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Interview de Carlo Colombara, basse

Carlo Colombara. © Joan Tomàs/Fidelio Artist

 


La riche voix de basse de Carlo Colombara trouve dans les opéras de Verdi un terrain parfait pour s'exprimer. Habitué des grandes scènes du monde entier, il attache une grande importance à la crédibilité des personnages qu'il incarne. Des personnages le plus souvent "plus grands que nature" auxquels l'écriture pour basse le destine. Nous le rencontrons à Paris alors qu'il chante le rôle de Balthazar dans La Favorite au Théâtre des Champs-Élysées sous la direction de Paolo Arrivabeni…

 

Tutti-magazine : Hier était votre seconde représentation de La Favorite au Théâtre des Champs-Élysées. Vous chantez le rôle de Balthazar. Quelles sont vos premières impressions ?

Carlo Colombara : Je dois dire que je suis très heureux de la réaction du public. Voilà 20 ans que La Favorite n'avait pas été présenté sur une scène parisienne et je m'attendais à ce que l'accueil des spectateur se montre très frileux vis-à-vis d'un opéra qu'ils ne connaissent pas. Alors, je suis d'autant plus agréablement surpris par sa réaction que je pensais le public du Théâtre des Champs-Élysées particulièrement froid. Or il s'est montré vraiment chaleureux face à cette nouvelle production.
La production proprement dite peut être qualifiée de minimaliste et certaines scènes montrent un dépouillement quasi total. Faire vivre le spectacle incombe donc entièrement aux artistes. Cela peut être une bonne chose pour les chanteurs, une fois assimilé le travail avec le metteur en scène…

 




Comment trouvez-vous l'acoustique du Théâtre des Champs-Élysées ?

Il y a une grande différence entre l'acoustique du théâtre pendant les répétitions avec une salle vide et un son qui revient parfaitement aux chanteurs, et avec une salle remplie de spectateurs. Dans ce cas, le son ne retourne pas très bien au plateau, ce qui est accentué par les vêtements portés par le public. Mais avec l'expérience, après deux répétitions, on se fait à ce genre de situation et l'on comprend comment s'adapter. Je suis persuadé que l'acoustique de la salle de l'avenue Montaigne est excellente pour les spectateurs mais, sur scène, on ressent un déséquilibre entre la droite et la gauche, le fond de scène et l'avant-scène. Heureusement, il n'y a ni tapis ni moquette, ce qui limite les problèmes.

Le chef d'orchestre vous aide-t-il à trouver le bon dosage de la puissance d'émission ?

Marc Laho (Fernand) et Carlo Colombara (Balthazar) dans <i>La Favorite</i> au Théâtre des Champs-Élysées.  © V. Pontet - Wikispectacle

Paolo Arrivabeni, oui, mais cela n'est pas courant. Pour La Favorite, il veille à ce que l'orchestre ne soit pas trop fort dans les passages délicats et je trouve qu'il y a un bon équilibre entre la fosse et la scène.

Alice Coote et Judith Gauthier, les deux rôles féminins de la distribution, ont été souffrantes pendant 10 jours. Cela a-t-il eu un impact sur vos répétitions ?

Cela a été particulièrement difficile car nous ne pouvions pas faire de filage complet de l'opéra et nous devions nous contenter de chanter les scènes dans lesquelles nous étions et de passer les autres… Notre premier vrai filage s'est en fait déroulé lors de la générale. Mais pour la première, nous étions en mesure de présenter le spectacle car nous avions beaucoup travaillé en amont !

Avez-vous eu de nombreuses répétitions pour cette Favorite ?

Nous avons vraiment beaucoup répété avant la première confrontation avec l'orchestre. Je dirais même trop ! Les répétitions duraient entre 6 et 7 heures tous les deux jours et, lorsque nous avons débuté la seconde semaine, tous les artistes étaient fatigués. Je pense qu'une période de 3 semaines de répétitions est généralement idéale et que 40 jours ne sont pas utiles lorsqu'on travaille avec des professionnels. Après 3 semaines, il est très difficile de conserver la même énergie.

Paolo Arrivabeni, qui dirige l'Orchestre National de France dans La Favorite, a rapporté que les chanteurs ont beaucoup travaillé la prononciation du français pour cet opéra…

Je parle un français qui n'est pas parfait, et il est évident qu'aucun chanteur étranger ne peut prétendre à chanter comme un Français, pas plus qu'un chanteur français ne peut prétendre chanter en italien comme un Italien. La différence est que le public italien se montre assez tolérant en écoutant un chanteur étranger dans une langue qui n'est pas la sienne, alors que l'exigence du public et des critiques français en la matière est très connue. Le plus difficile, avec la langue française, est d'accentuer correctement les mots car un mauvais accent peut faire dévier totalement le sens de ce que l'on veut exprimer. C'est la raison pour laquelle nous avons beaucoup travaillé la prononciation, ce qui est sans doute un des aspects les plus complexes de cette Favorite.
Concernant Paolo Arrivabeni, après l'avoir croisé à maintes reprises dans les théâtres, c'est la première fois que je travaille avec lui et cela me réjouit particulièrement car je le considère comme un grand chef de ce répertoire.

 

Générale de <i>La Favorite</i> au Théâtre des Champs-Élysées. De gauche à droite : Judith Gauthier (Inès), Alice Coote (Léonor de Gusman), Ludovic Tézier (Alphonse XI), Carlo Colombara (Balthazar) et, à l'extrême droite, Loïc Félix (Don Gaspar). © V. Pontet - Wikispectacle

 

Cliquer sur le visuel pour commander le CD <i>Rencontres</i> de Carlo Colombara…

Lorsque vous chantez Méphistophélès ou Escamillo, votre voix est sensiblement différente. Quel est l'impact de la langue française sur votre timbre ?

Chanter en français nécessite de chanter plus haut. Lorsque j'ai enregistré le disque Rencontres pour le label Dynamic, consacré à la mélodie française, j'ai travaillé durement avec une coach et j'ai dû modifier légèrement ma façon de chanter pour restituer le mieux possible un français crédible. D'où une légère différence dans le timbre. Comme tous les chanteurs italiens, j'ai l'habitude de chanter avec plus de rondeur.

Pour le label Bongiovanni, en 2005, vous avez enregistré des airs habituellement dévolus aux ténors : Musica Proibita. Était-ce représentatif d'un désir de surprendre ? Vous sentez-vous à l'étroit dans votre répertoire ?

Cliquer sur le visuel pour commander le CD <i>Musica proibita</i> de Carlo Colombara…Il est vrai que ma voix me destine avant tout à Verdi et je chante très volontiers les rôles verdiens. Tous les rôles dramatiques me conviennent, en fait, et ils correspondent aussi bien à mon caractère qu'à ma voix de basse. Mais concernant Musica Proibita, il s'agit de mélodies italiennes chantées habituellement par des ténors qui, je le pense, conviennent aussi à la voix de basse. C'est la raison pour laquelle j'ai réalisé cet enregistrement. Ce sont des air que je chante en récital, le plus souvent en bis.

Lorsqu'on écoute l'air de Don Carlo de Verdi "Ella Giammai m'amo!" que vous avez enregistré pour le même label en 2003, votre façon de nuancer la ligne de chant et l'articulation des mots interpellent. Peut-on parler de caractéristiques importantes de votre façon de chanter ?

C'est le contexte dramatique qui oriente mon interprétation. Pour moi, tout commence par analyser la situation dans laquelle se trouve le personnage pour s'exprimer. À l'Acte III de Don Carlo, Philippe II est assis dans son petit cabinet d'étude, tôt le matin, après une nuit de veille. Il n'a pas dormi, et cette phrase "elle ne m'aime pas" ne l'a pas quitté durant des heures. S'il doit chanter, il ne peut donc pas projeter une voix de stentor mais plutôt susurrer l'évidence qui s'impose à lui. Philippe II est seul, il se parle à lui-même. Pour moi, cette situation impose une façon de chanter. C'est d'ailleurs ce qui caractérise mon approche du chant : toujours chercher la crédibilité d'une situation ou d'un personnage, qu'il soit roi, tyran ou l'idiot du village. Il est vrai que certains livrets d'opéras sont assez fantaisistes mais la crédibilité d'un rôle doit rester la principale préoccupation.Cliquer pour lire la critique du DVD <i>Carlo Colombara - The Art of the bass</i>…

En 2008, vous tournez The Art of the Bass. Dans ce film que vous avez co-produit, vous interprétez 10 airs du répertoire d'opéra. Le moment était-il venu dans votre carrière de laisser un témoignage sur DVD ?

Pas vraiment, car j'avais déjà enregistré de nombreux disques et je n'avais pas à proprement parler besoin d'un film pour asseoir ma carrière. Mon souhait était davantage de mettre en lumière les capacités de la voix de basse. On consacre des programmes aux sopranos et aux ténors mais aux basses, jamais. Alors je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose pour la voix la moins populaire ! Ceci dit, il n'est pas non plus évident de construire un programme vidéo autour du répertoire de ténor car, à part dans Otello et quelques œuvres peu populaires, il tient le sempiternel rôle de l'amoureux dans tous les opéras. L'éventail des personnages à la portée de la voix de basse est bien plus riche et le chanteur peut aussi bien incarner le Diable, que le père, le prêtre, le roi, un fou et bien d'autres personnages… C'est une vraie chance pour un chanteur comme moi.

 

Carlo Colombara filmé dans <i>Simon Boccanegra</i> par Oscar Martos pour le film <i>The Art of the Bass</i>.

Comment s'est déroulé le tournage ?

Nous avons tourné dans la très belle église déconsacrée Saint-Louis-des-Français de Séville tous les soirs à partir de 20h et jusqu'à 8h du matin. C'était très dur car, pendant 10 jours, la nuit était devenue notre journée. Croyez-moi, chanter en play-back à 4h du matin après avoir passé 2h au maquillage et travaillé 2h sur la mise en scène n'est vraiment pas évident, d'autant qu'il faisait un froid glacial à l'intérieur de l'église. C'était en janvier et de la buée sortait de nos bouches dès que nous parlions. Chaque nuit, nous filmions une ou deux arias…

Le réalisateur Oscar Martos, qui vous a filmé, a réalisé un film très riche sur le plan esthétique. Avez-vous participé à ce travail ?

J'ai apporté mes idées pour trois arias : Simon Boccanegra, Don Carlo et Boris Godunov. Oscar Martos est à l'origine des sept autres séquences.

Parmi les dix séquences du film, quelles sont celles que vous préférez ?

Je pense que, vocalement, l'air d'Escamillo de Carmen, en dépit de la prononciation, et celui d'Attila sont les meilleurs. Sur le plan dramatique, c'est sans doute la scène de Don Carlo* que je trouve la plus convaincante.
* Cette vidéo est présentée à la fin de la critique du DVD Carlo Colombara - The Art of the Bass

Avant d'être édité par Naxos, ce DVD a été distribué par le magazine espagnol Ópera Actual…

Absolument, ce DVD était cellophané avec le magazine grâce au soutien financier de Hugo Boss qui a acheté six pages d'interviews. Ensuite, Naxos a acquis les droits auprès d'Ópera Actual pour l'éditer sous son label.

 

Carlo Colombara filmé dans <i>Mefistofele</i> par Oscar Martos.Carlo Colombara filmé dans l'air de <i>La Calomnie</i> par Oscar Martos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment ce DVD a-t-il été accueilli lors de la diffusion avec le magazine ?

Cela a représenté un grand succès et Ópera Actual a vendu 20.000 exemplaires de ce numéro avec DVD. Ce qui est amusant c'est qu'on m'a demandé d'expliquer le parti pris retenu pour l'air de "La Calomnie" du Barbier de Séville*, pour lequel je me retrouve le crâne chauve, dans un bac rempli de boules colorées. Alors je renvoyais les gens vers le réalisateur car, personnellement, je me suis contenté de tourner à 5h du matin au milieu de ces boules…    * Voir la vidéo de La Calomnie tirée du DVD The Art of the Bass à la fin de cet article.

Carlo Colombara dans <i>Ernani</i> à Madrid en 2000.  D.R.Pensez-vous que ce film a eu un impact sur votre carrière ?

Je pense plutôt qu'il symbolise une étape car les 15 ou 20 premières années de ma carrière ont été difficiles, et j'ai sans doute donné à certaines personnes l'impression que j'étais froid et peut-être dur. J'ai commencé ma carrière à 20 ans et, lorsque j'avais 25 ans, mon agent était obligé de faire croire que j'en avais 35 car mon âge ne me rendait pas crédible auprès des producteurs d'opéras. Ma voix de basse était pourtant en place dès 22 ans, mais personne ne voulait d'un Padre Guardiano aussi jeune ! À partir du moment où je passais pour un chanteur de 35 ans, les contrats n'ont cessé d'affluer. Le pendant de l'histoire, et je l'ai réalisé avec le recul, est que j'ai joué aussi ce rôle de basse dans mes rapports avec les gens en étant très sérieux et dur durant les 15 premières années de ma carrière. Aujourd'hui, je n'ai bien sûr plus ce problème, mon comportement est redevenu naturel et je me sens bien par rapport à mon métier et qui je suis. Si la possibilité d'un retour sur le passé m'était offerte, je m'efforcerais d'être moins dur avec un certain nombre de personnes. Je ne changerais sans doute rien d'autre.

Vous avez dédié ce film à votre père Giuliano…

Pendant le tournage de The Art of the Bass, mon père souffrait beaucoup d'un cancer au poumon et il est décédé avant la sortie du DVD. J'ai voulu rendre un hommage à mon père.

Votre père a-t-il soutenu votre carrière ?

Pas tant que cela. Ma mère, un peu plus. Je suis né au sein d'une famille qui m'a laissé la liberté de me réaliser comme je le souhaitais. Je suis tombé amoureux de l'opéra à 9 ans en voyant Parsifal. C'était mon premier opéra. J'ai attrapé le virus et… J'ai chanté !

 

Applaudissements pour Carlo Colombara dans <i>La Bohème</i> à Salzbourg en 2012.

Plus proche de nous, vous avez été filmé à Salzbourg durant l'été 2012 dans La Bohème. Vous chantez le rôle du philosophe Colline. Quel souvenir gardez vous de cette production mise en scène par Damiano Michieletto ?

Tout d'abord, c'était mon premier opéra à Salzbourg et, pour ces débuts, je retrouvais le Maestro Daniele Gatti après 25 ans. J'ai en effet débuté avec lui à Milan en 1987 dans le rôle du bailli de Werther en italien. Je partageais également l'affiche pour la première fois avec Anna Netrebko. Mais je garde aussi un souvenir très dur de cette Bohème car, si le rôle de Colline n'est pas un grand rôle, cela ne m'a pas empêché de travailler beaucoup et de devoir être présent pour toutes les scènes de groupe dans une mise en scène très compliquée.

Qu'entendez-vous par "compliquée" ?

Comme beaucoup de gens, ma perception de La Bohème répond à une vision populaire pour un opéra qui compte en réalité parmi les plus populaires. Le sujet de La Bohème évoque le Paris romantique du Quartier Latin et, quand je me retrouve dans une mise en scène qui se situe aux antipodes du livret, je souffre beaucoup. Ceci étant, Damiano Michieletto s'est montré très calme et très aimable durant notre travail. Quoi qu'il en soit, je préfère personnellement un respect du livret, et je pense que le jeune public a aussi besoin de ce genre de repère pour pouvoir aimer l'opéra. Cela est très différent pour des amateurs qui s'intéressent à cette expression depuis 20 ans et qui peuvent apprécier une production alternative. Mais il est impossible de séduire un novice si on ne lui montre pas l'opéra tel que nous l'avons apprécié lorsque nous avons commencé à l'aimer. Je n'ai rien contre un opéra expérimental, mais il doit exister au côté de productions plus traditionnelles, de la même façon que le Centre Beaubourg n'empêche pas Le Louvre d'exister.Cliquer sur le visuel pour commander le CD <i>Opera Arias</i> de Carlo Colombara…

Vous vous trouvez donc mal à l'aise dans une production qui s'éloigne trop des origines de l'œuvre…

J'ai tant de fois chanté Nabucco que si vous me proposez une version transposée dans un régime totalitaire contemporain, je chanterais de la même façon et cela ne me coûtera pas, même si je suis en désaccord avec votre vision. Mais, j'insiste sur le fait que l'opéra est un art qui doit s'adresser à tous. Comment voulez-vous intéresser un enfant de 9 ans qui vient avec sa famille pour la première fois assister à un opéra et le séduire avec un spectacle iconoclaste ? Une chose est certaine : il ne reviendra pas ! Et c'est très grave pour le futur de l'opéra. Il est toujours possible d'actualiser une œuvre en trouvant un compromis. La technologie met aujourd'hui à la disposition des metteurs en scène et des décorateurs des moyens très importants et des plateaux qui permettent de multiples configurations. Je ne suis absolument pas contre la modernisation mais je m'élève contre l'irrespect de l'essence d'une œuvre.

 

Carlo Colombara dans <i>La Force du destin</i> au Liceu en 2012.  Photo Antoni Bofill

 

Elīna Garanča et Carlo dans <i>Anna Bolena</i> au Liceu de Barcelone en 2011.  Photo Antoni Bofill

Les artistes ne peuvent-ils pas ouvrir le dialogue dans certains cas ?

Le metteur en scène détient un pouvoir énorme. Aujourd'hui, un artiste n'a pas le pouvoir de décider, il peut seulement proposer. Il peut m'arriver de faire quelques propositions pour un rôle et que le metteur en scène les accepte mais, la majorité des artistes respectent intégralement ce que demande le metteur en scène. Si Jean-Pierre Ponnelle était toujours de ce monde, je connais son travail, je le respecte, et je le suivrais les yeux bandés. Mais comment voulez-vous accorder votre confiance à un jeunot de 25 ans qui n'a pas encore fait ses preuves dans ce métier ? Est-il normal de lui donner raison contre un chanteur qui a 40 ans et plus de 20 ans d'expérience ? Qu'un génie se présente pour faire une mise en scène et je me placerai entièrement au service de sa vision. Si tel n'est pas le cas, je m'autorise à tenter d'expliquer ce qui ne va pas. Il me semble important de ne pas surestimer le rôle du metteur car la colonne vertébrale de l'opéra, c'est l'opéra. Le metteur en scène, comme les chanteurs et comme tous les musiciens se doit de travailler pour servir le compositeur et le public avec respect. Un spectateur qui paye 150 € un billet pour Tosca paie pour voir Tosca, et pas autre chose.

Travailler avec des artistes médiatisés comme Anna Netrebko rend-il votre travail différent ?

C'est exactement la même chose. Comme je vous l'ai dit, j'ai rencontré Anna Netrebko dans La Bohème à Salzbourg et elle s'est montrée fantastique pour moi. J'ai déjà chanté plusieurs fois avec Elīna Garanča, et je peux vous dire qu'il n'y a aucune différence dans le travail, ce sont deux collègues réellement très agréables.

Vous revenez à Paris le 6 mai, au Théâtre des Champs-Élysées, pour la Petite messe solennelle de Rossini dirigée par Daniele Gatti…

J'ai fait mes débuts sur scène dans Macbeth après avoir chanté une semaine auparavant cette Petite messe solennelle avec le chef de chœur de la Scala dans la version avec deux pianos et un harmonium. Mais c'est la première fois que je la chanterai avec Daniele Gatti. Ce qui est amusant est que je reviendrai justement au Théâtre des Champs-Élysées en 2015 pour Macbeth, qui sera aussi dirigé par Gatti. Je chanterai aux côtés de Fiorenza Cedolins, que j'apprécie beaucoup, Roberto Frontali et Francesco Meli.

Dans les années qui viennent, quels rôles aimeriez-vous aborder ? De la musique contemporaine ?

Les compositeurs contemporains ne viennent pas vers moi. Je les accueillerais pourtant très volontiers. Quant au répertoire de basse, j'ai déjà chanté bien des rôles. Les basses taillées pour la musique de Verdi sont très rares et l'on me demande le plus souvent de chanter Verdi, que j'adore sans exclure aucun autre compositeur.

Quelles sont vos prochains engagements pour 2013 ?

Comme vous le savez, c'est l'année Verdi ! Je chanterai Nabucco en mars à Stuttgart puis aux Arènes de Vérone en juin, et Simon Boccanegra à Vienne en mars et à Salerne en mai. ll y aura aussi Macbeth et le Requiem de Verdi en juillet pour le Festival d'opéra de Savonnlina et plusieurs Aida. Hors Verdi, le 1er juin, je chanterai Mefistofele au Teatro Regio de Parme et Norma le 5 août dans le cadre du Festival del Castell de Peralada, près de Barcelone, avec Sondra Radvanovsky.

 

Carlo Colombara chante le rôle de Zaccaria dans <i>Nabucco</i> de Verdi au Met en 2011.  © Marty Sohl/Metropolitan Opera

 

Carlo Colombara. © Daniel Volker/Ópera Actual

Vous êtes familier des Arènes de Vérone, comment appréhendez-vous un lieu aussi gigantesque ?

J'ai déjà fait cinq ouvertures de saison et je chante pour le Festival de Vérone tous les ans depuis 15 ans. Chanter dans les Arènes n'est pas différent du Met ou de chanter chez vous sous la douche ! Il faut à tout prix éviter de forcer sa voix car, alors, les harmoniques changent et le public n'entend pas mieux. Il est impératif de chanter avec calme. Les cordes vocales répondront parfaitement et les harmoniques seront préservées. Le plus difficile est en fait de chanter de la même façon quelle que soit la taille de la salle. Que le son vous revienne ou pas, comme à Vérone, ou que le retour soit trop important, il faut toujours chanter de la même façon car nos oreilles ne sont pas celles du public et le chanteur n'entend pas le son de la même manière que l'auditeur. C'est pour cette raison que de nombreux chanteurs placent leur main autour de leur oreille d'une façon qui doit vous sembler curieuse. Nos oreilles ne nous permettent pas de nous entendre.

Vous n'écoutez donc pas votre voix…

Si j'écoute ma propre voix, je suis certain d'entendre un son qui n'est pas celui qui est diffusé dans la salle. Pour mon travail personnel, j'enregistre toujours les répétitions avec un enregistreur de qualité. Cela me permet de me rendre compte des défauts et de me corriger en utilisant mon sens critique aigu. C'est une démarche essentielle pour la longévité d'une carrière…

Pour terminer cet entretien, que peut-on vous souhaiter ?

J'aimerais un jour pouvoir chanter l'opéra russe que j'aime profondément. Boris Godunov est un rêve que je nourris… Mais, plus que tout, je voudrais que la passion qui m'anime pour la musique et la qualité de mon travail continue à me porter comme au premier jour. Et quoi de plus beau qu'un public qui aime l'opéra et remplit une salle ? Que l'opéra puisse perdurer, voilà ce que je souhaite car, après-tout, c'est ma vie…

 

Propos recueillis par Philippe Banel
Le 10 février 2013

 

 

Pour en savoir plus sur Carlo Colombara :
www.carlocolombara.com

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