Interviews

Interview de Peter Gelb, Directeur Général du Metropolitan Opera

Peter Gelb.  Photo : Dario Acosta/Metropolitan Opera

 

Peter Gelb compte parmi les grandes personnalités mondiales de l'opéra. Directeur Général du Metropolitan Opera de New York depuis août 2006, il n'a eu de cesse de dynamiser l'expression lyrique et de l'ouvrir au plus grand nombre. Une de ses principales initiatives est le très populaire "The Met: Live in HD", un concept précurseur de diffusion d'opéras captés en direct sur la scène du Met et retransmis dans les cinémas. En décembre 2006, on comptait déjà 10 plus de millions de tickets vendus, et la saison 2011-2012 était diffusée sur plus de 1.700 écrans dans 50 pays. Parmi les productions initiées au Met par Peter Gelb ces dernières années, le Ring mis en scène par Robert Lepage symbolise parfaitement une prise de risque qui s'exprime toujours en permettant au spectateur non-initié de s'intéresser à un art souvent réputé inaccessible. Ce Ring vient de sortir en Blu-ray et DVD chez Deutsche Grammophon. L'occasion pour Tutti-magazine d'un échange particulièrement riche avec Peter Gelb…

Tutti-magazine : Votre initiative "The Met: Live in HD" est maintenant suivie par d'autres maisons d'opéras comme l'Opéra de Paris, le Royal Opera House ou Le Bolchoï. Comment voyez-vous cette concurrence dans les salles de cinéma ?

Peter Gelb, Directeur Général du Met : Nous avons eu la chance d'être les premiers à lancer cette expérience de transmissions en direct dans les cinémas, et cela nous a donné une longueur d'avance sur la concurrence. Nous devons aussi notre succès à la manière dont nous présentons les spectacles. Dès le départ nous avons mis l'accent sur le côté "en direct" de nos transmissions alors que certains de nos concurrents n'ont pas été aussi cohérents dans leur offre : certains spectacles étaient de l'opéra en direct et d'autres étaient des retransmissions en différé. Il a toujours été parfaitement clair pour moi dès le début que ce qui importe réellement pour le public d'une retransmission d'opéra est d'assister à un direct.

Comment travaillez-vous les aspects du "direct" ?

Notre propos n'est pas de concurrencer les films d'opéra. Nous ne le pouvons pas et nous ne le souhaitons pas davantage. En revanche nous accentuons volontairement le côté "direct" grâce à toutes les possibilités offertes par les caméras mobiles placées dans la salle. Je tiens d'ailleurs à remercier le public du Met qui se montre très compréhensif et les tolère. Pour ces retransmissions, notre optique est de les faire ressembler à un événement sportif vécu en direct en emmenant les spectateurs en coulisses dès que le rideau est tombé. Ils peuvent ainsi assister aux changements de décors, voir les machinistes en action et profiter d'interviews des artistes dans leurs loges ou même dès leur sortie de scène.

Les interviews en coulisses sont toujours menées par des stars du chant…

Choisir comme hôte une star de l'opéra - qui ne chante pas ce soir là, bien sûr -, comme Renée Fleming, Plácido Domingo ou Deborah Voigt procure au spectateur une sorte de connivence grâce à laquelle il peut profiter d'aspects inhabituels de l'opéra. Tout est fait dans l'esprit d'une immersion totale dans ce monde, à la façon d'un documentaire en direct. Nous offrons la possibilité de vivre en direct la réalité de l'opéra sur un écran de cinéma, ce qui représente un savoir-faire exclusif. D'autres opéras dans le monde ont copié le principe des retransmissions en direct, mais je doute qu'aucun ait été aussi loin que nous dans cette direction. Cela explique en partie notre grand succès.

Contrairement à d'autres maisons d'opéras, vous gérez également de nombreux aspects en interne…

C'est un autre avantage. Grâce à mon expérience de la télévision et du cinéma, nous n'avons pas besoin de faire appel à l'extérieur pour produire nos retransmissions. J'assure les deux fonctions de producteur du Met pour la scène et pour les caméras. Cela me permet de garantir une osmose parfaite entre les deux qui profite autant au public de la salle du Met qu'à celui des salles de cinéma du monde entier. Si nous louons les caméras avec leurs opérateurs pour les spectacles, ce sont les mêmes d'un spectacle à l'autre. Nous n'avons pas commis l'erreur faite par d'autres d'installer des caméras à demeure, et la seule chose que nous avons financé est le câblage. Cela nous permet, lorsque nous louons les caméras, d'obtenir les modèles les plus récents. Ainsi, cette année, nous utilisons une nouvelle génération de caméras Sony qui sont à la pointe de la technologie.

 

La salle du Metropolitan Opera de New York.  Photo : Jonathan Tichler/Metropolitan Opera

 

Bryn Terfel en Wotan devant l'objectif de Brigitte Lacombe pour <i>L'Or du Rhin</i> au Metropolitan Opera. © Metropolitan Opera

Vous vous êtes souvent exprimé en faveur d'une ouverture de l'opéra à tous les publics. Pensez-vous que les Live in HD permettent cette ouverture ?

Je pense que cette initiative ne constitue qu'une partie de cette ouverture que je m'efforce d'apporter au Met ainsi que cela m'a été assigné comme tâche lorsque le poste de Directeur Général m'a été confié. Il y a d'autres aspects à cet effort et je suis tout à fait désireux de continuer dans cette voie. Par exemple, je souhaite faire avancer l'aspect théâtral de l'opéra et je crois que cela peut se faire par le choix de nouveaux metteurs en scène, en augmentant le nombre de nouvelles productions et en mettant l'accent sur la qualité des chanteurs. Cette ouverture se manifeste également par des programmes éducatifs qui rendent le Met accessible dans les écoles et en offrant à une grand nombre d'enfants des places pour les retransmissions HD. Le fait de retransmettre les premières sur des écrans géants à Times Square et sur la place devant le Met participe également à cette ouverture. Cela nécessite de multiples actions. Le fait que l'opéra soit considéré par certains comme une forme d'art vieillissant rend nécessaire que nous fassions des efforts incessants pour lui assurer sa place dans le panorama culturel d'aujourd'hui. Si nous ne prenons pas de risques nous courons le plus grand péril de tous : mourir d'obsolescence. Nous ne pouvons pas relâcher nos efforts dans cette direction.

Lors de chaque retransmission, les hôtes expliquent toujours que "rien ne vaut un spectacle dans la salle du Met". Pensez-vous que les Live in HD ont augmenté, et peut-être changé, la fréquentation de votre théâtre ?

Si nous diffusons ce message c'est que nous souhaitons rappeler au public qui n'est jamais allé dans une salle d'opéra, ou même qui voit un opéra pour la première fois, qu'il existe une manière encore plus agréable d'apprécier une production : dans le théâtre même. Je suis persuadé que tous ceux qui sont allés au Met ou à l'Opéra de Paris savent que c'est la meilleure façon d'apprécier une œuvre, tout comme pour un match où le meilleur endroit reste le stade. La fréquentation de la salle du Met a très légèrement diminué mais les avantages dus aux transmissions HD sont tels qu'ils gomment les rares aspects négatifs. Je ne sais pas s'il en est de même pour les autres opéras dans le monde, mais il est évident que la notoriété de l'opéra en général aux USA, et je dirais même en Europe, a grandement augmenté grâce aux transmissions en HD. De plus en plus de gens en parlent, écrivent à leur sujet et assistent à des représentations d'opéra grâce à ces retransmissions. Et cela va dans le sens de cette ouverture que je recherche. Les transmissions en direct sont également stimulantes pour les artistes qui savent qu'ils vont être en mesure de toucher un public mondial. Savoir que, tout en chantant sur le scène du Met, à New York, ils seront vus et entendus dans des salles de cinéma de pratiquement tous les pays du monde, leur donne une poussée d'adrénaline qui les amène à offrir leurs meilleures performances.

 

Anna Netrebko (Adina) et Ambrogio Maestri (Dr Dulcamara) devant l'objectif de Nick Heavican pour <i>L'Elisir d'amore</i> de Donizetti au Met. © Metropolitan Opera

Lors de chaque diffusion, il est fait un appel aux dons pour soutenir vos productions. En France, nous avons du mal à comprendre comment un spectacle retransmis sur plus de 1.700 écrans dans le monde n'est pas commercialement viable…

Nous sommes une organisation à but non lucratif, mais nous ne recevons du Gouvernement que 0,4 % de notre budget, soit moins d'un million de dollars par an. Je pense que vous comprendrez que nous ayons besoin de faire appel aux dons. La vente des tickets pour les transmissions en HD apporte des recettes supplémentaires mais le budget du Met pour l'année 2012 est de 330 millions de dollars. Cela représente presque un million de dollars pour chaque jour de notre saison. Si nous parvenons à financer une part importante par nos revenus propres, il nous reste néanmoins à collecter 145 millions de dollars de dons chaque année. En fait, ce message s'adresse plus au public américain, mais nous n'avons pas la possibilité de le filtrer pour la France ou les autres pays.

Une production du Met est susceptible de sortir chez Deutsche Grammophon, Decca, Virgin Classics ou Sony Classical. En fonction de quoi l'éditeur est-il choisi ?

<i>The Enchanted Island</i> est disponible en DVD chez Virgin Classics.Ce choix appartient aux éditeurs. Certains artistes sont encore sous contrat d'exclusivité et cela peut faire pencher la balance dans quelques cas. C'est le cas d'Anna Netrebko avec Deutsche Grammophon. Si elle chante dans un opera au Met et que DG veut sortir l'enregistrement, DG a toutes les chances de l'obtenir.

Le mot "HD" est un argument fort pour les amateurs de Home Cinéma qui achètent les vidéos du Met. Mais les lecteurs de Tutti-magazine sont très déçus lorsqu'un opéra sort seulement en DVD et pas en Blu-ray, comme The Enchanted Island chez Virgin Classics. Avez-vous un pouvoir sur les sorties vidéo de vos productions ?

Aucun, et la décision est, là aussi, entièrement du ressort des éditeurs. Malheureusement, comme vous le savez, la santé de l'industrie du disque n'est pas florissante. Un Blu-ray coûte beaucoup plus cher à produire qu'un DVD. Évidemment nous souhaiterions que tous nos programmes sortent en Blu-ray car, aujourd'hui, la télévision est devenue numérique et regarder un programme en DVD donne de moins bonnes images que la télé en direct. Le Blu-ray est nettement supérieur, mais nous il est impossible de subventionner les éditeurs…
Mais il ne faut pas perdre de vue que le consommateur de vidéos ne représente qu'une fraction du public qui assiste aux spectacles dans les cinémas du monde entier. En effet, si nous prenons toujours comme exemple Anna Netrebko dans L'Elisir d'Amore, elle sera vue par 300.000 personnes dans le monde. Que l'on puisse vendre ensuite 300.000 exemplaires d'un DVD ou d'un Blu-ray est totalement impossible. Le modèle de distribution des spectacles d'opéra que nous avons bâti remplit le manque créé par la chute des ventes de DVD et autres produits de Home Cinema. au niveau mondial.

 

Le <i>Ring</i> du Metropolitan Opera est disponible en Blu-ray et DVD chez Deutsche Grammophon.

 

David Daniels et Natalie Dessay dans <i>Giulio Cesare</i> en direct du Met le 27 avril 2013.  Photo : Dan Rest/Lyric Opera of Chicago

Tutti-magazine a interviewé Luca Pisaroni et il nous a dit que les chanteurs n'ont qu'une seule répétition avec les caméras avant le direct. Comment, globalement, les artistes se comportent-ils par rapport à un Live in HD ?

Ce que j'attends des chanteurs est avant tout qu'ils se produisent en bons acteurs sur scène sans penser aux caméras. Je souhaite qu'ils jouent aussi bien que possible pour le public qui est dans la salle, et je ne veux surtout pas qu'ils se sentent forcés de changer leur jeu pour les caméras. Les meilleures performances des chanteurs d'opéra sur la scène du Met sont aussi les meilleures pour les caméras, sans ajustement pour la scène ou le cinéma. Bien sûr, certains artistes sont plus sensibles à la présence des caméras que d'autres, et il est intéressant de remarquer que si certains veulent voir l'enregistrement des répétitions, d'autres, et ils représentent la majorité, ne demandent pas à le voir. Du reste, je ne les encourage pas en ce sens car je préfère qu'ils ne changent par leur façon de jouer pour être filmés. J'ai un seul souhait : qu'ils jouent bien, c'est tout !
Évidement, la façon de jouer sur scène aujourd'hui n'est plus la même qu'il y a 30 ou 40 ans, et c'est également vrai pour le cinéma ou le théâtre. Par ailleurs, la présence des caméras a conduit les chanteurs à comprendre qu'ils doivent continuellement jouer leur rôle même lorsqu'ils ne sont pas au devant de la scène. L'époque des chanteurs qui, une fois leur air terminé, ne se préoccupaient plus de leurs partenaires et sortaient de leur rôle dès qu'ils fermaient la bouche, est révolue. Cela n'est plus possible car ils savent que la caméra les montre même s'ils ne chantent pas. Ils doivent donc rester concentrés sur leur rôle, et cela profite au public.

Les chanteurs travaillent-ils avec le réalisateur de la captation ?

La plupart du temps, il n'y a aucune interaction entre le réalisateur de la captation HD et les chanteurs. Je ne le souhaite absolument pas !

Les artistes se prêtent-ils facilement au jeu des interviews backstage ? Lors de la récente diffusion d'Otello, nous avons vu le ténor Johan Botha très mal à l'aise par rapport aux questions basiques qui lui étaient posées. Ne savait-il pas qu'il serait interrogé ?

La plupart des chanteurs tient à ces interviews. Parfois cela les rend un peu nerveux, mais ils les apprécient. Je pense que le cas de Johan Botha est un peu spécial. Comme Sondra Radvanovsky, l'hôtesse de ce Live in HD, l'a dit dans son introduction avant le spectacle, le ténor avait été malade et n'avait pu assurer les trois représentations qui précédaient la captation. Cela lui avait mis une pression considérable, et je lui avais dit avant le lever de rideau : "Johan, je ne veux pas augmenter la pression, vous avez un rôle difficile et vous venez d'être malade. Vous n'êtes pas forcé de faire cette interview si vous ne le voulez pas. Vous prendrez la décision à la fin de l'acte après le baisser de rideau". Et il a décidé de la faire… Mais il s'était tellement concentré sur la représentation qu'il n'avait pas vraiment pensé à l'interview. Je pense, du reste, qu'il a donné une performance superbe. Ce qui est merveilleux avec ces interviews est qu'on ne sait jamais à l'avance ce qui va se passer. Je me souviens que l'année dernière, dans La Traviata, Natalie Dessay a raté une note et a reconnu devant Deborah Voigt ce que tout le monde avait entendu. C'était un moment très émouvant et le public l'a vraiment apprécié. En fin de compte, ces programmes montrent parfaitement combien la vie d'un artiste est difficile, que c'est un challenge permanent, et comment ces artistes sont prêts à prendre des risques pour leur public. Grâce au direct le public se rend compte de ce que cela demande en permanence aux chanteurs. En effet, sur un CD ou un DVD personne ne se serait rendu compte de rien, grâce au montage.

 

Joyce DiDonato devant l'objectif de Brigitte Lacombe pour <i>Maria Stuarda</i> de Donizetti en direct du Met dans les cinémas le 19 janvier 2013.  © Metropolitan Opera

Comment composez-vous la programmation des diffusion Live in HD ?

Nous commençons par examiner la saison du Met et nous essayons de bâtir une saison Met Live in HD dont les dates seront réparties au mieux sur les 33 semaines qui constituent notre programmation annuelle à New York, de fin septembre à mai. Cette année, les 12 spectacles de la saison Live in HD reflètent la programmation de New York reconnue pour son répertoire éclectique. Elle constitue une sorte de saison abrégée mais représentative de ce qui passe à New York. Dans chaque saison HD nous incluons toutes les nouvelles productions de l'année et un certain nombre de reprises.

Les captations HD Live sont le plus souvent réalisées par Gary Halvorson et Barbara Willis Sweete. Est-ce le Met qui décide qui réalisera la captation et avez-vous des desiderata quant à la manière de filmer ?

Peter Gelb dans le camion régie, pendant une captation HD en direct du Met.  Photo : Ken Howard/Metropolitan OperaNous nous réunissons avec les réalisateurs vidéo une fois la programmation Live in HD arrêtée. Gary Halvorson est le principal réalisateur et il assure environ 50 % des spectacles. Barbara Willis Sweete en fait 40 % et un invité en réalisera un ou deux. Nous débattons de la répartition des captations entre eux afin d'éviter qu'ils n'aient à réaliser trop d'opéras à la suite car ce travail demande une période de préparation très intense. En effet, ils doivent faire un premier découpage des images puis le revoir parfois plusieurs fois en fonction du spectacle tel qu'il sera présenté. Cela se passe de la façon suivante : pendant la couturière*, 5 ou 5 caméras filment de manière passive le spectacle afin de faire un contrôle de l'éclairage. La retransmission en HD est un samedi et la représentation qui précède tient lieu de répétition pour le découpage. C'est entre cette répétition pour les caméras et la transmission en direct que se produit un important travail de redécoupage des différents plans pour les caméras. Mon objectif est d'obtenir que nous montrions ce qui se passe sur la scène sans y changer quoi que ce soit. Les éventuels changements que nous opérons en matière de maquillage ou de costumes sont très minimes. S'il s'agit d'une nouvelle production, il y a toutes les chances que le metteur en scène ne sera plus là lorsque le réalisateur vidéo arrivera… Nous faisons donc confiance aux assistants du metteur en scène pour travailler avec le réalisateur vidéo afin qu'aucun aspect important ne soit négligé. Je supervise aussi cela depuis le camion régie parce que je veux être certain qu'aucun point important voulu par le metteur en scène ne sera laissé de côté. De plus, en fonction de la nature de la production, l'emplacement des caméras sera différent. Par exemple, dans le cas de The Tempest, la mise en scène de Robert Lepage repose beaucoup sur des illusions d'optique provenant de décors plats, et tout est prévu pour être vu de face. De ce fait, il n'y a pas vraiment de place pour des vues de côté. Au contraire, pour le Ring du même Robert Lepage, qui fait usage de cette machine spéciale qui constitue la structure même du décor, des plans de côté augmentent l'aspect spectaculaire de la machinerie. Chaque production nous donne des indications sur la manière de la filmer. Je suis au courant de rumeurs selon lesquelles les metteurs en scène qui créent de nouvelles productions le font en prévoyant les retransmissions en HD, mais c'est totalement faux ! Ils ont suffisamment de pression pour concevoir un spectacle qui fonctionne pour le public de la salle du Met ! Notre objectif est d'obtenir le meilleur spectacle d'un point de vue théâtral pour le public de New York et nous faisons en sorte de le faire fonctionner pour les caméras. Nous ne faisons pas passer les caméras en premier.
* La couturière est une répétition en costumes.

 

[Pour en savoir plus sur la préparation d'une captation d'opéra, lire notre interview du conseiller musical Yves Rousseau]

 

Scène de <i>The Tempest</i> de Thomas Adès mis en scène par Robert Lepage pour le Québec Opera Festival.  Photo : Nicola Vachon

 

Dmitri Hvorostovsky (Anckarström) et Marcelo Álvarez (Gustavo) devant l'objectif de Brigitte Lacombe pour <i>Un Bal masqué</i> de Verdi. © Metropolitan Opera

Dans le documentaire de Susan Froemke Wagner's Dream, vous dites que le Ring est sans doute le pari de votre carrière, et même peut-être de votre vie. Avec le recul, ce pari est-il gagné ?

Je suis toujours dans mon poste ! Je pense d'ailleurs que si je devais refaire les choses je ne procéderais pas différemment. Bien sûr, il est possible que je reverrais certaines décisions de moindre importance mais je confierais à nouveau le Ring à Robert Lepage car ce qu'il a créé correspond à ce que j'attendais. Ce fut une expérience chargée de stress, mais je ne reviendrais pas en arrière même si je le pouvais. Je suis intimement persuadé que si nous ne nous mesurons pas aux difficultés et si nous ne prenons pas de risques, nous n'avons aucune chance de connaître le succès. Il faut prendre ces risques intelligemment, mais il faut les prendre. C'est ma façon de vivre.

Nous avons du mal à comprendre pourquoi vos efforts de modernisation des nouvelles productions, comme celle du Ring de Robert Lepage, sont autant critiqués…

Je pense que cela est inhérent à une forme de critique locale. Quelqu'un me disait l'autre jour : "Plus vous êtes important, plus vous constituez une cible importante". C'est la nature humaine. Les amateurs et les critiques d'opéras sont des gens très passionnés. Leur ressentiment est sans doute dû au fait que je n'hésite pas à dire que je suis une sorte de populiste désireux de rendre l'opéra accessible à tous. Cela constitue une part fondamentale de ma mission, et toutes les compagnies d'opéra devraient avoir la même. Si vous regardez l'Italie, vous constaterez que la plupart des petites compagnies qui se contentaient de présenter des opéras comme elles l'avaient toujours fait ont disparu. Nous devons créer des connexions entre les gens et l'art. Quoi qu'il en soit, les critiques ne m'empêchent pas de continuer.Deborah Voigt devant l'objectif de Brigitte Lacombe pour <i>La Walkyrie</i> mise en scène par Robert Lepage.  © Metropolitan Opera

 

 



Que pouvez-vous nous dévoiler des prochaines nouvelles productions du Met dans les années à venir ? Le Ring était un projet de grande envergure, allez-vous continuer sur cette lancée ?

Il n'y aura rien d'aussi gigantesque que le Ring. Mais nous avons de grands projets en préparation. Nous travaillons avec Dmitri Tcherniakov sur une nouvelle production gigantesque du Prince Igor de Borodine. Cela va nous demander aussi un effort dramaturgique car Le Prince Igor est un opéra inachevé. Aucun projet n'égalera le Ring, mais différents projets stimuleront certainement l'imagination du public.

Nous sommes toujours surpris par la beauté des photos promotionnelles qui sont réalisées très en amont pour la promotion des productions. Comment procédez-vous pour produire de tels visuels ?

Peter Gelb au Lincoln Center, après une représentation du <i>Ring</i> de Wagner mis en scène par Robert Lepage.C'est très compliqué… Et très coûteux ! Cela implique de travailler avec les metteurs en scène, les décorateurs et les costumiers, même s'ils n'ont pas encore finalisé les costumes. Ils définissent les principes de base des spectacles environ un an à l'avance. Avec eux, notre directeur artistique et notre atelier de costumes travaillent afin de concevoir un univers visuel qui suggère ce que sera le projet abouti. Dans le documentaire Wagner's Dream, lorsque vous voyez Deborah Voigt à cheval, vous avez un exemple de ce cheminement…

En tant qu'ancien Président de Sony Classical, pensez-vous la dématérialisation du support disque inéluctable pour l'amateur de musique classique ?

Je ne suis pas vraiment sûr de cela. Mais, tant que de l'information numérique sera produite, on aura la possibilité de la diffuser de la manière la plus adéquate à un moment donné. Le plus important est de pouvoir fournir au public la musique la plus proche possible de l'original. Quand le CD est apparu les éditeurs ont trompé le public en lui faisant croire que le CD était meilleur que les disques vinyle alors que ce n'était pas le cas, car le son est compressé sur les CD. Certains enregistrement laissaient à désirer à cause de cela et je pense que le public en a pâti. Que les supports physiques perdurent ou pas, le plus important est que les grandes performances soient immortalisées et qu'elles continuent à être diffusées quelle que soit le moyen.

 

Propos recueillis par Jean-Claude Lanot
Le 21 novembre 2012

 


En France, la saison "The Met: Live in HD" est distribuée exclusivement par Pathé Live. Lire à ce sujet notre interview de son directeur Thierry Fontaine.

Mots-clés

Metropolitan Opera

Index des mots-clés

Imprimer cette page

Imprimer

Envoyer cette page à un(e) ami(e)

Envoyer

Tutti Ovation
Wozzeck mis en scène par Andreas Homoki - Tutti Ovation
Saul mis en scène par Barrie Kosky à Glyndebourne, Tutti Ovation
Adam's Passion d'Arvo Pärt mis en scène par Robert Wilson - Tutti Ovation
L'Elixir d'amour - Baden-Baden 2012 - Tutti Ovation
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg - Salzbourg 2013 - Tutti Ovation

Se connecter

S'identifier

 

Mot de passe oublié ?

 

Vous n'êtes pas encore inscrit ?

Inscrivez-vous

Fermer

logoCe texte est la propriété de Tutti Magazine. Toute reproduction en tout ou partie est interdite quel que soit le support sans autorisation écrite de Tutti Magazine. Article L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle.