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Interview de Chiara Skerath, Soprano (2017)

C'est notre deuxième rencontre avec la soprano Chiara Skerath. En 2016 [lire l'interview], nous étions sous le charme de sa Chanteuse italienne dans Capriccio à l'Opéra de Paris, et quelques mois après, nous assistons à ses magnifiques débuts dans le rôle de Poppée au Théâtre Graslin de Nantes. Un rôle dans lequel son mentor Ruben Lifschitz l'imaginait déjà il y a quelques années. Ô combien avait-il raison… Quelques semaines après, Mélisande l'attendait à l'Opéra de Bordeaux sous la direction de Marc Minkovski…

 

Chiara Skerath, soprano.  © Capucine de Chocqueuse

 

Chiara Skerath dans <i>Le Couronnement de Poppée</i> sur la scène du Théâtre Graslin de Nantes.  © Jean-Marie Jagu/Angers-Nantes Opéra

Tutti-magazine : Nous voici au lendemain de votre deuxième incarnation de Poppée sur la scène du Théâtre Graslin de Nantes. Quels sont vos sentiments ?

Chiara Skerath : Je suis tout au bonheur de faire partie de ce spectacle car j'ai l'impression de me situer au sein d'une véritable équipe. Cela me donne le sentiment de ne pas être seule à chanter Poppée mais de faire partie d'un tout, et même d'en tirer un soutien pour m'exprimer. Les deux mois de préparation avec les metteurs en scène Patrice Caurier et Moshe Leiser comptent sans aucun doute pour beaucoup dans ce ressenti. Les répétitions avaient été précédées par un premier atelier dès le mois de juin, et tout ce travail réalisé en amont a fait que la Première est devenue moins stressante qu'attendu. Tout avait déjà été mis en place ce qui a permis d'aboutir à davantage de liberté sur scène. Par ailleurs, cette longue période de répétitions était plutôt bienvenue pour une prise de rôle comme celui-ci.

La Première du "Couronnement de Poppée" a été suivie par une seconde représentation dès le jour suivant. Cette programmation très resserrée vous a-t-elle permis d'évoluer entre les deux spectacles ?

Il va de soi qu'il est impossible de s'économiser lors d'une représentation avec pour objectif de servir au mieux la suivante. Le public vient pour entendre des interprètes qui se donnent totalement. Le sommeil est fondamental pour récupérer lorsque deux spectacles se suivent ainsi. Mais, le soir d'une Première, l'excitation est telle que l'envie de dormir est rarement très présente. Sur ce point, la longue mise en place préalable est aussi un atout car la mise en scène est ancrée et la seconde représentation en bénéficie aussi… Par ailleurs, j'aborde le plus souvent le deuxième spectacle de façon plus détendue. Une fois dépassé le stress de la Première, certaines choses deviennent plus fluides, même si l'on dit souvent que la seconde représentation est la moins bonne car la tension se relâche. Quoi qu'il en soit, je n'ai perçu aucune baisse de concentration sur scène hier soir.
Concernant l'évolution possible entre deux représentations, c'est un point difficile à appréhender pour le chanteur qui incarne un personnage. Il y a cependant quelques moments où s'opère une sorte de recul par rapport à ce que l'on fait et qui permet de se rendre compte de certaines choses. Il ne faut pas oublier que le chant n'est pas une expression totalement naturelle… C'est le plus souvent après une scène que me viennent les impressions sur ce que j'ai réussi ou moins. Encore faut-il relativiser ce que l'on pense être moins réussi car l'opéra est un art vivant et penser avoir raté quelque chose n'est pas nécessairement essentiel par rapport à l'ensemble de la représentation. Si je tente une nuance piano, je sais que le son peut craquer. Mais je trouve important de prendre des risques. Par exemple, hier soir, j'ai essayé d'allonger davantage le "Pur ti miro". J'ai adoré la façon dont nous avons travaillé l'approche musicale avec le chef Gianluca Capuano et Moshe Leiser en respectant ce que Monteverdi a écrit au sujet de ce duo. Il souhaitait que les chanteurs ne s'expriment pas sur les temps, mais spécifiquement entre les temps, ce qui apporte une forme de liberté un peu jazzy. Nous avons beaucoup peaufiné ce passage. Les premières répétitions étaient assez cocasses, puis nous sommes parvenus à faire comme si rien n'était vraiment figé. Cela m'apporte même une grande liberté pour aborder ce passage chaque soir avec de petites nuances. C'est assez comparable à un lâcher prise sur le plan musical, mais on s'appuie ici sur les mots. Par ailleurs, Elmar Gilbertsson m'étreint et je sens très bien sa respiration, ce qui facilite notre accord. Elmar est un chanteur particulièrement sympathique !

 

Logan Lopez Gonzalez (Amore), Chiara Skerath (Poppea) et Elmar Gilbertsson (Nerone) dans <i>Le Couronnement de Poppée</i> à Nantes.  © Jeff Rabillon/Angers-Nantes Opéra

Dans "Pur ti miro", Amour est suspendu dans les airs et tourne autour de vous. N'y a-t-il pas un moment où vous craignez qu'il vous rentre dedans ?

Logan Lopez Gonzalez, Chiara Skerath et Elmar Gilbertsson dans la scène finale du <i>Couronnement de Poppée</i>.  © Agustin Perez EscalanteC'est déjà arrivé ! Les répétitions ont parfois été amusantes. Mais je ne vais pas dire non plus que je trouve agréable d'avoir du sang partout, d’autant plus que ce sang ressemble à de la confiture et qu'il est très collant… Logan Lopez Gonzales est tout simplement étonnant en Amour - pensez qu'il n'a que 21 ans ! - et il fait très attention quand il me badigeonne. Ce sang a une signification très forte car il symbolise l'accumulation de meurtres qu'il a fallu commettre pour parvenir au Pouvoir. Alors qu'elle chante "Pur ti miro", je pense que Poppée se demande si tout cela est justifié au regard finalement un peu décevant de son statut d'Impératrice. Tout le monde a déjà fait l'expérience de désirer ardemment quelque chose et d'être déçu lorsque le souhait est accompli. On idéalise souvent certaines situations qui sont hors de notre portée. C'est ce genre de sentiments qui traverse ma Poppée à la fin de l'opéra. Mais tout l'y prépare, dès l'Acte I. Patrice et Moshe ont pris le parti de ne pas faire de Poppée une calculatrice. Dès lors, elle devient consciente de tout ce qui se passe autour d'elle tout en étant vraiment amoureuse de Néron, et son amour légitime sa conduite. Poppée est un personnage magnifique dont on pourrait parler des heures durant, en parfaite opposition avec le personnage d'Octavie. Du reste, Monteverdi n'a composé aucune scène qui place ces deux personnages face à face. À croire que les créatrices de l'époque ne pouvaient pas se supporter !

Poppée est une prise de rôle. Comment vous êtes-vous préparée ?

Mon mentor Ruben Lifschitz avait toujours considéré que le rôle de Poppée était pour moi et, lorsque l'Opéra de Nantes me l'a proposé, je ne pouvais faire autrement qu'accepter… J'ai commencé par décortiquer le livret qui se présente comme un long poème. La langue est si belle et riche que Gianluca Capuano nous disait que ce texte devrait être enseigné à l'école ! Ensuite je me suis appliquée à mémoriser le texte musical le plus rapidement possible afin de me rendre disponible à ce qu'allaient m'apporter Patrice et Moshe. Ce processus de mémorisation n'a pas été simple car l'opéra de Monteverdi n'est pas composé d'airs faciles à apprendre, mais plutôt de récitatifs. Cependant, Poppée n'est pas un rôle très long.

Ruben Lifschitz, votre mentor, voyait en vous une Poppée en puissance il y a déjà quelques années. Vous êtes-vous sentie portée par le travail que vous avez accompli avec lui dans votre approche de ce rôle ?

Bien sûr. Qui plus est Ruben était un grand ami des deux metteurs en scène. Le décorateur Christian Fenouillat est même venu me trouver pour me dire : "Ruben me parlait toujours de toi et je te rencontre enfin !". Plein de choses me rappellent Ruben. Au mois de septembre j'ai participé à une table ronde que lui consacrait l'Abbaye de Royaumont. Nous étions réunis pour l'évoquer et Stéphane Degout a témoigné par des mots auxquels j'adhère totalement, à savoir que Ruben nous a transmis un enseignement basé sur la partition et les mots, et nous appliquons cette approche à tout ce que nous abordons. Avec Poppée, il est donc logique que l'enseignement de Ruben soit toujours vivant en moi.

Comprenez-vous aujourd'hui pourquoi Ruben Lifschitz vous voyait dans le rôle de Poppée ?

Il n'est pas simple de vous répondre. Peut-être parce que Poppée est un rôle incroyable aux multiples facettes. Si je le souhaitais, je pense que je pourrais aborder ce rôle différemment à chaque représentation. La richesse de cette femme et l'intérêt qui s'en dégage sont assez uniques.

 

Chiara Skerath dans <i>Le Couronnement de Poppée</i> sur la scène du Théâtre Graslin de Nantes.  © Jean-Marie Jagu/Angers-Nantes Opéra

Comment les metteurs en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier vous ont-ils guidée dans les méandres de ce personnage ?

Une chose est remarquable : les metteurs en scène connaissent la partition sur le bout des doigts. Moshe serait capable de chanter l'opéra de A à Z. Cette situation est très agréable car il arrive que certains metteurs en scène prennent le livret du CD et annoncent aux chanteurs qu'ils vont travailler la "piste 3" ! Patrice et Moshe connaissent à la fois l'opéra, le théâtre et ont une culture particulièrement étendue. Je ne vois d'ailleurs pas ce qu'on pourrait leur demander de plus. Ensuite, ils aiment travailler et font preuve d'un respect pour le travail autant que pour les chanteurs. Ils savent comment faire bouger un corps, en particulier Patrice qui a su me conseiller sur la façon de me mouvoir plus naturellement.
Il est très difficile pour un chanteur d'avoir une idée précise de ce qu'il rend sur scène, et sa gestuelle peut être encombrée par des tics de chanteurs. Il est important qu'un metteur en scène puisse les gommer. On ne va pas à l'opéra pour voir Chiara Skerath sur scène, mais pour entendre une chanteuse qui devient Poppée dans une mise en scène. C'est important… Les indications de Patrice et Moshe sont très précises. Pour autant, ils n'interviennent pas dans la manière de chanter et la respectent. En revanche il leur arrive de nous aider à rechercher des nuances en accord avec le personnage. Dans un opéra comme Le Couronnement de Poppée, la musique n'est pas spécialement difficile, même si elle demande de la technique, et il est très important de la nourrir et de la faire vivre à l'aide de nuances. C'est même capital. Bien sûr, il ne s'agit pas de détimbrer, mais de maîtriser le volume de la projection tout en conservant la plénitude du timbre…

 

Applaudissements à la fin de la représentation du <i>Couronnement de Poppée</i>.  © Claire Faezey

 

Chiara Skerath.  © Gustave Udd

Vous travaillez avec Annick Massis. Vous a-t-elle conseillé pour "Poppée" ?

Annick Massis chante beaucoup et elle est souvent en tournée, c'est pourquoi n'avons pas eu l'occasion de travailler ce rôle ensemble, mais ma rencontre avec Annick, l'année dernière, est une merveilleuse rencontre. C'est Antoine Palloc qui m'a conseillé d'aller la voir et je dois dire qu'elle est non seulement un professeur extraordinaire mais également une très belle personne. Je l'adore !

Les chanteurs disent souvent que la mise en scène dans laquelle on fait ses débuts est déterminante pour le futur. Qu'en pensez-vous ?

Je sais que cette production de Poppée, précisément, est déjà très marquante pour moi. De fait, je me demande comment sera la prochaine production de cet opéra si je dois chanter à nouveau ce rôle. Nous avons tellement travaillé dans le détail avec Patrice et Moshe que je me pose la question de ce que sera un traitement différent. Une autre dimension me semble importante, ici à Angers : nous formons une véritable équipe entre collègues chanteurs. Cette ambiance de travail superbe s'est traduite dans les petits cadeaux que nous avons échangés à l'occasion de la Première : ma loge en était remplie, preuve que chacun souhaitait bonne chance à l'autre avec la volonté de "faire ensemble" ! C'est réellement ce désir commun qui marque cette Poppée. Prenez Éric Vignau qui chante Arnalta, il est tellement gentil avec moi alors qu'à la fin de l'opéra je dois lui jeter de l'eau à la figure ! Je pense que Patrice et Moshe ont pris le parti du théâtre car j'ai l'impression que nous jouons ensemble. De telles situations ne se rencontrent pas toujours, et c'est la raison pour laquelle il faut les chérir… Toujours est-il que de nombreuses approches restent toujours possibles pour aborder cet opéra, et j'espère vraiment pouvoir m'y investir à nouveau.

Dans cette production, Moshe Leiser partage la direction d'orchestre avec Gianluca Capuano. Comment cela s'est-il traduit pendant les répétitions ?

Moshe et Gianluca se sont très bien entendus, et les divergences se sont toujours résolues dans un accord parfait. Dans l'opéra, chaque mot est soutenu d'une façon précise par l'orchestre et par un fantastique travail de la basse continue avec laquelle nous avons travaillé durant un mois. Moshe souhaitait pouvoir communiquer toutes ces nuances à Gianluca pendant le déroulement du spectacle. Nous chantons avec un orchestre d'instrumentistes italiens et je suis en admiration devant ce qu'ils parviennent à donner. Mais j'avoue que, lors des premières répétitions, deux chefs dans la fosse cela avait quelque chose d'assez surprenant car je ne savais pas qui regarder. Mais je n'ai pas eu de problème à trouver mes marques. Par ailleurs, si j'ai besoin de voir le chef pour quelques entrées, pour le reste, l'orchestre me suit, ce qui est extrêmement confortable. C'est aussi en ce sens que le rôle de Poppée est incroyable, car, d'une représentation à l'autre, je peux aborder une phrase différemment sur le plan du tempo tout en ayant le soutien d'un orchestre qui me suit. À l'opposé, la musique de Rossini est d'une rigueur absolue qui ne permet pas de telles variations. Et c'est pour cette raison que j'aime aussi chanter la musique Rossini.

 

Isabelle Druet (Tisbe), Alessio Arduini (Dandini) et Chiara Skerath (Clorinda) dans <i>La Cenerentola</i> à l'Opéra national de Paris en 2017.  © Vincent Pontet/OnP

Poppée est un rôle central et grave qui vous change radicalement de Clorinda dans "La Cenerentola" mis en scène par Guillaume Gallienne à l'Opéra Garnier. Cette alternance vous enrichit-elle ?

Pour moi, il n'y a ni premier rôle ni rôle secondaire car je m'investis toujours de la même façon. Mais il est certain qu'il n'y a pas d'enjeu psychologique pour Clorinda, alors qu'il faut chanter Poppée avec son âme. L'investissement est sans aucun doute plus profond sur ce plan, mais je sors toujours de scène fatiguée quel que soit le rôle que j'interprète… Poppée, il est vrai, est le personnage central de l'opéra de Monteverdi et cela correspond à une pression particulière qui résulte autant de sa place dans le livret, car tous les personnages parlent d'elle, que de mon désir de donner le meilleur de moi…
Je trouve personnellement l'alternance entre les types de rôles très positive car, si Poppée me permet de chercher les émotions en profondeur, j’adore aussi les rôles plus légers, voire comiques.

 

Chiara Skerath et Stanislas de Barbeyrac dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à l'Opéra national de Bordeaux en 2018.  © Julien Benhamou

Le 19 janvier, vous ferez vos débuts dans le rôle de Mélisande à l'Opéra de Bordeaux sous la direction de Marc Minkowski. Un nouveau rendez-vous important ?

Bien sûr. Comme pour Poppée, c'est le texte qui prime dans Pelléas et Mélisande et il convient de rendre au mieux l'écriture de Maeterlinck. J'ai déjà étudié toute la partition et je compte la reprendre après les représentations de Poppée car il m'est impossible de me partager entre ces deux personnages forts. J'ai deux mois pour intégrer Mélisande avec l'espoir que ce rôle m'accompagne quelques années. Comme Poppée, l'héroïne de Debussy fait partie de celles qui évoluent… J'ai chanté Zerlina sous la direction de Marc Minkovski à Drottningholm en août 2016, et lorsque j'ai repris Don Giovanni à l'Opéra Royal de Versailles en mars 2017, j'ai pu constater combien le personnage avait pu évoluer en moi. En six mois, la différence m'a semblé flagrante, comme si ma compréhension de ce rôle avait gagné en profondeur. Il arrive aussi que l'évolution de la conscience aille jusqu'au sens même des mots que je chante.

En décembre 2016, vous étiez invitée avec Antoine Palloc à l'Auditorium du Musée d'Orsay pour un récital autour de la mélodie française devant un public conquis. Puis, plus grand-chose. Le récital est-il difficile à imposer dans les programmations ?

Ce récital au Musée d'Orsay avait quelque chose de magique. Pourtant, cette forme est devenue difficile à programmer, ce qui est vraiment dommage. J'ai pu cependant proposer un récital avec Antoine à Venise, au Palazzetto Bru Zane. Le programme était très original car construit autour du thème du verre, avec des compositeurs comme Gounod, Chausson, Offenbach. Antoine s'est montré formidable dans la recherche des partitions et il a réussi à trouver des mélodies quasi inconnues que j'ai beaucoup aimé chanter dans ce superbe endroit idéalement taillé pour le récital… En tant qu'interprète, j'ai autant besoin de l'opéra que du récital* car il propose une véritable proximité avec le public et donne l'occasion de partager des textes le plus souvent magnifiques. Heureusement que L'Instant Lyrique existe et permet aux chanteurs de pratiquer cet exercice !

* Voir vidéo en fin d'article : Chiara Skerath interprète "In mare" de Tosti, accompagnée par Michael Guido, lors des Flâneries de Reims en juin 2013.



France Musique propose en replay le récital de Chiara Skerath et Antoine Palloc à l'Auditorium du Musée d'Orsay du 6 décembre 2016 :

https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/le-concert-de-20h-du-samedi-17-fevrier-2018-58433

Vous préparez justement un récital à deux voix avec la mezzo-soprano Aude Extremo et votre complice pianiste Antoine Palloc pour L'Instant Lyrique qui se tiendra à L'Éléphant Paname le 14 mai 2018…

Je me réjouis beaucoup à la pensée de revenir chanter dans ce cadre et d'intégrer cette si belle programmation. Je le prends d'ailleurs comme un honneur. Richard Plaza qui a créé L'Instant Lyrique est très sympathique et n'ajoute jamais à la pression que l'on peut déjà avoir en soi. J'apprécie aussi beaucoup de pouvoir moi-même proposer un programme. L'Instant Lyrique se déroule dans la joie et la bonne humeur. Le public est toujours présent et la salle est pleine à craquer à chaque récital ! Cette belle initiative fait beaucoup pour la survie du récital… J'apprécie énormément Aude et je suis très heureuse de partager la soirée avec elle. Nous sommes en train d'envisager le programme que nous proposerons au mois de mai. C'est la première fois que nous allons chanter ensemble et je pense que ce moment sera festif !

 

Chiara Skerath incarne Clotilde de Grandlieu dans <i>Trompe-la-Mort</i> à l'Opéra national de Paris.  © Philippe Talbot

Lors de notre première rencontre en 2016, nous avions parlé de Laurence Equilbey et Marc Minkowski qui jouaient un rôle important dans votre carrière. Vous sentez-vous toujours soutenue par la profession ?

Je suis consciente de la chance d'avoir autour de moi des personnes qui me suivent de près, comme Laurence Equilbey, Marc Minkowski ou Josquin Macarez. J'ai rencontré Josquin en tournée avec Didon et Énée. Ce spectacle a été présenté à l'Opéra de Bordeaux et je chantais à la fois les rôles de 2e Sorcière et de 2e Dame. Je passais mon temps à courir et à me changer. C'était très amusant car je courais davantage que je chantais sur scène. De cette époque, mon amitié pour Josquin est restée et nous travaillons assez souvent ensemble. C'est à Josquin que je dois Pamina à l'Opéra de Saint-Étienne, Cinna dans Lucio Silla avec Laurence Equilbey, qui a été une production très importante dans ma vie de chanteuse car je suis parvenue à gérer les nombreuses vocalises du texte musical, ainsi qu'un très beau concert d'opérettes viennoises à l'Opéra de Limoges. Bientôt, grâce à lui, je dois chanter Ännchen dans Le Freschütz, à nouveau avec Laurence Equilbey.
Antoine Palloc fait aussi partie des gens très bienveillants à mon égard. Annick Massis m'aide également, et puis, j'y reviens, j'ai eu la chance d'avoir été aimée par Ruben Lifchitz. De plus mon agent IMG s'occupe très bien de moi et m'aide à construire une progression intelligente qui je l'espère, me permettra de chanter longtemps… Je serais également très ingrate si je ne citais pas Jean-Paul Davois, le Directeur de l'Opéra de Nantes, car c'est lui qui a pensé à moi pour Poppée. J'ai compris combien il souhaitait le bien pour sa maison d'opéra. Il était constamment présent durant les répétitions, et toujours positif.

Après Poppée et Mélisande, comment voyez-vous votre proche avenir ?

J'ai la très grande chance de chanter les rôles qui m'attirent, or je sais que ce n'est pas si courant. J'aimerais cependant pouvoir aborder Micaëla dans Carmen, ainsi que Blanche de la Force dans Dialogues des Carmélites. Je souhaiterais aussi reprendre le rôle de Suzanne dans Les Noces de Figaro. Pour moi, chanter Mozart est incontournable, c'est même un réel besoin car la difficulté de la musique oblige à recentrer la voix… Je retrouverai d'ailleurs Mozart en juin prochain à Londres avec le rôle de Nanetta dans La Finta Semplice. Ce sera avec les Mozartists dirigés par Ian Page. Mais auparavant, en mars-avril, l'Opéra national de Paris m'a invitée à chanter Amour dans Orphée et Eurydice de Gluck dans la mise en scène de Pina Bausch. Et enfin, en juillet, j'aurai le bonheur de reprendre Mélisande aux côtés de Marc Minkowski, à Kanazawa au Japon.

 

Chiara Skerath.  © Capucine de Chocqueuse

Vous demande-t-on encore d'auditionner ?

Il m'arrive encore d'auditionner, mais tout de même moins qu'au début de ma carrière. Passer une audition est toujours très difficile, sauf lorsqu'il s'agit de savoir si un chanteur est fait pour un rôle ou non… Pour être honnête, j'ai passé tellement d'auditions que j'ai fini par comprendre qu'il était impossible de plaire à tout le monde. Cela m'a permis d'être en paix avec moi-même. Je suis parfaitement consciente d'avoir un timbre particulier, ce qui me distingue dans un monde où de nombreuses voix se ressemblent. Cela fait ma force, mais je comprends aussi que je ne puisse pas toujours correspondre à ce que les responsables de castings ont en tête.

Faites-vous un travail particulier sur cette voix ?

Pas spécialement. Le travail que je mène avec Annick Massis porte sur l'homogénéité. Avec une voix homogène, il est possible de tout chanter. Je n'ai rien contre un effet de poitrine ou une coloration occasionnelle pour servir un rôle, mais la voix doit toujours rester saine. C'est l'instrument du chanteur et il doit en prendre soin.
La recherche d'un ambitus homogène permettant de construire la fluidité d'une ligne de chant représente un travail physique et psychologique de longue haleine, et je m'y consacre sans hésiter car la santé vocale est une priorité.
De même, je suis persuadée que les rôles font progresser. Par exemple, Zerlina m'a permis de révéler certains aspects de mon registre central sans rien avoir à forcer, ce qui aurait été totalement contre-productif et peut-être dangereux. Mais il est primordial de bien choisir ses rôles. Or c'est un aspect du métier de chanteur qui peut être difficile en fonction de ce qu'on nous propose. L'essentiel reste de toujours chanter des rôles en fonction de sa propre vocalité, et non en fonction de ce qu'on peut vous demander ou de ce qu'on a envie de faire. Je serais très heureuse de chanter Butterfly, mais ce n'est pas pour moi. Je reconnais que cela peut paraître frustrant mais, là encore, ma chance est de chanter les rôles qui me plaisent. Pour un chanteur, l'important est de durer et pour cela, il faut veiller à ne pas se brûler les ailes et faire en sorte de se satisfaire de ce que l'on a…


Propos recueillis par Philippe Banel
Le 11 septembre 2017



Pour en savoir plus sur Chiara Skerath :

chiaraskerath.com

 

Mots-clés

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Ruben Lifschitz
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