Focus

Dancers

Un film de Kenneth Elvebakk - Sortie en salles : le 27 mai 2015

 

Les trois jeunes héros de <i>Dancers</i> : Torgeir (en haut), Syvert (en dessous) et Lukas (à droite).  © ZED DistributionPrimé au Festival international du film de jeunesse de Chicago et consacré meilleur film de jeunesse au Festival international du film jeunesse d'Oulu en Finlande, Dancers, le film-documentaire de Kenneth Elvebakk arrive sur les écrans français le 27 mai 2015. Il réjouira à n'en pas douter les danseurs en herbe et leurs parents par son regard posé avec objectivité et simplicité sur le monde de la danse classique masculine…

 

Le réalisateur Kenneth Elvebakk s'est intéressé à trois adolescents norvégiens pour lesquels le métier de danseur semble être leur désir le plus cher. Lukas, Syvert et Torgeir se connaissent depuis l'enfance et veulent tous trois entrer à l'Académie de ballet d'Oslo.

Pour son film-documentaire Dancers - titré Ballet Boys dans certains pays -, sa caméra les suivra durant 4 ans dans leur quotidien d'hommes en devenir et d'apprentis-danseurs, tantôt portés par l'espoir et la camaraderie, tantôt confrontés aux blessures, à la concurrence et à la perte de confiance. La motivation de chacun est profondément différente et le film montrera très bien par quelle évolution passe un désir fort quand il ne parvient plus à être inébranlable.

Derrière chacun des garçons se tient bien sûr une famille, elle aussi filmée avec tact dans ses réactions. Si, à proprement parler, la danse comme finalité professionnelle n'effraie pas ces parents, tous se posent le problème de la motivation et de la viabilité financière si le futur donnait raison aux jeunes vocations.
À l'Académie Nationale des Arts d'Oslo, les cours sont gratuits et le cursus de trois années accessible à partir de 15 ans est diplômant. Mais que feront ensuite les jeunes appelés, sachant qu'évoluer en matière de danse implique la plupart du temps de se rendre à l'étranger pour continuer à progresser ?

 

Scène de ballet dans le film de Kenneth Elvebaak <i>Dancers</i>.  © ZED Distribution

 

Kenneth Elvebaak, réalisateur de <i>Dancers</i>.  © ZEDEn 2006, le réalisateur Kenneth Elvebakk avait réalisé une série télé montrant la vie d'une équipe de handball gay et la transformation de jeunes garçons plutôt efféminés en sportifs agressifs dès qu'ils foulent un terrain de sport. Lorsqu'il rencontre par hasard, quelques années plus tard, les trois inséparables Lukas, Syvert et Torgeir, il souhaite réaliser un film qui cassera, là aussi, le préjugé qui associe nécessairement le danseur à un gay.
Mais il n'y a pour autant dans ce film aucun soupçon de prosélytisme. Les images parlent d'elles-mêmes avec sincérité de la motivation, du travail et aussi de ce talent, si mal partagé entre nos trois aspirants danseurs. Le regard que porte Syvert sur les problèmes d’intégration de la société norvégienne dans laquelle il souhaite se faire une place ressort pleinement de sa réflexion personnelle et a comme conséquence d’élargir le propos du film. C’est en le suivant sur scène que nous aurons aussi un pincement au cœur face à la déception qui l’attend. Mais "chut !". Sa trajectoire montrée dans le film est sans doute la plus complexe, à l’image de l’adolescence telle qu’on se la représente couramment. De même, c’est par le biais des décisions surprenantes de Syvert que le réalisateur montre comment une relation à trois est susceptible d’évoluer dans ses fondements et comment le talent le plus évident marginalise celui qui le détient.

 

<i>Dancers</i> montre l'entraînement sportif des danseurs…  © ZED Distribution




Dès les premières images du film, il paraît clair que l'un des jeunes garçons possède ce quelque chose que les autres n'ont pas. Le plus doué est aussi le plus mûr. C'est aussi celui qui fera preuve de plus de détermination. On sera donc à peine surpris par l’orientation de sa trajectoire. Conscient des enjeux possibles de son évolution et des répercussions sur sa famille, il réfléchit en adulte lorsque, remarqué par la Royal Ballet School de Londres, il est convié à venir auditionner…
Cette nouvelle, accueillie avec autant de bonheur que d’inquiétude, est sans doute un des instantanés de vie parmi les plus émouvants.
Le voyage, pour ses parents, est déjà une dépense en soi. Alors que dire de ces 30.000 £ annuelles qu'il va falloir trouver pour financer la formation ? Mais ils savent aussi que cet apprentissage mondialement reconnu des jeunes danseurs les arme suffisamment pour leur permettre ensuite d'auditionner au Royal Ballet ou auprès d'autres grandes compagnies anglaises ou internationales.

 

Lukas Bjørneboe Brændsrød et ses parents photographiés devant le Royal Opera House de Londres.  © Kenneth Elvebaak

 

Derrière la caméra de Kenneth Elvebakk, les rapports entre les adolescents sonnent toujours justes malgré la présence d'un opérateur photo auprès du cinéaste. De fait, la photographie de Torstein Nodland est le plus souvent superbe, en particulier dans sa façon de présenter les extérieurs nocturnes. Filmé en Haute Définition, le documentaire tient ses promesses au plan de la qualité picturale. Mais, garante de la qualité des images, la présence de cet opérateur aurait pu aussi rompre l'intimité qui peut se manifester devant une petite caméra, laquelle permet au réalisateur un contact direct avec son sujet. Tel n'est heureusement pas le cas. En outre, la narration est toujours fluide grâce à un montage qui se fait oublier. La danse est bien sûr filmée mais s'apparente peu à une démonstration de spectacle. Elle intervient plus ici comme une respiration, comme une manière de vivre, et l’image se concentre sur les êtres.

 

Les adieux après le dernier spectacle ensemble et avant le départ pour l'inconnu…  © ZED Distribution

 

Henrik Skram, compositeur de la musique du film de <i>Dancers</i>.  © Jan AhlstedtLa musique occupe une grande place dans le film. Composée par Henrik Skram et portée par un excellent mixage 5.1 canaux, elle est même quasiment omniprésente. Intervenant le plus souvent pour prolonger sentiments et situations, elle s'impose pourtant parfois avec une grandiloquence malvenue et rompt la narration qu'elle écrase sous un déferlement sonore. De même, on sera étonné que le piano, support traditionnel des cours de danse, et a fortiori des cours d'adage qui permettent aux danseurs de se familiariser avec le pas de deux, soit remplacé par le score sonore composé pour le film qui, là encore, nous entraîne à un niveau d'approche indésirable malgré sa bonne facture. On regrettera aussi que les musiques qui servent aux danseurs lors des concours pour les pas de deux soient là encore remplacées par la musique originale du film. Kenneth Elvebakk a dit à propos de Dancers : "J'ai pensé ce film comme un conte, un rêve qui devient réalité pour Lukas, Syvert et Torgeir". Peut-être est-ce là une justification de ce parti pris musical. Reste que le connaisseur de ballet attendait autre chose. Plus de réalisme sonore pour les parties dansées, en tout cas.

De nombreux documentaires français ont déjà présenté la vie de jeunes danseurs. La singularité de ce film norvégien est de montrer comment trois adolescents complices évoluent dans leur rapport, et cela dans un cadre très différent de nos conservatoires français, sans parler de l'École de Danse de l'Opéra National de Paris. De plus, il est presque rassurant de constater qu'un pays puisse offrir à ses enfants une formation artistique diplômante qui n’est pas considérée comme moins importante que des études traditionnelles.

Lukas, Syvert et Torgeir dans le documentaire <i>Dancers - Ballet Boys</i>.  © ZED
Lukas, Syvert et Torgeir nous ont séduit par leurs réactions, leur énergie et leurs doutes sur le chemin difficile qui mène à la scène. Souhaitons leur bonne chance sur les écrans français !


Philippe Banel
20 mai 2015

 


À noter : Le film Dancers sortira en DVD courant octobre 2015 sous le label ZED.


Dancers - Norvège - 1h13
Distribution : ZED Distribution

 

 

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Ballet Boys
Dancers
Henrik Skram
Kenneth Elvebakk
Royal Ballet
Royal Ballet School

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Dancers – Kenneth Elvebakk

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