Interviews

Interview de Jessica Pratt, soprano

Jessica Pratt.  © Luis Condro

 

Lorsque nous avons reçu à la rédaction les Blu-ray et DVD de l'opéra de Rossini Adelaide di Borgogna et du Concert du Nouvel An 2012 à La Fenice, la voix et la présence de la jeune soprano anglaise Jessica Pratt nous sont apparues comme une de ces évidences qu'aime tant la scène lyrique. Aussi, nous avons voulu la rencontrer lors de son bref passage à Paris après avoir chanté Les Capulets et les Montaigus de Bellini à l'Opéra de Reims. Deux jours après notre rencontre fort sympathique, Jessica Pratt recevait à Cesena "La Siola d'Oro", prix italien très convoité, symbolisé par une broche de diamants, remis tous les 2 ans à une soprano colorature…

 

Jessica Pratt a interprété les arias de <i>La Sonnambula, Linda di Chamounix, Semiramide, Otello</i> de Rossini et la <i>Scène de la folie</i> de <i>Lucia di Lamermoor</i> lors du récital donné à l'occasion de la remise de la Siora d'Oro à Cesena le 8 mai 2013.  Photo © Gigio Gatteo Marè

 

 

 

 

 

 

Tutti-magazine : Vous revenez de Reims où vous avez chanté dans Les Capulets et les Montaigus de Bellini. Vous faisiez vos débuts dans le rôle de Juliette. Comment se sont passées ces représentations à l'Opéra de Reims ?

Jessica Pratt : Chanter Juliette a constitué pour moi une formidable expérience car Les Capulets et Montaigus est un magnifique opéra et j'ai eu la grande chance de pouvoir le chanter avec la mezzo-soprano Julie Boulianne qui prêtait sa superbe voix à Roméo. Je désirais interpréter cet opéra de Bellini depuis pas mal de temps et je suis très heureuse d'avoir pu enfin exaucer ce souhait tout en espérant pouvoir le chanter à nouveau dans le futur, même si rien n'est encore confirmé au moment où je vous parle. L'Opéra de Reims était sans doute le théâtre idéal pour faire mes débuts dans ce rôle.

Comment avez-vous trouvé la mise en scène de Nadine Duffaut ?

Je me suis vraiment sentie à l'aise dans ce cadre. Je préfère les productions traditionnelles et, généralement, je n'apprécie pas trop celles qui s'éloignent du livret de l'œuvre. Alors j'étais réellement contente de chanter dans cette production et travailler avec Nadine a été très positif en dépit du fait qu'il ne s'agissait pas pour elle d'une création mais d'un spectacle déjà monté par le passé à l'Opéra Théâtre d'Avignon. Elle s'est montrée très ouverte dans les discussions que nous avons eues afin que je trouve à exprimer ma vision personnelle du rôle au sein de sa propre mise en scène. Là encore, c'était une chance !

Avant cette prise de rôle dans Juliette, vous avez débuté dans le rôle de Matilde dans Guillaume Tell de Rossini en mars 2013 et, bientôt, vous allez chanter pour la première fois le rôle de Lisinga dans Demetrio e Plobio de Rossini. Comment vous organisez-vous pour enchaîner 3 prises de rôles en quelques mois ?

Il faudra me poser à nouveau cette question la semaine prochaine lorsque j'aurais débuté dans Lisinga ! Je crois que la meilleure réponse que je puisse faire est de dire que j'apprécie profondément tout ce qui touche à l'étude d'une nouvelle œuvre. En fait, à ce jour, ma seule occasion de chanter un rôle dans différentes productions a été Lucia, que j'ai d'abord interprété en 2012 à Naples sous la direction de Nello Santi, puis à Tel Aviv avec Daniel Oren. Ces deux Lucia étaient d'ailleurs très différentes. À la fin des représentations à l'Opéra de Tel Aviv, j'avais déjà chanté 13 fois Lucia et je ressentais vraiment le besoin de passer à un autre rôle et de retrouver cette fraîcheur qui accompagne l'apprentissage d'une nouvelle œuvre. Cette année je fais mes débuts dans 6 rôles et 10 productions. Mais c'est un peu mon rythme actuel et cela vient aussi du fait que je chante dans des opéras qui ne sont pas programmés à nouveau par la suite. Par exemple, j'ai débuté dans le rôle de Donna Isabella dans La Sposa di Messina de Vaccai en 2009 dans le cadre du Festival Rossini de Wildbad et tout porte à croire qu'aucun théâtre n'envisage de le monter. Quoi qu'il en soit, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à apprendre cet opéra car la musique est très belle et je crois qu'il est important de familiariser ma voix avec des styles différents.

 

Jessica Pratt dans <i>La Sonnambula</i> à La Fenice.  Photo © Michele Crosera

 

Jessica Pratt dans <i>Lucia di Lamermoor</i> à Naples.  Photo © Luciano Romano

Pensez-vous que vous apprenez plus rapidement un nouveau rôle que d'autres chanteurs ?

J'étudie et je chante sans me mettre aucune pression et je retiens un rôle sans faire un effort particulier de mémorisation. Je crois que mon subconscient doit très bien savoir où j'en suis car si je ne suis pas prête ou si le temps d'apprentissage n'est pas suffisant, je fais des cauchemars qui me placent dans des situations invraisemblables. Par exemple, je me retrouve sur scène pour chanter Lucia di Lamermoor et le chef d'orchestre annonce : "Non, ce soir nous allons jouer La Bohème !". Alors je lui dis : "Mais je ne connais pas La Bohème". Et il me répond : "Chante quand même !". Ce mauvais rêve est pour moi le signal que je dois me remettre au travail. En tout cas, ça marche !

En tant que chanteuse d'opéra, comment abordez-vous les nouveaux rôles sur le plan dramatique ?

Cet aspect est très important pour moi et je prends un soin très particulier à la manière dont je vais travailler un personnage. J'aime les rôles que je chante et j'adore les interpréter. La partie théâtrale d'un personnage chanté est extrêmement importante car c'est grâce au jeu que le spectateur peut croire en ce que vous faites sur scène. Avec des rôles comme Lucia ou Elvira il est par exemple fondamental de bien montrer que leur comportement est en fait une réaction face à ce qu'elles vivent. C'est d'ailleurs ce jeu d'interaction entre les personnages d'un drame qui rend le jeu scénique passionnant et c'est la raison pour laquelle j'adore chanter ces héroïnes.
Pour les personnages plus dramatiques, comme Norma, je pense que le moment n'est pas encore venu car je dois auparavant me constituer une expérience afin de les aborder le mieux possible. À mon âge, je peux chanter une aria de Norma, là n'est pas la question, mais sur le plan dramatique je ne sais pas encore contrôler tous les aspects qui me permettront, par exemple, d'exprimer la colère sur le plan dramatique sans pousser la voix. En d'autres termes, comment exprimer avec mon corps le ressenti du personnage tout en conservant un contrôle vocal. C'est loin d'être simple et je crois qu'il faut du temps pour parvenir à cela et comprendre tout ce qui est sous-jacent dans la structure de personnages aussi complexes.

Avez-vous pris des cours de théâtre ?

Tout à fait, les cours de théâtre faisaient partie du cursus à l'université de Brisbane, en Australie. À titre personnel, j'ai également fait de la danse moderne et classique et j'ai étudié la Technique Alexander et la méthode Feldenkrais. Bref, tout ce qui était susceptible d'enrichir le parcours que je suivais pour vivre ma vocation de chanteuse. J'ai aussi voulu apprendre à bouger avec un costume et adopter une gestuelle cohérente avec les XVIe ou XVIIIe siècles. Je trouve cela très important mais ça ne fait pas partie de ce que l'on apprend aux chanteurs et, lorsqu'on travaille sur une production, il n'en est jamais question. Peut-être le public ne s'en aperçoit-il pas, mais peut-être aussi qu'une personne installée dans la salle remarquera ma façon de bouger. De plus, je pense que chacun peut être sensible à la différence de gestuelle sans pour autant en être totalement conscient.

 

Jessica Pratt dans <i>Ciro in Babilonia</i> au Théâtre Rossini de Pesaro en 2012. Mise en scène de Davide Livermore et costumes de Gianluca Falaschi.  Photo © Eugenio Pini ̀

 

Jessica Pratt.  D.R.

À l'opposé des rôles dramatiques, vous avez chanté Cunégonde dans Candide de Bernstein à l'Opéra de Rome. Quel souvenir gardez-vous de ce rôle ?

C'était génial ! J'avais l'impression d'être en vacances tant ce rôle me permettait de m'amuser même si Cunégonde éprouve de la tristesse à un moment de l'opéra. Je dansais tout le temps. Et puis, me transformer sur scène en showgirl après avoir chanté toutes ces héroïnes tragiques du XVIIIe siècle ! De plus la production était fantastique.

Vous êtes Anglaise et vous avez grandi en Australie. Mais l'Italie est le pays qui semble le plus important pour vous aujourd'hui. Est-ce votre voix qui explique cette évolution géographique ?

Je suis arrivée en Italie il y a tant d'années ! C'était pour travailler avec le Maestro Gianluigi Gelmetti. J'ai aimé ce pays, je m'y sentais à l'aise en m'accordant facilement à cette sorte de "folie" italienne, si bien que je suis restée. De plus, le public italien est passionné par l'opéra. D'ailleurs, à chaque fois que je me produis dans un théâtre italien, je suis nerveuse car je sais que le même public peut vous encenser un soir et vous huer le lendemain si vous n'êtes pas en forme ! C'est en fait très dur mais j'aime ça et je le prends comme un challenge. De plus, lorsque vous chantez quelque chose de vraiment difficile, ce public le sait et vous applaudit en connaissance de cause. Dans d'autres pays, les spectateurs ne sont pas sensibles à l'incroyable difficulté à laquelle vous venez d'être confrontée et se comportent comme si vous n'aviez rien fait.

En Italie, certains théâtres sont-ils plus difficiles que d'autres ?

Absolument, et les établissements de province davantage que les grands théâtres car ils sont encore très ancrés dans l'Histoire de l'opéra et certains publics sont extrêmement exigeants. Par exemple, Parme a connu de nombreux épisodes particulièrement sombres pour les chanteurs, et je n'étais pas très rassurée lorsque j'y ai fait mes débuts l'année dernière. C'était dans Rigoletto avec Leo Nucci… Mais tout s'est passé merveilleusement : chaque soir le public demandait un bis, on trouvait des petits présents dans nos loges, les gens attendaient dehors pour applaudir… Je garde de ce Rigoletto un souvenir vraiment agréable et je me réjouis de retourner à Parme cette année pour un grand gala.

 

Jessica Pratt chante sous la direction de Diego Matheuz lors du <i>Concert du Nouvel An</i> 2012 à La Fenice de Venise.  Photo © Michele Crosera

Cliquer pour lire la critique du <i>Concert du Nouvel An 2012 à La Fenice</i> avec Jessica Pratt…

Arthaus Musik édite un concert du Nouvel An à La Fenice de Venise. Vous chantez aux côtés d'Alex Esposito et de Walter Fraccaro. Gardez-vous un souvenir particulier de cet événement ?

Je crois que ce concert* a constitué un virage dans ma carrière car l'audience était immense. J'avais cependant déjà chanté en 2011 Lucia di Lamermoor à La Fenice et ce spectacle avait été diffusé en direct dans les salles de cinéma du monde entier. Après ce concert du Nouvel An, je suis revenue pour chanter dans La Somnambule et, en été, pour un récital intitulé La Prima Donna, composé d'arias écrits pour La Fenice, ce qui était une très bonne idée. Mais, pour revenir à ce concert du Nouvel An 2012, ce moment a été fabuleux. Je n'avais au départ aucune idée de l'importance qu'il aurait lorsque j'ai accepté d'y participer. Je crois que la retransmission à la télé italienne a touché quelque 4,6 millions de spectateurs. Le jour suivant, je recevais 400 messages sur mon profil Facebook… Croyez-moi, j'ai répondu à tout le monde et cela m'a pris quasiment une semaine. Les messages continuaient d'affluer alors que je répondais… Ce concert a joué pour moi comme une formidable exposition car il a franchi les frontières de l'Italie en étant diffusé dans d'autres pays, puis il est sorti en Blu-ray et DVD. Qui plus est, La Fenice est un de mes théâtres préférés…
* Voir la vidéo à la fin de cette interview : Jessica Pratt interprète O luce di quest anima tiré de Linda di Chamounix lors du concert du nouvel an 2012 à La Fenice.

Pour quelle raison aimez-vous tant La Fenice ?

L'acoustique de cet opéra est merveilleuse, l'orchestre est de tout premier ordre, comme le chœur. Quant au mode de fonctionnement du théâtre et à son administration, tout est fait pour que les chanteurs se sentent bien. Le personnel de La Fenice est charmant et compétent, depuis les maquilleurs très doués au chef du département des costumes qui est quelqu'un que j'apprécie beaucoup pour son talent. C'est lui qui a réalisé la robe que je porte pour le concert du Nouvel An car il n'aimait pas celle que j'avais achetée. Lorsque j'ai vu les photos de la couturière je me suis dit : "Mon Dieu, il a raison !".

Pensez-vous que la totalité du Concert du Nouvel An soit proposé sur les Blu-ray et DVD édités par Arthaus. Il semble que peu de place soit accordée à la voix. Par exemple, Alex Esposito ne chante qu'un seul aria…

Je pense que tel était le cas et qu'il ne s'agit pas d'un montage spécial pour le DVD car tout a été conçu en fonction de la diffusion télé. D'où cette impression de timing un peu spécial. Par exemple, les producteurs de la captation ne voulaient aucun aria de plus de 4 minutes, sans doute par rapport au public de télévision. C'est la raison pour laquelle je chante "Ah ! Non credea…" de La Somnambule sans la cabalette, et "O luce di quest'anima" de Linda di Chamounix sans les récitatifs.

 

De Gauche à droite : Diego Matheuz, Jessica Pratt et Walter Fraccaro lors du final du <i>Concert du Nouvel An</i> à La Fenice en 2012.

 

Jessica Pratt dans <i>Adelaide di Borgogna</i>.  Photo © Studio Amati Bacciardi

Arthaus Musik édite aussi en Blu-ray et DVD Adélaide di Borgogna enregistré durant le Rossini Opera Festival. Vous interprétez le rôle-titre. Que pouvez-vous nous dire de cette production ?

Cette production a été aussi très importante pour moi, mais sans doute plus sur le plan psychologique car, lorsque je suis arrivée en Italie, le premier opéra auquel j'ai assisté était Tancredi avec Maria Devia, Daniela Barcelona et Raúl Giménez. Je garde de cette représentation un souvenir très vivant car la performance vocale était parfaite. Je me suis dit que c'était le genre de musique que je voulais chanter et que j'avais beaucoup de chance d'être capable de pouvoir atteindre ce but… Daniela Barcelona était magnifique. C'est une artiste que j'admire beaucoup et, lorsque j'ai su que j'allais chanter avec elle dans Adelaide di Borgogna, un rêve incroyable se réalisait. Lorsque nos voix s'expriment ensemble cela fonctionne très bien et Daniela est une personne adorable. De fait, cette production du Festival Rossini de Pesaro est un peu spéciale pour moi.

 

Cliquer pour lire la critique d'<i>Adelaide di Borgogna</i> avec Jessica Pratt…

 

Jessica Pratt.  D.R.

Fin novembre, vous chanterez le rôle d'Inès dans L'Africaine de Meyerbeer à La Fenice. Quel rapport entretenez-vous avec la musique française ?

Mon approche de la musique française est bien plus problématique que la musique italienne en raison de la langue. Lorsque je dois apprendre un rôle en français, je traduis tout d'abord phonétiquement tout le texte. Je l'efface ensuite afin de travailler uniquement sur une base phonétique. Je replace ensuite les mots français et travaille alors avec le bon vocabulaire et la prononciation phonétique que j'ai mémorisée. Je sais que cela peut paraître curieux et, en plus, cela prend un temps infini. Mais je pense que c'est actuellement le meilleur moyen que j'ai trouvé pour atteindre un niveau de prononciation comparable à celui que je posséderais si je parlais vraiment français.

Vous avez justement dit que vous envisagiez d'apprendre le français…

Exactement, ce sera plus rapide ! Mais, pour être honnête, mon approche phonétique de la partition est la même en italien bien que je parle cette langue avec autant de fluidité que l'anglais. En effet, même si l'italien n'est pas aussi compliqué pour moi que le français, j'ai besoin de savoir si certains sons doivent être ouverts ou fermés. D'autres aspects de la prononciation doivent de même être travaillés. De fait, quelle que soit la langue dans laquelle je chante, ma progression est la même : je m'attache d'abord au rythme des mots, puis aux mots sur le rythme, et à la musique que j'étudie séparément. J'ajoute ensuite le rythme des mots à la musique et enfin j'assemble le tout.

Travaillez-vous avec un coach pour le français ?

J'ai la chance d'avoir deux amis qui parlent français. L'une est française, il s'agit de la mezzo-soprano Géraldine Chauvet. Généralement, j'appelle Géraldine et je l'envahis. Mais elle est très gentille. De mon côté, j'aide mes amis en anglais.

Avez-vous recours à un piano ?

Uniquement pour me donner la note car je ne joue pas de piano. J'ai commencé à apprendre lorsque j'étais enfant mais j'ai laissé tomber. En revanche, j'ai joué de la trompette pendant 10 ans.

La basse Carlo Colombara et le ténor Marcelo Alvarez expliquent que chanter en français demande un placement plus haut de la voix que l'italien. En est-il de même pour une soprano ?

Je pense qu'une soprano utilise ce placement de tête de façon très courante. C'est mon cas par rapport au répertoire que je chante. Mais j'ai conscience que ma voix sonne de façon plus lyrique lorsque je chante en français.

 

Jessica Pratt dans <i>Lucia di Lamermoor</i> à Genova.  Photo © Marcello Orselli

Aujourd'hui, vous vous exprimez à travers le répertoire belcantiste. Comment voyez-vous l'évolution de votre voix dans le futur ?

J'envisage de progresser dans la même voie et d'acquérir un répertoire plus vaste à la fois dans le bel canto et le lyrique. J'ai la chance d'apprécier tout autant de chanter mon répertoire que de l'écouter par les autres. J'écoute ainsi avec énormément de plaisir les enregistrements de Maria Devia, Luciana Serra et de chanteuses de cette qualité. Je ne suis pas le genre à m'énerver parce que je ne chanterai pas Turandot ! En fait, c'est juste que ça m'est égal. Dans quelques années, je pense que je serai à même d'aborder des œuvres un peu plus lourdes comme Il Pirata et La Straniera de Bellini, tout en restant dans le même répertoire.

Vous travaillez avec Lella Cuberli. Que vous apporte son enseignement ?

Je travaille avec Lella Cuberli depuis un certain nombre d'années. Lorsque je suis chez moi, en Italie, je la vois très souvent. Elle m'apporte beaucoup sur le plan technique. Nous travaillons par exemple le legato coloratura, si important pour chanter Bellini et très différent du colorature de Rossini, qui peut être beaucoup plus instrumental, ou de celui de Donizetti. Nous travaillons aussi les staccati et toutes ces choses qu'un chanteur de bel canto doit connaître, ainsi que le lié de la ligne de chant, en particulier en sollicitant le médium sans le pousser. Nous travaillons aussi sur le souffle… Mais, en dehors de tout cela, et c'est capital, Leila Cuberli est une personne absolument adorable.

 

Jessica Pratt reçoit la Siora d'Oro à Cesena le 8 mai 2013.  Photo © Gigio Gatteo Marè

 

Jessica Pratt dans <i>La Somnambule</i> à La Fenice.  Photo © Michele Crosera

Quels rôles aimeriez-vous chanter ?

Je prépare mes débuts dans Tancredi et je suis également invitée par La Scala pour une Lucia en février 2014. Mais j'aimerais aussi aborder des rôles un peu plus gais comme La Fille du régiment et Don Pasquale. En fait j'aimerais bien pouvoir chanter des héroïnes avec lesquelles je ne meurs pas folle systématiquement à la fin de l'opéra !

Vous avez déjà chanté la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée. Que vous dit ce rôle ?

C'était à Covent Garden. La tessiture ne me pose pas de problème et je ne chante pas ce rôle avec le stress de savoir si je vais y arriver ou pas. Le problème est plutôt que je trouve ce rôle particulièrement ennuyeux. Alors je ne souhaite pas le chanter. En revanche, il m'arrive de placer un aria de la Reine de la nuit dans un concert, pour le plaisir…

La Reine de la Nuit pourrait peut-être représenter le rôle qui vous permettrait de débuter dans une grande maison d'opéra…

Même si cela peut être vrai, j'estime qu'il est trop risqué de laisser aux gens une impression dans ce rôle car je ne tiens pas du tout à ce que l'on me place dans une case "Reine de la Nuit" ! Ce serait pire que tout.

À l'image de Désirée Rancatore, vous voyez-vous un jour chanter Lakmé ou Les Pêcheurs de perles ?

Absolument, mais il faut que le moment soit venu pour aborder ces rôles. J'ai encore le temps… Je dirais d'ailleurs la même chose quant aux maisons d'opéras susceptibles de faire appel à moi. Bien sûr, je serais très heureuse de pouvoir chanter à l'Opéra de Paris, par exemple. Mais il n'y a aucune urgence et je n'ai pas ce genre d'ambition. Mon ambition est de chanter au mieux de mes possibilités. S'il m'est impossible d'agir sur les gens pour qu'ils fassent appel à moi, je peux en revanche me focaliser sur ma voix. Cela est à ma portée !

 

 


Propos recueillis par Philippe Banel
Le 6 mai 2013


Pour en savoir plus sur Jessica Pratt :
www.jessicapratt.org

 

 

Mots-clés

Adelaide di Borgogna
Jessica Pratt
Teatro La Fenice

Index des mots-clés

Vidéo

Jessica Pratt chante Linda di Chamounix

Imprimer cette page

Imprimer

Envoyer cette page à un(e) ami(e)

Envoyer

Tutti Ovation
Wozzeck mis en scène par Andreas Homoki - Tutti Ovation
Saul mis en scène par Barrie Kosky à Glyndebourne, Tutti Ovation
Adam's Passion d'Arvo Pärt mis en scène par Robert Wilson - Tutti Ovation
L'Elixir d'amour - Baden-Baden 2012 - Tutti Ovation
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg - Salzbourg 2013 - Tutti Ovation

Se connecter

S'identifier

 

Mot de passe oublié ?

 

Vous n'êtes pas encore inscrit ?

Inscrivez-vous

Fermer

logoCe texte est la propriété de Tutti Magazine. Toute reproduction en tout ou partie est interdite quel que soit le support sans autorisation écrite de Tutti Magazine. Article L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle.