est toute simple : avec Anthony Souchet, nous avions recensé les actrices que nous aimons et elle faisait partie de la short list. Qui plus est, elle a tourné dans un de mes trois films préférés, Barry Lyndon ! Marisa est une formidable actrice qui a l'âge du personnage. Son regard est totalement hypnotique et je la trouve sublime dans ses interventions. Marisa est une actrice qui est aussi connue dans le monde entier…

Des showcases organisés en Normandie en juin dernier ont permis de premiers contacts avec le public. Ont-ils été importants pour l'évolution du spectacle ?

Ces showcases ont été bénéfiques à plusieurs niveaux. Tout d'abord, je considérais qu'avec pas moins de dix-sept chansons qui se déroulent dans le cadre de la Normandie, il était impératif de nous voir à la fois adoubés par le public normand et par les élus locaux de Normandie. Sans cela, inutile de chercher à monter un projet sur le Débarquement.
Ensuite, ces showcases nous ont donné l'occasion de présenter douze titres en live dans six villes normandes. À ce stade, le spectacle était encore en cours d'écriture, mais cela nous a permis de recueillir le ressenti d'un vrai public, et pas seulement celui des médias et des décideurs. Et nous avons partagé d'extraordinaires moments d'émotion témoignée par les spectateurs … Enfin, ces spectacles nous ont permis de répondre à une question importante. En effet, nous savions que nous avions engagé des chanteurs, mais nous ne pouvions pas être certains d'avoir choisi des acteurs. De telle sorte que nous nous sommes isolés pour travailler sur l'aspect théâtral, sans téléphones portables, et c'est là que la dimension de troupe s'est mise en place. Je n'irais pas jusqu'à utiliser le terme de "famille", mais une véritable cohésion a lié les artistes autour du projet. Cette période de travail à l'écart des sollicitations a été extrêmement positive. Le soir, lorsque nous nous retrouvions pour dîner, tout le monde se parlait, communiquait. Ainsi, la qualité du travail s'en est ressentie et nos jeunes chanteurs ont progressé pour parvenir à être aussi des acteurs convaincants.

 

<i>Un Été 44</i> : premier showcase en Normandie.  D.R.

En juin sortait également le single "Passer la nuit". Ce titre était-il le plus représentatif du spectacle à venir ?

Il était important de commencer sans tarder à communiquer sur le spectacle une fois passé l'effet l'annonce des compositeurs de renom qui participaient au projet. C'est ainsi que le single "Passer la nuit" a été lancé. Avec le recul, je pense que ce titre envoyait sans doute un message trop guerrier. Nous avions sélectionné une chanson parlant du Débarquement et d'un jeune gars qui se retrouve sous le feu des armes allemandes. Peut-être aurions-nous dû en choisir une autre, comme "Les Rochambelles" chantées par nos héroïnes, et sortir "Passer la nuit" dans un second temps. Ceci étant, cette chanson remporte énormément de succès pendant le spectacle.

Quel a été votre rôle pendant toute la période de répétitions ?

J'ignore comment se comportent mes collègues producteurs mais, en ce qui me concerne, je me vois comme un chef d'orchestre. Je veille non seulement à la partie financière et artistique, mais aussi à créer une véritable équipe et à instaurer un équilibre. Mon rôle se résume en grande partie à être attentif à ce que tout converge vers l'intérêt supérieur du spectacle, et non à la mise en valeur d'une personne en particulier. Tout le monde doit travailler en ce sens sans jamais perdre de vue le bien du spectacle. C'est pour moi une véritable obsession, et mes journées en sont devenues passionnantes. Il peut ainsi m'arriver d'enchaîner le matin un rendez-vous avec des avocats avec une rencontre avec le metteur en scène pour discuter de telle ou telle scène, puis de déjeuner avec un gros média avant de passer l'après-midi avec des financiers, et de finir la journée au Comedia pour assister au spectacle… Je suis en quelque sorte un homme-orchestre.

La Première était le 4 novembre au Comedia. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Je suis toujours stressé un soir de Première. Mais l'envie était très présente aussi car nous avons beaucoup travaillé et j'avais hâte de voir le résultat de toute l'énergie que nous avions investie dans la préparation de ce spectacle. Très paradoxalement, le soir de la Première, j'étais inquiet tout en étant confiant car je savais que nous allions proposer un spectacle de qualité et commémoratif, à même de rassembler les familles.

À l'Opéra, on dit souvent qu'une énergie spéciale entoure la Première d'un spectacle. Le pensez-vous ?

Je souscris pleinement à cela car il y a effectivement une excitation spécifique à un soir de Première liée au fait de savoir que de nombreuses personnes du métier viennent vous voir. Mais, personnellement, je ne dis pas à mes artistes qui se trouve dans le public afin d'éviter de les influencer. Par ailleurs, on a beaucoup travaillé pour parvenir à présenter un spectacle au public et le moment où ce contact se produit a aussi quelque chose de spécial. Pour autant, je tiens à dire et redire à ma troupe aussi bien qu'à mon équipe : peu importe qu'il y ait trois spectateurs ou plusieurs milliers dans la salle, le spectacle doit toujours être du même niveau. Je suis persuadé que seule la constance paye. La constance dans la qualité.

Comment maintenez-vous la qualité de la prestation de soir en soir ?

J'assiste avec le metteur en scène à toutes les représentations. Au moment où je vous parle, il y a eu dix-sept représentations et nous étions présents à chacune. Après chaque spectacle, une fois pris le temps de laisser reposer un peu nos impressions, nous nous appelons pour échanger nos points de vue. Nous pouvons ainsi évaluer la longueur de certaines scènes à revoir, comme le manque de matière pour caractériser un personnage, etc. L'ajustement nécessaire peut passer par dix secondes à supprimer par-ci et trois minutes par-là. Il est important de prendre en compte les réactions du public car elles sont une indication précieuse sur ce qui fonctionne bien ou moins. Par exemple, au bout d'une dizaine de représentations, nous n'avons pas hésité à retirer une chanson qui ne marchait pas, au même titre qu'une scène de comédie qui manquait d'efficacité. À l'inverse, nous réfléchissons en ce moment à un personnage qu'il convient de muscler un peu et nous avons demandé à l'auteur d'écrire de nouveaux dialogues qui permettront de lui donner un développement plus profond. Ce spectacle est pour nous une chose obsessionnelle au point que nous y pensons constamment afin de tendre à l'améliorer tant en émotion qu'en efficacité. C'est une façon de travailler que nous avons adoptée dès les premières répétitions et notre vision du spectacle est celle d'une création en permanente mutation. Je pense qu'il faut entre un mois et un mois et demi pour parvenir à quelque chose d'optimum.

 

Nicolas Laurent (Petit René), Barbara Pravi (Solange Duhamel), Tomislav Matosin (Willy O'Brien) et Alice Raucoules (Yvonne Gauthier) dans <i>Un Été 44</i>.  D.R.

À la fin du programme du spectacle, une page est consacrée aux remerciements de l'équipe. Le nom d'Arnaud Delbarre, ex-directeur de l'Olympia, est accompagné de la phrase "des comme toi on n'en fait plus, le moule est cassé"…

Arnaud Delbarre est un ami avec lequel je partage la même vision de notre métier. Arnaud s'est toujours positionné en homme de Music-Hall et a toujours eu un immense respect pour le public. Lorsque des gens font un effort pour s'offrir une place de spectacle, nous partons de ce principe qu'il faut être au minimum au rendez-vous pour proposer de la qualité. Avant de parler business, Arnaud écoute une chanson, lit un livret et, comme moi, s'il est question d'émotion, il devient capable de déplacer des montagnes. D'où cette petite phrase que j'ai souhaité imprimer dans le programme car, croyez-moi, de nombreuses personnes que je croise dans le métier se limitent à demander "Combien ça coûte ?" et "Ça rapporte combien ?". Pour Arnaud, tout a commencé par la fascination qu'a exercée sur lui la thématique du spectacle. Puis il m'a dit : "J'adore cette aventure. Je viens avec toi…". Il faudrait bien plus d'Arnaud Delbarre !

Sarah-Lane Roberts, Barbara Pravi et Alice Raucoules entourent Tomislav Matosin dans la chanson <i>Bonne idée ce D-Day</i> composée par Michel Ansellem pour <i>Un Été 44</i>.  D.R.

En même temps qu’"Un Été 44", un nombre important de spectacles musicaux est actuellement à l'affiche des théâtres parisiens. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

J'ignorais qu'il y aurait autant de spectacles musicaux à l'affiche au même moment à Paris. Mais je ne me sens pas vraiment concerné. Je ne regarde pas vraiment ce qui se fait à côté et je préfère me concentrer sur ma création comme un sportif se concentre sur sa course en non celle de ses concurrents. Ceci dit, une telle offre est plutôt positive car elle peut signifier que le public français affectionne ce genre d'expression.
Mais, au-delà du public français, il ne faut pas perdre de vue les 14 millions d'étrangers qui viennent à Paris tous les ans. Aujourd'hui, ces visiteurs se rendent au Lido, au Crazy Horse ou au Moulin Rouge. Ces établissements sont connus des touristes depuis plus de 40 ans. Alors pourquoi des spectacles différents ne pourraient-ils pas aussi les intéresser ? Pour ma part, je ne veux pas me limiter à un public franco-français que, bien sûr, j'estime et respecte. Je préfère voir plus large et compter avec d'autres publics. Nous travaillons d'ailleurs avec une société qui fait la promotion du spectacle à l'étranger et tout est prévu pour nos visiteurs non-francophones. Nous avons mis en place un surtitrage en anglais que nous déclenchons lorsque des étrangers se trouvent dans la salle. Or nous utilisons ce surtitrage chaque soir… J'aime croire au fait que nous pouvons conquérir un marché différent dès lors que nous avons une offre susceptible de plaire. Pour Un Été 44, j'ai remarqué la présence de nombreux Américains et je peux témoigner que, les voyant sortir, ils adorent le spectacle.

Pourrait-on un jour voir "Un Été 44" en langue anglaise ?

Nous avons tout traduit, le livret comme les chansons. Alors, pourquoi pas…

"Un Été 44" doit partir en tournée en France de début mai à fin juin 2017. Favoriser un esprit de troupe vous semble-t-il difficile ?

Je ne pense pas. Un Été 44 est en quelque sorte le bébé de tout le monde, ce qui me fait très plaisir. De la production aux techniciens et aux artistes, l'approche du spectacle a été très émotionnelle. Lorsque nous recevons une bonne nouvelle, tout le monde se réjouit, et lorsqu'il s'agit d'une mauvaise, nous sommes solidaires. Dès lors, le fait de partir en tournée ne va pas changer cet état d'esprit. Au contraire, il devrait même s'en trouver accentué par le fait de vivre ensemble, comme si nous tournions un film. Je m'amuse à dire que nous n'étions pas programmés pour être là et mener à bien un tel concept. Lorsque, au départ, j'ai parlé de ce spectacle à des copains du métier, ils me disaient : "T'es complètement fou ! Le D Day, il fallait en parler il y a 2 ans ! La guerre, ça n'intéresse personne…". Or nous sommes là et nous commençons à plaire si j'en juge les très bons papiers qui paraissent. Nous suivons simplement notre chemin avec nos petits moyens. Mais une chose est sûre : si ce projet a pu aboutir, c'est en raison d'un formidable esprit d'équipe, et parce que tout le monde, au sein de cette équipe, est amoureux de ce spectacle.

 

Sarah-Lane Roberts, Alice Raucoules et Barbara Pravi dans la chanson <i>Les Rochambelles</i> composée par Alain Chamfort pour <i>Un Été 44</i>.  D.R.

Chaque projet que vous produisez doit être source d'enseignement personnel. Quel premier bilan tirez-vous d’"Un Été 44 " à ce stade de son exploitation ?

Un Été 44 est un spectacle bourré d'émotion et, chaque soir, je suis ému aux larmes par la même chanson. Il ne s'agit pas de la plus triste mais, au contraire, de la plus gaie, "Paris au ciel d'été". Cette chanson accompagne la scène de la Libération de Paris, un moment où tous se retrouvent en oubliant différences et clivages. Il n'y a plus de Nord ou de Sud, d'Est ou d'Ouest, mais une France réunie agitant des drapeaux bleu-blanc-rouge. Ce qui se dégage de cette scène est pour moi une vraie récompense et me renvoie à la France d'aujourd'hui qui se morcelle en communautés et que plus rien n'est fait pour que nous puissions avancer dans le même sens… Chaque soir, j'observe des gamins poser des questions à leurs parents ou à leurs grands-parents, et je suis le plus heureux des hommes car les gens se parlent. Sans prétention, ce spectacle parvient à favoriser les échanges dans les familles, ce qui manque terriblement à notre société.
Enfin, ce projet musical m'a confirmé une chose : il ne faut pas produire pour l'argent mais pour un projet. La rencontre entre un producteur et un artiste ou un projet doit demeurer artisanale et doit être portée par la passion, comme dans une relation amoureuse.

Souhaitez-vous continuer à produire des spectacles musicaux ?

J'avais dit que je n'aimais pas les spectacles musicaux et que je n'en produirais jamais. Comme quoi ! Il se trouve qu'Un Été 44 m'a intéressé et même passionné, alors je ne ferme pas la porte à d'autres projets. Mais, pour l'heure, je me concentre entièrement sur ce projet ainsi que sur Les Vieilles canailles, que je produis parallèlement. Cet autre spectacle n'a rien à voir mais il possède aussi une spécificité. J'aime que les projets soient porteurs d'une dimension originale. Mais, une chose est sûre, je ne m'attendais pas à aimer autant produire un spectacle musical !


Propos recueillis par Philippe Banel
Le 30 novembre 2016



Pour en savoir plus sur Un Été 44 :
www.unete44.com

 

Mots-clés

Musical
Un Été 44
Valéry Zeitoun

Index des mots-clés

Vidéo

Un Été 44 - Les Auteurs-compositeurs

Imprimer cette page

Imprimer

Envoyer cette page à un(e) ami(e)

Envoyer

Tutti Ovation
Wozzeck mis en scène par Andreas Homoki - Tutti Ovation
Saul mis en scène par Barrie Kosky à Glyndebourne, Tutti Ovation
Adam's Passion d'Arvo Pärt mis en scène par Robert Wilson - Tutti Ovation
L'Elixir d'amour - Baden-Baden 2012 - Tutti Ovation
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg - Salzbourg 2013 - Tutti Ovation

Se connecter

S'identifier

 

Mot de passe oublié ?

 

Vous n'êtes pas encore inscrit ?

Inscrivez-vous

Fermer

logoCe texte est la propriété de Tutti Magazine. Toute reproduction en tout ou partie est interdite quel que soit le support sans autorisation écrite de Tutti Magazine. Article L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle.