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Interview de Flore Philis et Marie Menand, chanteuses et créatrices de D.I.V.A

Marie Menand, mezzo-soprano et Flore Philis, soprano.  D.R.Flore Philis, soprano, et Marie Menand, mezzo-soprano, nourrissent une passion commune pour l'opéra. Leur expérience en tant qu'interprètes lyriques, cimentée par une solide amitié et un impérieux désir de création originale, a abouti à un concept opératique des plus novateurs : extraire la quintessence musicale et dramatique des grandes œuvres pour en présenter une version scénique d'un quart d'heure pour cinq voix féminines accompagnées par un quatuor à cordes. Voilà D.I.V.A ! Après deux showcases prometteurs et un énorme travail de préparation, leur spectacle sera présenté au public à partir du 18 avril 2017 au Théâtre Montparnasse.

 

Tutti-magazine : Le 10 août 2015 naissait D.I.V.A. Quel a été le cheminement artistique qui vous a amené à vous rencontrer ?

Flore Philis : J'ai commencé la musique classique à l'âge de 8 ans en entrant à la Maîtrise de Radio France où je suis restée 5 ans, puis j'ai poursuivi mes études musicales au sein de la Maîtrise de Paris. Parallèlement, j'ai bénéficié d'horaires aménagés pendant toute ma scolarité jusqu'au Bac. Puis je suis entrée au Conservatoire du IXe arrondissement de Paris avant de me rendre à Londres pour terminer mes études au Trinity College of Music où j'ai préparé un master d'opéra… À Londres, il y avait de nombreuses opportunités de travail mais très peu d'argent. Alors je suis rentrée en France et ai auditionné pour Opéra en plein air. C'est ainsi que, il y a 3 ans, j'ai été retenue pour un Don Giovanni mis en scène par Manon Savary et Patrick Poivre d'Arvor. Or il se trouve que Marie chantait aussi dans cette production et c'est ainsi que nous nous sommes rencontrées.

Flore Philis, soprano, et dans son personnage de D.I.V.A.  Louis Décamps/D.R.Marie Menand : Pour ma part, j'ai fait mes études au Conservatoire de Limoges, également en classes aménagées depuis le cours préparatoire, et ce jusqu'à 16 ans. Puis j'ai intégré la Maîtrise de Radio France, comme Flore, mais à quelques années d'écart. J'ai ensuite chanté au Jeune Chœur de Paris avec Laurence Équilbey, pris des cours de direction de chœur avec Geoffroy Jourdain, et passé mon prix au Conservatoire de Saint-Denis… Puis, comme Flore, j'ai chanté dans les chœurs des productions d'Opéra en plein air. Nous nous sommes effectivement rencontrées sur Don Giovanni, puis retrouvées sur La Traviata la saison suivante. C'est à cette époque que nous avons décidé de travailler ensemble autour d'un projet sans savoir encore lequel. Je devais partir faire des études en Angleterre, mais j'ai vite compris qu'un choix s'imposait et j'ai choisi d'annuler mon cursus cinq jours avant la rentrée afin de rester à Paris pour m'investir dans ce qui me motivait le plus.

Comment êtes-vous ensuite arrivées au projet D.I.V.A ?

Flore Philis : En travaillant ensemble, nous avons très vite compris que nous partagions la même passion de la scène. Nous étions pourtant dans les chœurs et, parfois, avec pas grand-chose à faire. Nous étions simplement heureuses de nous retrouver sur le plateau. Nous aimions nous trouver en coulisses pour observer l'agitation de la scène et les solistes en échangeant sur leurs qualités.
Marie Menand : Nous éprouvions une vraie curiosité vis-à-vis du monde de la scène, et rapidement est née une envie commune de projet. Nous sommes devenues amies avec le temps, mais dès le départ, nous avions déjà le sentiment d'être très complémentaires.
Flore Philis : Notre projet n'était pas encore arrêté, mais nous avions déjà décidé de ne pas faire comme tout le monde, à savoir un groupe composé de deux filles et deux garçons, accompagnés au piano. Cependant notre amour partagé pour l'opéra faisait que cette expression était incontournable. Nous avons commencé par évincer toutes les idées connues et reconnues pour, au final, retenir l'option du quatuor à cordes pour accompagner les voix. Contrairement au piano qui est difficile à déplacer, les cordes sont beaucoup plus mobiles et cet aspect nous paraissait important.
Marie Menand : Nous avons alors pensé à un projet de femmes, tout en ayant conscience qu'il pourrait être un peu controversé car, ce qui nous intéressait, c'était de présenter cinq femmes qui puissent aussi chanter les rôles d'hommes…
Flore Philis : Marie et moi ne sommes pas issues de familles de musiciens classiques. Cela signifie qu'une partie de notre vie a été très tôt dédiée à la musique classique, alors que notre quotidien se déroulait aux côtés de gens qui ne connaissaient pas nécessairement ce qui nous animait. Pourtant, ils étaient souvent présents aux concerts de musique contemporaine dans lesquels nous chantions et ils écoutaient sans broncher une musique particulièrement difficile.
Marie Menand : Il faut croire qu'ils nous aimaient beaucoup… En créant notre projet, nous ne voulions pas rejeter le monde de la musique classique car nous faisons partie de ce milieu et nous l'aimons. Mais nous voulions trouver comment ouvrir cet univers aux personnes qui n'y ont pas nécessairement accès.

Flore Philis, mezzo-soprano, et dans son personnage de D.I.V.A.  Louis Décamps/D.R.

Vous parlez de complémentarité entre vous. Comment s'exprime-t-elle ?

Flore Philis : Nos personnalités sont très différentes mais une qualité nous réunit : la puissance de travail. Pour le projet D.I.V.A, nous avons tout sacrifié en disant à notre famille et à nos amis que nous les retrouverions plus tard. À partir de ce moment, nous avons commencé à travailler telles des acharnées…
Marie Menand : Nous avons même loué un bureau dans lequel nous nous sommes enfermées sept jours sur sept. Tous les fonds que nous avons pu lever - et même ceux que nous n'avions pas ! - ont été investis dans notre projet. Tout l'argent que nous avons pu trouver est passé dans la location de salles de répétition, dans les premiers costumes que nous n’avons finalement pas gardés et ce genre de dépenses incontournables…
Flore Philis : Si nous avons toujours été bien entourées depuis le début de D.I.V.A, nous avons néanmoins pris le parti de tout faire à deux. Il n'y a pas un e-mail qui ne soit signé "Flore & Marie », tous les appels reçus le sont en mode Conference Call, toutes les interviews sont données à deux voix…
Marie Menand : C'est aussi une force car, bien sûr, nous avons traversé des hauts et des bas. C'est inhérent à un projet comme celui-ci. Or, si c'est une joie de partager les bons moments, nous avons trouvé un réel soutien et une vraie complémentarité dans les passages difficiles. Pour autant, nous ne nous marchons pas sur les pieds et chacune utilise l'espace dont elle a besoin. Flore est sans doute plus extravertie que moi, mais le duo fonctionne très bien car nous savons nous écouter l'une l'autre sans laisser de place à un ego qui ne serait pas de mise.
Flore Philis : Depuis un an et demi, toutes les étoiles se sont alignées pour nous soutenir et s'il y a bien une personne qui peut comprendre la valeur de cette chance, au même titre que moi, c'est bien Marie. C'est un vrai bonheur de vivre une telle évolution à deux.

Le 23 septembre 2016 au Collège des Bernardins, vous présentiez à la presse un premier aperçu du travail vocal et scénique de D.I.V.A. Quels ont été les étapes importantes de l'évolution du groupe entre sa création et ce premier showcase ?

Marie Menand : Quinze jours après la création du projet, toute l'équipe était constituée. Depuis, certaines personnes ont été remplacées mais, à l'époque, nous avions déjà cinq chanteuses, un quatuor à cordes, une accessoiriste, un responsable de la création des lumières…
Flore Philis : Nous avons rapidement créé une page Facebook pour présenter D.I.V.A en cinq lignes, sans visuel d'accompagnement et sans extrait audio. Cette page nous a permis de recevoir un message un jour dont nous nous souviendrons toujours : "Bonjour, je suis Édouard Brane, Directeur artistique de Deutsche Grammophon France, j'aime énormément votre projet et je souhaiterais vous rencontrer". Autant dire que nous avions du mal à y croire. Alors, nous avons mis notre plus belle robe pour nous rendre à ce rendez-vous…
Marie Menand : De nombreux échanges avec Universal ont suivi, les responsables ont assisté à des répétitions et nous avons beaucoup discuté. Mais cela nous a surtout permis de montrer dans quelle direction nous avancions. À ce stade, nous avions déjà travaillé sur les arrangements avec Manon Savary. En particulier, nous nous étions interrogées sur les airs que nous allions conserver dans nos résumés d'opéras de dix minutes afin de préserver la trame dramatique. Il nous semblait important de conserver les airs les plus connus pour ne pas dérouter le public néophyte, mais aussi de ne pas sacrifier le sens qui nous permettrait de soutenir le tout… Et en mars 2016, nous avons signé. C'est ainsi qu'a débuté une magnifique collaboration avec Universal Music Classics France, et en particulier avec le label Decca Classics qui nous apportait une vraie légitimité dans l'univers de la musique classique.

 

Olivier Rabet (arrangeur) et Baptiste Chouquet (ingénieur du son) pendant l'enregistrement de l'album de D.I.V.A pour Decca.  © Édouard Brane

Vous avez confié à Olivier Rabet la réduction des opéras que vous interprétez et les arrangements pour quatuor à cordes…

Marie Menand : Après avoir travaillé avec Manon Savary sur les airs que nous retenions, nous avons effectivement tout confié à Olivier, notre arrangeur, qui devait aussi écrire l'ensemble des transitions…
Flore Philis : La première fois que nous avons entendu les arrangements d'Olivier Rabet, nous étions surexcitées et c'était assez magique. Nous étions totalement conscientes des compromis que nous avions dû consentir et des concessions que nous ne ferions pas quoi qu'il arrive. Notre projet était et devait surtout rester de la musique classique chantée par cinq chanteuses lyriques accompagnées par un quatuor à cordes. La qualité musicale devait primer. Bref, nous avions confié notre bébé à Olivier avec comme consigne de faire quelque chose avec ce matériel…
Marie Menand : La première fois que nous avons chanté un de ses arrangements, nous étions très émues, et cette émotion se conjuguait avec la sensation incroyable d'un résumé de l'œuvre qui se déroulait très rapidement mais balayait aussi la totalité de l'opéra. Tosca, en particulier donne cette impression d'être emporté dans une spirale et les dix minutes passent sans qu'on s'en rende compte. Au point qu'à la fin, on a l'impression que toute la chronologie du livret est bien là, dans ce qu'il a de plus essentiel.
Flore Philis : Le travail d'Olivier est tellement fin que je suis absolument ravie d'avoir pu travailler avec lui. Violoniste de formation, iI a été formé à la composition au CNSMDP et il est imprégné de musique et d'orchestre. De telle sorte que, dans ses arrangements superbes, il nous fait régulièrement chanter en voix d'accompagnement les parties de bois ou celles des vents. Tout cela est si riche que nous avons même été amenées à redécouvrir sous un nouvel angle musical les œuvres que nous connaissions déjà très bien. Il y a quelques jours, nous sommes allées entendre Carmen au Théâtre des Champs-Élysées avec Marie-Nicole Lemieux, et nous avons été surprises de retrouver dans l'orchestre des parties que nous chantons lorsque nous accompagnons la voix soliste. C'était une expérience assez formidable.

 

D.I.V.A : Flore Philis, Audrey Kessedjian, Alexandra Hewson, Jazmin Black Grollemund et Marie Menand.   © Louis Décamps

Et l'aspect visuel…

Marie Menand : L'image de D.I.V.A a été créée au mois de décembre. Ce mois a été décisif car nous avons fait une séance photo avec le photographe de mode Louis Décamps, mais aussi réalisé une maquette audio. C'est à ce moment que tout a commencé à se concrétiser en collaboration avec Manon. Grâce à cette avancée, nous avons pu proposer à Universal un produit fini, clé en main, riche d'un sens derrière chacun de nos choix.

Le 5 janvier a marqué une date importante puisque vous dévoiliez au Théâtre Déjazet plusieurs moments du spectacle. Pour autant, était-il finalisé ?

Flore Philis : Au moment où nous parlons, le spectacle est toujours en construction. On nous avait demandé de présenter quarante minutes et nous avons souhaité montrer deux univers très différents : celui de La Traviata et celui de Tosca. Mais le spectacle définitif sera sensiblement différent car une trame sera déroulée entre les différents opéras, et de petits extraits audio présenteront les œuvres afin que tous les publics s'y retrouvent. Au Théâtre Déjazet, il s'agissait surtout de faire découvrir l'image et le son de D.I.V.A.
Marie Menand : Quant au spectacle complet, il sera bien plus poussé. Nous avons d’ores et déjà tous les arrangements musicaux à notre disposition, y compris un medley d'Ouvertures qui sera joué par le quatuor à cordes, et qui ne figure pas sur le disque. En revanche, le disque propose l'intégralité des parties chantées. Cela nous a aussi beaucoup amusées de respecter la structure traditionnelle de l'Opéra, avec une Ouverture purement instrumentale qui présente l'originalité de réunir tous les opéras que nous chantons ensuite. Nous sommes impatientes de faire entendre cette pièce car elle est très bien écrite.

 

Applaudissements pour D.I.V.A, Olivier Rabet et Manon Savary au Théâtre Déjazet.  D.R.

Comment travaillez-vous avec Manon Savary qui vous met en scène ?

Flore Philis : Marie et moi avons laissé à Manon la liberté totale de créer ce dont elle avait envie. Nous nous sommes entourées de gens de talents et la moindre des choses est de leur laisser carte blanche. Manon connaît très bien la musique classique et l'opéra, ainsi que les textes. De telle sorte que, lorsqu'elle nous fait travailler, elle sait parfaitement qui chante quoi dans l'œuvre originale. Ensuite, elle fixe un point de départ et un point d'arrivée mais nous laisse libre de créer notre personnage selon notre ressenti. Cela nous donne à la fois un vrai cadre à l'intérieur duquel nous pouvons nous permettre d'être créatives et même laisser place à l'improvisation chaque soir, ce qui est très agréable.

 

Les cinq interprètes de D.I.V.A dans leur costume.   D.R.

Le fait d'incarner des personnages aussi définis dans leur aspect ne conditionne-t-il pas ce que vous voudriez exprimer par ailleurs ?

Flore Philis : C'est ce sur quoi nous travaillons en ce moment. Je me suis rendue compte lors du showcase de septembre au Collège des Bernardins que les plumes que je portais m'embarrassaient. Je me trouvais gênée par le costume. De fait, en janvier au Théâtre Déjazet, j'ai très rapidement retiré mon boa et mon manteau, ce qui m'a permis de me sentir dans un personnage bien plus libre.
Marie Menand : De mon côté, je porte une immense crinoline, lourde et très encombrante lorsqu'il s'agit de se déplacer. Je me trouve sur le module du fond qui est assez haut, et que j'atteins par un escalier. Bref, tout cela n'est pas pratique et nous sommes en train de chercher des solutions. De toute façon, parallèlement à la mise en place du spectacle, nous apprenons à simplifier de façon à ce que chacune d'entre nous puisse être libre de s'exprimer sans se sentir limitée par des accessoires ou un costume trop lourd.
Flore Philis : Les costumes et les maquillages nous permettent d'intégrer très rapidement notre personnage. Demain, nous présenterons un showcase à la Fnac et nous nous retrouverons très près des spectateurs. Cette situation pourrait m'angoisser si je devais chanter telle que je suis, au naturel. Le maquillage et le costume m'éloignent tellement de la vraie Flore que toute appréhension disparaît. Non seulement ils nous permettent de nous immerger dans le personnage mais ils nous protègent.

 

La soprano Jazmin Black Grollemund maquillée en D.I.V.A.  D.R.

Les maquillages sont très sophistiqués. Faut-il beaucoup de temps pour les réaliser ?

Marie Menand : Nous ne nous maquillons pas nous-mêmes. Nous avons la chance d'avoir un très beau partenariat avec la marque Make Up Forever, spécialisée dans les maquillages de scène. Quatre maquilleurs s'occupent de nous et consacrent environ une heure à chaque chanteuse. Il est certain que nous devons prévoir du temps entre le maquillage et les costumes qui ne sont pas toujours très évidents à mettre. D'ailleurs, nous avons aussi besoin d'une habilleuse et d’une coiffeuse pour mettre en place notre perruque. Nous avons la chance d'être très bien entourées…

Lorsque vous tournerez avec votre spectacle, vous aurez donc besoin de pas mal de monde backstage…

Flore Philis : Il nous faut encore un peu de temps pour prendre nos marques. Je pense que nous pourrons ensuite faire des choses par nous-mêmes. Par exemple, nous aider les unes les autres pour mettre nos perruques. Je pense que nous ferons un stage pour apprendre une partie des maquillages dans le but de devenir plus autonomes. Il faut que nous apprenions à voyager léger. Mais ce n'est pas le plus simple pour des divas !

Les opéras présentés en version résumée ne vous empêchent pas de beaucoup chanter dans ce spectacle et les tournées qui vous attendent risquent d'être éprouvantes pour la voix. Comment pensez-vous gérer cette problématique ?

Flore Philis : Avant toute chose, nous faisons très attention. Tout d'abord, nous respectons notre besoin en sommeil. Si notre projet s'inscrit dans un axe novateur, nous demeurons des chanteuses lyriques. Lorsque nous sortons, nous portons toujours une écharpe et nous nous interdisons les petites folies une veille de spectacle. Comme des sportifs de haut niveau, nous devons prendre l'habitude d'un rythme soutenu.
Marie Menand : Les arrangements sont très bien conçus car, si nous sommes particulièrement exposées à un certain moment, le moment suivant, nous rejoignons les voix d'accompagnement qui utilisent davantage la partie médium et sont plus confortables.
Flore Philis : C'est cette réflexion qui nous a guidées dans l'ordre des opéras au sein du spectacle. Je suis Soprano 1, et donc souvent exposée et le plus souvent dans l'aigu. La Traviata est l'opéra qui me sollicite le plus. Ensuite, nous enchaînons avec Don Giovanni où je n'ai pas de rôle important. Je chante ensuite la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée avant de passer à Carmen où je fais partie des voix d'accompagnement.
Marie Menand : Nous essayons de protéger chacune des chanteuses par une répartition des rôles qui me semble homogène. Il est vrai que nous chantons pendant 1h30. Si ce n'est en soliste, c'est en voix d'accompagnement. Mais je pense que nous parviendrons à prendre soin de nos voix, d'autant qu'il ne s'agit pas non plus de chanter 7 jours sur 7. Quoi qu'il en soit, nous adopterons la fréquence des spectacles à nos possibilités. Il n'est pas de notre intérêt de nous mettre en péril en raison d'un rythme forcé.

 

D.I.V.A : Showcase au Théâtre Déjazet le 5 janvier 2017.  D.R.

Pour le premier showcase, vous chantiez sans amplification, mais pas pour le second. Que comptez-vous faire pour le futur ?

Flore Philis : Je pense que nous travaillerons toujours sur la base du second showcase. Pour autant, nous ne voulons absolument pas d'un son pop amplifié. C'est vraiment l'aspect naturel de la voix lyrique qui nous intéresse… Habituellement, à l'opéra, la voix de la chanteuse passe l'orchestre. Dans la configuration de D.I.V.A, nous sommes cinq chanteuses face à un petit quatuor. Or le seul moyen de ne pas nous perdre rythmiquement et dans les intonations est de pouvoir entendre le son du quatuor. Nous utilisons donc des retours sur scène qui nous permettent de l'entendre, même quand nous nous déplaçons. De même, selon la configuration des théâtres où nous chanterons, les musiciens ne seront pas nécessairement près de nous. Un léger retour du son des instrumentistes est donc indispensable. Mais il ne s'agit pas d'amplifier nos voix pour les spectateurs. Du reste, notre ingénieur du son est Baptiste Chouquet, qui travaille avec des ensembles classiques, et en particulier avec Le Balcon. Le naturel du son reste un aspect très important.

Comment voyez-vous le proche futur de votre formation ?

Marie Menand : Nous avons déjà deux jolis rendez-vous en mars. Tout d'abord La Nuit de la Voix, pour répondre à l'invitation de la Fondation Orange, puis nous serons à l'Olympia un peu plus tard pour le concert événement Toutes les femmes chantent contre le cancer. Parallèlement nous commençons à recevoir des demandes pour des manifestations privées, des mariages…
Flore Philis : Notre tourneur est en train de réfléchir aux salles qui peuvent nous accueillir et à la manière dont nous pouvons organiser notre première tournée. Nous ne savons pas encore si nous commencerons par la Province ou par Paris. Mais, ce qui est très agréable, notre projet commence à être très bien reçu et les gens viennent vers nous pour nous demander si nous passerons bientôt dans telle ou telle ville.
Marie Menand : Nous sommes très impatientes d'aller à la rencontre du public en nous produisant dans les petits théâtres de Province. Ces lieux nous correspondent aujourd'hui bien plus que les Zénith. Commencer par les théâtres à l'italienne serait l'idéal et nous permettrait de nous inscrire dans une démarche classique traditionnelle.

Comment êtes-vous perçues par la presse classique spécialisée ?

Flore Philis : Curieusement, c'est une des questions que nous pose le plus souvent la presse généraliste. Eh bien, pour le moment, notre démarche est plutôt considérée avec bienveillance, comme tend à le démontrer notre participation à l'émission de radio d'Olivier Bellamy il y a quelques jours. Nous sommes assez heureuses de ce rapport car D.I.V.A n'a pas été créé pour exprimer un rejet de la musique classique, bien au contraire… Je ne vous cache pas qu'au début, nous avions un peu peur de la façon dont nous serions reçues par la sphère classique. Signer chez Decca Classics nous a rassurées.
Marie Menand : Il était important de ne pas nous laisser estampiller "cross-over". Après tout, si vous écoutez le disque sans nous voir, il s'agit d'un disque de musique classique, sans electro derrière les voix et sans aberrations sonores.
Flore Philis : Reste que nous proposons des opéras résumés, et que cela peut ne pas plaire. Mais il est encore un peu tôt pour voir comment cet aspect est reçu par le monde de l'opéra classique.

 

Marie Menand et Flore Philis en interview.  D.R.

En tant que créatrices de D.I.V.A, comment appréhendez-vous la gestion du groupe pour préserver sa cohésion ?

Flore Philis : Au début, la gestion a été un peu difficile. Par exemple, pour constituer l'équipe qui chante sur scène, nous avons reçu pas moins de 450 candidatures et organisé une soixantaine d'auditions. Le leitmotiv de D.I.V.A est "Divas sur scène, pas dans la vie !", et nous y tenons beaucoup. Venant de la musique classique nous ne sommes pas sans savoir que nous travaillons dans un monde où l'on croise énormément d'egos. Or nous tenions à constituer un groupe de personnes à la fois bienveillantes et honnêtes les unes par rapport aux autres. Et je crois que nous y sommes parvenues car, pour le moment, tout se passe très bien.
Marie Menand : Le rapport avec nos instrumentistes est un vrai bonheur. Tous sont des musiciens de haut niveau, et ils se sont embarqués dans notre projet avec une grande volonté et beaucoup d'amour pour la musique. Du reste, ils ont vite pris conscience de l'exigence des partitions qu'ils doivent jouer. Il ne faut pas oublier que, dans ces arrangements, le quatuor à cordes remplace tout un orchestre. Les Ouvertures constituent également un vrai challenge pour eux, et je crois que ça leur plaît… Entre les chanteuses, les instrumentistes, Manon et notre arrangeur, nous fonctionnons de façon très positive et nous ne voudrions perdre à aucun prix la connivence qui s'est installée entre nous tous. Or, pour cela, la communication est primordiale. C'est ce sur quoi nous avons tablé depuis le début…
Flore Philis : Il nous a également fallu trouver un équilibre entre nos rôles de directrices de projet et le fait de nous retrouver sur scène pour chanter. C'est pour cette raison que nous avons laissé une totale liberté à Manon en matière de mise en scène car, sur scène, nous redevenons chanteuses au même titre que les autres.

 

Enregistrement de l'album de D.I.V.A en 2016 à l’ONDIF, à Alfortville.  © Édouard Brane

Le 3 février sortait sous le label Decca Classics le disque que vous avez enregistré en 2016 à l’ONDIF à Alfortville. En tant que Directrices artistiques, souhaitiez-vous que la dimension du concept scénique soit véhiculée par le disque ?

Marie Menand : Le disque et le spectacle sont indissociables. De fait, les arrangements sont très scéniques. Prenez par exemple l'opposition de la Reine de la Nuit et de Pamina dans La Flûte enchantée, l'écriture est très théâtrale. Même chose pour l'entrée des Zingarelles dans La Traviata. C'est un passage très spectaculaire sur scène comme au disque.
Le CD des D.I.V.A est édité par le label Decca,Flore Philis : Nous avions prévu de commencer par monter le spectacle, et de faire ensuite le disque. Mais, pour des raisons économiques, et en fonction des rencontres, il se trouve que nous avons enregistré le disque avant. Cependant, dans notre esprit, l'aspect visuel et la folie scénique sont indissociables de la musique. Par ailleurs, pour le spectacle, nous n'avons ni l'intention de modifier l'ordre des opéras ni les arrangements proposés sur le disque. Nous restons sur la même base.

Que souhaitez-vous pour l'avenir de D.I.V.A ?

Flore Philis : Pour le moment, nous avons envie d'être sur scène, de partir en tournée en France, dans le monde, et pourquoi pas de faire le tour de l'univers avec ce spectacle ! Ce spectacle est aujourd'hui notre but, et je le pense, pour les prochaines années. Nous aimons les rencontres, la promo et tout ce qui gravite autour du spectacle, mais notre vie, c'est la scène et nous avons hâte de nous retrouver devant le public.
Marie Menand : D.I.V.A peut très bien être suivi par un D.I.V.A 2, avec six autres opéras, ou pourquoi pas uniquement des opéras de Mozart, ou encore une sélection allant du baroque à l'opéra contemporain… De la même façon, nous pouvons faire évoluer les personnages. Tout est ouvert et tout est possible.

Comment visualisez-vous vos trajectoires de chanteuses au-delà de D.I.V.A ?

Marie Menand : Flore et moi n'avons pas eu le temps de penser à autre chose ces derniers mois, mais nos trois autres chanteuses poursuivent leur carrière de soliste. Mais rien ne nous interdit d'aller chanter ailleurs. Il n'y a pas d'exclusivité qui tienne.
Flore Philis : Pour autant, j'ai conscience du petit cadeau dans un bel écrin que nous propose D.I.V.A. En effet, rien ne me dit que, demain, je serai engagée pour chanter Violetta dans une production. Or là, je le suis !
Marie Menand : Quant à moi, je doute fort qu'on me propose le rôle de Sarastro dans une production de La Flûte enchantée ! Tant que nous nous amusons sur scène et que nous pouvons profiter de ce que nous apporte ce projet, nous le ferons, mais sans nous interdire de participer à d'autres projets si l'occasion se présente et que nous en avons envie…

Quel sera votre mot de la fin ?

Marie Menand : Nous sommes cinq chanteuses et formons un groupe attaché à défendre certaines idées. Ainsi, nous nous sommes rapprochées de l'association Skin qui aide les femmes en phase de reconstruction après un cancer du sein en leur apportant un soutien par l'Art. Nous avons participé à un concert où nous avons fait chanter notre répertoire à neuf femmes Skin. Ce moment était à la fois émouvant et très enrichissant.
Flore Philis : Nous voudrions que D.I.V.A s'ouvre au maximum. Si nous profitons d'une certaine médiatisation, nous aimerions beaucoup pouvoir aider différentes causes qui nous tiennent à cœur… De même, nous pensons à une ouverture sur la pédagogie. Il se trouve que le projet plaît énormément aux enfants. Notre aspect visuel, très dessin animé, leur plaît beaucoup. Pour preuve, mon petit-neveu Léo vit en Norvège et, croyez-moi, toutes les crèches de Norvège écoutent D.I.V.A ! Sur Facebook, des professeurs nous ont écrit pour nous dire qu'ils utilisaient notre disque afin de faire découvrir Carmen à leurs élèves. Si notre concept s'inscrit dans un projet pédagogique, nous en serons ravies.
Marie Menand : Faire aimer la musique classique aux gens qui ne la connaissent pas est ce qui nous anime depuis le début. Si, après avoir découvert nos versions d'opéras résumés, les gens souhaitent se rendre dans une maison d'opéra pour voir l'œuvre originale, alors je crois que nous aurons gagné !



Propos recueillis par Philippe Banel
Le 9 février 2017

Pour en savoir plus sur D.I.V.A :
diva-opera-spectacle.com

 

Pour commander le CD des D.I.V.A édité par le label Decca, cliquer ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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