Tutti-magazine : On vous retrouvera sur la scène du Metropolitan Opera à partir de fin 2011 pour la fantaisie baroque The Enchanted Island. Pouvez-vous nous parler de ce projet ambitieux ?
Danielle de Niese : The Enchanted Island est une aventure totalement nouvelle et passionnante. Le postulat de base de ce pastiche consiste à sélectionner des pièces dans le vaste répertoire baroque, à extraire des airs de leur contexte original et à remplacer les textes par des paroles anglaises spécialement écrites pour la circonstance. Un livret est construit afin de cimenter cette sélection en un nouvel opus.
Cette démarche est, ni plus ni moins, celle d'une création d'opéra moderne, mais basée sur de la musique ancienne. L'entreprise est si vaste qu'elle pourrait même changer la façon dont la musique baroque est programmée dans les maisons d'opéras. Si c'est un succès, cela permettra peut-être la programmation de ce style de pastiche non seulement à partir de la musique baroque mais pourquoi pas aussi à partir de celle de Puccini… Tout peut devenir possible !
Pouvez-vous nous expliquer votre cheminement entre la signature du contrat et la première sur scène ?
Nous nous sommes immergés dans cet univers alors que je chantais dans Cosi fan tutte au Met en novembre 2010. Dans un premier temps ont été définis l'époque et les personnages. Une fois ces personnages adoptés et distribués, l'histoire a été écrite. Je peux vous dire qu'elle met en scène deux couples et peut se résumer en la rencontre de La Tempête et du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare.
Parallèlement, la production m'a demandé de lui faire parvenir une liste d'arias que j'aime chanter ou que j'apprécie pour leur mélodie, et qui pourraient cadrer avec le peu que je savais du rôle que j'allais interpréter.

Vous avez donc en quelque sorte choisi les airs que vous alliez chanter…
Oui et non car, lorsque j'ai lu la partition finale, certains airs que j'avais suggérés étaient distribués à d'autres personnages !
Dans un second temps, lorsqu'on m'a attribué les arias que je devais chanter, j'ai travaillé avec mon pianiste et nous avons été amenés à faire des suggestions.
Quel genre de suggestions ?
Il m'est arrivé, à plusieurs reprises, de ne pas adhérer complètement à ce que je devais chanter. Je ne savais pas exactement pourquoi, mais j'étais mal à l'aise. Par exemple, à un moment je dois interpréter un air pour endormir les deux couples d'amants. Et ça ne collait pas. J'ai alors recherché l'origine de cette pièce : c'était en fait un air de tragédie tiré d'un opéra. J'ai alors compris pourquoi je ne parvenais pas à être en osmose avec ce qu'on avait fait de l'aria original en le transposant dans un contexte très différent.
Et l'aria a été changé ?
Oui, bien sûr, tout comme le dernier air que je chante, qui ne correspondait pas non plus au triomphe que j'étais censé exprimer. J'ai bien sûr proposé autre chose et il a fallu façonner cette nouvelle pièce afin de se fondre dans le timing voulu. Mais c'était la bonne couleur, et je le ressentais.
Pour un interprète, il est très important de se sentir à l'aise et convaincu par ce qu'il chante. En tout cas, pour moi, c'est indispensable.
Quand commencera le travail de mise en scène ?
J'ai reçu en 2011 une révision majeure de l'ensemble avec de nouveaux récitatifs et un ajout pour le Finale. Actuellement je travaille seule sur la partition. Les répétitions commenceront au Met le 27 novembre, ce qui ne nous laissera pas beaucoup de temps. Deux mois auraient été plus confortables. Habituellement, une nouvelle production bénéficie de six semaines de répétitions. La première de The Enchanted Island est le 31 décembre, et il y a Noël. Mais au Met, à Noël, nous travaillons le 24 et le 26 décembre !

Le 21 janvier 2012, cet opéra sera diffusé en HD dans les salles de cinéma du monde entier. Cela représente-t-il une pression supplémentaire et induit-il une façon différente de jouer ?
Certains artistes vous répondront que "non". Mais moi, je vous dis "oui". J'ai déjà été filmée en HD live pour Orphée & Eurydice en 2008 avec Stephanie Blythe et James Levine, et ce que m'ont appris les tournages auxquels j'ai participé pour le cinéma et la télévision se résume ainsi : une captation vous conduit à jouer votre rôle pour une seule personne car l'objectif de la caméra est très près de vous. Cela est très différent, comparé à la distance qui vous sépare des spectateurs d'un grand théâtre comme le Met. Alors, sans changer complètement la manière de jouer, il faut donc adapter l'expression, la modérer légèrement. Bien entendu, pas au point d'endormir le public qui est aussi présent dans la salle durant la captation. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas oublier la proximité des caméras HD qui vous suivent.
Avez-vous une répétition spécifique pour le tournage ?
Une simple répétition avec les caméras. J'aimerais bien voir ce que cela donne afin de pouvoir améliorer dans mon jeu…
Propos recueillis par Philippe Banel
Le 19 juin 2011
À noter : L'air chanté par Danielle de Niese dans la vidéo ci-dessous a été enregistré sur la scène du Met durant la couturière, le 28 décembre 2011.
Lire l'intégralité de l'interview de Danielle de Niese

















