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Interview de Cyril Rovery, baryton

Cyril Rovery.  © Béatrice BernLe baryton Cyril Rovery mène de front une double carrière : celle de chanteur lyrique et de mannequin. Deux activités qui demandent à la fois un puissant investissement, une hygiène de vie rigoureuse et une volonté peu commune. En exposant son corps travaillé devant l'objectif des photographes, Cyril Rovery s'est tout d'abord attiré les foudres d'une partie du petit monde de l'opéra et a connu une traversée du désert qu'il a mise à profit pour organiser des masterclasses. Aujourd'hui, il parvient à mener ses deux carrières dans un équilibre retrouvé et aborde même d'autres disciplines dans le but d'ajouter à ses possibilités d'expression et faciliter ainsi l'approche des spectateurs au récital…

 

Tutti-magazine : Vous êtes baryton, et hier vous aviez une séance photo en tant que mannequin…

Cyril Rovery : Effectivement, le mannequinat est mon second métier après celui de chanteur lyrique. Je suis plutôt spécialisé dans ce qu'on appelle "la photo de corps", et je multiplie depuis quelque temps les expériences avec différents photographes. Je pose ainsi pour des sous-vêtements et des vêtements de sport et pour la mode masculine en général. Je collabore également avec une agence de mannequinat.

Comment vous êtes-vous préparé à la carrière de mannequin ?

Je chantais dans Colomba à l'Opéra de Marseille, début 2014, lorsque l'agence Enjoy Models Management m'a sollicité pour la première fois. Au même moment paraissait dans le magazine Men's Health un article qui m'était consacré. Depuis cette période, je n'ai jamais arrêté de poser pour des photographes. J'ai toujours été sportif et n'ai jamais cessé de veiller à adopter une hygiène de vie correcte. Mais il est vrai que, depuis lors, ma préparation sportive et alimentaire est devenue constante.

Menez-vous cette préparation sportive de front avec votre préparation vocale ?

Absolument, et la clé de cette double carrière tient dans la façon de vivre au sens large, et en particulier dans le choix de l'alimentation. C'est, à mon sens, ce qui garantit que l'aspect sportif et l'expression lyrique ne se retrouvent pas en inadéquation. Il ne faut en aucun cas qu'une activité prenne le pas sur l'autre. Dans cet objectif, l'alimentation dont je fais un cheval de bataille, est un élément incontournable. Je suis persuadé de la justesse de l'aphorisme "Dites-moi ce que vous mangez, et je vous dirai qui vous êtes !".
Ceci dit, je ne vois pas cette exigence comme une difficulté car j'ai toujours été attentif à cela. Disons que j'ai davantage adapté mon mode de vie pour prétendre être modèle sans verser dans l'excès qui pourrait remettre en question mon engagement dans le lyrique. C'est une question de dosage dont le but est d'éviter toute carence qui pourrait nuire au fonctionnement du corps. Du reste, j'encourage volontiers mes collègues chanteurs à revoir leur façon de s'alimenter.

 

Cyril Rovery interprète Don Giovanni dans les jardins du Palais Longchamp en 2011.  D.R.

Voyez-vous des points communs entre le chant et le mannequinat ?

Cyril Rovery pendant une session d'entraînement…  D.R.Je crois que les points communs entre ces deux activités sont l'exigence et la qualité de la préparation. En outre, la photo me permet d'accéder à un lâcher-prise qui m'éloigne du métier de chanteur et, lorsque j'y reviens, j'ai gagné une distance qui m'apporte beaucoup en termes de gestion du stress. Voilà deux ans que je fais de la photo, que je gère mon image, et j'ai pu constater que je négociais bien mieux la pression sur scène.

Le rapport au corps permet donc d'être moins stressé sur scène…

C'est une hypothèse. Toujours est-il que mon approche d'un rôle passe par une identification physique parfaite. C'est une dimension que je déplore un peu dans ce que je vois aujourd'hui car si, bien sûr, la voix est essentielle, je pense qu'elle ne peut se dissocier d'un aspect physique. Dans le cinéma, on trouve tout à fait normal qu'un acteur se prépare physiquement, voire se transforme, pour jouer un rôle. Pour un chanteur, cela paraît louche alors que, hors la voix, le métier est le même. De la même façon que l'acteur, le chanteur d'opéra incarne un personnage, il le joue, il est mis en scène et travaille longtemps dans ce but. De nombreux acteurs se demandent s'ils ne seront pas trop vieux quand on leur proposera tel ou tel rôle, et vous noterez qu'on se pose rarement cette question dans le milieu de l'opéra quand il s'agit d'incarner un grand guerrier, un demi-dieu ou un grand héros shakespearien…

Comment la culture du corps est-elle entrée dans votre vie ?

Avant que se dessine pour moi une voie musicale, j'ai suivi jusqu'à l'âge de 19 ans un cursus sport/études qui m'a mené à un haut niveau d'athlétisme. J'ai ainsi acquis très jeune cette rigueur de la performance physique et du corps. L'athlétisme est une discipline parmi les plus anciennes qu'ait pratiquée l'humanité, et elle se double d'une philosophie que j'ai intégrée à ma vie et que je pratique encore aujourd'hui. Cette formation sportive m'a aidé ensuite pour le chant que j'ai commencé à 19 ans, lorsqu'il s'est agi de technique respiratoire appliquée à la voix. De fait, je n'ai jamais arrêté le sport. En revanche, je le pratique plus ou moins intensément selon les périodes et en fonction de l'exigence de la préparation aux séances photos.

Comment vos collègues chanteurs voient-ils votre pratique sportive ?

Cyril Rovery interprète le rôle du Bonze dans <i>Madame Butterfly</i> mis en scène par Numa Sadoul en 2003 à l'Opéra de Marseille.  D.R.Il m'est souvent arrivé d'avoir du mal faire comprendre la complémentarité entre les deux pratiques dans le milieu du chant, que ce soit auprès de certains professeurs de chant, auprès de collègues chanteurs ou de metteurs en scène. Par exemple, je pratique la musculation. Or la pratique sportive intense fait généralement peur aux chanteurs car elle leur paraît incompatible avec le travail sur la souplesse respiratoire et vocale. Pourtant, les deux disciplines sont totalement compatibles pour peu qu'on veille à les pratiquer correctement et toujours avec exigence. La souplesse, par exemple, doit être toujours de mise. Que l'on pratique la danse ou la musculation de façon intensive, cette souplesse doit accompagner tous les efforts.

Si les chanteurs portent un regard soupçonneux sur la pratique du sport, comment les chanteurs sont-ils vus par les sportifs ?

Je côtoie divers milieux sportifs, des bodybuilders, des boxeurs de haut niveau, et je constate que ces sportifs sont souvent plus curieux et plus ouverts d'esprit que les artistes. Je ne veux pas dire non plus que les artistes sont des gens fermés, mais le milieu du sport m'a surpris par son ouverture. Par exemple, lorsque je travaille un certain temps avec un sportif qui me prépare et que j'en viens à parler de mon métier de chanteur, la surprise fait très vite place à une vraie curiosité.
À l'inverse, lorsque j'ai fait mes premières photos il y a un an et demi, j'ai été très critiqué par le milieu artistique. Certes, pas par tous les artistes, car j'ai reçu aussi des témoignages de chanteurs très positifs.

 

Cyril Rovery en 2014.  © Céline Chea

 

Cyril Rovery photographié par Céline Chea en 2014.  D.R.

Les photos qui ont déclenché des réactions négatives étaient-elles provocantes ?

Je les considère bien moins provocantes que certaines mises en scène d'opéra actuelles qui sont plus que vulgaires. Certaines de ces mises en scène choquent non seulement plus d'un artiste mais aussi le public… En ce qui concerne les photos pour lesquelles j'ai posé, je n'ai jamais fait de nu et je travaille toujours pour ce que l'on définit par "photo d'art". Ces photos peuvent générer un côté glamour, voire sexy lorsqu'il s'agit de photos destinées à une marque de sous-vêtements, mais je pense me situer bien loin de toute vulgarité. Pour mon premier shooting, j'avais emprunté des costumes d'opéra d'inspiration médiévale et Renaissance. Cela apportait un côté un peu décadent que je trouvais intéressant, ainsi qu'un lien avec la statuaire gréco-romaine. Or, certaines personnes de la sphère de l'opéra ont trouvé que cette démarche purement esthétique était vulgaire et que je faisais honte à l'opéra ! D'autres, au contraire, l'on trouvée très positive…
Aujourd'hui, j'ai l'impression que les gens se sont habitués à ma seconde activité, et qu'ils commencent à s'y intéresser. Je me dis aussi que la pratique sportive est susceptible de faire des émules chez les chanteurs. Mais je ne vous cache pas qu'il y a un an et demi, les réactions négatives m’ont gravement nui au point de perdre certains contrats. C'était d'autant plus difficile que la cause n'en était ni vocale ni artistique. De plus, à l'époque de Colomba à Marseille, j'avais bénéficié d'une excellente presse pour un rôle, somme tout, secondaire.

Avez-vous dû vous justifier et répondre aux attaques ?

J'ai répondu à certains responsables et aussi en publiant une lettre ouverte sur Facebook qui a été largement diffusée. Cette époque de disgrâce qui me touchait était due à une personne en particulier mais je préfère taire son nom… À cette époque, soit je me taisais, soit je disais les choses simplement. Je respecte les autres mais j'entends qu'on respecte aussi qui je suis. J'ai donc répondu, et également sur la question de la vulgarité. Permettez-moi de revenir sur les mises en scène d'opéra. Certaines montrent des interprètes nus, ce que je ne fais jamais, mais aussi des actes d'une vulgarité absolue et même parfois pornographiques. Or cela ne suscite aucun commentaire de la part des personnes qui se disaient choquées par ce que je proposais !

 

Cyril Rovery en 2015. Photo de Hugo White.  D.R.

 

Cyril Rovery photographié par Jack Michael pour le calendrier 2016 de <i>Barihunks</i>.  D.R.

Attendez-vous d'un metteur en scène qu'il soit particulièrement attentif à l'utilisation de ce physique sur lequel vous portez tant d'attention ?

C'est effectivement une attention que j'espère. Mais lorsqu'il s'agit de mettre en scène le corps, l'opéra emploie la plupart du temps des figurants. C'est souvent le cas pour les opéras baroques dans lesquels la représentation physique, qu'il s'agisse de femmes ou d'hommes, est une dimension importante. Quoi qu'il en soit j'aimerais beaucoup qu'on fasse appel tant à mes capacités vocales que physiques.

 

Le blog <i>Barihunks</i> vend son T-shirt avec humour…

Au carrefour de la tessiture de baryton et des physiques avantageux, le blog américain Barihunks s'est intéressé à vous. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?

Les responsables américains du blog Barihunks sont effectivement venus vers moi et j'ai posé pour leur calendrier 2016. Les photos de ce calendrier sont toujours réalisées en France, souvent dans de très beaux cadres, dans des châteaux, car les responsables sont de grands amoureux de la France. En juillet dernier j'ai donc posé pour eux. Barihunks est très connu aux États-Unis, mais aussi en Allemagne et en Grande-Bretagne, et de plus en plus en France. D'autres chanteurs français posent également pour eux, et le baryton russe Dmitri Hvorostovski a apporté sa contribution à la reconnaissance de ce site. Je trouve le concept très sympathique et amical. Pour quelqu'un qui ne connaît pas l'opéra, ces photos peuvent véhiculer une image différente. C'est plutôt un bon point !

 

Leo Nucci et Cyril Rovery pendant une masterclass organisée par Opéra Théâtre pour Tous.  D.R.

 

Publicités pour les masterclass <i>Opéra-Théâtre pour Tous</i>.

En 2010, vous avez créé la compagnie lyrique Opéra Théâtre pour Tous…

J'ai profité d'une période de creux professionnel pour me rendre utile. Le but de cette structure - OPT - était de remettre formations et masterclasses publiques au goût du jour à Marseille, et de façon régulière. Chaque masterclass était consacrée à l'opéra et des spécialistes de chaque genre sont intervenus. Par exemple, Véronique Gens a animé la masterclass consacrée à Don Giovanni. Nous recrutions des chanteurs de façon assez large et la masterclass permettait aussi d'aborder les ensembles vocaux des œuvres. Une metteur en scène faisait également travailler les stagiaires sur les textes originaux des opéras, ce qui permettait aux chanteurs, jeunes et moins jeunes, de se familiariser avec la source de l'œuvre. Pour Don Giovanni, des textes français de Tirso de Molina et de Molière étaient au programme. Nous avons procédé de même pour Les Noces de Figaro avec Mireille Delunsch, pour La Traviata avec Leontina Vaduva, ainsi que pour La Bohème. Dix-huit masterclasses se sont ainsi succédées avec le regretté Franck Ferrari, Marie-Ange Todorovitch, Sheryl Studer, Jean-François Lapointe, jusqu'à la dernière avec Leo Nucci en juin 2014. Toutes ces animations se déroulaient dans un amphithéâtre d'hôpital, ce qui nous a permis de travailler avec des médecins. Nous avons ainsi collaboré avec une phoniatre qui intervenait sur la technique vocale, la physiologie de la voix et les postures.
Avec les meilleurs éléments des stages, nous montions des spectacles qui mélangeaient des extraits des textes originaux en français et des extraits d'opéra, tout cela sans pratiquement aucune subvention, si ce n'est une toute petite somme allouée par le Conseil Régional. Au bout de quatre années, les membres bénévoles d'OPT ont décidé de mettre leur action en veille dans l'attente d'un financement digne de ce nom. Nous avons fait des miracles mais il ne faut pas oublier que nous étions tous des artistes et que nous devions aussi privilégier ce qui nous fait vivre.

 

Cyril Rovery et Marie-Ange Todorovitch dans <i>Colomba</i> de Jean-Claude Petit à l'Opéra de Marseille.  D.R.

En 2014 vous avez chanté le rôle de Giocanto Castriconi dans Colomba de Jean-Claude Petit. Quels souvenirs gardez-vous de cette production montée à l'Opéra Municipal de Marseille ?

Cyril Rovery interprète le rôle de Sharpless dans <i>Madame Butterfly</i> mis en scène par Karine Laleu en 2012 dans le cadre d’Opéra Théâtre pour Tous.  © Muriel DespiauCette production de Colomba représente pour moi un grand souvenir. C'était une expérience très enrichissante de pouvoir travailler avec un compositeur vivant. J'ai eu la chance de rencontrer Jean-Claude Petit, dont je suis un fervent admirateur, plusieurs années avant Colomba. Je le considère comme un immense musicien et un des plus grands compositeurs de musique de film de son temps. Son écriture est de grande qualité. Avec Sans famille, en 2007, il avait déjà réalisé une première approche de l'écriture lyrique qui s'est confirmée par un véritable opéra : Colomba.
La distribution était parfaite. Je me souviens en particulier d'une scène particulièrement magnétique face à Marie-Ange Todorovitch. Elle était divine dans le rôle-titre !

Comment Jean-Claude Petit écrit-il pour la voix ?

En ce qui me concerne, je trouve son écriture vocale parfaitement maîtrisée. De plus, chanter en français, ma langue maternelle, est bien plus facile que Wagner que je chante en allemand de plus en plus souvent. Chanter en allemand représente un immense travail. La musique de Jean-Claude Petit n'est pas pour autant facile. Elle est parfois tonale, parfois atonale, mais toujours très riche et sous-tendue par une vraie créativité. La partition de Colomba est également très théâtrale. J'aurais beaucoup de plaisir à travailler à nouveau avec Jean-Claude Petit. Je l'espère même de tout cœur.

Vous vous exprimez également en récital. Quel répertoire vous intéresse ?

En matière d'opéra, je m'exprime à la fois dans le vérisme et l'opéra français ainsi que, de plus en plus, dans le répertoire wagnérien dans lequel j'aimerai être un chanteur français reconnu. Mais, dans le récital, j'ai à cœur de défendre la mélodie française. Après avoir chanté un certain nombre de cycles comme L'Horizon chimérique et La Bonne chanson de Fauré, ou l'intégrale des mélodies de Duparc, je nourris une véritable passion pour ce répertoire qui est essentiellement lié à la poésie. Ces poètes, dont certains tombent un peu dans l'oubli, ont écrit des textes mis en musique qui provoquent en moi un certain émoi. J'aime l'idée de pouvoir les faire revivre par le biais de ces splendides mélodies françaises. Le fait de programmer si souvent les lieder de Schumann, Brahms et Schubert, qui sont également absolument divins, m'interpelle vraiment car je pense que les mélodies de Duparc et Fauré n'ont rien à leur envier.

Vous parlez beaucoup des textes. Avez-vous une passion pour la littérature ?

J'ai toujours eu une passion pour la littérature en général, et en particulier pour la poésie et le théâtre. J'écris moi-même, certes très maladroitement, mais pour mon plaisir. Je suis également très sensible à la littérature italienne, en particulier aux œuvres de Pétrarque qui sont à l'origine de tant de vocations poétiques. C'est la raison pour laquelle j'adore chanter les Sonnets de Pétrarque de Liszt que je retravaille en ce moment. Cet amour pour la poésie s'est manifesté alors que j'étais très jeune et je suis venu très naturellement ensuite à la mélodie française par Poulenc, Fauré, Ravel, Debussy, Ropartz et Ibert. Ces découvertes ont été des chocs émotionnels sans pareil. Cela explique que la mélodie, pour moi, n'est pas moins importante que l'opéra. Parfois, elle peut même devenir mon refuge artistique et émotionnel.

 

Depuis peu, vous travaillez avec une chorégraphe. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

J'ai effectivement commencé à travailler avec Josyanne Ottaviano. Josyanne était Étoile à l'Opéra de Marseille où elle est maintenant formatrice. Elle était une formidable interprète de Giselle. Nous nous sommes rencontrés alors que j'avais 20 ans et elle est devenue en quelque sorte ma marraine d'opéra. Son regard sur moi a toujours été bienveillant et, depuis longtemps, elle m'incitait à travailler sur un éveil du corps en lien avec la voix, ce que nous réalisons en ce moment.
Cyril Rovery interprète le rôle de Périthoüs dans <i>Ariane</i> de Massenet mis en scène par Jean-Louis Pichon à l'Opéra de Saint-Étienne en 2007.  D.R.Nous en sommes à un stade où ce que nous abordons est très simple, mais aussi très vrai. Il est évident que je n'atteindrai jamais le niveau d'un vrai danseur classique, mais j'ai l'ambition de pouvoir m'exprimer dans quelque temps dans un spectacle construit sur la voix et la danse. Avec un producteur qui est intéressé par le projet, nous avons déjà réfléchi à une configuration piano/chant avec une partenaire danseuse. Le cycle du Voyage d'hiver de Schubert, que j'ai déjà chanté à plusieurs reprises, se prêterait très bien à cette approche mais, avec Josyanne Ottaviano, nous réfléchissons aussi à un programme plus varié qui nous permettrait d'aborder plusieurs thématiques. Des airs d'opéra pourraient alors côtoyer la mélodie dès lors que nous aurons trouvé un axe thématique cohérent. Mon challenge sur ce type de projet est de pouvoir prouver que danse et voix ne sont pas contradictoires. Nous avons pu expérimenter une gestuelle adaptée au chant lors de plusieurs séances et je trouve le résultat assez étonnant. Cela demande à la fois une concentration et un lâcher-prise extrême, ce que la danse exige d'une certaine façon.
Je travaille aussi sur un autre projet qui me tient beaucoup à cœur. Il s'agit des Fleurs du mal. J'envisage d'utiliser la vidéoprojection dans une optique de communication différente avec le public. Je m'intéresse beaucoup à ce que la vidéo permet d'apporter en matière d'épure, que ce soit en 2D ou en 3D. Je crois que cette expression peut se conjuguer de façon très belle au chant qui, lui, reste une expression classique et traditionnelle. J'y vois aussi une façon de me rapprocher du public.

 

Cyril Rovery interprète Scarpia dans <i>Tosca</i> lors des Soirées Estivales de Brou en juillet 2012.  D.R.

Vous préparez le rôle de Pietro dans Simon Boccanegra que vous chanterez à l'Opéra national de Bordeaux début 2016. Comment allez-vous aborder ce rendez-vous ?

Cyril Rovery photographié à l'Opéra de Marseille en 2014.  © Karim BaudraisCe seront mes vrais débuts à l'Opéra de Bordeaux. Une des personnes qui m'ont aidé à débuter dans l'opéra est Isabelle Masset. C'est grâce à elle que j'ai  débuté à l'Opéra du Rhin et que je chanterai prochainement à Bordeaux. C'est une personne très compétente, très cultivée et riche d'émotion. Pietro est un rôle secondaire mais je compte bien commencer à travailler le rôle de Simon Boccanegra en observateur, ce que je fais toujours quand l'occasion se présente et que je pense que le rôle peut me convenir. J'ai souvent été doublure dans ma carrière, et cela m'a donné certaines occasions de chanter sur scène, comme en 2005 lorsque j'ai remplacé Jean-Philippe Lafont qui tenait le rôle de Scarpia dans Tosca. Durant mes premières années de chant, être doublure a été extrêmement formateur. Tout comme de tenir un second rôle, et tel est toujours le cas aujourd'hui. Par ailleurs, je crois que plus le temps passe, moins je développe d'orgueil à ce sujet. Mon travail lié à l'image m'a sans doute apporté une sorte de détente par rapport à tous ces sujets qui sont de vraies préoccupations pour certains chanteurs. J'ai toujours éprouvé beaucoup de plaisir à chanter un second rôle, si tant est qu'un second rôle soit moins important qu'un premier ! 

La saison prochaine, vous interpréterez en France le geôlier et le commissaire de Dialogues des Carmélites, ainsi que le friauche dans Le Dernier jour d'un condamné. Votre voix vous prédispose à des rôles plutôt mûrs, souvent sombres, parfois cruels. Avez-vous plaisir à incarner de tels personnages ?

Totalement car, quoi qu'il fasse ou quel que soit son passé sur le plan théâtral, je ne juge jamais un personnage. Lorsque je travaille un rôle, je commence par le texte et il peut m'arriver de me dire que je n'agirais pas comme le personnage que je dois jouer. Mais je ne porte jamais de jugement sur son comportement, qu'il soit criminel ou amoral. Cela me permet, je crois, d'atteindre la profondeur d'un rôle et sa vérité. Bien sûr, il m'arrive aussi d'interpréter des personnages bons, parfois critiques ou inspirés comme Jean le Baptiste, que je compare d'ailleurs volontiers au Marquis de Posa. Je vois dans Posa un côté christique par le fait qu'il donne sa vie pour son ami. Trouver un fil conducteur, une phrase clé, me permet de construire un personnage et de lui donner sa dimension humaine et spirituelle. Par exemple, ce qui m'intéresse dans le personnage de Scarpia, c'est imaginer son enfance et suivre le chemin qu'il a emprunté pour en arriver à son comportement dans Tosca. Pour autant, je suis persuadé qu'un acteur n'est pas forcément fait pour réfléchir car sa façon de gérer l'instant présent est le plus important. Le chanteur travaille longuement un rôle avant de le jouer sur scène mais, là encore, doit intervenir le lâcher-prise qui permet d'être pleinement dans l'instant présent face à un public, et non dans la réflexion. C'est un sujet que j'ai abordé avec Josyanne Ottaviano, et le parallèle avec le danseur semble évident dans la mesure où sa préparation intense le conduit à un instant de grâce qui ne peut exister que s'il se donne hors de toute réflexion.

 

Cyril Rovery.  © Hugo White - 2015

Affiche pour <i>Carmen</i> au Dôme de Marseille en juin 2016.

Sur plusieurs photos, vous dégagez une sorte de détachement ou de mélancolie. Ces états vous sont-ils demandés par les photographes ?

À ce jour, j'ai eu la chance de travailler le plus souvent avec des photographes qui me faisaient confiance et me laissaient m'exprimer. La photo, en outre, me permet d'apprendre à épurer de plus en plus mes expressions. Il est vrai aussi que je ne suis peut-être pas un modèle comme les autres dans la mesure où je suis un homme de scène peut-être plus expressif qu'un mannequin. Quant à cette tristesse qui ressort de certaines photos, elle est sans doute directement liée à ma vie, à mes émotions, à certaines vérités auxquelles j'ai été confronté. Si mon regard exprime de la mélancolie, c'est qu'elle s'y trouve vraiment. Je ne pense ni tricher ni faire semblant. Si vous me trouvez cruel sur un cliché, c'est que j'étais cruel au moment où le photographe a capturé mon visage…

Que pouvez-vous ajouter sur vos futurs engagements ?

Il est toujours difficile d'annoncer quoi que ce soit tant que les contrats ne sont pas signés. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que je serai Escamillo dans Carmen les 4 et 5 juin 2016 à Marseille. La mise en scène sera confiée à Richard Martin, et ce sera dans l'impressionnante salle du Dôme qui peut accueillir 8.000 spectateurs ! Je me permets d'ailleurs de remercier le chef d'orchestre Jacques Chalmeau qui m'a choisi parmi les 200 candidats qui se sont présentés à l'audition pour les rôles principaux. Plus loin dans le temps, après celui de Bordeaux, je chanterai dans un autre Simon Boccanegra. Ce sera à l'Opéra de Marseille en 2018… Je mets régulièrement à jour mon site Internet et mes pages Facebook où je pourrai bientôt communiquer sur mes autres engagements. À ce sujet, il me faut remercier le travail que font pour moi mon agent Bettina Brentano et toute l'équipe de OIA qui travaille avec elle. Ce sont des personnes formidables qui croient en moi…


Propos recueillis par Philippe Banel
Le 12 septembre 2015



Pour en savoir plus sur Cyril Rovery :

www.cyrilrovery.fr

Retrouvez Cyril Rovery sur Facebook :
www.facebook.com/CyrilRoveryBaryton

 

Mots-clés

Colomba
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Cyril Rovery - Tosca (2012)

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