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Interview de Armando Noguera, baryton

Armando Noguera.  © Oskar CecereLorsque Armando Noguera s'empare du personnage de Sharpless, il lui apporte une dimension humaine bouleversante qui habille le rôle d'une aura très personnelle. Lorsqu'il participe à l'émission Musiques au cœur aux Chorégies d'Orange en chantant Don Pasquale un fer à repasser à la main, la façon dont son corps épouse la musique avec espièglerie est irrésistible. Les photos qui illustrent cet article en témoignent : Armando Noguera est un véritable interprète… Nous rencontrons le baryton argentin au lendemain d'une représentation de Madame Butterfly sur la scène de l'Opéra de Rouen.

 

Tutti-magazine : C'était hier votre 5e représentation de "Madame Butterfly" où vous tenez le rôle de Sharpless. Comment vous sentez-vous dans la production de Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil ?

Armando Noguera : Ma première réaction face à cette nouvelle approche de Madame Butterfly a été la surprise. Mais je dois dire que j'apprécie beaucoup la direction d'acteur d'Olivier et Jean-Philippe, moi qui ai eu la chance et pris l'habitude de travailler avec des metteurs en scène de grand talent. Certains venaient du théâtre et j'ai beaucoup appris auprès d'eux. De telle sorte que la surprise concernant la vision novatrice de Butterfly a rapidement cédé la place au plaisir de travailler. Cela était d'autant plus important que nous n'avons pas eu beaucoup de répétitions et que je devais m'insérer dans une distribution qui avait été formée la saison dernière à l'Opéra de Limoges. J'ai donc accepté volontiers ces nouvelles idées et tenté de donner le meilleur de moi-même. Dans la production de Jean-Philippe et Olivier, tout se déroule dans la tête de Cio-Cio San, et l'histoire qui est racontée est celle de sa plongée dans sa propre folie. Or cette optique m'a permis de jouer sur le côté humain de Sharpless qui ressent une réelle pitié pour le destin de cette pauvre fille auquel il ne peut rien changer. Cette empathie face à Butterfly est accentuée par le fait que personne, dans son entourage, ne tente de l'aider. Pas même sa servante Suzuki qui, sans doute par affection ou par amour, la maintient dans cette folie pour ne pas la brusquer. Dans un tel contexte, cette fille perdue ne peut attendre d'aide de personne, et cela me touche et m'émeut d'autant plus.
Avec Camille Schnoor*, nous nous sommes immédiatement compris, ce qui a rendu facile la mise en place du rapport entre nos personnages. Dès la Musicale, nous étions dans nos rôles et nous avons joué, ce qui m'a permis de m'insérer rapidement dans le groupe qui, par ailleurs, m'a très bien accueilli. De plus, le public me manifeste un accueil plus que chaleureux. Je ne peux donc que me réjouir de monter sur scène pour raconter cette histoire chargée d'une émotion qui gagne les spectateurs, au sein d'un groupe d'interprètes que je trouve formidables.
* Lire l'interview de la soprano Camille Schnoor réalisée à Limoges à l'occasion de sa prise de rôle dans Madame Butterfly, NDLR.

 

Georgy Vasiliev (Pinkerton), Armando Noguera (Sharpless) et Camille Schnoor (Cio-Cio-San) dans <i>Madame Butterfly</i> à l'Opéra de Rouen.  © Jean Pouget

Le personnage de Sharpless marque un contraste avec l'image joviale et dynamique que l'on a le plus souvent de vous, en particulier lorsque vous chantez un rôle comme Papageno ou Figaro. Comment avez-vous construit Sharpless sur le plan théâtral ?

Je dois sans doute cette aptitude à l'école de théâtre que j'ai fréquentée bien avant de chanter. Aujourd'hui, j'adhère totalement à l'approche de Jean-François Sivadier. À savoir, un personnage n'existe pas, et ce sont les interprètes qui vivent une situation. De cette façon, une situation devient sincère et réelle. Dès lors, que l'on interprète un roi, un comte ou un bouffon, le contexte va faire que certaines choses s'installent corporellement.
Autrement dit, je pense rarement au personnage que je joue, mais bien plus à la situation à laquelle je suis confronté, et à ce que je dois exprimer au travers des mots que je chante. La même phrase peut dégager un sens très différent selon le contexte et le rapport avec d'autres personnages. C'est en partant de cela que j’ai construit mon Sharpless, de la même façon que les autres rôles de mon répertoire… Face à une situation drôle, ce sera la même chose. J'aboutis ainsi à une interprétation personnelle qui, ensuite, peut plaire ou ne pas plaire, mais qui vient de ma sincérité et de mon envie de partager ma vision des choses tout en respectant la direction donnée par le metteur en scène. Sur un plateau, j'adore écouter les autres, et la façon dont ils jouent se répercute sur la façon dont je vais répondre. Cela évite toute routine, car les réactions sont différentes à chaque répétition ou représentation. Je trouve cela extrêmement motivant, voire passionnant.

 

Georgy Vasiliev (Pinkerton) et Armando Noguera (Sharpless) dans <i>Madame Butterfly</i> à l'Opéra de Rouen.  © Jean Pouget

Comment êtes-vous passé de l'expression théâtrale à l'opéra ?

Armando Noguera dans le rôle de Belcore dans <i>L'Elisir d'amore</i> à La Monnaie de Bruxelles.  © La MonnaieDès mon plus jeune âge, l'expression théâtrale m'attirait. Si je suis ensuite tombé dans l'opéra, c'est un peu par hasard. Enfant, je chantais dans un chœur professionnel de la musique folklorique d'Argentine, mon pays. Mais à 11 ans, après une petite dispute avec le responsable du chœur, j'ai décidé de ne plus chanter. On voyait en moi un soliste, et je rejetais cette idée de toutes mes forces. Bref, je n'ai plus chanté, pas même pour mon plaisir dans ma salle de bains…
C'est à l'âge de 16 ans que ma mère m'a demandé de chanter pour l'école dont elle était directrice. Ma voix avait déjà mué sans que j'en prenne conscience. Un peu plus tard, grâce à mon père, je me suis rendu au Théâtre Colon de Buenos Aires pour un cours de théâtre. Et c'est là que, pour la première fois, j'ai eu l'occasion d'assister à une représentation d'opéra. Il s'agissait de La Clémence de Titus, autant dire une œuvre qui n'est pas la plus facile ! Pourtant, l'opéra de Mozart réunissait tout ce que j'aimais : le chant, le théâtre et la mise en scène. C'est ainsi qu'est née ma vocation pour l'opéra.

Comment définiriez-vous l'Opéra de Rouen Normandie en termes de salle, d'acoustique et d'encadrement technique ?

L'acoustique de l'Opéra de Rouen est très bonne. Quant aux équipes de cette maison, elles nous ont permis de travailler dans des conditions réellement favorables. Cette production a demandé de nombreux efforts pour la mise en place mais cela n'a jamais entamé l'ambiance sympathique dans laquelle tout le monde a pu avancer. Les chanteurs sont la plupart du temps suspendus dans une grande boîte où ils évoluent et les techniciens souhaitaient vraiment que la sécurité soit assurée au maximum. Le pari est gagné, et même si l'ensemble bouge un peu, je ne trouve pas cela gênant. J'oublie même ce petit balancement tant je suis concentré sur le drame.
Par ailleurs, je suis tout aussi ravi de l'accueil que l'on m'a réservé dans cette maison d'opéra que je le suis de celui du public car, chaque soir, il se manifeste de façon extraordinaire.

 

Armando Noguera interprète le rôle-titre de <i>Hamlet</i> au Teatro Avenida de Buenos Aires.  D.R.

Le mois prochain, vous retrouverez votre pays de naissance, l'Argentine, pour chanter votre premier Hamlet au Teatro Avenida de Buenos Aires. C'est dans cette ville, à 21 ans, que vous faisiez vos débuts dans Figaro…

Après Guillaume Tell il y a quelques mois, ce rendez-vous se présente comme un nouveau grand défi car Hamlet est un rôle que j'aimerais pouvoir interpréter dans les saisons à venir. De fait, mon pays et la compagnie de la Juventus Lyrica me donnent la chance de pouvoir tester ce nouveau rôle. Hamlet se présente pour moi, non vraiment comme un pari vocal car la partition est très bien écrite, mais davantage comme un défi théâtral dans la mesure où le personnage d'Ambroise Thomas n'est pas vraiment le Hamlet de Shakespeare. On retrouve ce même genre de différences dans Eugène Onéguine entre le roman de Pouchkine et le livret de Tchaikovsky… Mais j'ai la chance de pouvoir compter en Argentine sur une superbe metteur en scène, Maria Jaunarena. Nous sommes en contact permanent et je peux dire qu'elle accomplit un travail magnifique. Grâce à la mise en scène de Rodula Gaitanou, le rôle de Guillaume Tell m'avait fait comprendre des choses essentielles, y compris par rapport à ma propre vie, et je pense qu'il en sera de même pour Hamlet.

Après vos études en Argentine vous avez rejoint en 2002 le Centre de Formation de l'Opéra national de Paris. L'enseignement que vous y avez trouvé était-il différent ?

Stéphanie d'Oustrac et Armando Noguera dans <i>Pelléas et Mélisande</i> à l'Opéra de Nantes.Ma formation s'est déroulée majoritairement en dehors de l'Argentine car j'ai quitté mon pays à 19 ans, muni d'une bourse qui m'a permis d'étudier en Autriche, à Vienne. C'était formidable car j'avais des cours dans la journée et, le soir, j'avais accès à tous les concerts ou représentations. J'ai pu ainsi voir sur scène les plus grands noms, et même assister aux répétitions du Staatsoper. C'est après Vienne que j'ai poursuivi mes études à Paris, et c'est précisément l'Opéra de Paris qui a marqué une transition dans l'enseignement que j'avais reçu en Argentine, où j'ai cependant eu l'occasion d'étudier avec d'excellents professeurs. La rencontre essentielle a été celle avec Janine Reiss. Grâce à elle, j'ai compris que le chanteur peut se trouver devant une partition et la suivre sans que cela l'empêche de s'exprimer tout en respectant ce qui est écrit. En particulier dans le répertoire rossinien que je chantais beaucoup à l'époque. C'est aussi grâce au travail mené avec elle que j'ai perdu la peur des silences. Elle m'a fait comprendre que, parfois, une demi-croche dans un récitatif peut être très dramatique sur le plan expressif. Il y a eu un avant Janine Reiss, et un après. Je lui dois aussi de m'avoir appris comment transcender une difficulté technique au travers de l'expression.

Aujourd'hui, de nombreuses maisons d'opéra vous accueillent régulièrement, en particulier dans le sud de la France. Avez-vous un attachement particulier à la France ?

La France est devenue "ma maison" car cela va bientôt faire 17 ans que je suis ici. Ma vie est en France, mes amis sont en France et je paye mes impôts en France ! Ceci étant, j'ai aussi la chance de pouvoir voyager un peu partout et de faire des expériences incroyables. Je crois d'ailleurs qu'un des événements qui m'a le plus marqué est mon arrivée à Glyndebourne, un véritable Disneyland pour tous les chanteurs ! Cependant, chaque théâtre devient un lieu d'expérience unique pour moi qui ai la chance de pouvoir faire ce que j'aime et d'avoir un espace pour m'exprimer.

 

Armando Noguera interprète Ford dans <i>Falstaff</i> à l'Opéra de Massy.  © Opéra de Massy

En décembre prochain, vous chanterez le Prince de Mantoue dans "Fantasio" à l'Opéra de Montpellier. Que pouvez-vous dire sur la façon dont vous abordez un nouveau rôle ?

Armando Noguera interprète Octave dans <i>Les Caprices de Marianne</i> au Théâtre Impérial de Compiègne.  D.R.Il s'agit pour moi d'une prise de rôle dans la mise en scène que Thomas Jolly a créé à l'Opéra Comique. Je retrouverai à cette occasion Pierre Dumoussaud qui dirige actuellement Madame Butterfly à Rouen. J'adore l'Opéra de Montpellier ainsi que ses équipes, et je me réjouis par avance de ce rendez-vous.
Lorsque j'étudie un nouveau rôle, je commence bien sûr par lire la musique et apprendre les textes si nécessaire. Si le livret de l'œuvre est basé sur un roman ou sur l'Histoire, alors je me nourris à la source. C'est Pierre Jourdan, une autre rencontre capitale de ma vie, qui m'a sensibilisé à cette approche. Il était à la fois strict et généreux. Le courant est passé entre-nous le jour où j'ai compris que, s'il se montrait dur avec moi, c'est qu'il croyait en moi. Lorsque j'ai fait mes débuts dans sa mise en scène de Les Caprices de Marianne, il m'a ouvert les yeux sur des univers incroyables comme la peinture ou la littérature. Depuis lors, cette ouverture aux autres arts me sert beaucoup lorsque je construis un nouveau rôle. Ils alimentent mon imagination, mon jugement… Une fois ce travail de recherche accompli vient alors la partie la plus intéressante qui consiste à rassembler tout ce que j'ai pu acquérir pour trouver ma façon d'aborder le rôle. J'adore cette étape que je peux comparer à de la cuisine, et qui consiste à essayer de multiples choses pour arriver à un plat qui sera réussi ou non. Il m'arrive d'ailleurs rarement d'arrêter de réfléchir à ce que je fais, raison pour laquelle je préfère souvent le fait de cuisiner au plat proprement dit ! Par ailleurs, j'aime arriver dans une production avec une idée, puis l'adapter ensuite en faisant preuve de flexibilité. Je ne me vois pas débarquer sans proposition.

Travaillez-vous seul ?

Il est impossible d'être juge de son propre travail. Aussi, un regard extérieur est souvent nécessaire. Mais pas n'importe lequel ! Je dois pouvoir faire confiance aux gens avec lesquels je travaille. Pour autant, tout dépend de l'œuvre que je prépare. J'aime aussi travailler seul et ne pas systématiquement faire appel à un coach. Par exemple, si je prépare une opérette ou un opéra-comique et que je dois jouer des textes en français, je ferai sans doute appel à un spécialiste dans le seul but de travailler ma diction. Il arrive aussi que les amis qui m'entourent soient de bon conseil…

 

Armando Noguera interprète le rôle de Paolo dans <i>Simon Boccanegra</i> à Dijon.  © Opéra de Dijon

Le 22 mars vous serez à Strasbourg pour un concert-tango. Quelles places tiennent le récital et la mélodie dans votre trajectoire ?

Armando Noguera chante <i>Volver</i> de Carlos Gardel pour l'émission <i>Musiques en Fête</i> en 2017.L'exercice du récital est difficile car tout converge vers l'interprète, mais c'est un partage avec le public que j'affectionne beaucoup car il me permet de mûrir les pièces dans un contexte différent de celui de l'opéra. Cependant, si j'ai pu faire des récitals traditionnels par le passé, y compris au Capitole de Toulouse après avoir gagné un prix sous la mandature de Nicolas Joel, il faut reconnaître que cette formule n'est malheureusement plus tellement vendeuse. Ce désamour touche tous les interprètes, des plus grands noms aux moins connus. Raison pour laquelle on ne peut plus se contenter d'un enchaînement de mélodies. Pour ma part, je trouve important de raconter une histoire, même si cela complique la construction du programme musical car il doit se raccorder au thème et le servir.
La saison dernière, l'Opéra de Dijon m'avait invité pour un récital et j'ai choisi à cette occasion d'utiliser ma culture d'origine. Ce projet, au départ, devait se monter avec un très grand ami qui est une star du tango mais, malheureusement, cela n'a pas pu se concrétiser et j'ai décidé d'avancer seul. C'est le même récital que je présenterai en mars à l'Opéra du Rhin, qui fait partie des maisons d'opéras françaises qui programment plusieurs récitals sur la saison. L'histoire raconte une tranche de vie d'un personnage au travers du tango. Pour ce récital, j'ai la chance d'être entouré de musiciens extraordinaires avec lesquels je peux profiter d'une grande souplesse de travail, jusqu'à la nuance la plus extrême. Le défi est assez important car nous sommes 1h15 sur scène, à cœur ouvert. C'est bien plus difficile qu'un opéra !

 

Melody Louledjan et Armando Noguera dans un duo de <i>Don Pasquale</i> aux Chorégies d'Orange en 2017.

Fin avril, on vous retrouvera dans "Turandot" où vous interpréterez Ping. Comprenez-vous que certains chanteurs refusent de chanter les rôles des trois ministres en raison de leur présence secondaire et surtout de l'extrême difficulté rythmique du chant le plus souvent en trio ?

Je peux tout à fait comprendre de tels arguments. Mais, en ce qui me concerne, les ensembles du trio de ministres ne se posent pas en termes de difficulté car j'ai beaucoup chanté de musique contemporaine, ce qui m'a bien préparé sur le plan rythmique. Je pense en particulier au Golem de John Casken, et aussi à une création japonaise qui avait remporté un énorme succès. Par ailleurs, sur le plan mélodique et rythmique, Debussy me semble aussi difficile que Puccini. Ce n'est donc vraiment pas cet aspect qui m'inquiète. En revanche, le rôle de Ping me permet d'aborder maintenant un répertoire bien plus lyrique, ainsi que les opéras dits "sérieux" de Rossini. Il est clair que je ne vais pas me mettre à chanter Scarpia du jour au lendemain, mais sans doute progresser dans la ligne du ministre de Turandot, que je perçois comme un rôle qui me fera grandir, tout comme Ford dans Falstaff que je vais beaucoup chanter à partir de la saison prochaine.

En fin de saison, vous serez à l'Opéra de Nice pour le rôle de Valentin dans "Faust" de Gounod. Quel est votre lien avec la musique française ?

J'ai eu la chance d'arriver en France vers 23 ans, de rencontrer deux des plus grands défenseurs de la musique française, Janine Reiss et Pierre Jourdan, et c'est ainsi que le répertoire français est devenu ma base. J'aime énormément la musique française. Du reste, j'ai beaucoup chanté Pelléas et Valentin, mais aussi Ramiro dans L'Heure espagnole et de nombreuses opérettes. De plus, je crois pouvoir dire que le répertoire français correspond tout à fait à ma voix.

 

Armando Noguera interprète le rôle-titre de <i>Guillaume Tell</i> à l'Opéra de Victoria.  © Victoria Opera

Quels rôles se profilent pour vous à moyen terme ?

Armando Noguera.  © Oskar CecereJe m'oriente vers des rôles plus lyriques, comme Ford et Hamlet. Je réfléchis aussi en ce moment à une opportunité qui se présente dans une très belle maison d'opéra mais je ne peux pas encore vous le dire car je n'ai pas pris ma décision… Il y aura aussi toujours beaucoup de Rossini car cette musique me fait du bien. Rossini est vraiment mon compositeur de prédilection car j'ai débuté avec lui à 21 ans, et j'espère le servir le plus longtemps possible. Ensuite, j'aime tous les répertoires dès lors que je peux défendre un rôle. C'est cette légitimité que je ressens ou pas qui oriente mes choix. Cette approche passe avant toute notion de répertoire car je sais que, convaincu par ma démarche, je trouverai la liberté dont j'ai besoin pour m'exprimer avec mes moyens et transmettre quelque chose… Certaines autres propositions me semblent un peu prématurées et je préfère être patient. À vrai dire cela ne me pose aucun problème d'attendre le bon moment car je travaille beaucoup grâce à tous les gens qui m'accordent leur confiance. Que demander de plus ?

À ce stade de votre carrière, comment espérez-vous le futur à moyen terme ?

Le premier objectif est de continuer à m'améliorer, à m'épanouir, mais aussi à me protéger afin d'avoir une longévité dans ce métier. Quant à de possibles buts professionnels, l'essentiel reste pour moi que l'on me confie un espace pour m'exprimer. Les rencontres avec les collègues font également grandir. Écouter les autres est capital sur tous les plans.

Qu'entendez-vous par "me protéger" ?

Je pense en particulier à ne pas interpréter des rôles qui ne sont pas faits pour moi. J'avais 26 ans lorsque Pierre Jourdan, dont j'appréciais beaucoup l'honnêteté à mon égard, m'a fait comprendre combien il est important de rester clair vis-à-vis de soi-même, et de se demander ce que l'on peut donner dans un rôle. Les envies sont autre chose. D'où la nécessité d'être entouré par de bons conseillers. Il peut très bien m'arriver de lire une partition et de trouver le rôle confortable par rapport à ma voix, mais ce n'est peut-être pas le moment de l'aborder, non pour des raisons vocales, mais en raison d'un manque d'expérience de vie ou, plus prosaïquement, au regard d'un emploi du temps particulièrement chargé. La voix est le moyen d'expression du chanteur et il est important de la protéger pour assurer sa longévité. Par ailleurs, je me dois de proposer au public qui paye sa place le meilleur de ce que je suis capable de donner. C'est aussi une responsabilité. Quand bien même la perfection que je peux viser est inatteignable, l'honnêteté doit être de mise…

Propos recueillis par Philippe Banel
Le 6 octobre 2018


Pour en savoir plus sur l'actualité de Armando Noguera :
www.armandonoguera.com

 

 

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Armando Noguera
Camille Schnoor
Hamlet
Madame Butterfly
Opéra de Rouen

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